La Méditation - Cours de base en dix leçons

Barry Long · Chapitre 11 sur 16

Pages du PDF

La Méditation - Cours de base en dix leçons

Leçon 7 : Comment faire face à l'inquiétude

LEÇON 7

Comment faire face à l'inquiétude

 

Lorsque vous êtes dans l'inquiétude sans pouvoir en sortir, vous êtes sous l'emprise du mental. Il est évident que personne ne se trouve continuellement dans l'inquiétude. Celle-ci arrive par vagues. Quand vous la subissez, asseyez-vous donc comme d'habitude, respirez profondément, portez votre attention sur tout votre corps afin d'établir un état de stabilité, et observez ce qui se passe. Es-sayez de fixer la première image qui surgit ; continuez de la maintenir le plus longtemps possible. Ensuite, après avoir cédé à l'association d'images, et avoir réussi à en sortir, remontez à la source si cela vous est possible.

Il va vous falloir travailler plus dur pour rester présent ou conscient. Les va-gues porteuses de pensées dérangeantes vont être très fortes. Vous allez proba-blement vous essouffler pendant que le mental se rebelle ; il veut arrêter la tenta-tive d'être conscient, afin de continuer à jouir sans entrave de son état d'inquié-tude. Désormais, vous devriez avoir suffisamment de contrôle pour arriver à maintenir une distance vis-à-vis du flot de pensées, pour revenir vers vous-même, même si vous recommencez rapidement à vous identifier à cette inquié-tude.

L'essentiel est que vous soyez fermement déterminés à garder une distance. D'un côté, il y a l'inquiétude qui naît de vos pensées ; de l'autre, il y a vous, l'ob-servateur. Cette inquiétude n'est pas vous.

 

68

Ce qui importe, c'est de savoir combien de fois par minute, par heure, par jour, vous vous rappelez qu'il vous faut prendre vos distances ; et non pas com-bien de temps vous pensez avoir maintenu chaque séparation.

Ne vous découragez pas. C'est difficile. Mais si vous persévérez, même lors-que vous avez souvent un sentiment d'échec, vous êtes déjà en train de gagner : vous êtes en train d'accroître votre conscience.

•

L'inquiétude accompagne toujours un sentiment de perte ou de défaite. Si elle accompagne une anticipation d'une perte ou d'une défaite, c'est la peur. Une telle perte vous semblera toujours très personnelle ; vous observerez cependant qu'elle peut être classée dans l'une des catégories suivantes : perte de pouvoir, de statut, de prestige, de possessions, perte de la permanence (en ce qui concerne la santé), ou perte d'une personne. Dans chaque cas, vous perdez une partie de vous-même – et cela fait mal.

L'ampleur apparente de la perte n'est pas le facteur déterminant. Pour certains, la perte de leur réputation a plus d'importance que la mort de leur enfant. Les valeurs varient avec les individus. Ce qui ne varie pas, c'est le sentiment de la perte, et le poids du chagrin qui s'ensuit.

À mesure que la méditation va creuser plus profondément en vous, elle va également approfondir votre capacité à éprouver du chagrin. Ce chagrin cepen-dant ne dépendra pas des convictions et des préférences personnelles. Ce cha-grin – qui, en réalité, est une très, très profonde aspiration pour ce qui est inex-primable – constitue la beauté de l'homme et de la femme, et, quand il surgit, c'est un réveil.

 

69

Peu à peu, la méditation fait disparaître la sensation de perdre quelque chose ; et finalement, elle vous débarrasse de toute inquiétude. Elle transforme un cha-grin persistant en amour.

Laissez-moi vous rappeler comment la méditation y parvient. Elle supprime le faux qui est en vous par la perception consciente de ce qui est faux. Vous vous débarrassez du faux à partir du moment où vous en avez une perception consciente. Au-dessous du faux – sous les décombres – se trouve l'être que vous êtes réellement. Et à l'intérieur de cet être réel que vous êtes, se trouve ce senti-ment merveilleux que chacun, sans exception, aspire à retrouver : l'amour, car il semble qu'on ait perdu le contact permanent avec lui.

