LA Sculpture DE Thasos : Corpus des reliefs II
TOME I – Texte
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 14 parties.
´ ETUDES THASIENNES XXV
L A S C U L P T U R E D E T H A S O S
CORPUS DES RELIEFS II
RELIEFS A ‘ ‘ ’ THE ME HE ROïQUE
par Bernard HOLTZMANN
TEXTE
É C O L E F R A N Ç A I S E D ’ A T H È N E S
LA SCULPTURE DE THASOS
C O R P U S D E S R E L I E F S
II
RELIEFS À THÈME HÉROÏQUE
É T U D E S T H A S I E N N E S
XXV
L A S C U L P T U R E
D E T H A S O S
C O R P U S D E S R E L I E F S
II
RELIEFS À THÈME HÉROÏQUE
par
Bernard Holtzmann
T E X T E
ÉCOLE FRANÇAISE D’ATHÈNES
2018
É C O L E F R A N Ç A I S E D ’ A T H È N E S
Directeur des publications : Alexandre Farnoux
Responsable des publications : Géraldine Hue puis Bertrand Grandsagne
La sculpture de Thasos : corpus des reliefs. II. Reliefs à thème héroïque/
par Bernard Holtzmann. Athènes : École française d’Athènes, 2018
ISBN 978-2-86958-311-5
(Études thasiennes ; 25)
1. Fouilles archéologiques — Grèce — Thasos (Grèce ; île)
2. Sculpture — Grèce — Thasos (Grèce ; île)
3. Relief (sculpture) grec — Grèce — Thasos (Grèce ; île)
4. Héros (personnes) — Culte — Thasos (Grèce ; île)
Bibliothèque de l’École française d’Athènes
Ouvrage publié avec le soutien de la Fondation Bettencourt Schueller et du Fonds de dotation de l’École française d’Athènes
Suivi éditorial : EFA
Révision des textes : EFA, Béatrice Detournay, puis Jacky Kozlowski-Fournier
Conception graphique de la couverture : EFA, Guillaume Fuchs
Réalisation, photogravure, impression et reliure : n.v. PEETERS s.a.
© École française d’Athènes, 2018 – 6, rue Didotou, GR – 10680 Athènes, www.efa.gr
ISBN 978-2-86958-311-5
Reproduction et traduction, même partielles, interdites sans l’autorisation de l’éditeur pour tous pays, y compris les États-Unis.
AVANTPROPOS
Uns überfüllts. Wir ordnens. Es zerfällt.
Wir ordnens wieder und zerfallen selbst.
R. M. Rilke, Duineser Elegien VIII, 68-69
Vingt ans ont passé depuis la parution du premier volume consacré aux reliefs de Thasos ; c’est fâcheux, je le reconnais bien volontiers. Sans reprendre ici l’exposé général des motifs et des moda-lités de cette publication placé en tête du précédent volume 1, il convient de rendre compte de ce retard.
À peine la trame de ce corpus des reliefs était-elle constituée que l’ordre tant bien que mal établi dans les réserves encombrées de l’ancien musée de Thasos, avec l’aide initiale de J. Marcadé en juillet 1970 2, s’est trouvé détruit, en 1983, par les grandes manœuvres préliminaires à l’extension du musée : celle-ci devant être construite sur l’emprise des réserves et du jardin postérieur, les fragments de reliefs se sont trouvés entassés par centaines dans une salle subsistante de l’ancien musée, ainsi que dans un dépôt extérieur 3. Les reliefs les mieux conservés – stockés comme des livres : sur leur tranche – étaient désormais impossibles à voir et à manipuler. Cette situation devait durer une dizaine d’années, durant laquelle je pus cependant élaborer et soutenir en 1988 une thèse d’État dirigée par J. Marcadé et consacrée à cet abondant matériel, puis produire un premier volume d’Études thasiennes regroupant reliefs votifs et reliefs de passage sous l’intitulé Reliefs à thème divin ; peu nombreux, certains étaient conservés in situ ou hors de Thasos, d’autres ne nécessitaient pas une nouvelle autopsie. Lorsque, en 1995, le gros œuvre du nouveau musée étant achevé, il fallut redéployer le matériel sculpté dans la nouvelle réserve des marbres, sculptés et inscrits, je ne pus malheureusement pas y participer, étant retenu à Paris, de 1993 à 1996, par des circonstances familiales impérieuses.
1. ÉtThas XV, p. IX-XIII.
2. Holtzmann 2014, p. 325.
3. La partie droite du rez-de-chaussée du bâtiment athonite situé sur le vieux port de Liménas et connu sous le nom
de Caloyérico.
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LA SCULPTURE DE THASOS
À mon retour, en 1997, je dus affronter une situation comparable à celle que j’avais connue à mes débuts : un encombrement à peine organisé. Grâce au concours de D. Braunstein et de R. Jacob, puis de G. Biard, des restaurations et des regroupements limités à certaines séries ont pu être réalisés, tan-dis que progressait le catalogue informatisé de la ronde-bosse et qu’était menée à bien, avec R. Jacob, la publication des fragments sculptés trouvés dans la fouille du terrain Valma 4. Tous ces travaux d’« apothèque » n’auraient pu avoir lieu sans la confiance généreuse que nous ont constamment manifestée nos collègues grecques responsables du musée de Thasos : M. Sgourou, disparue prématu-rément avant d’avoir pu mener à bien l’aménagement du nouveau musée 5 ; puis D. Malamidou. La latitude de travail dont nous leur sommes redevables compense largement les défauts d’agence-ment de la nouvelle réserve, au reste atténués désormais par les engins introduits par D. Braunstein.
Cette reprise de contact progressive avec un matériel abondant eut au moins cela de bon que sa dispersion obligeait à fureter et à manipuler, souvent non sans peine, la plupart des fragments sculp-tés, ce qui est toujours positif. La remise en chantier du second volume du corpus des reliefs qui en résulta allait cependant être freinée par deux revers informatiques : la défaillance d’un disque dur qui s’avéra irrécupérable, puis le vol de l’ordinateur lui-même – péripéties qui me persuadèrent, « mais un peu tard », qu’il fallait multiplier copies et sauvegardes… C’est ainsi que certains chapitres – notam-ment l’introduction générale sur les héros et le commentaire aux reliefs à banquets – ont fait l’objet de trois, voire de quatre rédactions successives. Deux de ces états antérieurs ont été communiqués à des collègues qui en avaient besoin pour compléter leur propre recherche : la version initiale (1973) du chapitre sur les reliefs à banquet a enrichi l’étude désormais classique de J.-M. Dentzer 6 et la version de 1988 du chapitre sur les reliefs à cavalier a été utilisée par H. Koukouli, rédactrice en chef de l’article correspondant du 7 LIMC . Quant aux inscriptions, elles ont été revues dernièrement avec P. Hamon et J. Fournier, que je remercie de leur expertise.
À la fin de 2013, le texte final de la deuxième partie du corpus : Reliefs à thème héroïque (cavaliers et banquets), était enfin prêt quand je m’avisai que le second volume, qui devait initialement com-prendre, en troisième partie, les autres reliefs funéraires, allait être énorme ; de plus, le temps passé à remettre au point cette troisième partie risquait de défraîchir derechef le texte de la deuxième… J’ai donc décidé de publier sans attendre cette deuxième partie du corpus, ce qui a l’avantage de mettre en valeur ces séries caractéristiques de la production thasienne, où l’on peut suivre, mieux que partout ailleurs il me semble, le passage du votif au funéraire durant la période hellénistique.
Il fallut dès lors compléter aussitôt l’illustration de cette partie, établie pour l’essentiel par les pho-tographes qui se sont succédé à Thasos depuis les années soixante-dix du siècle passé : G. Reveillac, G. Constantinopoulos, H.-P. Coulon et Ph. Collet. Il revint à ce dernier de compléter, mais surtout d’harmoniser tant soit peu, à l’occasion de leur numérisation, les clichés pris jadis par ses prédéces-seurs. Qu’il en soit chaleureusement remercié, de même que pour sa patience, depuis 1978, et son talent à satisfaire les exigences particulières de la photographie scientifique de sculpture.
