La fleur du désert - Une saison pour aimer

Cindy Kirk · Chapitre 1 sur 27

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La fleur du désert - Une saison pour aimer

Tatiana Andonovski

© 2009, Susan Macias Redmond.

© 2010, Harlequin S.A.

978-2-280-21711-8

PASSIONS

La fleur du désert

- 1 -

 

Il s’agissait forcément d’une erreur.

Elle n’avait rien fait de mal. En tout cas rien qui justifiait qu’elle soit réveillée en pleine nuit par cinq gardes armés.

Tout en tenant le drap contre elle, Victoria s’assit dans le lit et alluma la lampe de chevet.

Il n’y avait pas à s’y méprendre. C’était bien des gardes en uniforme. Le fait qu’ils soient armés n’augurait rien de bon.

Elle s’éclaircit la voix et se tourna vers celui qui avait le plus de décorations sur sa veste.

– Je crois qu’il y a erreur sur la personne.

– Victoria McCallan ?

Cette fois, la curiosité et la surprise disparurent pour laisser place à la peur. Mais elle ne laisserait rien paraître. N’avait-elle pas toujours eu le don de faire semblant que tout allait bien même quand le monde s’écroulait autour d’elle ?

Elle releva le menton et s’efforça de ne pas montrer qu’elle tremblait comme une feuille.

– C’est bien ça. Que puis-je faire pour vous ?

– Le prince Kateb veut vous voir immédiatement.

– Le prince Kateb ?

En tant qu’assistante personnelle de son frère, le prince Nadim, elle avait déjà eu l’occasion de rencontrer le prince Kateb, mais elle le connaissait très peu. Il venait rarement en ville, préférant vivre en retrait dans le désert.

– Que me veut-il ?

– Je l’ignore. Pourriez-vous nous suivre ?

Il avait formulé ça sous la forme d’une question mais elle eut le sentiment qu’elle n’avait pas le choix.

– Laissez-moi le temps d’enfiler une tenue plus…

– Ce ne sera pas nécessaire.

Il prit le déshabillé qui reposait sur une chaise, le lui jeta et fit signe aux gardes de se retourner.

Victoria le regarda, interloquée.

– Je ne vais pas aller voir le prince en déshabillé.

La réaction glaciale du garde lui fit comprendre une fois encore qu’elle n’était pas en position de force.

Elle obtempéra.

Tout en se demandant ce qui se passait, elle enfila des mules couleur lavande assorties au déshabillé.

– C’est insensé, je n’ai rien fait de mal, murmura-t– elle.

C’était une bonne assistante. Nadim avait toujours paru satisfait de ses services. Elle ne faisait pas de fête dans sa chambre. Elle n’avait jamais volé l’argenterie royale. Son passeport était en règle. Elle était aimable envers les autres employés du palais et elle payait ses impôts.

Alors pourquoi le prince Kateb, qu’elle connaissait à peine, enverrait-il des gardes dans sa chambre au beau milieu de la nuit ?

Elle ne voyait pas où était le…

Elle s’arrêta net. Le chef des gardes la força à reprendre sa marche. Une fois encore, elle obéit, mais sans plus prêter la moindre attention à ce qui se passait autour d’elle. Elle voyait parfaitement où était le problème maintenant et il était de taille.

Un mois auparavant, dans un moment de faiblesse, elle avait écrit à son père, après avoir longuement hésité et sachant qu’elle le regretterait. Une fois qu’il avait répondu, il avait été trop tard pour changer d’avis. Ravi d’apprendre qu’elle vivait dans le palais royal du El Deharia, il s’était empressé de venir lui rendre visite.

« Il ne m’a toujours attiré que des ennuis », pensa-t– elle alors qu’elle entrait dans l’ascenseur et que l’un des gardes appuyait sur le bouton du sous-sol.

Dans un palais, qui disait sous-sol disait… cachots souterrains.

Les portes s’ouvrirent sur un long couloir. Les murs étaient en pierre, ornés de véritables torches en fer forgé, mais la lumière venait de lampes électrifiées accrochées au plafond. C’était un endroit lugubre et l’atmosphère respirait des siècles de terreur.

Elle frissonna, davantage de peur que de froid.

