La marque, c’est moi

Marie Beauchesne · Chapitre 6 sur 37

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La marque, c’est moi

Un besoin universel d'individuation

 

Parler de nous avec les autres est un besoin fondamental pour créer de la confiance. C’est aussi un besoin fondamental de l’être humain que de s’exprimer. Ce n’est pas mal de vouloir s’exprimer et de se sentir libre de le faire, c’est même vital. J’ai grandi dans une famille de psy, mon père était neuropsychiatre, ma mère psychologue. Rassurez-vous, ce livre n’est pas une psychanalyse. Mais on peut dire que je suis tombée dans la marmite quand j’étais petite. Je croyais m’être éloignée de ces thématiques avec le marketing de soi mais je me suis rapidement rendu compte, en étant face à des groupes et à des individus, qu’il fallait faire dialoguer ces deux parties de mon ADN, familial et académique, pour réellement parler de communication personnelle et dépasser les aspects pratico-pratiques de la gestion d’un compte LinkedIn. Parler de soi suppose de se connaître et de conscientiser pour pouvoir résoudre certaines questions.

 

Une question d’ego ?

 

Les questions, ou plutôt les objections, auxquelles je dois le plus souvent répondre, lors de formations ou d’accompagnement individuel, tournent autour des mêmes thématiques : ego, narcissisme, individualisme. « Comment je fais pour parler de moi sans en avoir l’air, et même sans devenir narcissique ? J’ai peur de ressembler à ces personnes qui ont trop d’ego ». Ces questions m’interpellent car je sens confusément qu’elles sont dans l’écrasante majorité des cas un bouclier censément vertueux mais envers soi-même, qui empêche de se rendre justice sous prétexte de ne pas déranger et de ne pas faire d’ombre aux autres – ou tout du moins à l’idée qu’on se fait d’une personne vertueuse.

Sur un plan tout à fait pratique, je pense que cette question peut être éludée, du moins temporairement, pour se concentrer sur ce qui est. Parler de soi n’a pas besoin d’être une inflation de soi, cela peut tout simplement s’apprendre via des techniques de communication pour dire ce qui est, c’est-à-dire s’appuyer factuellement sur ce que l’on fait pour formuler un positionnement qui nous aide à se présenter lors de toutes situations professionnelles que nous pouvons rencontrer (et où nous avons besoin de se présenter, à l’oral comme à l’écrit). C’est ni plus ni moins une compétence et un métier. Ainsi, lorsque je travaille avec des groupes, il m’arrive souvent de leur faire faire un exercice pour se présenter à partir de compétences listées au préalable. Lorsqu’il m’arrive de reformuler pour montrer comment améliorer la manière de se présenter, je rencontre souvent des regards surpris de se découvrir à travers la voix de quelqu’un d’autre et, parfois, de découvrir un autre soi plus impressionnant. Pourtant, sur la base d’un exercice de quinze minutes je n’invente rien, je ne peux que réorganiser les informations et les reformuler de manière à ce que le positionnement soit perçu de manière claire et positive. Ce sont des techniques qui s’apprennent et qui peuvent être utilisée pour rendre limpide et positif (sans rentrer dans le mélioratif ou le superlatif) qui vous êtes auprès des autres. Apprendre à s’exprimer est a minima un besoin contemporain lié aux usages de notre monde professionnel et il est utile de savoir le faire correctement.

Mais revenons à l’ego. Je ressentais confusément que ce « gros mot » était utilisé à tort et à travers et que je ne pouvais pas éluder totalement ce concept. Il fallait creuser le sujet et aller chercher des réponses plus précises, au-delà de mon ressenti personnel. J’ai alors rencontré Angelo

Foley , psychothérapeute, directeur artistique et créateur du podcast et 8

compte Instagram « Balance Ta Peur », qui a déjà traité ces questions autour de la réalisation de soi, des peurs et de l’ego, et qui m’a clarifié ce qu’est l’ego :

« L’ego est un concept incompris : il y a une confusion entre l’orgueil et l’ego. L’orgueil est une stratégie de l’ego mais ce n’est pas l’ego. D’ailleurs, quand on dit que quelqu’un a trop d’ego, ça ne veut rien dire. En termes de psychisme, et même de spiritualité, l’ego c’est la personnalité, le véhicule. Personne ne peut avoir trop d’ego et a contrario il est impossible de ne pas en avoir. L’ego est un outil d’incarnation – c’est l’outil qui nous permet de nous différencier des sept milliards d’individus. C’est la somme de tout ce qui nous limite ou plutôt nous délimite, à commencer par notre limitation corporelle. C’est un premier moteur qui nous sert à ne pas être fondu et dilué dans la masse parce que j’ai fondamentalement besoin de ressentir que je ne suis pas tout le monde. »

 

Ouvrez vos chakras !

