La fleur du désert - Une saison pour aimer
Victoria retourna dans ses appartements pour se…
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Victoria retourna dans ses appartements pour se changer avant d’aller voir Kateb. Elle essaya de trouver une excuse à ce comportement irraisonné, mais c’était de toute façon se voiler la face. Elle voulait lui plaire, c’était aussi simple que cela.
Elle garda la longue jupe, mais échangea ses sandales confortables contre des chaussures à hauts talons et son T–shirt contre un chemisier cintré en dentelle. Elle rajouta quelques bijoux, se remaquilla. Mais à mesure qu’elle finissait de se préparer, elle se sentit envahie par une immense appréhension.
– Ce n’est que Kateb, se dit-elle à voix basse.
Kateb, qu’elle avait quitté nu et avec qui elle avait fait l’amour la dernière fois qu’elle l’avait vu.
Elle était tour à tour impatiente et tendue à l’idée de le revoir. Ce mélange d’inquiétude et d’attente était très étrange.
Tout en déambulant dans les couloirs, à la recherche du bureau de Kateb, elle réfléchit à sa situation. Elle était venue ici en qualité de maîtresse de Kateb mais le concept lui semblait encore tellement surréaliste.
Pourtant, la scène d’amour incroyable qu’elle avait vécue le soir précédent était bel et bien ancrée dans la réalité.
Si on lui avait posé la question la veille, elle aurait répondu qu’elle était incapable d’être transportée à ce point par un homme. A présent elle savait que c’était possible.
Ce qu’elle ignorait en revanche c’était la raison pour laquelle elle avait ressenti une telle félicité entre ses bras.Avait-elle cédé à la passion parce qu’elle n’avait pas fait l’amour depuis longtemps et que l’homme en question savait s’y prendre ? Ou bien avait-elle été subjuguée par Kateb lui-même ?
Non, c’était trop dangereux. Si elle se laissait prendre au jeu, elle souffrirait, comme sa mère. Pas question. Elle n’avait pas envie de se lancer dans une relation avec Kateb. Son cœur n’était pas à prendre.
Elle n’avait jamais ressenti ce genre d’attirance auparavant, mais tant qu’elle garderait ses distances, tout irait bien.
Il suffit de s’en tenir au bon côté des choses. Elle avait bien le droit de s’offrir un petit intermède de plaisir avec un amant des plus compétents, non ?
Arrivée dans les bureaux du palais elle se dirigea vers un homme en costume assis derrière un grand bureau.
– Bonjour, j’aimerais voir Kateb.
Le jeune homme devait avoir quelques années de moins qu’elle. Il était à la réception mais elle sentit tout de suite qu’il avait un complexe de supériorité.
– Le prince est occupé.
Son ton était imparable.
– Comment savez-vous que je n’ai pas pris rendez-vous avec lui ?
– Parce que je gère son emploi du temps.
Elle resta perplexe.
– J’aimerais que vous l’avertissiez de mon arrivée, dit-elle en lui adressant un grand sourire.
– Je ne peux pas. Et maintenant, si vous voulez m’excuser, j’ai du travail, dit-il en se concentrant sur son écran d’ordinateur, mettant un point final à leur échange.
Elle eut envie de le gifler, mais se ravisa et lui sourit de nouveau.
– La chevelure blonde aurait dû vous mettre la puce à l’oreille. Vous voyez beaucoup d’Américains passer par ici ? Non, c’est bien ce que je pensais. Vous devriez davantage ouvrir vos oreilles quand les gens parlent à voix basse car j’imagine qu’il y a déjà eu de nombreuses rumeurs au sujet de la nouvelle maîtresse de Kateb. C’est moi. Alors soit vous m’amenez dans son bureau, soit je trouverai le chemin toute seule et je me plaindrai de votre insolence. Les deux solutions me vont. A vous de choisir.
– Je sais exactement qui vous êtes et pourquoi vous êtes ici. Partez.
Elle eut un mouvement de recul, comme s’il venait de la gifler. Culturellement, les maîtresses avaient un rang inférieur à la reine, mais supérieur aux autres sujets. C’était un honneur d’être la maîtresse du prince. Jamais elle n’aurait pensé être traitée de la sorte.
Que faire ? Que dire ?
Avant d’avoir décidé d’un plan d’attaque, elle sentit quelqu’un arriver derrière elle. Une main chaude et masculine se posa dans le creux de son dos et Kateb apparut à ses côtés.
