LA Sculpture DE Thasos : Corpus des reliefs II
TOME I – Texte
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 14 parties.
iiie s. apr. J.-C.
. Inv. 634 : tête et torse d’un banqueteur (pl. LXXVII)
Lieu et date de trouvaille inconnus.
26 × 17 × 8,5 ; 3,5.
Marbre à grains fins, friable ; épiderme ocre, bien conservé, avec traces de chaux qui peuvent s’expliquer par un remploi. Fragment brisé de tous côtés ; nez arraché.
Fragment d’un relief au revers grossièrement piqueté. La figure du banqueteur, dans l’attitude ordinaire, semble seulement ébauchée : le dessin de l’œil gauche et de la bouche, cernée d’une moustache qui rejoint la barbe, le drapé de la tunique, la main et le gobelet qu’elle tient sont à peine esquissés.
iiie s. apr. J.-C.
. Inv. 645 : fragment inférieur droit avec torse du banqueteur (pl. LXXVII)
Date et lieu de découverte inconnus.
40,5 × 26,5 × 9,5 ; 3.
Marbre à grains fins friable ; épiderme beige usé. Fragment brisé en haut et à gauche ; l’angle inférieur droit est écorné.
Angle inférieur droit d’un relief encadré à droite par un bandeau large de 3-3,5 cm et une plinthe haute de 8,5 cm ; la tranche et le revers sont piquetés.
Plusieurs traits montrent que ce fragment appartient à un relief du type tardif antérieur aux groupes - et - : le rendu plastique du mobilier et des fruits, avec la grappe pendante ; le coude du banqueteur posé sur un coussin et le haut gobelet conique qu’il tient. Le soin de l’encadrement va dans le même sens.
Deuxième moitié du iie s. apr. J.-C.
c. Fragments avec femme assise seule conservée (286-300)
. Inv. 167 = 2780 : partie gauche d’un relief avec mère à l’enfant (pl. LXXVIII)
Trouvée par P. Lemerle en 1933, lors d’un sondage effectué à la chapelle de Haghios Sisinios, « au-dessus de la route de Panaghia, environ cinq cents mètres après la porte du Silène » : Arch THASOS 1-1933, p. 7 (rapport). 56,5 × 29,5 × 9 ; 4. Hauteur des lettres : 2,5-3.
157
LA SCULPTURE DE THASOS
Marbre à gros grains, très friable ; épiderme beige et usé. Brisé verticalement à droite ; épaufrures sur le visage.
ÉtThas V, p. 144, no 290, pl. 33.4 ; Dana 2014, s.v. « ƉƭƪƥƴƣƼư », p. 153.
Partie gauche d’une stèle funéraire encadrée sur les côtés par un bandeau, large de 3 cm à gauche ; en haut par un couronnement lisse en fronton bas avec acrotères, en bas par une plinthe haute de 7,5 cm-8,5 cm où est gravé :
ƉƭƶƪƥƴƣƼư […….]
ƺƥʶƴƩ
La tranche est soigneusement dressée, le revers est piqueté.
Ce relief présente un certain nombre de traits anciens dans le type tardif, à commencer par son cadre classicisant, presque identique à celui de . La femme assise, les pieds sur un tabouret minuscule, est vêtue du costume classique – chitôn et himation. Elle porte, assis sur ses genoux, un enfant vu de face, la tête tournée vers sa mère, la main droite levée comme pour la saluer. Sa tête très volumineuse n’est pas couverte d’un voile : ses cheveux coiffés vers l’arrière y forment un gros chignon bas.
L’encadrement, le vêtement, le tabouret suggèrent de dater cette stèle du iie siècle apr. J.-C.
. Calyvès de Liménaria, anc. coll. Papagheorghiou : fragment supérieur gauche avec femme
assise (pl. LXXVIII)
Provient vraisemblablement du sud de l’île.
37 × 34.
Marbre à gros grains ; épiderme usé et gris. Stèle brisée à droite et en bas ; épaufrures multiples sur la figure, dont le visage est effacé. Initiales modernes gravées dans le champ.
