La fleur du désert - Une saison pour aimer

Cindy Kirk · Chapitre 22 sur 27

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La fleur du désert - Une saison pour aimer

Seth sursauta violemment, mais il reprit presque…

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Seth sursauta violemment, mais il reprit presque aussitôt le contrôle de ses émotions et celui de ses pieds sur la piste de danse.

– Quand ? questionna-t–il d’une voix soigneusement neutre.

– Pardon ?

Le temps d’une seconde, il fut tenté de laisser tomber le sujet : ce que faisait Lauren pendant son temps libre n’était pas son affaire.

D’un autre côté, la jeune femme vivait sous son toit, même si cet arrangement n’était que temporaire. Cela signifiait qu’il avait l’obligation – ou plutôt le devoir – de la protéger contre les individus tels que Nordstrom.

– Quand t’a-t–il fait cette proposition ?

– Juste avant que tu n’arrives, répondit Lauren, détournant son regard du couple qui se dirigeait à cet instant vers la sortie. Un célèbre psychanalyste doit donner une conférence à Bozeman le week-end prochain, et Adam a pensé que j’aimerais y assister.

– Et que lui as-tu répondu ?

L’orchestre attaquait les premières mesures d’une nouvelle ballade romantique, mais il ne songeait pas à s’en plaindre. La joue de Lauren reposait contre sa poitrine, et il n’aurait pas échangé sa place contre un empire.

– Je lui ai répondu que j’allais d’abord te demander ton avis.

– Je parie qu’il a adoré.

– Pas vraiment, convint-elle en riant.

Il serra plus fort ses doigts entre les siens, et ils évoluèrent un instant sur la piste de danse, soudés comme un seul être.

– Lui as-tu fait une telle réponse pour éviter d’avoir à l’accompagner, murmura-t–il, ou bien parce que tu tenais vraiment à savoir ce que j’en pensais ?

– Si je n’avais pas eu envie d’assister à cette conférence, j’aurais simplement décliné son invitation.

Il sentit une main de glace lui serrer le cœur, mais lorsqu’il reprit la parole, sa voix était dénuée de toute émotion.

– Tiens-moi informé de la date et de l’heure, afin que je puisse prendre mes dispositions ce jour-là.

– Es-tu sûr que cela ne t’ennuie pas ? Je sais que tu te rétablis un peu plus chaque jour, mais…

– J’en suis tout à fait certain.

Certain, il l’était. Certain qu’il n’avait pas du tout envie que Lauren fréquente Adam Nordstrom de près ou de loin. Et tout aussi certain qu’il n’avait aucun droit de s’interposer entre eux.

 

***

 

Lorsqu’il fut un peu plus de 22 heures, Lauren suggéra qu’il était peut-être temps de rentrer.

Elle avait noté les cernes de fatigue sous les yeux de Seth, sa pâleur, et elle se sentit soulagée lorsqu’il acquiesça.

Seth prit congé de ses amis, qui le raillèrent de rentrer à l’heure des retraités, puis il sortit récupérer son pick-up sur le parking.

Elle-même s’attarda un peu dans la salle, souhaitant une bonne année à ses amis et connaissances avant de se diriger à son tour vers la sortie.

Elle avait dû traînailler plus de temps qu’elle ne l’avait cru, car lorsqu’elle poussa la porte, le pick-up de Seth était déjà garé le long du trottoir.

Son cœur manqua un battement.

La proximité de Seth durant ces quelques heures l’avait profondément troublée, mais l’attirance qu’elle éprouvait pour lui n’était à l’évidence pas mutuelle, car Seth était demeuré froid et détaché toute la soirée. Elle avait secrètement espéré qu’il protesterait lorsqu’elle lui avait fait part de la proposition d’Adam. Au lieu de cela, il l’avait encouragée à accepter.

Avec un soupir résigné, elle tendit la main vers la poignée de la portière.

Avant qu’elle n’ait eu le temps d’achever son geste, Seth apparut tout à coup à ses côtés et ouvrit la portière lui-même en s’inclinant cérémonieusement devant elle.

Extrêmement touchée par ce geste chevaleresque, elle se haussa sur la pointe des pieds pour lui déposer un baiser sur la joue.

– Merci mille fois, cher monsieur.

– Il y a des endroits pour cela, grinça une voix dans la pénombre. Je vous rappelle que vous êtes dans un lieu public.

Sortant de l’ombre où elle se tenait, Loretta Barbee apparut dans le cercle de lumière dorée d’un lampadaire.

Lauren sentit que son cœur cessait de battre.

En sortant de la salle des fêtes, elle n’avait remarqué aucune autre présence sur le trottoir. Si elle avait su qu’ils n’étaient pas seuls, elle se serait bien gardée d’embrasser Seth. Dans une ville comme Sweet River, même un geste innocent pouvait être mal interprété. Et tout spécialement lorsque l’on avait affaire à l’une des pires commères de la ville.

Anna et Stacie l’avaient abondamment mise en garde contre la langue de vipère de l’épouse du pasteur. Mais jusqu’à tout récemment, elle n’avait jamais été victime de la redoutable curiosité de Loretta.

– Bonsoir, madame Barbee, la salua Seth d’un ton parfaitement détendu. Et bonne année.

– Bonne et heureuse année, Seth, répondit la vieille dame, visiblement sensible au charme de Seth. Je me réjouis de constater que vous allez beaucoup mieux. J’espère vous voir à l’église dimanche prochain, Dani et vous.

Seth lui offrit un sourire éblouissant.

– Sauf autres calamités imprévues, Dani et moi serons là.