Certains s’étonneront sans doute de l’ampleur octroyée ici à l’illustration de documents souvent ingrats et à peine présentés dans la plupart des musées – y compris au nouveau musée de Thasos… Eh bien oui : que ce volume soit l’occasion, au moins une fois, de faire sortir ces parias de l’ombre
4. B. Holtzmann, R. Jacob, « Les abords Nord-Est de l’agora de Thasos III. Les sculptures », BCH 134 (2010),
p. 223-299.
5. Un colloque s’est tenu à sa mémoire à Thasos, en septembre 2006 : Colloque Sgourou 2017. 6. Dentzer 1982.
7. LIMC VI, H. E.
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AVANTPROPOS
où ils sont relégués en dépit de leur intérêt, plus sociologique qu’esthétique, j’en conviens. Je consi-dère du reste que, dans les publications de sculpture, le texte se périme généralement en une généra-tion, alors qu’une illustration bien faite est un instrument de travail pérenne, que l’affolement mer-cantile qui s’est emparé de cet aspect de l’édition depuis une vingtaine d’années rend de plus en plus difficile à obtenir.
Cet ouvrage, comme le précédent, a été entrepris, repris et complété à la bibliothèque de l’École française d’Athènes, ce magnifique instrument de recherche sur la Grèce ancienne, incessamment développé et modernisé par les différents directeurs qui se succèdent à la tête de cette institution qui m’est chère. En le confiant à son service des publications, j’ai pleinement conscience du privilège que constitue le fait de pouvoir en disposer depuis quarante-cinq ans ; puisse-t-il n’en être pas indigne.
ƆƈƆƍƌƎƘƙƛƌƎ
Athènes, avril 2015
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AVERTISSEMENT
Présentation du catalogue
Le volume actuel reprend, à très peu de choses près, la présentation du précédent, dont il continue la numérotation des reliefs. Le lemme initial de chaque entrée donne successivement les circons-tances de la découverte, les dimensions en centimètres (hauteur, largeur, épaisseur ; saillie du relief ), l’état de conservation ; n’en diffère que l’exposition de la bibliographie éventuelle, désormais abrégée selon le système dit américain. L’abréviation Arch, qui apparaît souvent lorsqu’il s’agit d’établir la provenance d’un relief, désigne les archives de l’École française d’Athènes, où sont conservés carnets, rapports, lettres et mémoires inédits des membres de l’École 1.
Lieux de conservation
Les reliefs dont le lieu de conservation n’est pas indiqué se trouvent au musée archéologique de Thasos.
Musées
Abréviations du nom des principaux musées mentionnés :
AntM Bâle, Antiken Museum
BrM Londres, British Museum NCG Copenhague, Ny Carlsberg Glyptotek KhM Vienne, Kunsthistorisches Museum MAcr Athènes, musée de l’Acropole Mép Athènes, Musée épigraphique MetrMNY Metropolitan Museum of New York MFA Boston, Museum of Fine Arts MNAth Athènes, Musée national d’archéologie StaatM Berlin, Staatliche Museen
Les autres musées sont désignés par le nom de la ville où ils se trouvent, précédé ou suivi de M, de MN ou MArch.
1. Le fonds thasien a été identifié et répertorié par M.-E. Notara durant les années 1970, avec ma collaboration. Il a fait
depuis l’objet d’une nouvelle cotation malencontreuse qui a entraîné de nouvelles consultations.
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DEUXIÈME PARTIE
LES RELIEFS À THÈME HÉROÏQUE
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INTRODUCTION
Les reliefs dont l’imagerie procède du culte des héros sont particulièrement nombreux à Thasos ; inégalement répartis entre deux thèmes iconographiques, cavalier et banquet, ils constituent à eux seuls plus d’un tiers des reliefs connus. L’intérêt de ces séries n’est pas dans leur nombre – encore moins dans leur qualité, la plupart du temps médiocre ; il réside dans leur continuité chronolo-gique. On peut y saisir, mieux que partout ailleurs peut-être dans le monde grec, le changement de sens qui a affecté ces thèmes iconographiquement très stables, les faisant passer du votif au funéraire.
Avant de présenter les documents thasiens, on rappellera brièvement la place des héros dans les croyances grecques, la manière dont ils ont été représentés et les témoignages concernant les cultes héroïques à Thasos.
LES HÉROS GRECS : NATURE ET FONCTIONS
La nature exacte de ces personnalités religieuses, qui participent à la fois de l’humanité et de la divinité, a beaucoup sollicité l’attention des Modernes 1. Plutôt que de chercher à les définir par leur origine – dieux déchus ou mortels divinisés – ou par leur fonction, ce qui accentue leurs différences, il convient de mettre en évidence les traits communs à cette « société très bigarrée », suivant l’expression de M. P. Nilsson 2. C’est ce qu’a tenté A. Brelich, au terme d’une longue enquête 3, en montrant que le héros est une entité cohérente, même si elle admet, comme tous les
1. Pour un historique rapide de la question, Brelich 1958, p. 11-16. Excellente mise au point par K. A. Rhomaios,
AM 39 (1914), p. 189-235, à propos des reliefs de Tégée, et, plus récemment, par Dentzer 1982, p. 472-480. Aux études d’ensemble anciennes de Denecken 1886-1890, Burkhardt 1898, Farnell 1921, Foucart 1922, il convient d’ajouter : Hägg 1999 ; Pirenne-Delforge, Suarez de la Torre 2000 ; Boehringer 2001 ; Ekroth 2002, avec bibliographie exhaustive p. 257-390 ; ThesCRA II (2004), s.v. « Heroisierung », p. 129-158, pl. 22-24 ; Himmelmann 2009 (compte rendu dans RA 2012, p. 195-197) ; Burkert 2011, p. 278-285 ; R. Parker, On Greek Religion (2011), p. 103-123 : « The Power and Nature of Heroes » ; Gr. Nagy, The Ancient Greek Hero (2013), sur la notion de héros dans les textes littéraires archaïques et classiques ; M. E. Gorrini, Eroi salutari dell’Attica (2015), sur les héros guérisseurs.
2. Nilsson 1961, p. 185.
3. Brelich 1958, p. 313-314 et 373-389.
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LA SCULPTURE DE THASOS
phénomènes religieux grecs, un certain jeu 4. Le héros apparaît toujours comme un mortel sortant du lot commun, soit physiquement (beauté, force, grandeur, difformité), soit spirituellement (dons artistiques, qualités ou perversités morales), soit socialement (roi ou aristocrate, fondateur de cité ou législateur, bienfaiteur, brigand). Comme la force surhumaine (ƨƥƣuƼư) qui a animé ces person-nalités exceptionnelles ( 5 ƮƴƩƭƷƷƿưƩƵƷɚưƹǀƶƭư) durant leur vie continue à se manifester après leur mort, il importe que leur tombe soit entretenue et le rituel funéraire pérennisé 6. En fait, c’est la tombe qui fait le héros : pour devenir héros, il n’est pas nécessaire d’avoir eu une existence héroïque 7 ni même d’avoir existé, il suffit d’une tombe – ne serait-ce qu’un cénotaphe 8 ; nombre de héros génériques ou anonymes ne tiennent qu’à elle 9. Aussi le héros est-il très local : fixé à un site, sa puissance ne dépasse jamais le groupe qui entretient sa tombe. Les calendriers cultuels retrouvés en Attique 10 montrent bien le foisonnement de ces cultes minimes 11, mais scrupuleuse-ment observés. Par là, les héros sont beaucoup plus proches des vivants 12 que les grands dieux, surtout dans les campagnes 13.
