La maison haute
Sally
J’avais donné à Grandy la moitié d’une fiole de morphine. Voyant son visage détendu, j’ai cru qu’il dormait et je me suis mise à lire les notices des antibiotiques dont j’étais allée chercher la boîte dans la grange. Je me disais que si je le protégeais des infections, sa hanche se remettrait alors peut-être suffisamment pour qu’il vive. J’ai fait de mon mieux pour ne pas imaginer ce que serait cette vie.
— Je suis un vieil homme, a-t-il dit soudain.
Les yeux ouverts, il me regardait.
— Rapide ou lente, la fin est inévitable. Je préférerais que tu gardes ce dont vous pourriez avoir besoin.
Tous les soirs, une semaine durant, on avait eu la même conversation et je sentais ce que lui coûtait sa patience. Je n’avais pas le droit de faire durer la situation, alors qu’il souffrait tant. Il n’avait pas encore eu à supplier et il était hors de question que je le réduise à cette extrémité. J’ai posé ma tête sur sa poitrine et j’ai écouté son cœur battre lentement.
— C’est beaucoup demander, a-t-il dit, mais je ne crois pas qu’on puisse parler de crime quand il s’agit d’une délivrance.
J’ai fermé les yeux. J’ai pris sa main dans la mienne.
I
Un peu avant l’aube, il a émergé un instant du sommeil et il a dit :
— Je suis tellement fier…
Et puis il est parti.
OceanofPD F.com