Les hauts talons de ses mules en fourrure résonnaient sur le sol en pierre. Elle était terrifiée à l’idée que des fouets et du matériel de torture puissent encore être entreposés quelque part dans le sous-sol. Quel sort lui avait-on réservé ?

Elle essaya de se rappeler que, au xxie siècle, plus personne n’était jeté au cachot, mais elle était paniquée et avait bien du mal à respirer.

Son père s’était attiré des ennuis. C’était certain. La question était de savoir dans quelle mesure et si elle devrait une fois de plus en subir les conséquences.

Elle était encore perdue dans ses pensées lorsque le garde la laissa devant une porte ouverte.

Elle inspira profondément et passa le seuil.

A son grand soulagement, rien d’effrayant ne l’y attendait. C’était une grande pièce dont les murs étaient recouverts de tapis. Une table de jeu de bois sculpté trônait au milieu.

Son regard tomba sur son père, debout dans un coin, tentant de faire comme si de rien n’était. Elle prit alors tout de suite conscience de la gravité de la situation.

Dean McCallan était un joueur invétéré et il avait visiblement manqué à sa parole de ne plus toucher aux cartes.

Même sous son bronzage, elle vit la pâleur de son visage. Ses cheveux blonds trop longs n’avaient pas d’allure. Il était passé du succès à l’échec en une seule soirée.

– Qu’as-tu encore fait ? demanda-t–elle sans se soucier des autres gens dans la pièce.

Et qu’allait-elle devoir faire pour réparer ses erreurs ?

– Je n’ai rien fait, Vi. Tu dois me croire. C’était juste une partie de poker à l’amiable.

– Tu m’avais dit que tu ne jouais plus aux cartes depuis trois ans.

Il sourit, l’air innocent. Sa mère avait toujours été dupe, mais pas elle. Il fallait s’attendre au pire.

– Le prince m’a proposé de jouer, je ne pouvais pas refuser.

Bien entendu, ce n’était jamais de sa faute, se dit-elle amèrement. Jamais il n’avait refusé une partie de cartes et jamais il n’avait hésité à mettre sa famille dans l’embarras en dépensant l’argent du foyer.

Victoria tenta de ne pas repenser au passé. Sa mère était décédée il y a dix ans. C’était son amour pour Dean McCallan qui l’avait tuée.

Mais pourquoi diable était-elle entrée en contact avec lui ?

– Combien ? demanda-t–elle, sachant qu’elle pouvait dire adieu à toutes ses économies.

– Il ne s’agit pas d’argent.

Son estomac se noua.

– Tu as triché ? s’enquit-elle à voix basse.

Si c’était le cas, elle ne pourrait rien faire pour lui. A El Deharia, les lois étaient très strictes.

Des pas se firent entendre dans le couloir.

Lorsqu’elle se tourna, elle vit entrer le prince Kateb.

Même avec ses hauts talons, il la dominait de toute sa taille.

Il portait un pantalon noir et une chemise blanche. C’était une tenue ordinaire mais qui lui seyait merveilleusement. Ses yeux et ses cheveux noirs lui donnaient des allures ténébreuses et la cicatrice qu’il avait sur le visage accentuait encore ce côté un peu sauvage et rebelle.

Sa présence la fit trembler de la tête aux pieds.

– C’est votre père ? dit-il en la toisant du regard.

– Oui.

– Vous l’avez invité à vous rendre visite ?

Elle eut envie de s’excuser, de dire qu’elle ne l’avait pas vu depuis longtemps, qu’il lui avait juré qu’il avait changé et qu’elle avait été idiote de le croire. Mais à quoi bon ?

– Oui, se contenta-t–elle donc de répondre.

Le regard sombre de Kateb semblait lire dans son âme. Elle resserra son déshabillé autour d’elle, regrettant d’être aussi légèrement vêtue en sa présence.

Pourquoi ne pouvait-elle pas avoir un peignoir en chenille, comme tout le monde ? Et un pyjama, plutôt qu’une nuisette et une culotte assortie.

– Il a triché aux cartes, déclara Kateb.

Elle ne sourcilla pas.

Elle ne prit pas non plus la peine de regarder son père.

Mais elle s’arma de courage.

– Je suis désolée. Allez-vous l’expulser sur-le-champ ? Je peux rembourser ses dettes.

Kateb s’approcha d’elle, l’air menaçant.