Si le besoin d’honorer la part divine échue à un mort ou à une figure de légende témoigne de la faculté, très marquée chez les Grecs, de reconnaître et d’exalter la valeur individuelle, la façon dont cet hommage est rendu révèle un autre trait de leur comportement, opposé et complémentaire : l’importance du groupe. Ces êtres d’exception, à l’efficience singulière, sont en effet récupérés par la communauté – les descendants, les voisins, un corps de métier, la cité… – qui en fait ses patrons :
4. Brelich 1958, p. 362-368 : Héraclès héros-dieu et Dionysos dieu-héros. 5. Plutarque, Vie de Cléomène XXXIX 3, à propos de son héroïsation à Alexandrie. 6. Sur le rituel aristocratique des funérailles, qui est à l’origine de l’héroïsation, L. Malten, « Leichenspiel und
Totenkult », RM 38-39 (1923-1924), p. 300-340 ; A. Schnapp-Goubeillon, « Les funérailles de Patrocle », dans Gnoli, Vernant 1982, p. 76-88 ; L. H. Jeffery, « Lordly Tombs: An Epigraphic Sidelight on Archaic Attic Society », dans ƕƴƥƮƷƭƮƠƷƲƸƌƨƭƩƬưƲǀƵƶƸưƩƨƴƣƲƸƩƯƯƫưƭƮƢƵƮƥƭƯƥƷƭưƭƮƢƵƩƳƭƧƴƥƹƭƮƢƵ, ƆƬƢưƥ, 3-9 ƲƮƷƼƦƴƣƲƸ 1982 (1984), p. 52-54 ; C. Antonaccio, An Archaeology of Ancestors: Tomb Cult and Hero Cult in Early Greece (1995) ; M. Deoudi, Heroenkulte in homerischer Zeit, BAR 806 (1999).
7. Himmelmann 2009, p. 7-28, a souligné cette différence fondamentale entre les héros grecs et les héros modernes ;
id., « Helden und Heroen », dans Meyer, Hoff 2010, p. 28-39.
8. Les hèrôa, sauf exceptions comme les deux baldaquins de l’Érechtheion (Holtzmann 2003, p. 171-175), sont très
peu monumentalisés : ce ne sont généralement que des enclos plus ou moins bornés, comme « Le monument argien des “Sept contre Thèbes” » découvert par A. Pariente sur l’agora d’Argos : M. Piérart (éd.), Polydipsion Argos, BCH Suppl. XXII (1992), p. 204-216.
9. On peut distinguer trois types de héros, par ordre décroissant de prégnance : les héros individualisés, qui ont un
nom, une histoire, une figure ; les héros génériques ou fonctionnels, dont la personnalité se résume au nom qui indique leur caractéristique ; les héros anonymes enfin, qui ne sont désignés que par le toponyme du lieu où se trouve leur tombe.
10. Les quatre principaux (Marathon, Thoricos, Erchia, clan des Salaminiens) ont été commodément réunis (sans tra-
duction) par Ekroth 2002, p. 343-355. Le calendrier de Thoricos ( 3 IG I 256 bis), acquis en 1979 par le musée Getty, a été restitué à la Grèce en mars 2012 : Mép 13 537 (infra n. 13 p. 80) ; celui d’Aixônè a été complété et étudié récemment : Steinhauer 2004.
11. Kearns 1989 en a établi le catalogue, p. 139-207. 12. « Les dieux sont distants, les héros sont proches », résume Burkert 2011, p. 284. 13. Cette familiarité est plaisamment mise en scène dans l’˚ƌƴƼƭƮƿƵ de Flavius Philostrate (vers 230-240), dont le pro-
tagoniste est un vigneron d’Éléonte qui déclare partager son domaine idyllique avec le héros homérique Protésilas devenu le génie du lieu, où il apparaît régulièrement. Voir la traduction commentée de ce dialogue par Maclean, Aitken 2003.
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INTRODUCTION
il s’agit par le culte de se concilier leur virulence 14, de transmuer en bienfaisance ce que leur person-nalité peut avoir eu d’excessif, voire de monstrueux. Le caractère social, voire politique de ces cultes héroïques est donc très marqué, puisqu’il faut qu’un groupe de vivants soit d’accord sur la personna-lité d’un mort pour qu’il soit élevé au rang de héros 15.
Bien entendu, les critères de l’« héroïcité » ont changé avec l’évolution de la société grecque : les héros, ce furent d’abord les rois des viiie et viie siècles 16, les chefs de guerre, les grands proprié-taires ; puis les fondateurs de cités et les législateurs ; ensuite les artistes et les « grands hommes » de toute espèce ; finalement le commun des mortels. Cette dévalorisation progressive 17 aboutit à une dilution complète de l’héroïque dans le funéraire, du moins pour les représentations : initialement liées au culte héroïque 18 et marquant l’exception, celles-ci ont fini par s’appliquer à n’importe quel défunt 19.
L’ICONOGRAPHIE DES HÉROS 20
Ce n’est qu’à Sparte, où le culte des héros était particulièrement développé 21, que des reliefs en pierre les représentant sont attestés dès le début du vie 22 siècle : l’amphiglyphe de Magoula, deux reliefs
14. C’est ainsi que le brigand Drimacos, qui avait longtemps terrorisé Chios, devint, après sa fin sublime, le Héros
Euménès, selon Nymphodore de Syracuse cité par Athénée (VI 265d-266e) ; Graf 1985, p. 121-125.
15. On s’est efforcé récemment de trouver des arrière-plans politiques au culte des héros. Pour A. Snodgrass (« Les
origines du culte des héros », dans Gnoli, Vernant 1982, p. 107-119), le foisonnement des héros dans les régions où la petite propriété libre se développe à partir du viie s. (Attique, Argolide, Messénie) viendrait de ce que les pay-sans se seraient mis sous la protection de héros locaux pour échapper à l’emprise de la féodalité traditionnelle. Cl. Bérard, lui, suppose (« L’héroïsation et la formation de la cité », dans Architecture et société 1983, p. 43-62) que les tyrans ont pu favoriser l’éclosion de nouveaux cultes héroïques pour diminuer l’influence des grandes familles présidant aux cultes des héros-ancêtres de l’aristocratie. Sur les implications politiques du culte des héros, voir aussi Fr. de Polignac, dans La naissance de la cité grecque 1995, p. 151-176.
16. Il faut en distinguer le culte de souverains vivants, attesté depuis le ve s. ; Habicht 1970, p. 200-205 : ses rapports
avec le culte des héros. Voir aussi Taeger 1957 ; Cerfaux, Tondriau 1958, et la recension de ces deux études par É. Will, RPhil 86 (1960), p. 76-85. Si l’on divinise ainsi les potentats vivants, au lieu de les héroïser, c’est bien parce que, étant vivants, ils ne sauraient bénéficier de cet attribut constitutif du héros qu’est la tombe.
17. Sur les pratiques hellénistiques en la matière, Fabricius 1999, p. 21-108. 18. Ekroth 2002, p. 303-341, s’est attachée à montrer que les rites dont les héros font l’objet ne diffèrent pas
fondamentalement de ceux pratiqués envers les dieux olympiens, du moins jusqu’au début de l’époque hellénis-tique.
19. Cette héroïsation généralisée est particulièrement sensible en Haute Macédoine depuis la fin de l’époque hellénis-
tique : A. Rizakis, I. Touratsoglou, « Mors macedonica », e AEphem 2000, p. 250-252. Au ii s. apr. J.-C., si l’héroï-sation exceptionnelle d’Antinoos et de Polydeukion par la volonté d’Hadrien et d’Hérode Atticus s’efforce de revenir à la plénitude ancienne de l’héroïcité, elle en diffère cependant sur un point essentiel : elle est imposée par des indivi-dus disposant d’un grand pouvoir et non pas organisée par des groupes pérennes ; M. Galli, « Antinoos heros e gli eroi della Seconda Sofistica », dans ƏƯƥƶƭƮƢƳƥƴƠƨƲƶƫ 2012, p. 523-536.