Holtzmann 1973, p. 167, no 18, fig. 18.
Partie supérieure gauche d’un relief encadré d’un bandeau. La figure conservée de la femme assise s’éloigne sensiblement du type tardif ordinaire : théoriquement assise dans le minuscule fauteuil qu’on voit à gauche, elle est enveloppée dans un capuchon et ses bras charnus, qui paraissent décou-verts, ne font pas les gestes habituels : le bras gauche est tendu en avant, le bras droit ramené contre la poitrine. Le plissé du vêtement est esquissé en quelques traits verticaux.
iiie s. apr. J.-C.
. Inv. 2760 : angle supérieur gauche avec femme assise (pl. LXXVIII)
Trouvé au printemps de 1971, remployé dans une maison de Prinos.
28,5 × 26 × 8 ; 1,5.
Marbre à gros grains, très friable ; épiderme brunâtre et granuleux, très usé. Brisé à droite et en bas ; angle supérieur gauche écorné.
Partie supérieure gauche d’un relief encadré d’un bandeau, large en haut de 3,5 cm. La tranche est soigneusement dressée à gauche, mais laissée brute en haut. Le revers est dressé, avec un démai-grissement de 2 cm sur toute la hauteur, à 18 cm du bord gauche.
Ne subsistent que le torse et la tête de la femme assise, ici tout à fait de face, avec, peut-être, contre le bras gauche plié un nouveau-né emmailloté. Elle est vêtue d’une robe à manches longues, serrée sous les seins par une ceinture haute, et coiffée d’un voile épais qui retombe sur ses épaules. À droite, une ligne courbe en très faible relief doit être l’extrémité du dossier du divan où est allongé le banqueteur.
iiie s. apr. J.-C.
158
LE THÈME DU BANQUET
. Inv. 639 : angle supérieur gauche avec femme assise (pl. LXXVIII)
Date et lieu de découverte inconnus.
30,5 × 21,5 × 7 ; 1,5.
Marbre à grains moyens ; épiderme gris, très usé. Brisé obliquement à droite. Le visage est effacé.
Angle supérieur gauche d’une stèle, encadrée d’un bandeau large de 2 cm à gauche, dont la forme est inusitée, puisque l’angle conservé n’est pas droit, mais aigu : si le bandeau supérieur est horizon-tal, la stèle se rétrécit vers le bas… Le soin apporté à l’encadrement interdit d’y voir une maladresse. La tranche et le revers sont piquetés.
Dans le champ n’est conservé que le torse de la femme assise, très tassée sur son siège à dossier concave. Sa tête, énorme, est couverte d’un voile épais, qu’elle tient dans la main gauche, et qui retombe en zigzag sur son épaule droite.
iiie s. apr. J.-C. ?
. Calyvès de Liménaria, anc. coll. Papagheorghiou : angle supérieur gauche avec femme
assise (pl. LXXVIII)
Vu durant l’été de 1973, après la parution de Holtzmann 1973. Probablement découvert dans le sud de l’île. 30,5 × 24 × 10 ; 3,5.
Marbre à grains fins, friable ; épiderme beige, usé. Brisé obliquement à droite ; fissure verticale dans le champ. L’arête extérieure du bandeau d’encadrement gauche est cassée ; épaufrure sur le visage.
Angle supérieur gauche d’un relief encadré d’un bandeau large de 2,5 cm. La tranche est pique-tée, le revers dégrossi. Même type que : torse de la femme assise de trois-quarts ; la tête couverte d’un voile épais qui, ici, ne forme pas de zigzag ; la main gauche semble enveloppée dans le pan du voile. Les proportions sont mieux respectées : la poitrine, moins sacrifiée, est soulignée par une ceinture haute.
Fin iie e-début iii s. apr. J.-C. ?
. Inv. 2793 : angle supérieur gauche avec torse de femme (pl. LXXIX)
Lieu et date de découverte inconnus.
19,5 × 12,5 × 7 ; 0,5.
