La moisson rouge

Dashiell Hammett · Chapitre 4 sur 27

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La moisson rouge

Chapitre IV: Hurricane Street

CHAPITRE IV

 

 

HURRICANE STREET

 

Mon lieu de destination se trouva être un petit cottage gris. À mon coup de sonnette, la porte me fut ouverte par un homme amaigri, dont le visage, à l’exception de deux taches rouges de la dimension d’un demi-dollar sur chaque joue, était complètement dénué de couleur. Celui-ci, pensai-je, doit être Dan Rolff, le tuberculeux.

– Je désirerais voir miss Brand, lui dis-je.

– Quel nom lui dirai-je ?

Sa voix était à la fois celle d’un malade et d’un homme bien élevé.

– Mon nom ne lui apprendrait rien. Je désire la voir au sujet de la mort de Willsson.

Il fixa sur moi le regard ferme de ses deux yeux sombres et fatigués et dit :

– Vraiment ?

– Je fais partie de la Continental Detective Agency, suc-cursale de San Francisco. Nous nous occupons de l’affaire.

– C’est gentil de votre part, dit-il d’un ton ironique. En-trez…

J’entrais dans une pièce du rez-de-chaussée où une jeune femme était assise à une table recouverte d’un fouillis

– 45 – de papiers. La plupart étaient des bulletins financiers pério-diques contenant des pronostics sur les fluctuations du mar-ché des valeurs. Une des feuilles était un journal hippique.

La pièce était en désordre et encombrée. Il y avait trop de meubles et aucun ne paraissait être à sa place.

– Dinah, présenta le tubard, ce gentleman vient de San Francisco, envoyé par la Continental Detective Agency pour faire une enquête sur le décès de Mr Donald Willsson.

La jeune femme se leva, écarta d’un coup de pied un ou deux journaux et vint à moi, la main tendue.

Elle était plus grande que moi de quelques centimètres, ce qui devait porter sa taille à un mètre soixante-quinze. Large d’épaules, elle avait une poitrine florissante, des hanches rondes et des jambes longues et musclées. La main qu’elle me donna était douce, chaude et forte. Son visage était celui d’une fille de vingt-cinq ans mais offrait déjà des signes de fatigue. De petites lignes se croisaient au coin de sa grande bouche gourmande. Des lignes plus ténues commen-çaient à tisser leur trame autour de ses yeux aux cils épais. C’étaient de grands yeux bleus, légèrement injectés de sang.

Ses cheveux bruns plutôt gros, appelaient les soins du coiffeur et sa raie avait été mal faite. Un côté de sa lèvre su-périeure avait été rougi plus haut que l’autre. Sa robe était d’une couleur vineuse particulièrement peu seyante et elle bâillait ici et là, sur le côté, aux endroits où elle avait oublié de fixer les pressions – à moins qu’elles ne se fussent ou-vertes d’elles-mêmes. Une maille filait sur le devant de son bas gauche.

 

– 46 –

C’était donc là cette Dinah Brand qui, d’après ce qu’on m’avait dit, choisissait le dessus du panier des hommes de Poisonville.

– C’est son père qui vous a fait appeler, naturellement, dit-elle tout en enlevant d’une chaise une paire d’escarpins en lézard ainsi qu’une tasse et sa soucoupe, pour me faire une place.

Sa voix était douce et traînante, paresseuse.

Je lui dis la vérité.

– C’est Donald Willsson qui m’avait fait venir. Pendant qu’il a été tué, j’attendais chez lui pour le voir.

– Ne partez pas, Dan, cria-t-elle à Rolff.

Il revint dans la pièce. Elle reprit la place qu’elle occu-pait devant la table. Il s’assit de l’autre côté, son visage éma-cié appuyé sur une main osseuse, fixant sur moi un regard indifférent.

Ses sourcils se rapprochèrent faisant apparaître deux rides au milieu de son front. Elle demanda :

– Vous voulez dire qu’il savait que quelqu’un avait l’intention de le tuer ?

– Je n’en suis pas sûr… Il n’a pas dit ce qu’il voulait. Peut-être désirait-il seulement se faire aider dans sa cam-pagne de réforme.