– Elle est à moi. Par conséquent elle doit être traitée avec tout le respect que vous me devez, dit-il d’un ton glacial.
Le réceptionniste se leva, pâle comme un linge.
– Euh… Oui, prince Kateb. Veuillez accepter mes excuses, ajouta-t–il en se tournant vers Victoria.
Un peu tard, pensa-t–elle.
Mais elle était rassurée par la présence de Kateb.
Il lui fit traverser un long couloir puis ils pénétrèrent dans un immense bureau.
– Quelle impolitesse, murmura-t–elle. Je ne m’y attendais pas du tout…
– Cela n’a rien à voir avec vous. Il vient d’une famille très puissante. Son frère aîné est décédé il y a quelques années. C’était un homme bon et aimé de tous. Sa famille pense qu’il aurait pu être choisi pour occuper le poste de chef. L’année dernière, son père a tenté de me forcer la main en organisant un mariage arrangé avec sa fille aînée. J’ai refusé.
– Donc cette famille vous déteste.
– Pas la fille. Elle était amoureuse de quelqu’un d’autre et était ravie que je refuse.
– Pourquoi avez-vous refusé ?
– Nous n’étions pas faits l’un pour l’autre.
Ce n’était pas la vraie raison, elle pouvait le sentir au ton de sa voix. Mais après tout cela ne la regardait pas.
– Qu’allez-vous faire de cet impertinent ?
– Je vais l’envoyer à la ville. Travailler pour l’un de mes frères lui changera les idées.
Victoria était satisfaite de cette décision.
– A présent que ce problème est réglé, j’aimerais m’entretenir avec vous au sujet d’un projet.
Il alla s’asseoir à son bureau.
– De quoi s’agit-il ?
Elle eut un mauvais pressentiment. Etait-ce dans sa façon de s’adresser à elle, de la regarder ? Il sembla soudain très en colère contre elle. Mais si tel était le cas, pourquoi avait-il volé à son secours quelques instants auparavant ?
– J’attends, lâcha-t–il d’un ton agacé.
Elle s’approcha du bureau.
– Je suis allée au marché. J’y ai trouvé un petit stand qui vend des bijoux locaux faits main. J’en ai déjà acheté en ville. Ce sont de beaux articles originaux et contemporains.
Il s’adossa à son fauteuil, impatient.
– Et alors ?
– Les femmes n’en vendent qu’à la ville, au village et un représentant se rend au El Bahar et au Bahania, mais Rasha n’a pas l’air de lui faire confiance.
Elle marqua une pause.
– Je pense qu’elles pourraient vendre leurs bijoux partout dans le monde. Je ne veux pas paraître trop ambitieuse, mais je pourrais les aider à créer un site internet. J’ai suivi une formation. Je ne sais pas comment ça se passerait pour la vente à l’étranger. Il faudrait peut-être envisager de signer un contrat avec un distributeur. Il faudrait aussi penser à un catalogue. Et je ne sais pas non plus comment ça se passerait au niveau des paiements. Il y a des services qui se chargent de recevoir l’argent pour vous. Cela pourrait être une solution envisageable.
Elle marqua une nouvelle pause, Kateb n’avait pas du tout l’air de l’écouter.
Soudain, il la regarda sévèrement et demanda froidement :
– Etes-vous sous contraception ?
– Pardon ?
Il attendit quelques instants, mais elle fut incapable d’articuler le moindre son.
– Répondez-moi, reprit-il d’un ton sec.
Sous contraception…
Elle était stupéfaite et mit un certain temps à prendre la mesure de la situation. Ils avaient fait l’amour. Il n’avait pas utilisé de préservatif, et tout reposait sur elle.
Elle était censée attendre qu’on l’invite à s’asseoir, mais se sentant défaillir, elle s’affaissa dans l’un des fauteuils.
– Je ne pensais pas que…
– Vous n’êtes pas sous contraception.
Cette fois, ce n’était pas une question.
– Non.
– Vous vouliez piéger Nadim. Vous avez essayé de l’attirer dans votre lit, n’est-ce pas ? Vous espériez tomber enceinte pour le forcer à vous épouser ?
Elle se leva d’un bond.
– Mais que racontez-vous ? Jamais je ne ferais une chose pareille !
– Je devrais vous croire sur parole ?
– C’était mon patron. J’ai toujours été très professionnelle et je n’ai jamais essayé de le piéger.
– Vous vouliez l’épouser.
Le faisait-il exprès ?