Marbre à grains moyens ; épiderme beige, usé. Brisé à droite et en bas ; épaufrures sur le visage.
Fragment supérieur gauche d’une stèle encadrée d’un bandeau large de 3-4 cm. Le champ est très peu ravalé, en sorte que la figure de femme conservée déborde légèrement sur le cadre. Vue de trois-quarts, elle tient de la main gauche le pan du voile épais qui couvre sa tête. Si la composition semble ordinaire, le travail est assez soigné : les proportions sont justes, le drapé sur le torse bien suggéré.
iie s. apr. J.-C. ?
. Calyvès de Liménaria, anc. coll. Papagheorghiou : angle supérieur gauche avec tête de
femme (pl. LXXIX)
Vraisemblablement trouvé dans le sud de l’île.
18 × 22.
Marbre à gros grains ; épiderme gris bien conservé. Brisé à droite et en bas. L’angle est cassé, ainsi qu’une partie du bandeau à gauche. Épaufrures sur le visage de la femme.
Holtzmann 1973, p. 165, no 16, fig. 16.
159
LA SCULPTURE DE THASOS
Angle supérieur gauche d’un relief encadré d’un bandeau. Le visage de la femme, vu de trois-quarts, est très effacé. Il semble avoir été soigneusement détaillé, à l’inverse du voile épais, qu’elle écarte largement de la main gauche.
ii e s. apr. J.-C.
. Inv. 1868 : fragment supérieur gauche d’un petit relief (pl. LXXIX)
Date et lieu de découverte inconnus.
16,5 × 17,5 × 7 ; 3.
Marbre thasien à grains moyens ; épiderme ocre très usé. Brisé en haut, à droite et en bas. Épaufrures multiples sur le relief.
Fragment de la partie gauche d’un relief encadré par un bandeau large de 2 cm à gauche.
La tranche et le revers sont piquetés.
On distingue contre le cadre le dossier concave du fauteuil, caractéristique du type tardif ; la femme y est assise de profil, mais la tête tournée de trois-quarts, écartant de la main le pan gauche du voile qui la couvre.
ii e e-iii s. apr. J.-C.
. Inv. 633 : petit fragment supérieur gauche avec tête de femme (pl. LXXIX)
Lieu et date de trouvaille inconnus.
10 × 20,5 × 7,5 ; 3.
Marbre à grains moyens ; épiderme gris et usé. Brisé à droite et en bas.
Angle supérieur gauche d’une stèle encadrée par un bandeau, large de 2,5 cm en haut. La tranche est dressée, le revers dégrossi.
Du relief ne subsiste que la partie supérieure du visage de la femme, encadré par un voile épais, qu’elle écarte largement de sa main gauche.
Ce fragment a été rapproché de en juillet 1970, mais ni l’épaisseur ni la largeur du cadre ne concordent tout à fait. Le traitement du revers est également différent, de même que celui du pan de voile qui retombe au premier plan.
iie-iiie s. apr. J.-C.
. Liménas, place centrale, maison Théologhitis : angle avec tête de femme (pl. LXXIX)
Encastré dans la partie supérieure du rez-de-chaussée.
26 × 26.
Marbre à grains moyens ; épiderme bien conservé, mais enduit de peinture bleue. Brisé à droite et en bas ; deux fragments jointifs raccordés.
Angle supérieur gauche d’une stèle encadrée d’un bandeau, large de 3 cm à gauche. De la scène traditionnelle ne subsiste que le torse de la femme, dont le visage vigoureusement modelé est enve-loppé dans un voile qui couvre la tête tout en laissant apparaître quelques mèches de la chevelure sur le front. Est-ce ce même voile qui fait retour devant la poitrine, porté jusqu’au menton par la main gauche de celle qui en est drapée ?
Le modelé du visage et du drapé est si proche de que l’on peut attribuer les deux reliefs, ainsi que e , à un même atelier : deuxième quart du iii s. apr. J.-C.
160
LE THÈME DU BANQUET
. Inv. 2781 : fragment avec visage de femme (pl. LXXIX)
Date et lieu de trouvaille inconnus ; entré au musée avant 1931 : Arch MEM 16, p. 59, no 46 (mémoire de P. Devambez).