20. Aperçu d’ensemble chez F. T. Van Straten, Hiera kala (1995), p. 92-100. 21. Pausanias mentionne vingt-huit hèrôa en Laconie contre seize en Attique : Andronicos 1956, p. 306 ; Le Roy
1982, p. 284, n. 25.
22. MArch Sparte 1. M. Daumas (« Hélène ou Ériphyle ? », RA 1983, p. 3-12) a reconnu Amphiaraos, dont l’hèrôon est
bien attesté à Sparte, dans le personnage masculin de la face 1. L’assimilation des deux serpents aux Dioscures, d’abord formulée par Picard 1935, p. 455, puis développée par Christou 1955, p. 106-110, ne s’impose pas : les serpents signifient simplement le caractère héroïque des personnages représentés, comme c’est l’usage. La parenté des silhouettes masculines avec celles des « jumeaux d’Argos » de Delphes suggère une date vers 580-570.
15
LA SCULPTURE DE THASOS
dédiés aux Dioscures 23 et les premiers reliefs à banquet assis 24. Sur tous ces documents, divers par leur taille, leur forme, leur type iconographique, sont figurés un ou deux serpents qui signifient la nature héroïque des personnages représentés, selon un usage qui se banalise en même temps que l’héroïsation 25. Ces reliefs archaïques sont tout à fait exceptionnels ; en Laconie comme ailleurs, les offrandes figurées faites à des héros étaient généralement beaucoup plus modestes : de simples plaquettes 26 accrochées à une surface verticale, suspendues ou fixées à un arbre du téménos 27 ou plus souvent à une paroi. Un passage d’Énée le Tacticien (XXXI 15-16) montre qu’au milieu du ive siècle ce type d’offrande restait tout particulièrement lié aux modestes hèrôa de campagne : l’auteur y suggère d’utiliser un ƳƭưƠƮƭƲưȏƴƼƭƮƿư pour porter hors d’une ville assiégée un message secret dont le texte sera recouvert par l’image d’un cavalier vêtu de blanc et montant un cheval blanc. Depuis la seconde moitié du ve siècle, le motif du cavalier est en effet devenu l’un des thèmes majeurs de l’iconographie héroïque.
23. 1) MArch Sparte 575 ; M. N. Tod, A. J. B. Wace, A Catalogue of the Sparta Museum (1906), p. 191, fig. 65. La date
floue de Wace – vi e s. – convient certes aux silhouettes des Dioscures, mais le couronnement en fronton peut indi-quer une date plus basse, dans la première moitié du ve s. 2) Relief du musée de Sparte publié par Christou 1955, fig. 1 p. 92. La date proposée par celui-ci (580-570) paraît trop haute d’une trentaine d’années, eu égard à la sil-houette de couroï des Dioscures.
24. Andronicos 1956 a étudié en détail neuf reliefs de ce type datant de 550-540, à propos du petit relief
MNAth 4455. Le plus ancien et le plus célèbre, celui de Chrysapha (Berlin, StaatM Sk 731), est communément daté de 550-530 (Blümel 1963, p. 22-25, no 16). La série n’a cessé de s’enrichir depuis : ArchDelt 28 (1973), chron., p. 166, pl. 145-146 (trois reliefs) ; Le Roy 1982 : relief de Gytheion. Sur le caractère « héroïque » de ces reliefs laconiens, voir aussi D. Hibler, « The Hero-Reliefs of Lakonia: Changes in Form and Function », dans O. Palagia, W. Coulson (éds), Sculpture from Arcadia and Laconia (1993), p. 199-204. On notera que ces reliefs, dès le vie s. av. J.-C., comportent toujours un serpent qui assure la nature héroïque du personnage représenté, alors qu’il n’apparaît ailleurs qu’après 350 av. J.-C.
25. Küster 1913, p. 72-85 ; Ogden 2013, p. 250-254. Dentzer 1982, p. 495-501, a commodément réuni les témoi-
gnages littéraires attestant la connotation héroïque du grand serpent (ƨƴƠƮƼư ; sur son identité zoologique, infra, n. 52 p. 35) : les plus explicites sont ceux de Plutarque (Vie de Cléomène XXXIX), d’Artémidore (La clef des songes IV 79) et de Diogène Laërce (V 89-91). Il souligne justement que le serpent n’apparaît dans aucune représentation funéraire antérieure à la dégradation des thèmes héroïques.
26. En bois (ƶƥưƣƨƩƵ) ou en terre cuite (ƳƣưƥƮƩƵ) portant des figures peintes : J. Boardman, « Painted Votive Plaques »,
ABSA 49 (1954), p. 183-201. Les panneaux de bois de Pitsa (EAA VI, p. 200-206) et les plaquettes de terre cuite de Penté-Scoufia (E. Pernice, « Die korinthischen Pinakes im Antiquarium der königlichen Museen », JdI 12 [1897], p. 9-48) en sont les exemples les plus connus. Les plaquettes en terre cuite à relief sont partout abondam-ment attestées, notamment pour le culte des héros dans le Péloponnèse : aux trouvailles de l’« hèrôon du fleuve » (A. J. B. Wace, « Sparta: The Heroön », ABSA 12 [1905-1906], p. 288-294, fig. 5-6), on peut adjoindre à Sparte celles de l’hèrôon d’Agamemnon et d’Alexandra (BCH 81 [1957], chron., p. 549-551, fig. 4-9 ; BCH 85 [1961], chron., p. 685, fig. 4, 7-9) ; voir aussi celles de Voïdokilia (Messénie), où le culte d’un héros s’est développé auprès d’une tombe mycénienne à tholos : E. Peppa-Papaioannou, ƕƢƯƭưƥƥưƥƬƢuƥƷƥƥƳƿƷƫưƕǀƯƲ (2012), p. 35-50, p. 127-144, fig. 1-59 : neuf plaquettes de 0,20 × 0,25 m et quarante-cinq de 0,09 × 0,10 m représentent un cava-lier au galop. Pour l’Asie Mineure, voir le dépôt très abondant trouvé à Troie : des centaines de plaquettes figurant un héros cavalier au galop avec, dans 85 % des cas, un serpent : A. E. Barr, « Horses and Rider Plaques at Ilion… », Studia Troica 6 (1996), p. 133-157.
27. Voir par exemple : 1) l’oïnochoè attique du Louvre S 1659 (vers 450) : libation faite par deux femmes à un héros
cavalier, représenté auprès de sa monture ; dans un arbre, deux plaquettes votives suspendues. 2) Le cratère en cloche attique BrM E 494, vers 430, qui représente le sanctuaire de Chrysè (JHS 70 [1950], p. 36, fig. 1. 3). La fresque de la chasse royale qui orne la façade de la tombe II de Verghina : le premier arbre à gauche porte des bandelettes et une tablette dont le fond est peint en blanc. La présence à droite d’un haut pilier portant trois statuettes (?) indique que cette partie de la composition évoque un modeste téménos champêtre ; Saatsoglou-Paliadeli 2004, p. 88-90, pl. 11a et 23a.
16
INTRODUCTION
Le thème du héros cavalier 28 remonte vraisemblablement à l’époque géométrique, où l’héroïsation concernait surtout des chefs de famille aristocratiques disposant des ressources nécessaires à l’en-tretien d’une écurie 29 : les témoignages littéraires et archéologiques attestent cette liaison entre hippisme et aristocratie 30, ce qui va à l’encontre de l’interprétation eschatologique proposée ja-dis 31 e . À partir de la fin du v siècle, le cheval est devenu un attribut presque obligé des héros, no-tamment à Athènes 32, où l’essor des reliefs à cavalier 33 s’explique probablement, comme celui des stèles funéraires et des reliefs votifs en général, par l’existence d’une génération de sculpteurs marbriers formés au Parthénon.