– Mais croyez-vous…

Je me plaignis.

 

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– Ce n’est plus de jeu si quelqu’un me prend mon rôle et pose les questions à ma place.

– J’aime à savoir ce qui se passe, déclara-t-elle avec un petit rire de gorge.

– Moi aussi. Par exemple, j’aimerais bien savoir pour-quoi vous lui avez fait certifier son chèque ?

D’un air très naturel, Dan Rolff changea de position sur sa chaise, faisant disparaître ses mains décharnées sous le bord de la table.

– Ainsi, vous avez découvert ça ? s’enquit Dinah Brand.

Elle croisa sa jambe gauche sur la droite et baissa les yeux. Son regard tomba sur la maille qui filait sur son bas.

– Parole d’honneur, je vais cesser d’en porter ! s’exclama-t-elle. Je vais aller nu-pieds. J’ai payé ces bas-là cinq dollars, hier. Et maintenant regardez-moi cette saleté… Toujours des mailles qui filent !

– Ce n’est pas un secret, repris-je. Je veux dire le chèque, pas les mailles qui filent. C’est Noonan qui l’a.

Elle jeta un coup d’œil à Rolff qui cessa de me surveiller juste assez longtemps pour lui adresser un signe de tête af-firmatif.

– Si vous parliez la même langue que moi, musa-t-elle en me fixant, les yeux clignés, je pourrais peut-être vous être utile.

– Si je savais de quelle langue il s’agit, je pourrais peut-être essayer.

 

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– L’argent, expliqua-t-elle, et plus il y en a, mieux ça vaut. J’aime ça.

Je devins sentencieux.

– De l’argent épargné est de l’argent gagné. Je peux vous épargner de l’argent et des ennuis.

– Ça ne signifie rien pour moi, dit-elle, bien que vous ayez l’air de croire le contraire.

– La police ne vous a pas encore questionnée au sujet du chèque ?

Elle secoua négativement la tête.

Je repris :

– Noonan veut vous mettre l’affaire sur le dos, à vous et à Whisper.

– Ne cherchez pas à m’effrayer, zézaya-t-elle ironique-ment, je ne suis qu’une enfant !

– Noonan sait que Thaler connaissait l’existence du chèque. Il sait aussi que Thaler est venu ici pendant que Willsson s’y trouvait mais qu’il n’est pas rentré. Il sait que Thaler attendait dans les environs quand Willsson a été tué. Il sait enfin que Thaler et une femme ont été vus penchés sur le corps de l’homme assassiné.

La fille ramassa un crayon sur la table et s’en gratta la joue d’un air pensif. Le crayon laissait sur son rouge de pe-tites virgules noires.

Les yeux de Rolff ne feignaient plus l’indifférence. Fixés sur les miens, ils étaient devenus luisants et fiévreux. Il se pencha en avant mais garda ses mains sous la table.

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– Ce que vous dites, observa-t-il, concerne Thaler et non pas miss Brand.

– Thaler et miss Brand ne sont pas des étrangers l’un pour l’autre, dis-je. Willsson est venu ici avec un chèque de cinq mille dollars et a été tué en sortant. Et miss Brand aurait pu avoir du mal à le toucher… si Willsson n’avait pas eu la prévoyance de le faire certifier.

– Bon Dieu ! protesta la fille, si j’avais voulu le tuer, je l’aurais fait dans un endroit où il n’y aurait pas eu de témoins et j’aurais au moins attendu qu’il soit hors de vue de la mai-son. Vous me prenez pour une imbécile !

– Je ne suis pas sûr que vous l’ayez tué, dis-je. Tout ce que je sais c’est que le gros chef a l’intention de vous mettre l’affaire sur le dos.

– À quoi voulez-vous en venir ? questionna-t-elle.

– À découvrir qui l’a tué. Pas qui pourrait l’avoir tué, mais qui l’a tué.

– Je pourrais vous y aider, dit-elle ; mais il faudrait que ça me rapporte quelque chose.

– La sécurité, suggérai-je.