22 × 14 × 6 ; 3.
Marbre à grains moyens ; épiderme gris, bien conservé. Fragment brisé de tous côtés.
Fragment de la partie gauche d’un relief funéraire, dont ne subsistent que la tête et le torse d’une femme assise de trois-quarts. Vêtue d’une robe à ceinture haute et d’un voile qui couvre sa tête légèrement penchée, elle porte sa main gauche levée à son menton. À moins de tenir pour un pouce le doigt le plus long, il faut reconnaître qu’elle en a six…
Le modelé très marqué des narines et des lèvres rapproche ce fragment du précédent et de , issus sans doute du même atelier, actif durant le deuxième quart du iiie siècle apr. J.-C.
. Calyvès de Liménaria, anc. coll. Papagheorghiou : fragment inférieur gauche avec femme
assise (pl. LXXX)
Provient vraisemblablement du sud de l’île.
33.
Marbre à grains moyens ; épiderme beige bien conservé. Brisé en haut, à droite et en bas. Holtzmann 1973, p. 165, no 17, fig. 17.
Fragment de la partie gauche d’une stèle encadrée d’un bandeau lisse et d’une plinthe inscrite où se lit :
….]ƭƶ[….
Du relief ne subsiste que le torse d’une femme assise dans un fauteuil plein à dossier concave. Alors que les plis schématiques du vêtement sur le torse et autour du bras droit sont fortement soulignés, le drapé semble inexistant sur les jambes.
Le schéma iconographique, l’exécution du drapé et le style maniéré des lettres appartiennent au groupe - + - : première moitié du iiie s. apr. J.-C. ?
. Inv. 454 : angle inférieur gauche avec jambes d’une femme assise (pl. LXXX)
Lieu et date de découverte inconnus. Entré au musée avant 1935.
29,5 × 32 × 8 ; 1,5. Hauteur des lettres : 2,5-3.
Marbre à grains moyens ; épiderme beige bien conservé. Brisé en haut et à droite. Épaufrures sur l’arête inférieure du cadre.
IG XII Suppl. 464 ; Daux 1967, p. 45, fig. 38.
Angle inférieur gauche d’un relief encadré d’un bandeau large de 4 cm à gauche ; tranche et revers piquetés. Sur la plinthe, haute de 12,5 cm, est gravé, en lettres maladroites :
ȈƯƳɜƵǺƧƲƴ[…..
Ʒ˓DzưƨƴɜuД[ƢuƫƵƺƠƴƭư]
Le lapicide avait d’abord inscrit Erpis. Plutôt qu’à une inadvertance, on serait tenté d’attribuer cette correction à un souci de purisme, alors que le nom était réellement prononcé Erpis. D’autre part, plutôt que le patronyme d’Elpis, on attend, au datif, le nom et le patronyme du défunt. Cette formule, rare mais attestée à Thasos ( o ÉtThas V, n 273), permet de placer leur nom sous chacun des personnages représentés.
161
LA SCULPTURE DE THASOS
De la scène ne subsiste que le bas du fauteuil plein et les jambes de la femme qui y est assise. Elle est vêtue d’un chitôn et d’un himation ; ses pieds reposent sur un tabouret massif, sommairement mouluré. Tout à droite, le pied gauche, vaguement animalier, de la table aux fruits.
L’ampleur de la plaque, le vêtement d’Elpis et le mobilier, comme la graphie de l’inscription, conduisent à dater cette stèle du iie s. apr. J.-C.
. Inv. 3037 : fragment inférieur gauche inscrit (pl. LXXX)
Trouvé le 22 juin 1971 dans le fossé de la forteresse médiévale, aux abords ouest de l’agora. 20 × 24 × 6,5. Hauteur des lettres : 2,5.
Marbre à grains moyens ; épiderme usé et brun, égratigné par diverses épaufrures. Brisé en haut et à droite ; l’angle inférieur gauche manque.