– Son expulsion ne suffira pas à punir son crime, mademoiselle McCallan. Il m’a déshonoré, et ce faisant, il a déshonoré la famille royale du El Deharia.

– Vi, ne les laisse pas me faire de mal, dit son père la voix tremblotante.

Elle l’ignora. Il fallait qu’elle trouve une solution, cela seul importait.

Engager un avocat prendrait trop de temps. Et qui voudrait faire face à la famille royale du El Deharia ? Contacter l’ambassade américaine ? Elle venait rarement en aide aux Américains qui enfreignaient les lois locales. D’autant plus que dans le cas présent, l’infraction déshonorait un prince d’un pays ami.

Kateb la scruta de son regard sombre, comme pour mieux lui faire comprendre la gravité de la situation.

– Non seulement il a triché mais il n’a pas les moyens de couvrir ses dettes.

Franchement, ça ne l’étonnait pas. Dean n’était pas le genre d’homme à se soucier de ce genre de détails et il n’avait jamais assumé ses responsabilités.

– Comme je vous l’ai dit, je peux rembourser ses dettes.

Kateb ne la quittait toujours pas des yeux.

– Il m’a proposé autre chose.

Elle tiqua. Les idées de son père, elle s’en méfiait.

– Je ne sais pas ce qu’il vous a raconté, mais il n’a rien d’autre à vous offrir. Je vous en prie, laissez-moi vous rembourser ses dettes. J’ai des économies. Je peux vous faire un virement…

– Il vous a vous.

Les murs se mirent à danser autour d’elle.

– Je ne comprends pas, dit-elle lentement.

– Lorsque j’ai fait avouer à votre père qu’il avait triché, il m’a supplié d’être clément envers lui. Il m’a offert de l’argent, mais je savais qu’il n’en avait pas. Quand il a vu que ça ne marchait pas, il m’a dit qu’il avait une très belle fille, ici au palais, qui ferait n’importe quoi pour le sauver. Il m’a même proposé vos services.

Horrifiée, elle se tourna aussitôt vers son père.

– Je suis désolé, ma chérie, mais je n’avais pas le choix.

– On a toujours le choix. Tu n’étais pas obligé de jouer aux cartes, dit-elle froidement.

Ce sentiment de trahison n’était pas nouveau. C’était toujours aussi décevant de se rendre compte que Dean ne s’était jamais comporté comme un vrai père. Son obsession pour le jeu avait dirigé sa vie. Toutes les fois où il avait promis d’arrêter, suivi des thérapies et tenté de se racheter, il avait fini par rechuter à cause d’une partie de cartes. Mais cependant, jamais encore il n’avait été jusqu’à vendre sa propre fille.

Elle s’efforça de garder un semblant de dignité.

– Que va-t–il se passer ?

– Votre père va aller en prison. Les juges décideront de sa peine. Huit ou dix ans devraient suffire.

– Pitié ! s’exclama Dean en tombant à genoux.

Elle avait envie de croire qu’il avait retenu la leçon, qu’il comprenait enfin que ses actions pouvaient avoir des conséquences néfastes, et qu’il allait changer.

Mais elle savait qu’il ne changerait jamais.

Sa raison la poussait à le laisser se dépêtrer mais une promesse l’en empêchait.

Sur son lit de mort, sa mère lui avait fait promettre de le protéger, quoi qu’il arrive. Elle avait accepté parce que sa mère avait toujours été là pour elle. Dean avait été sa seule faiblesse. Tout le monde avait droit à l’erreur.

Elle se retourna de nouveau vers Kateb.

– Laissez-le partir. Punissez-moi à sa place.

Dean se releva.

– Tu ferais ça pour moi ? s’enquit-il la voix pleine d’espoir.

– Non, si je le fais, c’est pour maman.

Elle se tourna vers le prince Kateb.

– Mettez-moi en prison à sa place.

– Je ne souhaite pas vous envoyer en prison, dit-il.

Kateb n’aimait pas venir en ville. Il préférait tellement mieux le désert. La vie y était plus simple et les lois étaient appliquées sans détour. Si Dean McCallan avait triché là-bas, il aurait payé pour ses méfaits. Il n’aurait pas eu à débattre du sujet ou à trouver une solution.