Mais elle secoua la tête :

– Je veux dire quelque chose de palpable… Ça vous rapportera quelque chose et vous devriez payer aussi, même si ça ne devait pas être une fortune.

– Rien à faire, ricanai-je. Oubliez un peu votre compte en banque et imaginez-vous que vous êtes une dame de charité. Figurez-vous que je suis Bill Quint.

 

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Dan Rolff bondit de sa chaise, les lèvres aussi blanches que le visage. Il se rassit lorsque la fille se mit à rire – un rire lent, paresseux et bienveillant.

– Il se figure que Bill ne m’a rien rapporté, Dan !

Elle se pencha vers moi et posa une main sur mon ge-nou :

– Supposez que vous sachiez suffisamment à l’avance que le personnel d’une compagnie va se mettre en grève et quand, pour apprendre ensuite, toujours à l’avance, quand il va se remettre au travail. Ne croyez-vous pas que vous pour-riez vous transporter à la Bourse avec vos informations et faire un joli bénéfice ? Et comment ! acheva-t-elle d’un ton triomphant. Vous voyez bien que Bill n’a rien eu gratis.

– On vous a gâtée, dis-je.

– Mais, bon Dieu ! à quoi vous sert d’être si pingre ? Ce n’est pas comme si ça sortait de votre poche… Vous avez bien le droit de faire certains frais, n’est-ce pas ?

Je ne répondis rien. Elle fronça les sourcils et regarda, successivement, d’abord moi, puis la maille de son bas qui fi-lait et enfin Dan Rolff. Finalement, elle dit à celui-ci :

– Peut-être qu’il se montrerait moins serré si on lui don-nait un peu à boire ?

Le jeune tuberculeux se leva et sortit de la pièce.

Elle fit une moue, me donna du bout du pied un petit coup sur la jambe et dit :

– Ce n’est pas tellement pour l’argent mais c’est une question de principe. Quand une femme possède quelque

 

– 51 – chose qui a de la valeur pour quelqu’un, elle doit s’arranger pour que ça lui rapporte aussi quelque chose ou c’est une imbécile.

Je souris d’un air neutre.

– Pourquoi ne voulez-vous pas être bon type ?

Dan Rolff rentra avec un siphon, une bouteille de gin, des citrons et un bol de glace. Nous bûmes chacun un verre. Le tubard se retira. Tout en buvant, la fille et moi conti-nuâmes à nous chamailler au sujet de l’argent. J’essayais de maintenir la conversation sur Thaler et Willsson. Elle s’obstinait à la ramener à l’argent qu’elle méritait. La chose dura ainsi jusqu’à ce que la bouteille de gin fût vide. Ma montre disait une heure et quart.

Elle mâchait un zeste de citron lorsqu’elle répéta pour la trente ou quarantième fois :

– Ça ne sortira pas de votre poche. Qu’est-ce que ça peut bien vous faire ?

– Ce n’est pas l’argent, répondis-je ; c’est le principe.

Elle me fit une grimace et posa son verre à l’endroit où elle croyait se trouver la table. Elle ne se trompait que de vingt centimètres. Je ne me rappelle pas si le verre se brisa en touchant le parquet ni ce qu’il en advint. Mais je me sou-viens que je me sentis encouragé.

– Autre chose, dis-je en entamant un nouvel argument ; je ne suis pas certain de pouvoir utiliser ce que vous me di-rez, mais si je suis obligé de m’en passer, je crois que je m’en tirerai quand même.

 

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– C’est très bien si vous en êtes sûr, mais n’oubliez pas que je suis la dernière personne à l’avoir vu vivant avec celui qui l’a tué.

– Erreur, dis-je. Sa femme l’a vu sortir, s’éloigner à pied et tomber.

– Sa femme !

– Ouais. Elle était assise dans son auto un peu plus bas dans la rue.

– Comment savait-elle qu’il était ici ?

– Elle dit que Thaler lui a téléphoné que son mari était venu ici avec le chèque.

– Vous essayez de me faire marcher, dit la fille. Max ne pouvait pas le savoir.