L'inquiétude est fausse. Le fait de vous le dire ou que vous le sachiez n'est pas suffisant ; il faut que vous soyez capable de la faire cesser. Vous devez en res-sentir la douleur. Vous devez vous rendre compte qu'elle est fausse, pas seule-ment lorsque vos soucis cessent, mais précisément au pire moment. Après l'orage, tout le monde se rend compte que l'inquiétude est une chose stupide ; mais pourtant, à chaque fois, on recommence à s'inquiéter. Vous pouvez être déterminé à croire que l'inquiétude est fausse, ou vous pouvez affirmer que vous le savez : cela importe peu, vous allez recommencer à vous inquiéter. Comme tout ce qui est faux, vous ne pourrez maîtriser l'inquiétude qu'en la comprenant, et ceci au moment où elle s'anime et à l'endroit même où elle s'active : en vous-même.

Toute chose, pour être comprise, doit être observée dans son fonctionnement, elle doit être examinée si possible de l'intérieur ; soyez présent dès que la chose naît.

Si vous méditez régulièrement et sérieusement, vous allez vous apercevoir que la séparation se produit en vous d'une façon naturelle. Lors d'une période de

70

chagrin, il y aura des interludes étrangement calmes. Cette distanciation est le signe incontestable d'un progrès.

•

C'est l'intérêt personnel qui suscite l'inquiétude. Mais il n'y a rien de mal à ce-la. Sans intérêt personnel, nous ne serions utiles à personne ni bons à rien ; nous mourrions. L'inquiétude cependant est un faux intérêt personnel, parce qu'elle ne comporte aucune intention de passer à l'acte.

Le véritable intérêt personnel aboutit à l'action – sans se préoccuper de savoir si l'action est bonne ou non. Ceci n'est pas le cas pour le faux intérêt personnel. L'inquiétude ne contient jamais une intention d'agir, parce qu'elle n'a jamais d'objectif sincère. Elle est inconsciente ; c'est une illusion délibérée, un mouve-ment sans but, qui se passe entièrement dans la tête.

Là encore, vous devez vous méfier des ruses que le mental va mettre en œu-vre. Il fera semblant d'explorer les possibilités de passer à l'acte. Mais il ne le fait pas. Vous devriez vous rendre compte par vous-même qu'à partir du moment où vous concevez un authentique plan d'action dans le dessein de redresser la situation, vous êtes obligé de cesser de ressentir de l'inquiétude.

Une action planifiée présuppose l'existence d'un objectif. Elle ne peut se réali-ser qu'à partir d'une ligne de pensée claire et cohérente, et l'appréhension des faits tels qu'ils sont. Vous êtes trop occupé à rassembler les faits pour vous in-quiéter et, par la suite, trop occupé à exécuter votre plan. Vous allez rejeter les impressions. Elles sont fausses et constituent un tremplin pour l'inquiétude. Et précisément parce qu'elles sont fausses, elles ne résisteront pas à votre examen fait en pleine conscience.

 

71

Voici le test que vous pouvez appliquer pour vous-même : est-ce que j'ai vraiment l'intention d'agir en me conformant au courant de pensée que je suis en train de suivre ? Si ce n'est pas le cas, laissez tomber. Soyez honnête, soyez fort.

Si vous avez désespérément besoin d'argent et avez décidé de cambrioler une banque, vous n'allez pas vous inquiéter dès que vous êtes résolu de passer à l'acte. Il est possible que vous soyez nerveux ; la nervosité, cependant, n'est pas l'inquiétude. Une fois que la décision est prise, vous n'évaluerez que les faits qui mènent à la réussite du coup. Par contre, si vous pensez à cambrioler une banque tout en sachant que vous n'avez aucune intention réelle de le faire, votre mental refusera de travailler pour vous d'une façon efficace. Il jouera avec des impres-sions – des rêveries inutiles ou des fantasmagories, qui ne peuvent déboucher sur rien de concret. Tel est la face apparemment inoffensive de cette terrible mé-daille qu'est l'inquiétude.

•

Voyez combien l'illusion sur soi due à l'inquiétude donne à votre mental une tournure distordue, biaisée. Au lieu penser d'une manière directe, le mental va gémir et tourner en rond dans une pensée circulaire qui revient toujours à son point de départ : la perte, l'impuissance ou le chagrin, mais qui se garde bien d'aborder la question de savoir ce qui, concrètement, peut être fait maintenant.

