La moisson rouge

Dashiell Hammett · Chapitre 9 sur 27

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La moisson rouge

Chapitre IX: Le Couteau Noir

CHAPITRE IX

 

 

LE COUTEAU NOIR

 

Le lendemain matin, je me réveillai avec une idée en tête. Personville n’avait que quarante mille habitants ; il ne devait donc pas être trop difficile d’y répandre une nouvelle. Dix heures me trouvèrent à l’œuvre.

La réalisation de mon projet m’amena dans les salles de billards, les boutiques de marchands de cigares, les speakea-sies, les glaciers et les coins de rues, c’est-à-dire partout où je pouvais trouver un ou plusieurs hommes en train de ba-guenauder. Dans tous les cas, ma technique était quelque chose dans ce genre :

– Vous n’auriez pas une allumette ?… Merci… Vous al-lez voir les matchs de boxe ce soir ?… J’ai entendu dire que Ike Bush se laisserait descendre pour le compte au sixième round… Il y a des chances pour que ce soit vrai, c’est Whis-per qui me l’a dit… Oui, toujours des combines.

Les gens aiment connaître le dessous des cartes et à Personville, tout ce qui venait de Whisper pouvait être con-sidéré comme confidentiel. Ma nouvelle se répandit rapide-ment. La moitié des individus à qui j’avais passé le tuyau n’avait rien eu de plus pressé que de le répéter à tout venant, simplement pour montrer qu’ils étaient bien renseignés.

Lorsque j’avais commencé mon manège, on offrait à Ike Bush vainqueur à sept contre quatre et à deux contre trois

 

– 101 – qu’il gagnerait par knock-out. Dès deux heures, aucun bookmaker n’aurait voulu accepter un pari sur lui autrement qu’à égalité et à trois heures et demie Kid Cooper était net-tement favori à deux contre un.

Je fis ma dernière station dans un grill-room où, tout en mangeant un sandwich rosbif chaud, je communiquai la nou-velle au garçon et à deux consommateurs voisins.

Lorsque je sortis, je trouvai un homme qui m’attendait près de la porte. Il avait les jambes en cerceau et une longue mâchoire aiguë comme celle d’un porc. Après m’avoir salué d’un signe de tête, il m’emboîta le pas, mâchonnant un cure-dent et m’examinant d’un œil oblique. Arrivé au coin de la rue, il déclara :

– Je tiens de bonne source que ce n’est pas vrai.

– Quoi ? demandai-je.

– Qu’il y a une combine avec Ike Bush. Je tiens de bonne source que ce n’est pas vrai.

– Alors, je ne vois pas ce que ça peut vous faire. Mais les gens qui s’y connaissent misent sur Kid Cooper à deux contre un. Et il n’aurait jamais eu cette cote là si l’on ne sa-vait pas que Bush va le laisser gagner.

L’homme à la mâchoire de porc cracha son cure-dent et jappa en montrant ses dents jaunes :

– Il m’a dit lui-même en personne que Cooper était du nanan pour lui et il ne voudrait pas me bourrer le crâne.

– C’est un de vos amis ?

 

– 102 –

– Pas précisément, mais il sait que… Dites, écoutez… C’est vraiment Whisper qui vous a donné le tuyau ?

– Parfaitement, c’est lui.

Il se mit à jurer avec amertume.

– Et dire que j’ai misé mes derniers trente-cinq dollars sur ce salaud-là parce qu’il m’avait donné sa parole ! Moi qui pourrais lui faire… Il s’interrompit, regardant au loin dans la rue.

– Qu’est-ce que vous pourriez lui faire ? questionnai-je.

– Des tas de choses, répondit-il. Ne vous en faites pas pour ça.

J’émis une suggestion :

– Si vous savez quelque chose sur lui nous pourrions peut-être en parler un peu ? Je ne détesterais pas, moi non plus, que ce soit Bush qui gagne. Si ce que vous savez peut servir pourquoi ne pas lui dire deux mots ?

Il me regarda, regarda le trottoir, fouilla dans sa poche pour chercher un autre cure-dent, le fourra dans sa bouche et grommela :

– Qui êtes-vous d’abord ?