L’iconographie du héros cavalier, d’abord limitée aux types du cavalier monté au pas ou bien à pied guidant sa monture (« Pferdeführer ») 34 e , s’enrichit de deux types : au iv siècle, le cavalier en armes lancé au galop ; à la fin de l’époque hellénistique, le chasseur 35 de sanglier, ce « cavalier thrace » dont la fortune sera considérable à l’époque impériale. Tous ces types, qui figurent dans la série thasienne, seront présentés ici indépendamment de leur caractère votif ou funéraire, d’ailleurs par-fois difficile à déterminer.
28. LIMC VI, H. E., où la plupart des variantes locales et iconographiques du thème sont envisagées. 29. Deneken 1886-1890, col. 2583-2585 ; Dentzer 1982, p. 492-493. 30. L’onomastique elle-même le confirme : les noms à composante hippique sont nombreux dans les grandes familles ;
L. Curtius, Antike 3 (1927), p. 162-165. Dans le « rituel funéraire aristocratique » (B. Holtzmann, Dictionnaire de la Grèce antique [2000], s.v., p. 1162-1165), qui apparaît comme la préfiguration du culte héroïque, les chevaux jouent un grand rôle : Achille immole quatre juments sur le bûcher de Patrocle (Iliade XXIII 171-172) ; quatre chevaux avaient été sacrifiés lors des funérailles du héros dont le monument, datant de 950 av. J.-C., a été retrouvé à Lefcandi d’Eubée ; M. R. Popham, P. G. Calligas, L. H. Sackett (éds), Lefkandi II: The Protogeometric Building at Toumba e e , ABSA Suppl. 23 (1993), p. 21, pl. 22. Les mêmes immolations de chevaux se retrouvent aux viii et vii s.
dans les tombes royales de Salamine de Chypre (V. Karageorghis, Salamis on Cyprus [1969] : tombes 2, 3, 31, 47, 50, 79), au ive s. sur la tombe de Philippe II à Verghina (Andronicos 1984, p. 69) et jusqu’au début du iie s. apr. J.-C. sur la tombe d’un grand propriétaire terrien (D. Triantaphyllos, D. Terzopoulou, « Le tumulus de Mikri Doxipara-Zoni à Kyprinos (Thrace, Grèce) », dans A. Gardeisen [éd.], Les équidés dans le monde méditerranéen antique [2005], p. 11-27). Voir ibid., p. 143-151, la liste de tombes grecques avec chevaux établie par Th. G. Anti-kas. Par ailleurs, l’enchaînement chronologique entre tombes mycéniennes et géométriques, cultes héroïques avec offrandes représentant des cavaliers, et concours avec épreuves hippiques est attesté aussi bien à l’agora de Corinthe (O. Broneer, « Hero Cults in the Corinthian Agora », Hesperia 11 [1942], p. 128-161) qu’à celle d’Athènes (H. Thompson, « ƗƸươƳƩƭƥƣƷƭưƩƵƷʨƵƯƥƷƴƩƣƥƵƷ˒ưȏƴǁƼưƩȞƵƷɖƵDzƴƺƥƣƥƵǺƬƢưƥƵ », EEAth [1963-1964], p. 276-284). Sur le rôle militaire et politique de l’aristocratie cavalière aux époques archaïque et classique, voir les p. 27-31 dans A. Alföldi, Die Herrschaft der Reiterei…, AK Suppl. 4 (1967), p. 13-47, pl. 1-14, et certaines contributions au colloque sur les équidés cité plus haut.
31. L. Malten, « Das Pferd im Totenglauben », JdI 29 (1914), p. 179-256 ; réfuté par Langenfass-Vuduroglu 1973,
p. 102-114.
32. Le relief votif attique d’un père présentant son fils à Thésée, qui n’est pas cavalier (Louvre, MA 743 ; Hamiaux 2001,
p. 142, no 135 ; G. Ekroth, « Theseus and the Stone: The Iconographic and Ritual Contexts of a Greek Votive Relief in the Louvre », dans J. Mylonopoulos [éd.], Divine Images and Human Imaginations in Ancient Greece and Rome [2010], p. 143-169), date du moment, à la fin du ve s., où la morphologie et l’iconographie des reliefs votifs en marbre sont en train de se fixer dans les ateliers athéniens.
33. Deneken 1886-1890, col. 2562-2563, avait déjà constaté le caractère attique du thème, également bien représenté
en Béotie. Will 1955, p. 70-76, a repris la question de manière moins cursive. Le recensement de Langenfass- Vuduroglu e e 1973 illustre la prééminence des reliefs attiques : pour les v et iv s., trente reliefs en Attique (p. 34-36) contre huit en Béotie (p. 48-49), dont certains procèdent de compositions attiques. Voir maintenant Tillios 2010, p. 68-84 : « die Reiterheroenreliefs » (vingt-six exemplaires catalogués).
34. Voutiras 2010, p. 85-95.
35. Dans le chapitre initial de son Art de la chasse, Xénophon propose une liste, non exhaustive, de héros chasseurs
(I 1-16).
17
LA SCULPTURE DE THASOS
La même démarche s’impose a fortiori pour l’autre grand thème de l’iconographie héroïque : le banquet 36. Sa signification est claire : il représente un seigneur servi et accompagné, dans une ambiance de luxe et d’oisiveté. Comme le cavalier, c’est donc un thème aristocratique qui a pris une valeur héroïque, et pour la même raison : parce que les héros de l’époque archaïque ont été surtout de grands personnages. Lorsque la prégnance héroïque du thème n’a plus été suffisamment perçue, des éléments iconographiques isolés à haute teneur héroïque – le cheval et le serpent, mais aussi parfois le polos et les adorants – ont été introduits pour réaffirmer son caractère héroïque, donc votif. Ainsi s’est enrichie, par agglutination progressive, une composition d’emblée artificielle, puisque la contiguïté de ses deux éléments constitutifs – le banqueteur couché que sert un échanson et l’épouse assise en face de lui – est contraire aux usages grecs et suffit à faire de la scène un montage symbolique 37.
À partir de la fin du iv e 38 siècle, la dévalorisation rapide de la notion de héros, avec la multipli-cation des héroïsations politiques et privées 39, entraîne la dérive des thèmes héroïques vers l’icono-graphie funéraire, au moment même où celle-ci se restreint à quelques types stéréotypés 40, car l’accroissement de la demande provoque le déclin de la créativité en ce domaine 41.
Les très nombreux reliefs funéraires thasiens avec cavalier et banquet illustrent cette sclérose progressive, même si certains détails d’iconographie ou d’exécution leur conservent parfois, jusqu’au iiie siècle apr. J.-C., quelque saveur.
36. Comme l’a prouvé l’étude exhaustive de Dentzer 1982, p. 72-216. 37. J.-M. Dentzer a bien montré que l’iconographie du banquet n’a de cohérence qu’idéologique : « Le cheval au ban-
quet funéraire », dans G. Siebert (éd.) Méthodologie iconographique (1981), p. 79-83. La présence de la femme aux côtés du héros, que l’on constate également sur d’autres reliefs dédiés à des héros, peut s’expliquer par l’hommage rendu par ses descendants à un couple d’ancêtres héroïsés. La tendance à doter les héros d’une parèdre féminine est particulièrement sensible dans le calendrier cultuel de Thoricos (infra n. 13 p. 80) où presque tous les héros mentionnés sont flanqués d’héroïnes anonymes, auxquelles est rendu un culte mineur : elles ont droit à un plateau garni, non à un sacrifice sanglant. J. Larson, Greek Heroine Cults (1995), p. 32-34, a comparé leur position à celle d’un chœur féminin par rapport au coryphée.
38. Foucart 1922, p. 136-163 ; H. J. Rose, « The Degradation of Heroes », dans G. E. Mylonas, D. Raymond (éds),
Studies Presented to D.M. Robinson on his Seventieth Birthday 2 (1953), p. 1052-1057. Sur l’ambiguïté de la notion de héros à l’époque hellénistique, voir aussi les considé rations de P. M. Fraser, Rhodian Funerary Monuments (1977), p. 76-81 ; Pfuhl, Möbius 1977, p. 47-48 ; Fabricius 1999, supra n. 17.
