La marque, c’est moi

Marie Beauchesne · Chapitre 22 sur 37

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La marque, c’est moi

CHAPITRE 6 Communiquer sans parler

CHAPITRE 6

 

COMMUNIQUER SANS

 

PARLER

 

Le silence est parlant, un sourire en dit long, une veste en met plein la vue. La communication personnelle ne s’arrête pas aux mots. C’est aussi un discours incarné dans un corps, un corps qui parle pour nous et parfois même qui est plus parlant que nos mots. Il parle pour appuyer nos mots ou pour nous trahir. La communication non-verbale est indissociable de notre communication personnelle car elle a un impact sur ce que je veux que l’on retienne de moi. Le corps parle, et la manière dont on l’habille aussi. La mode parle pour nous et le vêtement agit comme une seconde peau. Je m’habille par besoin mais aussi pour faire passer un message

conscient ou non. Même le « 1  normcore » renvoie un message et donne des indications sur la personne qui a adopté ce « non-style ».

Une clarification s’impose cependant avant d’aller plus loin : non, la communication non-verbale ne représente pas 80 % (et même 93 % tant qu’à faire) de ce que l’on retient. Essayez de regarder un film danois, vous verrez bien si vous comprenez 80 % des dialogues. Pour le meilleur et pour le pire, nous sommes plus entraînés à utiliser notre cerveau cartésien qu’à lire le non-verbal. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas s’y intéresser pour autant. Mais restons un instant sur cette sombre histoire de statistique : « 93 % de la communication est non-verbale ». Le chiffre est issu d’une étude largement surinterprétée menée par le professeur Albert Mehrabian dans les années 1960 qui démontre la prévalence des expressions sur le verbal dans le cas de l’expression d’un seul mot (positif, neutre ou négatif) prononcé avec différentes intentions (positives, neutres ou négatives). L’étude s’intéresse à ce que les personnes qui écoutent un mot retiennent, sachant qu’ils voient également l’expression de celles qui les prononcent. Dans ce cas de figure, pour comprendre le sens, les participants vont se baser à 93 % sur le non-verbal. Comment en est-on arrivé à conclure que ce qui s’applique lorsque nous entendons un seul mot s’applique aussi lorsque nous écoutons un discours ? Excellente question. Je ne suis pas experte en propagation de légendes urbaines, mais le mythe a perduré longtemps, alors même que le professeur Mehrabian lui-même a apporté des clarifications et précisé que ces conclusions ne sont valables que dans le cas de l’expression d’émotions et pour l’expression d’un mot. Par exemple, à la question : « chéri, tu es toujours fâché ? », un « non » avec un visage fermé, une tonalité dure veut dire « oui ». Bon sens. Ainsi, depuis une dizaine d’années, de plus en plus d’études ont apporté un éclairage scientifique sur ce mythe et mettent ainsi en garde contre l’usage fallacieux de ce factoïde. Le chiffre est faux. Est-il inutile pour autant ? Pas forcément, car nous avons encore trop tendance à nous concentrer sur les mots et à ne pas garder suffisamment de temps pour nous préparer aussi d’un point de vue non-verbal. Le « non-verbal » tel qu’il était défini dans l’étude de Mehrabian incluait la voix et le langage corporel mais il peut aussi s’étendre aux images utilisées pour illustrer une présentation ou encore à la tenue que l’on porte. Bref, la communication non-verbale est loin de représenter 93 % de ce que l’on retient mais elle reste largement sous-exploitée, dans toutes ses dimensions.

Nom de scène, uniforme, logo, signature vocale, nous n’avons pas tous besoin de pousser le personal branding dans tous ses aspects. Ce qui compte est d’avoir une compréhension globale de ce que notre communication personnelle inclut, et des leviers que nous pouvons utiliser pour mieux parler de nous, pour apporter une touche personnelle à notre communication, rendre visible nos accomplissements et donner vie à nos idées. Pour construire le meilleur plan marketing personnel possible, on peut encore une fois se poser la question : qu’est-ce qui peut m’aider le plus rapidement possible à atteindre mon objectif ? Il se peut que la réponse soit dans la mise à jour de votre profil LinkedIn, tout comme elle peut être dans un renouvellement de votre garde-robe.

Il y a quelques années, une amie s’apprêtait à lancer une start-up ambitieuse dans le monde de l’art, un monde très codifié, avec beaucoup de séniorité où l’esthétique et l’apparence ont beaucoup d’importance. À vingt-cinq ans, avec peu d’expérience dans l’art et un parcours professionnel jusqu’alors porté plutôt sur le développement et l’entrepreunariat dans un tout autre domaine, elle m’a appelé pour faire une séance de shopping privée et l’aider à choisir quelques pièces fortes qui respecteraient à la fois son goût des couleurs, tout en collant à l’univers professionnel qu’elle allait intégrer, à l’intersection de la tech et de l’art. Quelques mois plus tard, elle bouclait sa première levée de fonds et signait ses premiers clients, galeristes mais aussi artistes référencés sur sa plateforme. Grâce, bien sûr, à son talent, à sa crédibilité d’entrepreneure déjà récidiviste, à un réseau solide, mais aussi à une confiance en elle qui se voit et se renforce jusque dans les détails visuels. Elle mettait ainsi en confiance un milieu pour qui les codes visuels et le sens de l’esthétisme sont plus qu’un accessoire.