Je lui donnai un nom, quelque chose comme Hunter ou Huntington, et lui demandai le sien. Il me répondit que son nom était MacSwain, Bob MacSwain, et que je pouvais de-mander à tout le monde dans la ville si ce n’était pas vrai.

Je lui répondis que je le croyais et je repris :

 

– 103 –

– Qu’est-ce que vous en dites ? Si nous faisions une pe-tite pression sur Bush ?

Des lueurs furtives et dures apparurent dans ses yeux et disparurent.

– Oh ! non ! hoqueta-t-il. Je ne suis pas un type à faire ça. Je n’ai jamais…

– Vous n’avez jamais fait que vous laisser rouler par tout le monde. Vous n’aurez pas besoin d’y aller vous-même. Donnez-moi vos renseignements et je me charge de l’affaire… s’il y a une affaire à faire.

Il retourna ma proposition dans son esprit, passant plu-sieurs fois sa langue sur ses lèvres d’un air indécis. Son cure-dent tomba sans qu’il y prit garde et resta accroché à l’étoffe de son veston.

– Vous ne lui laisseriez pas deviner que je suis dans le coup ? interrogea-t-il. J’habite ici et ça me mettrait dans de sales draps si on apprenait que j’ai fait ça. Et vous ne le don-nerez pas non plus ? Vous ne vous servirez de ce que je vais vous dire que pour l’obliger à courir sa chance ?

– Parfaitement.

Il me saisit la main d’un air agité et questionna :

– C’est juré ?

– C’est juré.

– Son vrai nom est Al Kennedy. Il a fait partie de la bande qui a commis l’attentat contre le Keystone Trust à Philadelphie il y a deux ans, quand les types de Scissors Haggerty ont démoli deux messagers de la Compagnie. Al

 

– 104 – n’a pas pris part aux meurtres mais il était dans l’affaire. Ha-bituellement, ses matchs avaient lieu à Philadelphie, mais le reste de la bande a été pincé et il a été obligé de filer. C’est pourquoi il reste planqué ici et pourquoi il ne veut jamais laisser prendre sa photographie, que ce soit pour les jour-naux ou pour des cartes postales. C’est pourquoi aussi il ne fait que jouer les seconds plans quand il pourrait être parmi les meilleurs. Vous comprenez ? Ike Bush n’est autre que Al Kennedy que les flics de Philadelphie recherchent pour l’affaire du Keystone Trust. Comprenez-vous ? Al Kennedy…

J’interrompis ce carrousel.

– La première chose à faire est d’aller le voir. Comment allons-nous nous y prendre ?

– Il perche au Maxwell, dans Union Street. Il doit s’y trouver en ce moment, en train de se reposer pour combattre ce soir.

– Se reposer ? Pour quoi faire ? Il ne peut pas se douter que ce ne sera pas un combat au chiqué. Enfin, nous pou-vons essayer quand même.

– Nous, nous ? Comment, nous ? Vous avez dit… Vous avez juré que je ne paraîtrais pas dans l’affaire !

– C’est vrai, dis-je, je m’en souviens. À quoi ressemble-t-il ?

– C’est un type jeune, brun, plutôt mince, avec une oreille en choux-fleur et des sourcils qui se rejoignent. Je ne sais pas comment il va prendre ça…

– Ne vous en faites pas pour moi. Où pourrais-je vous re-trouver ensuite ?

 

– 105 –

– Je vous attendrai du côté de chez Murry. Prenez garde de ne pas parler de moi, vous l’avez promis.

Le Maxwell faisait partie d’une rangée d’hôtels s’alignant dans Union Street dont les portes étroites s’ouvraient entre les boutiques pour donner accès à des es-caliers crasseux menant à des bureaux situés au second étage. Le bureau de l’hôtel Maxwell n’était d’ailleurs qu’un élargissement du hall où pendait un casier pour les clés et le courrier des locataires. Un comptoir de bois, qui aurait eu besoin d’une nouvelle couche de peinture séparait le hall de cet endroit. On voyait sur ce comptoir, une sonnette de cuivre et un registre malpropre. Il n’y avait personne.