39. M. Rostovtzeff, The Social and Economic History of the Hellenistic World II (1941), p. 1115-1126 ; C. Schneider,
Kulturgeschichte des Hellenismus II (1969), p. 215-217 ; Schmidt 1991, p. 141-146 : « Der Bürger als Heros ». Un bon exemple d’héroïsation sociale est fourni par 2 IG II 1326, datant de 176/5 : l’association des orgéons de Dionysos, au Pirée, pour honorer la mémoire de son administrateur et bienfaiteur, décide (l. 45-47) d’en faire un héros, qui sera parèdre du dieu en son temple, tout comme l’est déjà son père. Voir aussi la collection de reliefs hé-roïques attiques du ive s. rassemblée par Hérode Atticus, vers 160-170, dans sa villa d’Éva (Arcadie) en l’honneur de ses chers disparus : G. Spiropoulos, ƒƩƮƴƿƨƩƭƳưƥƌƴƼƭƮƠƥưƠƧƯƸƹƥ (2006), passim.
40. Pfuhl, Möbius 1977, p. 44-45.
41. Schmidt 1991, p. 39-42, 104-116. L’apparition de noms thraces, surtout dans le sud de Thasos, résulte plutôt de
l’accession à la représentation funéraire d’une population rurale jusque-là occultée que d’un regain de peuplement thrace, il me semble. Sur ce phénomène, Dana 2014, passim.
18
INTRODUCTION
HÉROS ET HÉROÏSATION À THASOS
Il est communément admis que les héros étaient plus nombreux, la tendance à l’héroïsation plus marquée dans les régions non ioniennes du monde grec 42. L’exemple de Thasos, pourtant issue de l’ionisme insulaire le plus pur et exposée assez vite à l’influence de l’ionisme oriental, infirme cette théorie. Avant d’aborder l’étude des reliefs à thèmes héroïques, dont certains sont sûrement votifs, il convient de rappeler brièvement les autres témoignages concernant ces cultes à Thasos 43.
Le plus important est fourni par un règlement judiciaire de la fin du ive siècle (MArch inv. 1451) qui fixe les jours où les dénonciations sont interdites : parmi ceux-ci, le jour des Hèroxénies 44, c’est-à-dire de la fête des Héros, marquée par un banquet auquel ceux-ci sont censés participer. Cette même fête est mentionnée quatre siècles plus tard (vers 50 apr. J.-C.), à l’occasion d’un décret (MArch inv. 1273) qui héroïse les frères Micas et Euphrillos, donateurs du portique Sud-Ouest de l’agora, où sera installé leur hèrôon 45. Or ces Hèroxénies sont sans parallèle exact, même si quelques rites peuvent leur être comparés 46 ; sans doute ne sont-elles qu’une variante des Théoxénies, elles bien connues 47, mais le fait qu’il y ait eu à Thasos une fête spécialement consacrée aux héros ne peut manquer d’être significatif. L’importance, dans la religion locale, de divinités d’origine héroïque – Dionysos, Héraclès 48 49 50 51 , Asclèpios , les Dioscures , Théogénès – est un autre signe de cette particu-larité religieuse.
42. Deneken 1886-1890, col. 2453-2459 ; Küster 1913, p. 73. Nilsson 1961, p. 191, adopte une position un peu
différente : les héros sont rares en Ionie parce qu’il n’y avait pas là de tombes anciennes autour desquelles un culte héroïque aurait pu se développer. Explication peu convaincante, puisqu’il y a eu une colonisation mycénienne sur ces rivages, mais surtout parce que l’apparition de héros ne réclame pas en fait un terreau historique très épais : aussi bien que religieux, le phénomène est social et lié, à son origine, à la structure clanique de la société grecque.
43. Guide 2000, p. 232-233.
44. Salviat 1958, p. 254-259.
45. ÉtThas V, p. 93-99, no 192, l. 23.
46. Salviat 1958, p. 255, en a rapproché les ȗƴƿƺƭƥ connues par Hèsychios, les ȗƴƲƹƠưƩƭƥ de Mégare (IG VII 48) et
une scholie de Pindare (Néméennes VII 68) : ƧƣưƩƷƥƭȂưƉƩƯƹƲʶƵȓƴƼƶƭƱơưƭƥȂưƲȥƵƨƲƮƩʶȯƬƩɞƵȂƳɜƱơưƭƥƮƥƯƩʶư ƷƲɠƵȓƴƼƥƵ. Ekroth 2002, p. 282-286, assimile ce rite aux théoxénia mieux attestés.
47. Fr. Deneken, De Theoxeniis (1881) ; M. P. Nilsson, Griechische Feste (1906), p. 160-162 et 418-420 ; F. Pfister,
RE (1934), s.v., col. 2256-2258. Salviat 1958 a montré, p. 256-257, l’ambiguïté de ces banquets cultuels où les héros étaient souvent autant à l’honneur que les dieux.
48. Supra n. 4. Sur la double nature – héroïque et divine – d’Héraclès à Thasos, voir la mise au point de J. Pouilloux,
« Héraclès thasien », REA 76 (1974), p. 305-316, et les contributions plus récentes d’A. Verbanck-Piérard citées dans Les panthéons des cités, Kernos Suppl. 8 (1998), p. 115, n. 33.
49. Salviat 1958, p. 353-357.
50. Presque toujours représentés en cavaliers ; à Thasos même, voir ÉtThas XV, p. 140-142, nos 79-80, pl. XLVIII. 51. ÉtThas III, p. 62-105. On a trouvé depuis, dans le sud de l’île, une dédicace à Théogénès, Dieu Épiphane, datant du
ier s. apr. J.-C. (BCH 86 [1962], p. 594-596, fig. 15) et une quatrième dédicace (inv. 2326) a été publiée dans BCH 91 (1967), p. 579-581, fig. 3. Son autel sur l’agora a été restitué par Fr. Chamoux, Thasiaca (1977), p. 143-153. Nouvel essai d’appréciation par J. Pouillloux : « Théogénès de Thasos… quarante ans après », BCH 118 (1994), p. 199-206. Une anecdote racontée par Plutarque, Conseils politiques (Moralia 811 E), montre le redoutable athlète prenant part lui-même à un banquet en l’honneur d’un héros, où son irascibilité provoque une rixe générale. Sur le sens des héroïsations ou divinisations d’athlètes, J. Fontenrose, « The Hero as Athlete », CalStudClassArch 1 (1968), p. 73-104 ; F. Bohringer, « Cultes d’athlètes en Grèce classique », REA 81 (1979), p. 5-18 ; M. Bentz, Chr. Mann, « Zur Heroisierung von Athleten », dans R. von den Hoff, S. Schmidt (éds), Konstruktionen von Wirklichkeit (2001), p. 225-240.
19
LA SCULPTURE DE THASOS
L’anecdote racontée par Plutarque (Apophtegmes lacédémoniens 25), selon laquelle les Thasiens auraient proposé au roi de Sparte Agèsilas de le diviniser – et cela en 394, à un moment où ces divinisations politiques n’étaient pas encore usuelles – va dans le même sens 52. Le culte rendu à la famille impériale 53 est moins caractéristique : il se retrouve dans la plupart des cités grecques – mais l’ 54 hèrôon dédié au moins partiellement à Lucius César sur l’agora en est un témoignage original.