– Je vous ai déjà expliqué la situation. Je ne voulais pas de lui en particulier, je voulais assurer mes arrières. Je n’avais plus envie d’avoir à me soucier de la prochaine visite de mon père. Vous l’avez rencontré. Il m’a misée lors d’une partie de cartes. Vous pensez que c’est un sentiment agréable ?
– Donc vous ne vouliez pas de Nadim en particulier mais n’importe quel homme riche aurait fait l’affaire. Vous devez être contente de notre contrat. Vous avez manigancé tout ça avec votre père ? Il a fait exprès de tricher ?
S’il avait été plus proche, elle l’aurait giflé, quitte à passer quelque temps en prison.
– Comment osez-vous dire ça ? Vous étiez là quand c’est arrivé. Mon père est un lâche mais je ne suis pas comme lui. Je me suis sacrifiée à sa place car ma mère m’avait fait promettre de le protéger, à tout prix. Je n’ai rien manigancé.
Elle était folle de rage. Elle avait envie de jeter quelque chose, de hurler à en perdre haleine. Mais elle resta figée, refusant de se laisser aller à une réaction aussi mélodramatique.
Il se leva et s’approcha d’elle.
– Je vois clair dans votre jeu, Victoria. Vous avez tenté votre chance mais vous avez échoué. Vous ne m’attirerez pas dans votre piège.
– Je ne veux vous attirer dans aucun piège !
– Lorsque tout ceci sera terminé, vous retrouverez votre liberté mais vous n’aurez rien d’autre.
Elle voulait surtout ne plus jamais le revoir.
– Je ne veux rien d’autre. Vous pensez que j’ai comploté une histoire pareille ? Vous pensez que mon seul but était de vous faire perdre la tête hier soir et de vous attirer entre mes griffes ?
– Oui, c’est ce que je pense, en effet.
– Eh bien, vous avez tort. Ce n’est pas mon genre.
– Je ne vous crois pas.
– C’est vous qui n’avez pas tenu votre parole. Vous aviez dit qu’il ne se passerait rien entre nous, vous vous souvenez ? Vous m’aviez donné votre parole ! lança-t– elle, à bout de nerfs.
Un éclair de colère lui traversa le visage.
– Vous m’avez libéré de ma promesse, dit-il sèchement.
– Eh bien voyons ! C’est la réaction masculine classique. Surtout, ne prenez pas vos responsabilités. C’est vous qui avez décidé de me prendre sur ces coussins. Je ne suis pas sous contraception mais vous n’avez pas pris vos précautions non plus. C’est autant votre faute que la mienne. Mais ce serait trop simple de l’admettre. Vous préférez vous voiler la face.
Elle mit les mains sur ses hanches pour prendre du courage et affermir sa position. Il n’y avait plus moyen de l’arrêter, elle était comme possédée.
– Tant que nous y sommes, je vais vous demander si je n’ai pas d’inquiétudes à me faire. Après tout, l’une de vos conquêtes d’un soir vous a peut-être laissé un cadeau empoisonné.
Son air se fit encore plus menaçant.
– Vous osez me mettre en doute ?
– Il faut bien que quelqu’un le fasse.
– Vous n’avez pas lieu de vous inquiéter à ce sujet, marmonna-t–il, agacé.
– Tant mieux, c’est toujours bon à savoir. J’ai une autre question. Vous m’avez emmenée ici pour être votre maîtresse pendant six mois. J’imaginais que ce poste incluait des ébats d’une nature ou d’une autre. Dans le désert, vous m’avez dit qu’il ne se passerait rien avant qu’on n’arrive au palais. Mais quand comptiez-vous aborder le sujet de la contraception ? Vous et vos airs princiers. Pourquoi prendre un tel risque ? Si votre descendance est si précieuse, vous devriez mieux vous protéger contre les tractations diaboliques des femmes qui souhaiteraient vous piéger au lit.
Il se raidit. Il était sur le point de parler mais elle le devança.
– Et inutile de me sortir votre fameux refrain du prince Kateb. Je ne suis pas coupable. Je n’ai rien fait de mal. Tout prince que vous êtes, vous auriez dû me demander si j’étais sous contraception avant de passer à l’acte.
– Retournez dans vos appartements, lâcha-t–il, hors de lui.
– Ah oui ? En prison vous voulez dire ? C’est ma punition ? Une fois de plus vous allez manquer à votre parole…
Elle tremblait, de peur et de colère. C’était un homme puissant et ils étaient au beau milieu du désert. Si elle disparaissait, personne ne le saurait.