Punir une femme pour un crime commis par son père ? Impossible. Même cette femme qui n’était rien d’autre qu’une perte de temps et d’espace.

Il connaissait Victoria McCallan. Du moins, il en savait assez sur elle pour cerner son caractère.

Depuis deux ans, c’était l’assistante de son frère Nadim. Elle était plutôt jolie, avec ses courbes généreuses et ses longs cheveux blonds. Mais il connaissait ce genre de femme. Elle semblait avoir tout fait pour se faire remarquer et attirer l’attention de son patron, mais en vain.

Récemment, l’annonce des fiançailles de Nadim avec une femme choisie par le roi avait dû mettre ses plans à mal. Il savait que Victoria ne tarderait pas à quitter le pays en quête d’autres maris potentiels.

Mais avant de se soucier de la fille, il devait d’abord régler le sort du père.

– Emmenez-le, dit-il aux gardes.

Victoria l’agrippa par la manche.

Son corps réagit étrangement à son contact. Bien que surpris, il décida d’ignorer cette troublante réaction.

– Ne faites pas ça. Je ferai n’importe quoi, supplia-t– elle.

Il se dégagea de son emprise.

– Vous dépassez les bornes et ma patience est à bout.

– C’est mon père !

Kateb la regarda puis il regarda Dean McCallan.

Il aurait juré que Victoria en voulait profondément à son père. Alors pourquoi tenait-elle tant à lui sauver la mise ? Avait-elle une idée derrière la tête ? Allait-elle jeter son dévolu sur lui, maintenant que son frère était pris ?

Il n’avait pas toujours été aussi cynique envers les femmes. Plus jeune, il avait cru à l’amour, au mariage, à une union heureuse. Mais depuis cinq ans, les femmes qu’il côtoyait se fichaient de sa personnalité. Tout ce qu’elles voyaient, c’était la fortune et le titre dont elles jouiraient en épousant un cheik. Rien d’autre.

Il recula légèrement pour mieux jauger la jeune femme.

Elle portait une tenue de soie très légère et des mules ridicules. Ses longs cheveux blonds bouclés, ses grands yeux bleus et ses lèvres rouges pulpeuses n’avaient qu’un seul et unique objectif : séduire. Son déshabillé affichait un généreux décolleté, lui-même avait pu s’en rendre compte.

Décidément, elle était prête à tout pour arriver à ses fins.

Tentait-elle de l’amadouer en le séduisant ? Pensait-elle qu’il était assez idiot pour succomber à ses attraits superficiels ? Jusqu’où irait-elle pour épouser un prince ?

Il observa le père.

L’homme qui aurait dû défendre son enfant ne bronchait pas. Cette réaction l’étonna et le révolta. Comment un homme pouvait-il laisser sa fille se sacrifier pour lui ? Presque aussitôt une idée lui vint à l’esprit : et si le père et la fille étaient de mèche ?

Instinctivement, il ne croyait pas au complot, mais avant d’en avoir le cœur net, il n’écarterait pas l’hypothèse.

– Emmenez-le dans le couloir et restez-y jusqu’à nouvel ordre.

Les gardes traînèrent Dean dehors alors que ce dernier implorait encore le prince de lui laisser la vie sauve.

– Qu’êtes-vous prête à faire pour sauver votre père ?

– Ce que vous voulez.

Il lut la peur dans ses yeux mais en cet instant, il n’avait pas envie de faire preuve de bonté.

Bizarrement aussi, il la trouvait très attirante et s’efforça d’ignorer le désir qui montait en lui.

– Cela ne doit pas être facile pour une femme seule de s’imposer dans un monde masculin. Vous avez dû constater que l’égalité en vigueur aux Etats-Unis n’est pas aussi évidente ici. Malgré tout, vous avez bien tiré votre épingle du jeu. Vous êtes l’assistante de Nadim depuis quelque temps.

– Cela fait deux ans.

– Quel dommage qu’il se soit fiancé.

– Il a l’air très heureux.

– Mais vous, beaucoup moins. Vos plans sont partis en fumée.

Elle se raidit tout en le fusillant du regard.

– Cela n’a rien à voir avec mon père.

– En êtes-vous certaine ? Vous allez peut-être tenter de me séduire, puisque mon frère n’est plus libre. C’est l’occasion rêvée. Je vous appelle et vous vous présentez à moi dans cette tenue.