Dans une ambiance aussi propice à l’héroïsation, on s’attendrait à ce que le culte de Tèlésiclès, fondateur de la cité, soit présent sur l’agora, comme dans nombre de cités coloniales. Il n’en est rien, mais les fouilles ont retrouvé le cénotaphe de Glaucos, compagnon d’Archiloque lors de la seconde vague de la colonisation parienne : ce monument construit au viie siècle, puis remanié, était vraisem-blablement surmonté, dans son état final, d’une stèle qui le représentait 55. D’autres héros, inconnus par ailleurs, sont attestés par des inscriptions : Agrôn 56, Sôsiôn l’Archègète 57, un héros au nom illisible associé à Dionysos 58 59 , Euphrillos et Micas.
52. J. Pouilloux (ÉtThas III, p. 104) a souligné justement que l’aplomb des ambassadeurs thasiens, affirmant que les
Thasiens avaient effectivement le pouvoir de diviniser les hommes, n’est pas une forfanterie destinée à les tirer d’embarras face à l’ironie d’Agèsilas, mais la confirmation d’une particularité de la vie religieuse de Thasos, encore singulière à cette époque. Sur le rapport de ces divinisations politiques avec l’héroïsation, supra n. 16.
53. ÉtThas V, p. 59-70, pour la dynastie julio-claudienne. Une dédicace faite par une prêtresse de Livie et une base au
nom d’Agrippa Postumus, éphémère successeur désigné d’Auguste, ont confirmé le zèle des Thasiens à développer ce culte politique ; J. Fournier, « La société thasienne et l’Empire sous les Julio-Claudiens », BCH 130 (2006), p. 499-518.
54. Fr. Chamoux, « Un portrait de Thasos : Lucius Caesar », MonPiot 44 (1950), p. 83-96, pl. 9-10 ; ÉtThas V, p. 61-62 ;
Guide 2000, p. 73.
55. Guide 2000, p. 69-70. Les fouilles avaient, dès 1920, révélé le monument de Glaucos, à l’insu de son fouilleur,
l’inscription l’identifiant n’ayant pas été remarquée (BCH 45 [1921], p. 94-95 : « une base à plusieurs ex-votos »…). Le cliché p. 95 présente, dans l’axe de la deuxième assise, une cavité oblongue d’encastrement et, à l’est, le départ d’une autre cavité semblable. La fouille de 1954 (BCH 79 [1955], p. 348-351 ; fig. 8 : plan) a montré que ces encas-trements étaient en fait le vide central plus ou moins large régnant entre les blocs de cette assise, dont le bloc médian nord a désormais disparu. La légère saillie que présentent vers l’intérieur les blocs de cette assise semble indiquer qu’ils devaient porter, en retrait, un troisième niveau où pouvait effectivement être encastrée une stèle, une statue (ibid., p. 351) étant exclue par l’exiguïté du socle ainsi formé. L’existence de stèles commémoratives, voire honori-fiques (quand le personnage est vivant) est bien attestée : Pausanias (VIII 48, 1) en a vue deux sur l’agora de Tégée, l’une représentant les quatre législateurs de la cité et l’autre un héros local, Iasios ; il a vu de même, sur l’agora d’Élatée (X 34, 6), une stèle représentant Élatos, héros fondateur de la cité, dont il n’a pu déterminer si c’était un monument commémoratif ou l’hèrôon de cet archégète. Dans le bouleutèrion de Iasos ont été retrouvés les fragments d’un haut relief en marbre représentant un banqueteur, très vraisemblablement le héros fondateur de la ville, Iasos Ktistès, connu par ailleurs : S. Angiolillo, « Il rilievo dal Bouleuterion di Iasos: proposte de lettura », dans I. Jenkins (éd.), Sculptors and Sculpture of Caria and the Dodecanese (1996), p. 105-108, fig. 178-193. Sur ces stèles commémoratives et honorifiques, qui n’impliquent pas que le personnage est héroïsé, au sens religieux du terme : Himmelmann 2009, p. 76-80 ; Despinis 2013, p. 13-38, fig. 1-14. Le relief 315 (infra, Appendice II) pourrait être de ce type.
56. Inv. 659 : bloc de mur remployé sur l’agora ; vers 430 (ÉtThas III, p. 87, no 14, pl. 9, 2). 57. e o Inv. 243, trouvé en 1928 dans le quartier de la porte d’Hermès ; fin du v siècle ( ÉtThas III, p. 335, n 127, pl. 36, 1).
La restitution ƗƼ[Ʒ]ƣƼư[ƭ], acceptée par J. Pouilloux, est peu satisfaisante, alors que le nom Sôsiôn est fréquent à Thasos. Rien ne prouve qu’il faille identifier avec ce héros l’Archégète anonyme mentionné par Hippocrate (Épidé-mies I 5) : cette épiclèse, qui peut être portée également par certaines divinités, notamment Apollon Pythien patron des fondations coloniales (T. Ritti, Hierapolis I [1985], p. 108-109), n’est pas l’apanage d’un seul héros par cité (O. Jessen, RE [1895], s.v., col. 443-444).
58. Inv. 888 ; règlement de culte trouvé dans les magasins nord-est de l’agora (Guide 2000, p. 68 : le prytanée ?) ; au plus
tôt de la fin du ive s. (ÉtThas III, p. 344, no 129, pl. 37, 5).
59. Supra n. 45.
20
INTRODUCTION
Quant aux e 60 ǺƧƥƬƲƣ , dont une inscription du milieu du iv siècle fixe en détail les honneurs qui leur sont dus ainsi qu’à leur famille, c’est aller trop loin que d’en faire des héros : citoyens morts au champ d’honneur, ils forment un groupe anonyme qui peut s’accroître indéfiniment, alors que les héros sont toujours des individus d’exception ou, comme les morts de Marathon, des Thermopyles ou de Platées, un groupe distingué par un exploit précis. Le préjugé de conduite héroïque dont sont gratifiés les ǺƧƥƬƲƣ n’est donc pas suffisant pour les faire accéder à la condition religieuse de héros.
Enfin, un héros Ponto(médôn) est attesté au iiie siècle av. J.-C. par une dédicace des apologues.
. Inv. 257 : dédicace au héros Ponto(médôn) d’un grand relief votif (pl. I a, b)
Découvert en 1924 dans la fouille d’une partie du Dionysion.
16,5 × 54 × 19,5 ; hauteur de l’épistyle inscrit : 7 ; épaisseur de la plaque sculptée : 7,5. Hauteur des lettres, de la première ligne : 2,5-3 ; des deux autres : 1,5.
Marbre thasien à grains moyens ; épiderme usé et noirâtre.
BCH o 48 (1924), chron ., p. 502 ; BCH 50 (1926), p. 238-239, n 15, fig. 2 (publication de l’inscription par G. Daux) ; IG XII Suppl. 431 ; Y. Grandjean, BCH 136-137 (2012-2013), p. 252-254, no 6.
Partie supérieure gauche d’un grand relief votif, brisé à droite et en bas, où ne subsiste qu’un tout petit fragment du champ sculpté. La corniche est cassée à gauche sous la première antéfixe. Le couronnement est composé : en avant, d’une partie inclinée large de 6 cm, scandée de trois rangées de couvre-joints (distance d’axe en axe : 13 cm) ; au sommet, d’une bande plane large de 5 cm ; à l’arrière, d’un kymation lesbique large de 7 cm. Le revers est dressé.
Sur l’épistyle, inscription en trois lignes :
ǺƳƲƯƿƧƲƭȓƴƼƭƕƲưƷЖ[uơƨƼưƷƭ]
ƍƩƸƯơƷƫƵǺƳƲƯƯƲƨǁƴƲƸƏƴƭƷƿƦƲ[ƸƯƲƵ…………]
ȉƮƷƲƴƣƨƩƸƵ[ca 10 l.] ƗƥƷǀƴƲƸ […………]
La disposition en deux lignes du nom des magistrats composant à Thasos le collège des apologues conduit à proposer une restitution courte de la partie droite du relief, si l’on accepte, à la suite des observations argumentées de P. Bernard et Fr. Salviat, que le nombre des apologues soit passé de sept, bien attesté au ive e 61 siècle, à trois dès le iii siècle. Si l’on s’en tient au contraire à un collège de sept magistrats, à la suite de J. Pouilloux et de P. Hamon 62, qui date l’inscription du « premier tiers du iiie s. environ », mais avant deux dédicaces à sept apologues, il faut admettre une restitution longue à droite, qui donne certes au relief une ampleur exceptionnelle, mais qui convient bien à ce cadre architectural très soigné, destiné à ménager au relief un ample surplomb : sa largeur totale aurait alors nettement excédé un mètre et sa hauteur 0,50 m.