Mais elle ne pouvait pas laisser la peur s’emparer d’elle. Elle avait appris ça il y a bien longtemps. Elle devait être forte, et se défendre bec et ongles.
– Retournez dans votre chambre. Vous resterez parmi nous jusqu’à ce que je sache si vous êtes enceinte.
Elle n’aimait pas son ton, et encore moins ce que cette dernière affirmation impliquait.
– Et si ne suis pas enceinte ?
– Vous serez rapatriée.
Elle ne prit même pas la peine de demander ce qu’il adviendrait d’elle si elle était enceinte. Elle connaissait assez les lois du El Deharia pour savoir qu’un enfant royal ne serait jamais autorisé à quitter les lieux et que si elle voulait rester en contact avec son enfant, elle serait bloquée ici à tout jamais.
Elle avait tant de choses à lui dire. Il y avait tant de choses qu’il ne comprenait pas. Mais à quoi bon ? Il avait une idée d’elle toute faite et fondée sur des faits erronés. Rien ne lui ferait changer d’avis.
Elle fit demi-tour et quitta le bureau de Kateb.
De retour dans ses appartements, Victoria ne fut pas surprise d’y trouver Yusra.
– Vous étiez au courant ? Il vous en a parlé ?
Le visage de la vieille femme resta figé.
– Kateb est inquiet.
– Je le déteste. D’ailleurs, j’aurais dû lui dire. Il rejette la faute sur moi. Il pense que j’ai voulu le piéger.
Elle s’effondra sur l’un des divans et enfouit son visage entre ses mains.
– Je n’ai rien manigancé. Pourquoi ne me croit-il pas ?
Yusra vint s’asseoir à côté d’elle.
– Il faut lui laisser du temps. Il finira par vous croire.
– Franchement, j’en doute.
Le pire n’était pas les paroles horribles qu’il avait prononcées mais le fait qu’elle s’était sentie rabaissée et injustement accusée.
– Kateb n’est pas comme les autres hommes.
– Il est aussi stupide que les autres.
– Les hommes ne voient que ce qu’ils ont envie de voir.
– Il pense que mon seul but est d’arriver à mes fins.
– Pour le moment, c’est vrai, mais il finira par se calmer et revenir à la raison.
– Vous pouvez me donner une date ?
– Bientôt.
– Vous dites ça pour me rassurer.
– Suivez-moi.
Victoria hésita quelques instants.
– Vous allez me conduire dans le donjon ?
– Non, je veux vous montrer quelque chose.
Yusra se leva et attendit patiemment que Victoria en fasse autant.
Elles traversèrent plusieurs couloirs avant d’arriver dans une grande salle vide. Avant d’avoir eu le temps de demander pourquoi elle l’avait emmenée dans cette pièce, elle vit une immense tapisserie murale.
Victoria s’en approcha. Il s’agissait d’un arbre généalogique. De près, elle vit avec quelle minutie cette œuvre avait été réalisée.
– Kateb peut retracer les origines de sa famille sur plus de mille ans. Ses ancêtres ont fait couler leur sang dans le désert. Entrer dans la famille royale, c’est avoir une place dans l’histoire.
Victoria avait grandi dans une petite ville du Texas où elle détestait tous les gens qui connaissaient ses origines modestes, son père et son obsession pour le jeu et les paris. Elle avait toujours voulu partir de là et recommencer à zéro. Sans devoir subir cet héritage qui lui pesait et l’empêchait d’évoluer. Sans cette réputation qui la suivait partout.
Là, c’était une autre dimension. De l’histoire en devenir. Il ne s’agissait pas d’une génération ou d’un roi. C’était une dynastie qui avait traversé les siècles.
Face à cette tapisserie, elle se sentit encore plus seule au monde.
– Si vous êtes enceinte, votre nom sera ajouté.
– Avec des « si »… Et si j’ai un enfant de lui, alors je serai bloquée ici à jamais.
– La vie n’est pas forcément un piège.
– Parfois, c’est l’impression que ça donne.
Un bébé ? Non, c’était impossible.
Elle repensa à ce que Kateb lui avait dit au sujet de son intention de piéger Nadim en tombant enceinte de lui. C’était faux. Mais elle savait qu’il était convaincu du contraire et qu’il n’en démordrait pas.
Si elle était enceinte, tout changerait. Elle serait moins seule et ferait partie d’une famille. Mais voulait-elle avoir son nom brodé sur cette tapisserie ? Avait-elle envie de porter l’enfant de Kateb ?