Je fus obligé de revenir pas mal en arrière dans le re-gistre avant de retrouver l’inscription : Ike Bush, Salt Lake, 214. Le casier portant ce numéro était vide. Je grimpai un étage et frappai à la porte marquée 214. Personne ne répon-dit. Je frappai encore deux ou trois fois avant de faire demi-tour vers l’escalier.

Quelqu’un montait. J’attendis sur le palier pour lui jeter un coup d’œil. Il y avait juste assez de lumière pour ça.

C’était un jeune garçon d’aspect athlétique, vêtu d’une chemise kaki, d’un costume bleu et d’une casquette grise. Ses sourcils noirs formaient une ligne droite au-dessus de ses yeux.

– Hello ! dis-je.

Il répondit sans s’arrêter, d’un signe de tête silencieux.

– Alors, on gagne ce soir ? questionnai-je.

– J’espère, répondit-il brièvement en me dépassant.

 

– 106 –

Je le laissai faire quatre pas dans la direction de sa chambre avant de prononcer :

– Et moi aussi. Ça m’embêterait d’être obligé de vous renvoyer à Philadelphie, Al.

Il fit encore un pas, se retourna très lentement, s’appuya au mur de l’épaule, baissa à demi les paupières et grogna :

– Hein ?

– Ça m’embêterait rudement de vous voir descendre au sixième round par un tocard comme Kid Cooper. Ne faites pas ça, Al. Vous n’avez pas envie de retourner à Philadel-phie ?

Le jeune homme enfonça son menton dans le creux de son épaule et revint vers moi. Lorsqu’il fut à portée, il fit halte, pivotant légèrement de façon à amener son bras gauche dans ma direction. Ses mains pendaient à ses côtés. Les miennes restèrent dans les poches de mon pardessus.

– Hein ? répéta-t-il.

Je repris :

– Souvenez-vous bien de ça : si Ike Bush n’est pas vain-queur ce soir, Al Kennedy partira demain faire un petit voyage dans l’est.

Son épaule gauche se gonfla légèrement, j’agitai mon arme dans ma poche suffisamment pour qu’il comprit. Il grommela :

– Qui est-ce qui vous a raconté que je ne gagnerais pas ?

– Ce n’est qu’un bruit qui court. Mais si c’était vrai, ça signifierait un petit voyage à Philadelphie pour vous.

– 107 –

– J’ai bien envie de vous casser la gueule, espèce de crapule…

– Vous feriez bien de le faire tout de suite, alors, lui con-seillai-je. Si vous êtes vainqueur cette nuit, il est probable que vous ne me reverrez jamais. Si vous perdez, vous me re-verrez sûrement, mais vous n’aurez pas les mains libres.

Je retrouvai MacSwain chez Murry, une salle de billard de Broadway.

– Vous l’avez vu ? demanda-t-il.

– Oui, l’affaire est arrangée… À moins qu’il quitte la ville ou qu’il n’avertisse ses copains. Ou encore…

MacSwain était nerveux.

– Vous ferez diablement bien de prendre garde, conseil-la-t-il. Il pourrait bien essayer de vous faire disparaître. Il… Il faut que j’aille voir quelqu’un un peu plus bas dans la rue.

Et il me laissa tomber.

Les combats de boxe à Poisonville avaient lieu dans un ancien casino, une grande bâtisse en planches qui avait jadis servi de parc d’attractions et qui était située dans les fau-bourgs de la ville. Lorsque j’y arrivai, à huit heures trente, la moitié de la population s’y trouvait déjà, entassée en rangs serrés dans les fauteuils du parterre et, plus étroitement en-core, dans deux balcons branlants qui surplombaient la salle.

L’atmosphère était pleine de fumée, de chaleur, de puan-teur et de bruit.

J’avais un fauteuil de ring au troisième rang. En m’y rendant, j’aperçus Dan Rolff assis à côté de Dinah Brand

 

– 108 – dans un fauteuil tout proche. Elle était enfin passée chez le coiffeur et ses cheveux étaient ondulés de frais. Enveloppée d’un gros manteau de fourrure grise, elle semblait une per-sonnification de l’opulence.

– Vous avez joué sur Cooper ? me demanda-t-elle lors-que nous eûmes échangé un salut.

– Non. Vous avez misé dur sur lui ?