Quant à la restitution Pontomédôn, et non Pontos comme le conjecturait G. Daux, elle est ren-due très vraisemblable, même dans l’hypothèse d’un relief étroit, par l’existence d’une inscription qui assure l’existence locale d’un héros -omédôn, auquel les apologues font une dédicace 63. Si l’on
60. o Inv. 1032 ; ÉtThas III, p. 371-378, n 141, pl. 39, 6 – aujourd’hui complétée : J. Fournier, P. Hamon, « Les orphe-
lins de guerre de Thasos : un nouveau fragment de la stèle des Braves (ca 360-350 av. J.-C.) », BCH 131 (2007), p. 309-381 ; P. Hamon, « Un troisième fragment de la stèle des Braves …», BCH 134 (2010), p. 301-315.
61. e e BCH 90 (1966), p. 469 : liste de neuf dédicaces d’apologues des iv et iii s. 62. o Hamon 2019, n 68.
63. L. Robert, CRAI 1972, p. 437. Issue d’un dragage du vieux port, en 1969, cette inscription, gravée sur une petite
colonne qui devait porter une offrande, n’est jamais entrée au musée ; longtemps entreposée sur le quai, elle a été
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LA SCULPTURE DE THASOS
préfère la version plus large du relief, on peut y ajouter une épithète évoquant le caractère bienfaisant ou redoutable du héros Pontomédôn.
Celui-ci est inconnu par ailleurs, mais cette épithète fonctionnelle – « celui qui règne sur la mer » – est bien attestée pour Poséidon et même pour Priape (Anthologie Palatine X 16, 11). Le lieu de trouvaille – le Dionysion – n’est peut-être pas significatif, car un tel fragment peut aisément avoir été déplacé après le débitage du relief et le rapport du héros Pontomédôn avec Dionysos reste obscur 64 65 ; il pourrait aussi bien provenir du Posideion voisin, où ces magistrats judiciaires ne sont toutefois pas signalés jusqu’ici.
On voit donc que, loin d’être absents de Thasos, les cultes héroïques semblent plutôt y avoir été particulièrement développés. L’abondance des reliefs à thèmes héroïques – cavaliers et banquets – en fournit d’ailleurs une confirmation éclatante. En revanche, la dévaluation du terme héros, employé désormais pour le commun des mortels, n’a laissé que peu de traces dans l’épigraphie thasienne : les reliefs funéraires recourent abondamment à l’iconographie des héros, mais rarement en appelant ainsi les défunts 66, peut-être parce que l’imprégnation héroïque de ces représentations détournées restait suffisante à cause de la survivance de lieux de culte où ces reliefs anciens étaient toujours visibles.
déposée dans la partie nord du portique nord-ouest, où elle n’est plus visible aujourd’hui : Y. Grandjean, loc. cit. : « iiie s. av. J.-C. ».
64. On notera cependant que d’autres héros sont mentionnés avec Dionysos (supra n. 58) et qu’un autel à foyer creux
est consacré dans le Dionysion à Agathos Daimôn (BCH 47 [1923], chron., p. 538 ; Guide 2000, p. 93), qui y reçoit aussi une dédicace. L’aspect héroïque de la personnalité de Dionysos (Brelich 1958, p. 365-368) aurait-il donc été particulièrement marqué à Thasos ?
65. M. Launey, BCH 57 (1933), p. 404-405 ; ÉtThas III, p. 393-399 et 401-402. 66. Voir (cavalier chasseur), auxquels on peut ajouter : 1) le fragment supérieur droit (inv. 3662, provenant de la
démolition d’un mur à Liménas ; 24 × 25 × 12) d’un relief conservant le torse et la tête du banqueteur dans un encadrement de type ancien présente sur l’épistyle les restes d’une inscription se terminant par ƌƖƝƆ ; iiie-iie s. ? 2) Sur un grand relief fragmentaire avec banquet de type récent sans numéro d’inventaire (57 cons. × 83 × 16), qui se distingue par l’ajout à droite de l’arbre au serpent, les défunts Pindaros et Parmenousa sont qualifiés de héros : après l’inscription officielle, une autre main a cru bon de graver légèrement dans une écriture penchée, peut-être après la mise en place de la stèle, er ƌƖƝƊƗ (i s. av. J.-C.). 3) Sur l’épistyle d’un édicule funéraire rectangulaire décou-vert en 1990 à Nysterni (sur la côte, à l’ouest de la ville antique) a été lue la dédicace ƌƖƝƎƉƌƑƔƚƝƒ[ƘƎ] ; AD 46 (1991), chron., p. 315. Le même datif se trouve sur un « autel » funéraire avec chasseur thrace de Thessalonique, aujourd’hui perdu : e e ƌƖƝƎƕƆƘƖƔƇƎƝƎ ; IG X 2, 1, 463 (ii-iii s.) ; infra n. 185 p. 72. 4-7) IG XII 8 n’en fournit que deux occurrences d’époque impériale, sans relief : 458 sur le sarcophage d’un notable ; 519 sur la stèle d’un garçon mort à dix ans. ÉtThas V en procure deux autres, également tardives : p. 139, no 274 (fragment de sarcophage vu par Ch. Avezou en 1911) et p. 294, no 384 (vu par A.-J. Reinach en 1911).
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CHAPITRE I
LE THÈME DU CAVALIER
CATALOGUE
Les reliefs sont présentés ici suivant un classement iconographique, de manière à mettre en lumière les variantes pratiquées à Thasos, qui sont au nombre de trois : le cavalier en majesté, à pied ou monté ; le cavalier guerrier galopant ; le cavalier chasseur. Pour chacune d’entre elles, les documents sont classés dans la mesure du possible par ordre chronologique.
LE CAVALIER EN MAJESTÉ
Ce type, le plus ancien, est représenté à Thasos sous ses deux variantes : tantôt le cavalier, à pied, conduit sa monture par la bride ; tantôt, monté, il s’avance au pas. Souvent un autel placé devant lui assure qu’il s’agit d’une figure cultuelle.
1. Le cavalier debout auprès de son cheval
. Inv. 31 : relief attique avec libation et adorants (pl. I)
Découvert en 1927, dans la nécropole de Patarghia (?) 1 39,5 × 51,5 × 11 ; 4,5 ; champ sculpté : 32 × 44,5 × 4,5 ; tenon : 7,5 × 8. Marbre du Pentélique. Épiderme usé de couleur beige. Les têtes des deux protagonistes et du cheval sont brisées. Cassures récentes de la plinthe à gauche et sur la jambe droite de l’homme. La partie centrale de la plinthe, avec le tenon, a été recollée.
1. Le texte BCH 52 (1928), chron., p. 496 – « un bas-relief provenant de la nécropole de Patarghia a été apporté au
Musée » – suggère qu’il s’agit, comme c’est fréquemment le cas, d’une trouvaille fortuite faite durant l’hiver, alors qu’aucun archéologue n’est présent pour en vérifier la provenance exacte. Comme la plupart des reliefs trouvés fortuitement de la sorte sont funéraires, on aura pensé que celui-ci provenait lui aussi de la nécropole, alors qu’il provient probablement du sanctuaire d’un héros sis dans la ville antique.
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LA SCULPTURE DE THASOS
BCH o o 52 (1928), chron ., p. 496 et fig. 7 p. 495 ; Van Straten 1974, p. 187-188, n 6 ; LIMC VI, H. E. , n 47