La réponse ne tarda pas à venir.
Non. Pas comme ça. Pas s’il pensait qu’elle avait agi ainsi pour le piéger. Et pas s’ils étaient à couteaux tirés. Elle refusait de mettre au monde un enfant dans des circonstances aussi peu propices.
– Si je ne suis pas enceinte, il a dit que je serais libre de partir.
– C’est ce que vous souhaitez ?
Une fois encore ses pensées la ramenèrent au comportement de Kateb la nuit précédente, à la passion dévorante qui s’était emparée d’eux, à l’homme qui lui avait permis de se servir de son fer à friser en plein désert.
C’était peut-être un homme bon et d’une grande douceur. Mais d’une part elle ne voulait pas lui donner son cœur, et d’autre part il la verrait toujours comme une opportuniste.
– Oui, c’est ce que je souhaite.
Yusra la dévisagea.
– Vous partiriez aussi facilement que ça ?
– Je connais Kateb depuis moins d’une semaine.
– Mais il est prince.
– Vous avez l’air déçu.
– Je le suis. Kateb devra bientôt se marier. S’il ne trouve pas de femme, elle lui sera imposée.
Un mariage arrangé ?
– Je ne crois pas qu’il acceptera. Il est trop têtu pour laisser quelqu’un influencer sa vie de cette façon.
– Pourtant, c’est ce qui arrivera.
Yusra donna l’impression de vouloir en dire davantage mais n’en fit rien.
– J’aimerais bien voir ça.
– Vous ne verrez rien, puisque vous serez partie.
Victoria aurait dû se sentir soulagée, mais c’était loin d’être le cas. Le moment venu, elle sentait que la raison la pousserait à partir, mais il y avait des chances pour que son cœur ne soit pas du même avis.
Quel triste dilemme !
Kateb n’arrivait pas à se concentrer sur les affaires courantes et il savait précisément la cause de sa distraction.
Victoria.
Demain serait un autre jour, se dit-il alors qu’il rejoignait ses appartements… pour justement y trouver l’objet de sa distraction.
Victoria était assise sur un divan, en train de lire un magazine de mode. Elle ne l’avait pas entendu approcher et il put l’observer sans se faire remarquer.
Ses longs cheveux blonds tombaient sur ses épaules. Comment résister à l’envie d’enfouir sa main dans cette chevelure dorée si soyeuse ? Ses formes généreuses étaient mises à leur avantage dans un petit haut à manches courtes et sa longue jupe lui donnait envie d’aller explorer ce qui se cachait en dessous.
Etant donné la situation, il aurait dû lui en vouloir, ne pas être attiré par elle, ne pas penser à elle. Mais elle avait hanté son esprit toute la journée. Malgré la colère qu’elle faisait naître en lui, il avait envie d’elle et c’est précisément cette envie qui le troublait et l’agaçait.
Elle remarqua sa présence et se leva immédiatement.
– Ils disent que le bleu marine sera le nouveau noir cet automne. Chaque année, on nous dit que telle ou telle couleur sera le nouveau noir. Mais en réalité, le noir reste toujours le noir.
Elle marqua une pause, levant les yeux au ciel.
– J’ai compris. Vous vous fichez pas mal des tendances de cet automne.
– Que faites-vous là ? demanda-t–il sur un ton sec.
– Je suis venue vous parler du projet de Rasha et des femmes qui travaillent avec elle. Comme tout à l’heure vous étiez trop occupé à m’accuser injustement, nous n’avons pas eu le temps d’aborder le sujet.
Il savait que sa colère contre elle était enfouie quelque part en lui mais elle ne se manifesta pas sur-le-champ.
– Je ne vous ai pas accusée injustement.
– Peu importe. Cette fois, je vais me concentrer uniquement sur la raison de ma venue ici. Ces femmes devraient pouvoir vendre ailleurs qu’à la ville et dans les pays voisins.
– C’est à elles d’en décider, pas à moi.
– Au contraire, cher prince. Tout le monde sait que les anciens vont vous élire au poste de nouveau chef et les gens font comme si cela avait déjà eu lieu. Rasha était très enthousiaste à l’idée que je vous parle de ce projet. Elles ont besoin de votre permission. Et comme je n’ai pas d’ordinateur pour me mettre au travail et les aider, moi aussi j’ai besoin de votre permission.
– Vous êtes très déterminée.