Partie inférieure gauche d’une stèle encadrée d’un bandeau et d’une plinthe, haute de 13 cm, où est gravé :
ƗƲ˅ƨƭƵ[…..
ȯƮƥɜƇР[….
ƺЈ[ʶƴƩ]
Le revers, dégrossi, présente des traces de ciment qui indiquent un remploi : la stèle a dû être débitée pour fournir des matériaux aux constructeurs de la forteresse médiévale contrôlant le port.
Du relief ne subsiste que le bas du fauteuil plein où est assise la femme, dont les pieds sont posés sur un tabouret sans moulures ; un pan de drapé tombe en zigzag jusqu’à terre. Ce détail, qui ne se rencontre pas sur les groupes du type tardif avancé (- et -), pourrait indiquer une date plus haute, encore dans le iie siècle apr. J.-C.
. Inv. 1594 : fragment avec pieds de la femme assise (pl. LXXX)
Entré au musée durant l’hiver de 1960. Trouvé dans la partie sud de la ville moderne, « près de l’atelier de Hadjimanolis », c’est-à-dire hors du rempart antique, dans la nécropole de Patarghia. 23 × 23,5 × 11,5 ; 3,5.
Marbre à grains fins ; épiderme beige, bien conservé ; traces de peinture blanche en bas. Fragment brisé de tous côtés.
Fragment de la partie inférieure d’un grand relief, dont le revers est soigneusement dressé. On y voit, sur un tabouret vaguement mouluré, les pieds de la femme assise, traités en une masse informe mais pourvue d’une semelle. Les jambes sont enveloppées dans le chitôn et l’himation, aux plis rudimentaires. À droite, partie gauche d’une table ronde au plateau très épais, dont le pied gauche, au contour incertain, se détache à peine du fond, tout comme l’étai transversal.
La présence du tabouret, le vêtement en deux pièces, la structure de la table conduisent à dater du iie siècle apr. J.-C. ce fragment ingrat.
STÈLES FUNÉRAIRES À BANQUET INCLASSABLES
Un certain nombre de documents (-) n’entrent pas dans le cadre typologique précédemment défini, soit par leur singularité (-), soit à cause de leur caractère fragmentaire (-). D’autres enfin (-) ne sont connus que par des descriptions insuffisantes (-), soit seu-lement par le biais de l’inscription qu’ils portaient (-).
162
LE THÈME DU BANQUET
. Inv. 2725 : stèle funéraire familiale (pl. LXXXI)
Trouvée en 1970, près de Potos, au sud de l’île.
57 × 58 × 8,5 ; 3.
Marbre bleuté à gros grains ; épiderme rosâtre bien conservé. Stèle intacte, dans la mesure où le cadre n’a sans doute jamais été plus rigoureusement défini ni le modelé des figures plus achevé.
Stèle d’une orthogonalité approximative, dont la plinthe va s’amenuisant vers la gauche. Le champ est occupé par une scène de banquet, aussi singulière par sa composition que par l’exécu-tion.
À droite, une femme est assise de trois-quarts sur un siège sans dossier, les mains posées sur les genoux ; elle est vêtue d’une robe à manches longues, serrée sous les seins par une large ceinture. Au centre, sur un lit dont la déclivité suit la pente de la ligne de sol, un homme est couché, tenant un gobelet dans sa main gauche. Devant lui, une petite table ronde aux pieds désarticulés porte des fruits informes. À gauche, un jeune garçon est debout, la jambe droite sur un haut cube, le genou gauche fléchi, appuyé sur l’extrémité du lit. Il est vêtu d’une courte tunique à manches longues, serrée à la taille par une ceinture. Les visages des trois personnages sont vus de face. Ceux du ban-queteur et de l’enfant sont flanqués de grandes oreilles gravées sur le fond.