– Pas autant que j’aurais voulu. Nous avons attendu en espérant que la cote allait s’améliorer, mais elle n’a fait qu’empirer.

– On dirait que tout le monde dans la ville sait que Bush doit prendre le compte, dis-je. J’ai vu quelqu’un placer cent dollars à quatre contre un sur Kid Cooper, il n’y a que quelques minutes.

Je me penchai par-dessus les jambes de Rolff et plaçant ma bouche à l’endroit où la fourrure du col cachait l’oreille de la jeune femme, je murmurai :

– La combine ne tient plus. Couvrez vos paris pendant que vous avez encore le temps.

L’anxiété, l’avidité, la défiance et la curiosité élargirent et assombrirent tour à tour ses grands yeux légèrement in-jectés.

– C’est sérieux ? questionna-t-elle d’une voix rauque.

Je fis signe que oui.

Elle mordit ses lèvres carminées, fronça les sourcils et questionna :

– Où avez-vous appris ça ?

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Je refusai de la renseigner. Elle recommença à se mordre les lèvres et finit par demander :

– Max est au courant ?

– Je ne l’ai pas encore vu. Il est ici ?

– Je pense que oui, répondit-elle distraitement, le regard-lointain. Ses lèvres remuaient comme si elle était en train de compter mentalement.

Je la pressai :

– Croyez-le ou ne le croyez pas, mais je vous affirme que c’est sérieux.

Elle se pencha en avant, fixa dans mes yeux un regard scrutateur, serra brutalement les mâchoires et, ouvrant son sac, en tira un rouleau de billets de dimensions impression-nantes. Elle en passa une partie à Rolff.

– Tenez, Dan, misez ça sur Bush. Vous avez au moins encore une heure pour le faire.

Rolff prit l’argent et partit s’acquitter de sa mission. Je pris son fauteuil. Elle posa une main sur mon bras et dit :

– Que Dieu vous aide si vous m’avez fait perdre une somme pareille !

Je feignis de croire ses craintes ridicules.

Les combats préliminaires commencèrent ; quatre rounds de deux minutes entre lourdauds de même valeur. Je continuai à chercher Thaler des yeux sans arriver à l’apercevoir. À côté de moi, Dinah continuait à s’agiter ; pas-sant alternativement son temps à me questionner pour dé-

 

– 110 – couvrir d’où je tenais mes renseignements et à me menacer des plus terribles vengeances au cas où mon tuyau crèverait.

Le deuxième grand combat avait commencé lorsque Rolff revint et remit à la jeune femme une poignée de tickets. Elle s’efforçait d’en vérifier les chiffres lorsque je rendis son siège au tubard pour regagner le mien. Elle me cria sans le-ver la tête :

– Attendez-nous dehors quand ce sera fini !

Kid Cooper escaladait le ring comme je réintégrais mon fauteuil. C’était un gros garçon rougeaud, solidement bâti avec des cheveux jaunes paille, un visage déjà abîmé et trop de graisse autour de la ceinture. Ike Bush – alias Al Kennedy – se glissait entre les cordes dans le coin opposé. Il me fit meilleure impression. Son corps mince et musclé était souple et agréablement proportionné avec, dans les mouvements, quelque chose de reptilien. Mais son visage pâle révélait son inquiétude.

Lorsqu’ils eurent été présentés au public, les deux ad-versaires gagnèrent le centre du ring pour les recommanda-tions d’usage. Puis ils retournèrent dans leurs coins respec-tifs, où ils se dépouillèrent de leurs peignoirs et firent quelques flexions pour s’assouplir. Le gong résonna. Le combat avait commencé.

Cooper était visiblement maladroit. Il avait bien dans chaque bras un swing qui aurait pu faire des dégâts, s’il avait touché, mais tout autre qu’un cul-de-jatte n’aurait eu aucun mal à les éviter. Bush avait de la classe, un bon jeu de jambe, une gauche rapide et soudaine et une droite qui arrivait bien. Mettre Cooper dans le même ring que Bush aurait été un as-sassinat si ce dernier avait voulu boxer sérieusement. Mais il

 

– 111 – n’en avait aucune envie. C’est-à-dire qu’il ne voulait pas ga-gner. Il s’efforçait plutôt de ne pas le faire et il avait tout le mal possible à s’en empêcher.