– Il faut bien que quelqu’un le soit. Elles méritent qu’on leur donne une chance de s’émanciper, de gagner plus d’argent. Et d’ailleurs, en parlant d’argent, j’aimerais pouvoir avoir accès à mon compte en banque.
– Pourquoi ?
– Pour être indépendante.
– Si vous voulez quelque chose, vous n’avez qu’à demander.
– Un homme muni d’un seau de pièces d’or va me suivre partout où je vais ? Et si j’ai envie d’aller m’acheter une robe, par exemple ?
– Ils enverront la facture au palais.
Ses yeux bleus le fusillèrent du regard.
Elle était visiblement très contrariée par la situation.
– Pas question. J’ai de l’argent et je veux pouvoir m’en servir.
– Tant que vous êtes ici, vous êtes sous ma responsabilité.
– Vous devez être choqué que je ne veuille pas de votre argent puisque pour vous je ne suis qu’une coureuse opportuniste qui a tout fait pour atterrir dans votre lit et vous piéger.
Il ne releva pas et alla se verser un whisky.
– Vous voulez boire quelque chose ?
– Non, merci.
Il but son verre d’un trait, sachant que ça ne résoudrait pas son problème, puis se retourna vers elle.
Elle tenta une nouvelle fois de plaider sa cause.
– Vous vous trompez à mon sujet. Ce n’est pas ce que vous pensez. Je me suis juré de ne plus jamais avoir de soucis d’argent mais je ne voulais pas de Nadim. Je sais que vous ne me croyez pas, mais c’est la vérité. Pour tout vous dire, j’étais sur le point de repartir aux Etats-Unis. J’avais envie de rentrer et de monter une petite entreprise. Vous pouvez demander à Maggie, la fiancée de Qadir.
– Je sais qui est Maggie.
– C’est mon amie, je lui ai fait part de mes intentions.
– Vous n’auriez pas été heureuse avec Nadim.
– Parce qu’il n’a aucune personnalité ?
Il s’efforça de ne pas rire.
– C’est une des raisons, en effet.
– Je peux facilement deviner une autre raison. C’est un homme et tous les hommes ont un problème de rivalité.
Il la dévisagea, perplexe.
– Dois-je vous rappeler à qui vous parlez ?
– Non, mais je sens que vous allez quand même le faire.
Elle marqua une pause, comme si elle ne savait pas comment continuer.
– Je n’ai pas essayé de vous piéger, vous et votre frère. Je ne veux pas non plus tomber amoureuse. J’ai vu ce que l’amour avait fait à ma mère. L’amour, c’est pour les faibles.
– Vous êtes trop jeune pour être aussi cynique.
– Et pourtant, c’est le cas.
Elle s’avança vers lui.
– Kateb, je ne suis pas enceinte. Je sais que je ne peux pas vous le garantir à cent pour cent, mais au risque d’entrer dans les détails, mon cycle s’est terminé la semaine dernière. Je comprends que vous vouliez en avoir le cœur net, et moi aussi, mais c’est peu probable.
Ses grands yeux bleus limpides semblaient indiquer qu’elle disait la vérité. Il eut envie de la croire sur parole.
– Nous verrons.
– Oui, nous verrons. Bon, à présent, parlons de Rasha et des bijoux. Ce serait une aubaine pour le village. Vous qui vouliez diversifier l’économie, c’est parfait. Et ces femmes ont vraiment besoin de votre aide.
– Comment le savez-vous ?
– Nous sommes au El Deharia. Le pays est progressiste mais ce n’est pas encore la parité parfaite.
– Sur ce point, vous avez raison.
L’idée était bonne et il aurait été idiot de l’ignorer parce qu’elle venait de Victoria.
– Apportez-moi un plan de développement et je l’étudierai.
Elle lui adressa un large sourire. Il eut envie de l’embrasser, ce qui l’agaça au plus haut point.
– C’est d’accord. Le seul petit problème, c’est que j’aurais besoin d’avoir accès à un ordinateur.
– J’en ferai livrer un dans vos appartements. Autre chose ?
– Des chocolats.
– Très bien. Vous pouvez disposer.
Elle le quitta, sans mot dire.
En la regardant traverser la pièce, il vit la hauteur vertigineuse de ses talons. Les chaussures n’avaient pas l’air d’être confortables mais elles lui seyaient à ravir.
L’espace d’un instant, il se demanda s’il n’en allait pas de même pour Victoria… Et si elle lui seyait à ravir ?