Ce relief primitif montre comment un amateur a essayé d’adapter à son goût le thème dominant de l’iconographie funéraire thasienne à l’époque impériale. Alors que les sculpteurs professionnels ne se hasardaient plus qu’à des variantes minimes, il a osé bouleverser la routine iconographique pour exprimer ce qui lui tenait à cœur. C’est évidemment ici un portrait de famille – la stricte fron-talité et l’isocéphalie des têtes l’indiquent assez ; le banquet n’est plus dès lors qu’un canevas formel vide de sens. L’ingéniosité maladroite de ce sculpteur amateur se donne libre cours dans l’attitude du garçon : est-ce pour le mettre sur le même plan que ses parents ou pour évoquer son caractère turbulent qu’il lui a donné cette posture étonnante ?
Cette pièce exceptionnelle, animée d’une volonté d’expression ingénue, n’est sans doute pas postérieure aux types ordinaires : la forme des pieds de la table s’inspire de documents des ii e e-iii siècles apr. J.-C.
. Inv. 1031 + 1870 : fragment supérieur gauche avec deux personnages (pl. LXXXII)
Le fragment inférieur inv. 1870 avait été vu par Ch. Picard, en juin 1911, dans la collection du docteur G. Christidis : Arch THASOS 2-C THA 3, p. 35, no 43. L’origine du fragment supérieur inv. 1031 est inconnue.
42 × 29,5 × 11 ; 3,5.
Marbre à grains moyens ; épiderme beige et usé. Relief formé de deux fragments raccordés, brisé à droite et en bas. Le fragment supérieur (inv. 1031) a beaucoup plus souffert que l’autre : les visages ont été martelés.
Partie supérieure d’une stèle encadrée d’un bandeau large de 5,5 cm. La tranche est seulement dégrossie, mais le revers est dressé.
Deux hommes vêtus de la tunique à manches courtes et de l’himation sont représentés, le buste et la tête de face, mais couchés sur un lit couvert d’un drap qui retombe en arrondi au premier plan. Celui de gauche ne tient pas de récipient dans sa main gauche, comme c’est l’usage. On est ici en présence d’une représentation hybride, qui tient à la fois des stèles où figurent, parfois en rangées superposées, les bustes d’une famille entière 124 et des stèles à banquet. Dans le fragment conservé,
124. os os Elles sont très fréquentes en Macédoine : CatSalonique Ǝ , n 121-124, 126-129 ; III, n 589-595.
163
LA SCULPTURE DE THASOS
rien ne rappelle plus le banquet, si ce n’est la posture très gauche des personnages, que l’artisan n’a pu se résoudre à couper à la hauteur du buste. On voit ici combien la résistance est forte aux influences extérieures, peut-être plus par routine et maladresse que par attachement raisonné à la tradition.
ii e siècle apr. J.-C.
. Inv. 1848 + 2204 : corps d’un banqueteur allongé (pl. LXXXII)
Lieu et date de découverte inconnus.
22 × 48,5 × 10,5.
Marbre à grains fins ; épiderme usé, beige à droite, noir à gauche. Les deux fragments (inv. 2204 à gauche et inv. 1848 à droite), raccordés par J. Marcadé en 1970, sont brisés de tous côtés. Grande épaufrure sur le bras gauche.
Fragment central d’un grand relief au revers dressé, portant le torse et les jambes d’un banque-teur, vêtu d’une tunique et d’un himation. Le bras gauche manque, mais la main subsiste, qui tient un skyphos sur la paume.
Le drapé assez différencié et l’ampleur de la composition incitent à dater ce fragment de la haute époque impériale, bien que la position de la main soit sans parallèle à cette époque.
. Inv. 638 : angle supérieur gauche avec silhouette de femme (pl. LXXXII)
Lieu et date de découverte inconnus.
18,5 × 19,5 × 8,5 ; 3,5.
Marbre à grains fins, friable ; épiderme ocre très usé. Brisé à droite et en bas.
Angle supérieur gauche d’un relief dont la tranche est dressée et le revers piqueté. Pas d’encadre-ment. Subsistent en silhouette la tête et le torse vus de profil d’une femme, dont la tête est couverte d’un voile.
ier-iie s. apr. J.-C.