– Je vous répète ce que Mrs Willsson a dit à Noonan.

Elle cracha le zeste de citron qu’elle mâchait sur le plan-cher, accrut le désordre de sa chevelure en y passant les doigts, s’essuya la bouche avec le dos de la main et frappa sur la table.

– Très bien, monsieur Je-sais-tout ; je vais faire ce que vous voulez. Vous pouvez vous figurer que ça ne vous coûte-ra rien mais je saurai bien vous forcer à me donner ma part avant que vous en ayez fini avec moi. Vous ne me croyez pas ? défia-t-elle en me regardant comme si j’avais été à cent mètres de là.

Ce n’était pas le moment de réveiller la discussion sur l’argent ; je me bornai donc à répondre : « Je vous le sou-

 

– 53 – haite. » Je crois même que je le répétai trois ou quatre fois de suite avec le plus grand sérieux.

– Soyez tranquille, je le ferai. Et maintenant, écoutez-moi. Vous êtes saoul et je suis saoule. Je suis même exacte-ment assez saoule pour vous dire tout ce que vous pouvez désirer apprendre. Voilà le genre de fille que je suis ! Si j’aime une personne, je lui dis tout ce qu’elle désire savoir… Interrogez-moi. Allez-y, interrogez-moi.

J’y allai :

– Pourquoi Willsson vous a-t-il donné cinq mille dollars ?

– Pour le plaisir !

Elle se renversa en arrière pour rire. Puis :

– Écoutez. Il cherchait des renseignements. J’avais quelques petites choses, attestations et autres, que j’avais mises de côté en pensant qu’elles pourraient servir un jour. Je suis une femme qui ne déteste pas ramasser un peu d’argent par-ci par-là. J’avais donc gardé ça à tout hasard. Quand Donald a décidé d’avoir la peau de certains types, je lui ai fait savoir que j’avais des choses en réserve et qu’elles étaient à vendre. Je lui en ai montré assez pour lui prouver qu’elles étaient bonnes. Et elles l’étaient ! Ensuite, il s’est agi d’en fixer le prix. Il n’était pas si serré que vous – personne ne l’a jamais été – mais il était un peu dur à la détente. Le marché est donc resté en suspens jusqu’à hier.

« Alors je lui ai fait le coup de la concurrence. Je lui ai téléphoné pour lui dire que j’avais un autre client pour les choses en question et que s’il voulait les avoir, il fallait qu’il vienne le soir même avec cinq mille dollars comptant ou un

 

– 54 – chèque certifié pour la même somme. C’était une blague mais il était un peu neuf et il s’y est laissé prendre.

– Mais pourquoi à dix heures ?

– Et pourquoi pas ? C’est une aussi bonne heure qu’une autre. Le principal, dans une affaire de ce genre, c’est de fixer comme limite une heure précise. Maintenant vous vou-lez savoir pourquoi je voulais être payée comptant ou par chèque certifié ? Eh bien, je vais vous le dire. Je vous dirai tout ce que vous voudrez. Voilà le genre de femme que je suis. Et que j’ai toujours été…

Elle continua sur le même ton pendant cinq minutes, m’expliquant en détail, exactement quel genre de fille elle était, avait toujours été, et pourquoi. J’approuvai patiem-ment jusqu’au moment où je pus l’interrompre.

– Très bien, mais pourquoi fallait-il que ce soit un chèque certifié ?

Elle ferma un œil, me menaça du doigt et dit :

– Pour qu’il ne puisse pas en faire arrêter le paiement. Les choses que je lui ai vendues étaient inutilisables. C’était bon, très bon. C’était même trop bon. Il aurait fait fourrer son vieux en tôle avec les autres. Le papa Elihu aurait trin-qué plus solidement que personne.

Je ris avec elle tout en essayant de secouer l’effet du gin que j’avais ingurgité.

– Et qui aurait trinqué encore ? questionnai-je.

– Toute la sacrée bande… (Elle agita la main.) Max, Lew Yard, Pete, Noonan, et Elihu Willsson, toute la sacrée bande !

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– Max Thaler savait ce que vous faisiez ?