Cooper se baladait lourdement autour du ring, les pieds à plat en lançant ses grands swings dans toutes les direc-tions, comme s’il avait voulu abattre les lampes ou les po-teaux de ring. Sa seule méthode consistait à faucher l’air de ses poings en comptant sur le hasard. Bush se déplaçait avec facilité, esquivant ou attaquant, mais en ayant soin de retenir ses coups.

Avant même que le premier round fût fini les amateurs avaient commencé à les conspuer. Le deuxième round ne fut pas meilleur. Je commençais à ne pas me sentir rassuré. Bush n’avait pas l’air de se souvenir de notre petite conver-sation. Du coin de l’œil je pouvais voir Dinah Brand qui cherchait à attirer mon attention. Elle paraissait avoir chaud. Je pris soin de ne pas regarder dans sa direction.

La petite cérémonie amicale qui se déroulait sur le ring continuait pour le troisième round avec un accompagnement de : « Fichez-les-dehors ! Obligez-les-à-se-battre ! Embras-sez-vous-donc ! » et autres facéties habituelles aux combats de boxe. La danse des deux compères les amena dans le coin le plus rapproché de moi juste au moment où les clameurs s’apaisaient.

Je mis mes mains en porte-voix et hurlai :

– Retourne à Philie, Al !

Bush me tournait le dos. Il fit volter Cooper, le poussa dans les cordes, de façon qu’il lui fût possible de m’apercevoir.

 

– 112 –

Quelque part dans la salle une autre voix hurla :

– Retourne à Philie, Al !

Ce devait être MacSwain.

Un ivrogne, placé dans l’une des ailes, haussa son visage bouffi et répéta la même scie d’un air hilare, comme s’il trouvait la plaisanterie excellente. D’autres l’imitèrent, sans autre raison que ça avait l’air d’ennuyer Bush.

Sous la ligne noire de ses sourcils, les yeux de celui-ci je-taient à la foule des regards de bête traquée.

Un des swings en moulin à vent de Cooper atteignit le boxeur brun sur le côté de la joue.

Ike Bush s’effondra au pied de l’arbitre.

Je regardai Dinah Brand et éclatai de rire. Il n’y avait rien d’autre à faire. Elle me regarda aussi mais sans rire. Son visage était aussi pâle que celui de Dan Rolff mais féroce. Le gong résonna. Les seconds de Bush le traînèrent dans son coin et le frictionnèrent mais sans y mettre trop d’énergie. Il ouvrit les yeux et demeura le regard fixé sur ses pieds.

Le gong annonça la reprise.

Kid Cooper s’avança sans hâte en relevant ses culottes. Bush attendit que le tocard fût au centre du ring et s’avança rapidement.

Le gant gauche de Bush descendit en vitesse et disparut – littéralement, disparut – dans l’estomac de Cooper. Cooper hoqueta, fit un pas en arrière et se plia en deux.

Bush le redressa d’une petite droite à la bouche et lança de nouveau sa gauche. Cooper eut un nouveau hoquet et plia

– 113 – les genoux. Bush lui administra un léger une-deux à la tête, prépara tranquillement sa droite, mit la face de Cooper en position avec une longue gauche et projeta sa droite exacte-ment sous le menton de celui-ci.

Tout le monde sentit le choc.

Cooper dégringola au plancher, rebondit et resta là. L’arbitre ne mit pas moins d’une minute à compter les dix secondes. Mais il aurait pu mettre une demi-heure. Cooper était « out » et bien.

Quand l’arbitre eut enfin fini de compter, il leva le bras de Bush. Ni l’un ni l’autre n’avaient l’air content.

Une étincelle frappa mon regard. Un mince projectile ar-genté venait de jaillir du balcon.

Une femme cria.

Le projectile termina sa trajectoire dans le ring avec un bruit qui ressemblait à un craquement étouffé.

Le bras d’Ike Bush échappa à la main de l’arbitre et il s’abattit sur le corps de Kid Cooper. Le manche noir d’un couteau dépassait de sa nuque.

 

– 114 –