Elle croisa les bras sur la poitrine.

– Je suis dans cette tenue car vos gardes ne m’ont pas laissé le temps de m’habiller.

– Vous voulez me faire croire que vous dormez toujours comme ça ?

Elle semblait folle de rage maintenant.

– Allez voir ma garde-robe, si vous ne me croyez pas. Vous pensez vraiment que j’essaie de vous séduire ? Quand je me suis réveillée avec cinq gardes autour de mon lit, vous pensez que je me suis dit que j’avais tiré le gros lot ? Que j’allais enfin pouvoir mettre mon plan à exécution ? Vos gardes m’ont à même laissé le temps d’enfiler mon déshabillé !

Elle marqua une pause, hors d’elle.

– Vous pensez que je m’habille comme ça toutes les nuits dans l’espoir que mon père, que je n’ai pas vu depuis des années, triche aux cartes contre vous et m’offre en échange de ses dettes ? Quelle chance ! Mon rêve s’est enfin réalisé.

Il répugnait à l’admettre, mais elle avait raison, ce scénario était absurde. Malgré lui, il appréciait son tempérament de feu presque autant que son corps magnifiquement proportionné.

– Vous niez avoir voulu épouser Nadim ? s’enquit-il.

Elle baissa les yeux.

– Je n’aurais pas dit non, mais ce n’est pas ce que vous pensez. Je voulais me sentir en sécurité.

– Mais vous n’éprouvez rien pour lui.

– Il est gentil.

Kateb attendit.

Elle leva enfin les yeux vers lui.

– Vous allez me punir parce que je rêvais d’épouser un prince ? Faites comme bon vous semble. Vous êtes tout-puissant. Pour le moment, je veux juste sauver mon père.

– Pourquoi ?

– Parce que c’est mon père.

– Ce n’est pas la vraie raison. Vous lui en voulez de vous avoir mise dans cette situation et êtes en colère contre lui.

– Il n’en reste pas moins mon père.

Kateb se tut.

Un silence de plomb se fit dans la pièce.

– Vous êtes prête à prendre sa place ?

– Oui.

– En prison ?

Elle déglutit péniblement.

– Oui.

– La vie en prison n’est pas facile.

– Je tiendrai ma promesse.

Une promesse ? Une femme comme elle ne faisait pas de promesses et elle ne les tenait pas.

Il aurait aimé pouvoir se convaincre qu’elle n’était pas une simple opportuniste cherchant à profiter de la situation.

Si seulement Cantara était à ses côtés. Si seulement elle était encore vivante. Il n’aurait pas besoin de jouer aux cartes toute la nuit pour faire passer le temps, oublier l’obscurité, le vide et la solitude.

– Votre père a voulu m’extorquer de l’argent. Si je ne l’avais pas démasqué, il aurait quitté le pays avec plusieurs milliers de dollars. Il a triché au beau milieu du palais royal, avec des gardes dans la salle. Et à présent, il est prêt à vous laisser aller en prison à sa place ?

– Que voulez-vous que je vous dise ?

Quel genre de père était capable de faire ça ? Pourquoi ne prenait-il pas ses responsabilités ? Et surtout pourquoi le laissait-elle s’en tirer à si bon compte ?

Il n’avait pas de réponse à ces questions et d’ailleurs, il s’en moquait. Il voulait juste leur infliger une leçon à tous les deux.

Pour cela, il devait envoyer Dean McCallan en prison.

– Retournez dans votre chambre. Je vous ferai savoir quand sa sentence aura été prononcée. Vous pourrez lui rendre visite avant qu’il aille en prison, mais pas après.

De nouveau, elle le saisit par le bras, les larmes aux yeux.

– Non ! Je vous en supplie. Vous ne pouvez pas faire ça. Je ferai n’importe quoi. Ma mère m’a fait promettre de veiller sur lui. Elle est morte d’amour pour lui. Ne le jetez pas en prison. S’il m’a misée aux cartes et que vous avez remporté la mise, alors prenez-moi.

Kateb la scruta intensément.

– Il ne parlait pas sérieusement, dit-il.

– Il était tout à fait sérieux. Vous avez accepté la mise, alors prenez-moi.

– A quel titre ?

Elle le défia du regard en retour.

– Ça, c’est à vous de voir.