– Bien sûr que non. Personne sauf Donald Willsson.

– Vous êtes sûre de ça ?

– Bien sûr que j’en suis sûre ! Vous ne croyez pas que je me promenais en le criant sur les toits avant que l’affaire soit faite ?

– Qui croyez-vous qui soit au courant maintenant ?

– Je m’en fiche, dit-elle. Ce n’était qu’une blague que je lui faisais. Il n’aurait pas pu utiliser ce que je lui vendais.

– Et croyez-vous que les oiseaux dont vous lui vendiez les secrets trouveront la chose aussi drôle que vous ? Noo-nan est en train de vous mettre l’assassinat sur le dos, à vous et à Thaler. Cela signifie qu’il a trouvé les papiers dans la poche de Donald Willsson. Ils croyaient tous que le vieil Eli-hu se servait de son fils pour les avoir ?

– Oui, monsieur, et j’en connais une qui le croit aussi.

– Il est probable que vous vous trompez mais ce n’est pas la question. Si Noonan a trouvé les choses que vous avez vendues à Donald Willsson dans la poche de celui-ci et a ap-pris que vous l’aviez trahi, pourquoi n’y verrait-il pas la preuve que vous et votre ami Thaler êtes passés dans le camp du vieil Elihu ?

– Il ne lui est pas difficile de voir que le vieil Elihu serait au moins aussi compromis que n’importe qui.

– Qu’est-ce que c’est que cette histoire que vous avez vendue à Willsson ?

 

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– Il y a trois ans, ils ont construit un nouveau City Hall, dit-elle, et aucun d’eux n’y a perdu de l’argent. Si Noonan a trouvé les papiers, il a dû découvrir qu’ils compromettaient tout autant le vieil Elihu que n’importe qui.

– Ça n’y fera absolument rien. Il ne doutera pas un ins-tant que le vieux ait trouvé une manière de s’en tirer sans dommage. Croyez en ma parole, ma petite ; Noonan et ses amis pensent que Thaler, Elihu et vous, êtes en train d’essayer de les prendre en traître.

– Je me fous de ce qu’ils peuvent penser, dit-elle avec obstination. Ce n’était qu’une blague. Je ne l’ai fait que dans cette idée-là et c’est tout ce que c’était.

– Ça, ça n’est pas mal, grommelai-je. Si vous allez à la potence, vous irez avec votre conscience pour vous, hein ? Avez-vous vu Thaler depuis le crime ?

– Non mais ce n’est pas Max qui l’a tué – si c’est à ça que vous pensez – même s’il se trouvait là.

– Pourquoi ?

– Il y a des tas de raisons. D’abord, Max n’aurait pas fait le coup en personne. Il l’aurait fait faire par quelqu’un et il aurait été à dix lieues de là avec un petit alibi que personne n’aurait pu démolir. Ensuite, Max porte toujours un pistolet automatique de calibre 30 et n’importe qui envoyé par lui pour faire l’affaire aurait eu au moins un pistolet de ce ca-libre-là. Quel genre de gunman voudrait se servir d’un 32 ?

– Qui a fait le coup, alors ?

– Je vous ai dit tout ce que je savais, répondit-elle. Je vous en ai même trop dit.

 

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Je me levai et déclarai :

– Non… vous m’en avez dit juste assez.

– Vous voulez dire que vous pensez savoir qui l’a tué ?

– Oui, malgré qu’il y ait encore une ou deux choses à voir avant de pincer le client.

– Qui est-ce ? Qui ?

Elle s’était levée d’un bond et s’accrochait aux revers de mon veston.

– Dites-moi qui ?

– Pas maintenant.

– Soyez un bon type !

Elle lâcha mon veston, croisa les mains derrière son dos et me rit au nez.

– Très bien. Gardez-le pour vous et essayez de démêler ce qu’il y a de vrai dans ce que je vous ai dit.

Je répliquai :

– Merci toujours pour ce qu’il y a de vrai… et pour le gin. Et si Max Thaler vous est quelque chose vous devriez bien le prévenir que Noonan va essayer d’avoir sa peau.

 

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