. Inv. 2784 : main gauche d’un banqueteur ? (pl. LXXXII)
Trouvée le 27 juillet 1970 dans la fouille des abords ouest de l’agora.
12,5 × 10,5 × 5.
Marbre à gros grains ; épiderme beige usé. Fragment brisé de tous côtés.
On reconnaît un poignet, couvert par le bord d’un vêtement, et une main gauche, dont les doigts devaient tenir quelque chose : peut-être le skyphos que tient d’habitude le banqueteur sur les reliefs du type récent, tels que .
ier e-ii s. apr. J.-C.
. Fragment avec lit et table ronde, disparu (pl. LXXXII)
Vu et dessiné en 1910 par Ch. Picard aux Calyvès de Casaviti, aujourd’hui Prinos : Arch THRACE 2, f. 48v, avec croquis. Non revu en 1926, non plus qu’en 1959.
31 × 26. Hauteur des lettres : 0,8.
Fragment inférieur droit, brisé de tous côtés, d’une stèle à banquet : on reconnaît un pied du lit où est couché le banqueteur et la table aux pieds tournés, chargée de fruits.
164
LE THÈME DU BANQUET
Ch. Picard a lu sur la plinthe :
….] ƹƭƥ[….
La forme simplifiée des pieds de la table conduirait à dater ce relief assez tard dans le ii e siècle apr. J.-C.
. Stèle de Valérianos, disparue
Vue par W. Deonna en 1907 chez P. Voulgaridis, vice-consul de France à Cavala ; vue en 1910 au même endroit par Ch. Picard et A. J. Reinach : Arch THRACE 2, f. 61r. Disparue depuis.
60 × 40.
Deonna 1909, col. 26, n o 44 ; IG XII Suppl. 462.
Traduction de la description de W. Deonna : « Le mort, allongé sur une clinè, est appuyé sur le coude gauche. Devant lui “delphica” avec divers aliments. À ses pieds, sa femme, assise sur un siège, les pieds posés sur un tabouret, écarte de sa main gauche un pan de son voile ».
Sous le relief est inscrit :
ƔȺƥƯƩƴƭƥưɞƵ
ƔȺƥƯƩƴƣƲƸ
ƺƥʶƴƩ
L’absence apparente de tout serviteur pourrait faire classer ce relief dans le type tardif : iie e-iii siècles apr. J.-C.
. Stèle funéraire d’un enfant de Timarchidès
Vue par J. Baker-Penoyre au métoque de Vatopédi, à Liménas (bâtiment sur le vieux port, aujourd’hui surnommé le Caloyerico). Disparue depuis.
45 × 25 × 6.
J. Baker-Penoyre, JHS 29 (1909), p. 93-94 ; IG XII 8, 681.
Traduction de la description de J. Baker-Penoyre : « Un homme est étendu, tourné vers la gauche, la main droite placée derrière sa tête, la gauche tenant une coupe. À gauche est assise sur le lit une femme qui tient un oiseau dans sa main droite. Sous le lit, c’est-à-dire au premier plan, une table à trois pieds où sont posés des grenades et d’autres fruits. En bas à droite, une petite figure prend des fruits sur la table, peut-être pour les placer dans un repli de son vêtement ».
Inscription :
Ƙƭ]uƥƴƺƣƨƲƸƳƴƲƶƹƭƯɚƵ
ƺƥʶƴƩ
Le geste du banqueteur, s’il est bien tel, est unique à Thasos 125, de même que l’oiseau que tiendrait la femme. La présence du petit serviteur permet de dater ce document de la haute époque impériale : ier e-ii s. apr. J.-C.
125. e On le trouve sur un relief attique du iv s. av. J.-C. passé en vente à Bâle en 1963 : Dentzer 1982, R 447, fig. 669.
165
LA SCULPTURE DE THASOS
. Stèle funéraire d’Hèrodotos, fils de Zeipas
Vue à Panaghia par A. Conze en 1858, puis par C. Fredrich en juin 1904, chez Sôtiris. Disparue depuis.
15 × 45. Hauteur des lettres : 2,5.
