La maison haute
Caro
Il semblait impossible que la pluie ait cessé si soudainement, après tout ce temps, mais c’est ainsi que je m’en souviens, comme je me souviens du retour à la maison haute sous un grand soleil, Grandy ramant sur la masse liquide désormais immobile et tranquille. Je me souviens de Pauly penché par-dessus bord, une main dans l’eau, créant des ondulations du bout des doigts. Je me souviens de son autre main agrippée à la mienne, sans que je sache trop si c’était lui ou moi qu’il fallait sauver de la noyade. Je me souviens d’avoir enjambé le bord de la barque pour remonter la pente vers la maison haute qui se dressait, propre et brillante au soleil. Je me souviens d’avoir passé la porte d’entrée et de m’être traînée jusqu’à mon lit. Et là, j’ai dormi.
I
À mon réveil, le monde était lumineux et limpide ; le soleil brûlait dans l’azur pâle, éclairant le ciel et l’eau. Il y avait une odeur neuve, fraîche. Je suis descendue et j’ai trouvé Sally assise à la cuisine, en bottes et manteau. Elle était sortie jeter un œil, m’a-t-elle dit, constater l’étendue des dégâts. Le fleuve avait débordé et traversait désormais le village pour rejoindre la mer, laquelle avait submergé la digue de galets et pénétré les terres sur près d’un kilomètre. Il n’y avait plus de dunes. La marée recouvrait les marais. Qui sait à quoi tout ça ressemblerait, a-t-elle dit, quand l’eau redescendrait. Si toutefois elle redescendait.
— On n’est pas tout à fait une île, mais presque. Le bassin de retenue ne craint rien. La roue non plus. On peut rejoindre la lande par l’ouest. Le pont tient bon. Francesca avait vu juste.
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