La marque, c’est moi

Marie Beauchesne · Chapitre 29 sur 37

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La marque, c’est moi

Partie 3 Nous sommes parce que je suis

PARTIE 3

 

Nous sommes parce que je suis

 

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U buntu. « Je suis parce que nous sommes ». C’est la devise de mon ami

Bolewa Sabourin, chorégraphe, artiviste et auteur . C’est lui qui m’a 1 appris la valeur de ce que ce mot voulait dire. Les mots et notre langue ont un impact sur notre vision du monde et le fait qu’un tel mot existe en langue Bantu et non en français est peut-être représentatif de notre absence de pensée sur les relations entre le « moi » et le « nous ». Si « je suis parce que nous sommes » peut sembler évident, l’inverse est tout aussi vrai. Une entreprise, ni une société d’ailleurs, ne peut exister sainement si ses membres ne sont pas à l’aise avec eux-mêmes, conscients et acteurs de leur identité, jamais figée mais toujours assumée. Lors de notre dernière conversation, Bolewa me rappelait d’ailleurs cette philosophie : le « moi » et le « nous » sont indissociables. Dans « je suis parce que nous sommes », le « je » précède le « nous » dans la phrase, et « il n’y a pas de collectif fort s’il n’y a pas d’individu fort. C’est un principe de réciprocité et une philosophie d’interdépendance. On nous a dit dans notre binarité qu’il fallait choisir, mais c’est une philosophie d’interdépendance et d’équilibre ».

Dans un moment où nous devons repenser l’importance de la solidarité, prendre des décisions en tant que collectif, nation, civilisation, face au changement climatique, aux menaces sanitaires ou aux inégalités, est-ce vraiment le moment de parler de soi et de se mettre en avant ? Encore une fois, il n’est pas question d’écraser les autres et de jouer au profiteur de guerre en ramenant à soi la couverture, mais il est bien question de remettre l’individu au centre pour donner corps à nos idées. Il s’agit d’incarner les changements que nous voulons voir advenir, et de nous réapproprier des idées plutôt qu’acquiescer docilement. L’individualisme, en effet, peut être un symptôme à combattre, mais il ne faut pas confondre individualisme et responsabilité individuelle. Car parler de soi, incarner ses idées, nous met en responsabilité vis-à-vis de nous-mêmes et des autres. Qui se connaît et sait parler de lui avec justesse n’amène pas dans le groupe son poison intérieur. Mais parler de soi est plus facile à dire qu’à faire et il nous faut des techniques, des méthodes, des outils, sans quoi cette belle idée n’est qu’un concept peu actionnable et inapte à apporter le changement personnel et collectif dont nous avons besoin ; il nous faut apprendre des choses qui ne sont pas naturelles pour nous. Et c’est ce que nous venons d’aborder dans la partie précédente à travers des exercices, certains très courts, d’autres plus longs, des méthodes à suivre par soi-même ou des cadres de pensée sur lesquels s’appuyer.

Mais ne nous leurrons pas, derrière les outils il y a une idée plus profonde : celle que nous avons envers nous-même non seulement une responsabilité mais aussi un pouvoir d’action. La sagesse n’est-elle pas de changer ce que nous avons le pouvoir de changer et de lâcher-prise face à ce qui ne nous appartient pas ? Nous amenons dans le groupe notre histoire – et il est de notre ressort de la raconter avec justesse – mais aussi nos valeurs – et il ne tient qu’à nous de les incarner – et enfin nos ambitions et nos envies – qu’il n’appartient qu’à nous d’exprimer.

La relation du « moi » au « nous » est l’objet de cette dernière partie. Il est question, très concrètement, de s’appuyer sur son réseau – qui fait intégralement partie d’une bonne stratégie de personal branding – mais aussi de réciprocité, et de trouver le juste équilibre dans nos échanges interpersonnels. Qui dit image personnelle dit ce qui se voit, et se prête donc à la comparaison ou à la copie. Notre relation à l’autre influence aussi notre manière de communiquer, et il est vite arrivé de passer d’une communication personnelle à une communication de personnage.

Cette communication désincarnée, copiée-collée et suradaptée à un environnement, n’est pas l’apanage des réseaux sociaux qui sont souvent accablés de tous les maux. On la retrouve aussi en entreprise où l’absence de communication individualisée et la prévalence de normes posent des problèmes d’efficacité, d’adoption, de résistance au changement, mais aussi de sens. C’est un sujet qui est particulièrement marquant sur l’adéquation entre valeurs d’entreprise et leur incarnation par le top management. Heureusement, tous les dirigeants, tous les managers, ne rentrent pas dans ce moule en demi-teinte très peu réjouissant. La communication personnelle est ainsi un moyen formidable pour inspirer, faire vivre une idée et incarner le changement.

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