 

Au-delà du blocage psychologique, j’ai également observé que parler de soi dans un monde qui a besoin de « nous » touche aussi au domaine des croyances ou du spirituel. S’affranchir du « petit moi », œuvrer à quelque chose de plus grand que soi, penser « collectif » est considéré comme bien plus noble que penser individuel. Dans le vocable commun, une personne qui communique sur elle est une personne avec beaucoup d’ego, et qui est donc sur la voie contraire de l’amour et de l’altruisme. De ces questions dichotomiques où la communication se pense en noir et blanc ressort une contradiction qui n’a pas lieu d’être. Effectivement, l’attachement à l’ego peut bloquer l’accès à un état spirituel supérieur – du moins selon certaines traditions spirituelles orientales. Mais se détacher de quelque chose suppose bien d’avoir ce quelque chose à la base.

Je dois ces explications à l’une de mes amies les plus proches qui a choisi il y a cinq ans de quitter le monde de la communication pour se consacrer à une pratique spirituelle ancrée dans les traditions orientales. Pour simplifier, selon ses termes, « pour pouvoir dissoudre l’ego, encore faut-il en avoir ». On retrouve cette idée dans l’expression des chakras : « l’objectif est d’avoir un rapport harmonieux sur tous les plans et au niveau de tous les chakras, y compris le troisième qui est celui rattaché à l’ego ». Aussi, le septième et dernier chakra peut être bloqué par cet attachement à l’ego, mais ce troisième chakra est lui-même très utile pour la confiance en soi, l’expression de soi et la force de volonté – elle-même nécessaire pour avancer sur un chemin spirituel, aussi radical soit-il. Cette croyance que l’ego est mal peut même être dangereuse car « elle peut aussi bien conduire à la prétention d’avoir dépassé l’ego alors que c’est une illusion »… ou mener à la création et l’expression d’un ego spirituel qui est ni plus ni moins un nouvel attachement à une identification. Comme souvent, ce qui arrive à nos oreilles, ce que nous retenons, est à peu près aussi précis qu’une information transmise par bouche-à-oreille. Nous retenons donc « l’ego c’est mal » là où la réalité est beaucoup plus nuancée : « nous pouvons utiliser cette énergie pour notre profit personnel, ou pour porter des idées et des projets bénéfiques au monde. Tout dépend ce qu’on en fait, mais l’ego n’est pas intrinsèquement mauvais ». Nous avons besoin d’ego pour prendre notre unique place dans le monde, mais in fine nous aurons aussi besoin de nous détacher de notre individualité pour être capable de se connecter à quelque chose de plus grand que nous.

Ce quelque chose de plus grand que nous peut être d’ordre spirituel ou tout simplement évoquer un « collectif », ou encore un intérêt général dans une vision plus laïque des choses. Le philosophe Fabrice Midal, fondateur de l’École Occidentale de méditation, une pratique qu’il enseigne depuis plus de vingt ans avec une approche laïque, dit à propos de la notion d’ego que celui-ci : « nous aveugle comme celle du diable

aveuglait nos ancêtres » 9. Laissons le conflit intérieur derrière nous pour nous défaire de cette tension lorsque nous nous exprimons. L’ego est un moteur puissant, mais il ne peut être le seul. Nous avons autant besoin d’individuation et de prendre notre place que de ne pas être seul et de nous connecter avec les autres. Tout est personnel, mais tout est question d’équilibre.

À RETENIR

• La communication personnelle est un besoin fondamental des êtres humains :

un ressenti sympathique, une connexion personnelle, est plus utile qu’une démonstration de compétence pour susciter la confiance.

• Nous avons besoin de personnel pour susciter la sympathie : nous dévoiler pour

témoigner que nous sommes dignes de confiance et faire parler notre interlocuteur de lui-même pour lui renvoyer une image positive de lui.

• Le lien de proximité, géographique ou symbolique, est essentiel pour créer de la

confiance. Nous avons plus confiance en « Martin Machin » qu’en « les patrons », plus confiance en « notre entreprise » que « les entreprises » et plus confiance en les petites entreprises qu’en les multinationales. Ce biais de proximité peut nous jouer des tours : à nous d’être vigilant et d’en être conscient pour recréer ce lien quand nous voulons nous connecter avec une audience ou des clients.

• Nous avons besoin d’exprimer notre unicité face à autrui, ce n’est pas en

contradiction mais complémentaire avec la possibilité d’être en lien avec eux.

• Il faut arrêter de prendre l’ego pour le coupable de tous nos maux et confondre

ego avec orgueil.

 

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