– Et vous, Lauren ? s’enquit Loretta en rivant son regard globuleux sur elle. Viendrez-vous aussi ?

Prenant exemple sur Seth, Lauren sourit cordialement à la vieille dame.

– Je ne manquerais le service pour rien au…

Malheureusement, l’effet escompté fut gâché, car sa voix s’étrangla dans sa gorge, et elle ne put produire qu’une sorte de couinement pitoyable.

Elle toussota avant de répéter sa phrase, mais Loretta avait déjà tourné les talons pour retourner à grands pas vers l’entrée de la salle.

– Bonne année ! lança Lauren alors que la porte se refermait sur celle-ci.

– Je crains qu’elle ne t’ait pas entendue, lui chuchota Seth à l’oreille. Mais ne sois pas trop triste, car cela signifie qu’elle ne peut plus nous entendre du tout, ce qui est plutôt positif.

Cette remarque lui rendit son sourire alors qu’elle montait dans la cabine du pick-up.

Elle était certaine – enfin, presque certaine – que Loretta était à présent hors de portée de voix, mais elle attendit que Seth se soit installé derrière le volant avant de reprendre la parole.

– Avais-tu remarqué que Loretta était plantée dans la pénombre à nous observer ?

– Non, répondit-il, mais sa présence ne m’a pas beaucoup étonné. Cette femme a le don d’apparaître là où on l’attend le moins.

Il poussa le chauffage, et un flot d’air chaud envahit la cabine.

Elle s’adossa à son siège et se détendit, refoulant l’épouse du pasteur dans le recoin le plus éloigné de sa conscience.

C’étaient peut-être les deux bières qu’elle avait bues, ou le fait que Seth et elle étaient enfin seuls, mais elle se sentait à présent merveilleusement en harmonie avec l’univers.

Elle adorait les fêtes, elle aimait rire et bavarder à bâtons rompus avec de parfaits inconnus toute une soirée, retrouver de vieux amis, faire de nouvelles connaissances. Mais ce qu’elle préférait, c’était encore ce genre de conversation en tête à tête, le sentiment de faire partie d’un couple.

Soit, Seth et elle n’étaient pas à proprement parler un couple. Mais lorsqu’ils étaient ensemble, le lien entre eux ne se limitait pas à de simples rapports de politesse. Il était intensément personnel. Et lorsqu’ils étaient à la maison avec Dani, assis à la table de la cuisine ou en train de lire ou d’écouter de la musique, confortablement installés devant la cheminée, elle avait l’impression de faire partie d’une famille.

Ce foyer était radicalement différent de celui dans lequel elle avait grandi. Lorsque Dani parlait, Seth l’écoutait. Il semblait toujours sincèrement intéressé par ce que la petite fille avait à dire, et cet intérêt s’appliquait à elle aussi. Elle n’avait jamais connu une semblable vie de famille. Ses parents ne s’adressaient à elle que pour lui donner des ordres ou des conseils, pas pour s’intéresser à ses opinions.

– A quoi penses-tu ? la questionna Seth, interrompant sa rêverie.

Elle se tourna sur son siège pour lui faire face.

– Je songeais au plaisir que j’ai à faire partie de votre famille, à toi et Dani.

Comme il la dévisageait d’un air surpris, elle s’empressa d’ajouter :

– Je voulais dire que cela représente pour moi un intermède très agréable.

– Projettes-tu toujours de solliciter un poste sur la côte Est ?

– C’est ce qui est prévu, répondit-elle. Mon père dispose de beaucoup de contacts, et il a déjà commencé à se renseigner.

– Adam Nordstrom enseigne à l’université de Brown, observa Seth sans quitter la route des yeux. Ne penses-tu pas qu’il peut avoir sa place dans tes projets d’avenir ?

Ils avaient depuis longtemps laissé derrière eux les lumières de Sweet River. Dans la pénombre de la cabine du pick-up, il lui était difficile de lire son expression.

Elle haussa les épaules.

– Difficile à dire. En tout cas, mon père l’approuverait, c’est sûr.

Elle ne put s’empêcher de sourire à cette pensée.

Un autre mauvais point pour Adam !

– Tandis que moi, ton père me détesterait.

Elle tenta d’imaginer son père et Seth dans la même pièce.

Sans succès, probablement parce qu’un pareil événement ne se produirait jamais.

– Ce qu’il penserait de toi n’a aucune importance.

– Pourquoi dis-tu cela ?

– Parce que tu n’es pas libre, répondit-elle, soutenant son regard.

– Tu as raison, admit Seth d’un ton brusque. Cela n’a aucune importance.

Elle sentait qu’elle l’avait offensé, bien qu’elle ne comprenne pas comment.

Avant qu’elle puisse lui poser la question, il alluma la radio, et la voix langoureuse d’un crooner emplit la cabine.

Elle s’adossa à son siège et se laissa porter par la ballade romantique.

Ce fut alors qu’elle vit la chose.

Juste devant eux sur le bord de la route. Une forme sombre de la taille d’un sac de linge sale, juste à la limite du faisceau des phares.

– Qu’est-ce que c’est ?

Seth tourna la tête, et elle lui indiqua l’objet sur le bord de la route.

Ils étaient encore trop loin pour l’identifier avec certitude, mais lorsqu’elle le vit bouger, un frisson lui parcourut l’échine.

Il ne s’agissait certainement pas d’un paquet de linge.

Le sourire de Seth mourut sur ses lèvres.

– Je n’en suis pas sûr, répondit-il en ralentissant pour ranger le pick-up sur le bord de la route. Mais nous allons bientôt le savoir.