Quand vous êtes dans l'inquiétude, observez que si vous êtes capable de fixer la première image, vous devenez incapable de continuer à vous inquiéter. Il se peut que la perte ou le chagrin continue à se faire sentir comme une certaine lourdeur, comme un sombre nuage évoluant à l'arrière-plan. Mais cela ne sera pas accompagné d'une pensée ; et cela constitue une bien étrange expérience

 

72

pour un homme ou une femme qui avait l'habitude de rester allongé(e) dans son lit à s'inquiéter.

Il n'est évidemment pas facile d'épingler ainsi le mental et de le maintenir dans le calme alors que vous êtes la proie de vos émotions. On ne pourra y par-venir simplement en s'efforçant de méditer une ou deux fois sur l'inquiétude. Le succès viendra grâce à une pratique persévérante de chacun des exercices indi-qués dans ce livre, et donc de votre dévotion ou consécration à votre but.

•

 

73

Si vous êtes incapable de vous arrêter de penser dans les moments agréables, vous allez rencontrer des difficultés plus grandes encore dans les moments désa-gréables.

Il y a un certain nombre de routines différentes qui excitent votre mental. Par exemple :

• vous remémorer les conversations que vous avez eues aujourd'hui ;

• penser à l'émission de télévision de la veille au soir ;

• partir dans des rêveries à propos de l'argent, des vacances, des possessions ou du sexe ;

• passer en revue mentalement les événements de la journée tandis que vous êtes en train de prendre un bain ou allongé dans votre lit la nuit.

Observez-vous pendant que vous êtes absorbé dans ce passage en revue.

Pourquoi est-ce que je laisse mon mental être ainsi absorbé ?

Voyez combien éphémère et fade est le plaisir dans tout cela.

Voyez combien le mental est rapace. Combien il se repaît avec avidité du pas-sé.

Quelle est la proportion de mes pensées qui sont réellement nécessai-

res ?

Voyez combien toute cette activité mentale sans but gaspille votre vitalité.

 

74

Situation : en train de marcher dans la rue.

Certaines personnes ont tendance à lire toutes les enseignes des magasins et les panneaux publicitaires.

Est-ce que c'est votre cas ?

Est-ce que, dans votre for intérieur,

vous nommez et étiquetez

tout ce que vous voyez autour de vous ?

Si tel est le cas, observez comment ceci place un écran

entre vous et votre expérience vécue.

Remarquez également combien vous le faites moins

quand vous êtes à la campagne,

parmi des choses naturelles.

Les choses faites par l'homme ont été fabriquées

par le mental des hommes, et vous incitent à penser.

Vérifiez cela pour vous-même.

Il se peut que cela ne soit pas vrai.

 

75

Situation : vous avez un problème.

Vous y avez réfléchi, mais sans que ça vous mène nulle part.

Attrapez alors la pensée principale,

celle qui revient continuellement.

Fixez votre attention sur elle.

Maintenant, demandez-vous :

Combien de fois ai-je déjà pensé à ceci ?

Ensuite, passez les faits en revue.

Quelle est la situation ?

Examinez si telle ou telle action doit être entreprise.

Ai-je véritablement l'intention d'agir ?

S'il y a quelque chose que vous pouvez faire...

Je le ferai maintenant.

S'il n'y a rien à faire.

Pourquoi est-ce que je continue d'y penser ?

S'il y a plusieurs possibilités,

et, par conséquent, de l'incertitude, de la confusion ...

Qu'est-ce que je veux ?

Si vous ne le savez pas, pénétrez-vous du sentiment de vouloir faire quelque chose.

Ce sentiment se trouve quelque part dans votre corps.

Il n'y a rien d'autre à faire pour le moment.

Abandonnez toute pensée.

 

76

Chaque jour, augmentez la durée que vous accorderez à vous asseoir en médi-tation.

Les moments de profonde angoisse,

lorsque votre mental est désespéré,

sont des moments appropriés pour utiliser

tout ce que vous avez appris jusqu'à présent.

S'il se trouve que la méditation

semble à vos yeux ne pas porter de fruit,

et que vous ne parveniez pas à arrêter les pensées,

alors, souvenez-vous :

À chaque tentative, ma conscience s'accroît.

Et rappelez-vous :

Il y a l'inquiétude.

Et il y a votre corps.

Ce n'est pas la même chose.

L'inquiétude, ce n'est pas moi.

 

77