Conze 1860, p. 27 ; C. Fredrich, AM 33 (1908), p. 244 ; IG XII 8, 577 ; Dana 2014, s.v. « Zipa », p. 402 (sept autres occurrences à Thasos).
Sous le relief au banquet, l’inscription :
ȗƴƿƨƲƷƲƵƋƩƭƳʙƳƴƲƶ
ƹƭВɚƵƺƥʶƴƩ
Époque impériale.
. Stèle funéraire de Manta
Vue par C. Fredrich en juin 1904, dans le café de D. Politis, à Théologo ; vue en 1907 par J. Baker-Penoyre, encastrée dans le mur d’une maison jouxtant le corps de garde, toujours à Théologo. Disparue depuis. Hauteur des lettres : 2,5.
IG XII 8, 611 ; M. Tod, JHS 29 (1909), p. 97 ; Bernard, Salviat 1967, p. 608 ; Dana 2014, s.v. « Manta », p. 208 (huit autres exemples) ; s.v. « Dola », p. 155 (un autre exemple à Thasos).
Sous le relief représentant un banquet, inscription :
ƑƥưƷƥƉƲƯƥƨƩƵ
ƺƥʶƴƩ
Les autres exemples connus à Thasos du nom féminin Manta, qui est thrace, datent tous des iie et iiie siècles apr. J.-C. 126.
. Stèle funéraire de Zeipas, fils de Codratos
Vue à Mariès, en 1926, par A. Bon : « placée récemment dans une fontaine ». Disparue depuis.
Bon 1930, p. 170 ; o o ÉtThas V, p. 145, n 293, et p. 225, n 390 ; Daux 1967, p. 33 ; Dana 2014, s.v. « Zipa », p. 402 (sept autres occurrences à Thasos).
A. Bon a lu sous le relief :
ƋƩƭƳƥƵƏƲƨƴ<ƠƷƲƸ
ƳƴƲƶƹƭƯɚƵƺƥʶƴƩ
Haute époque impériale.
. Stèle funéraire de Zôsimos, fils de Dionysios
« Trouvée près de la mer ». Vue à Casaviti par C. Fredrich, en juin 1904, dans une maison. Disparue depuis.
24 × 25. Hauteur des lettres : 2,5.
IG XII 8, 628.
Fragment d’une stèle portant un relief à banquet et l’inscription :
ƋǁƶƭuƲƵƉƭƲД[ƸƶƣƲƸ
Époque impériale.
126. ÉtThas V, p. 146.
166
LE THÈME DU BANQUET
. Stèle d’un fils de Pantanomiôn
Vue par A. de Ridder, en mai-juin 1892, encastrée dans le mur droit de l’église de Liménaria. Disparue depuis.
A. de Ridder, o BCH 17 (1893), p. 126, n 4.
Fragment droit d’un relief à banquet portant l’inscription :
…]ƳƫƵƕƥưƷƥưƲuƣ[Ƽ]ưƲƵ
ƺƥʶƴƩ
Époque impériale.
167
LA SCULPTURE DE THASOS
COMMENTAIRE
Les quelque cent soixante-quinze reliefs à banquet découverts jusqu’ici à Thasos 127 constituent la série de ce type la plus riche et la plus longue qui soit connue à ce jour dans le monde grec : le plus ancien relief thasien (), un des chefs-d’œuvre de la sculpture locale et l’un des tout premiers reliefs connus de ce type, inaugure une suite de documents votifs de grand format, généralement de haute qualité, qui se poursuit jusqu’à la mutation funéraire du thème, où celui-ci perd en qualité ce qu’il gagne en fréquence. Or sur aucun autre site producteur les deux modes – votif et funéraire – du thème ne sont représentés d’une manière aussi équilibrée : à Athènes, l’abondance d’une main d’œuvre très qualifiée, formée sur l’Acropole 128, et la présence d’une classe moyenne relativement prospère et nombreuse, expliquent le grand nombre de reliefs votifs à banquet 129, mais cette produc-tion ne survit pas à la loi somptuaire de Dèmètrios de Phalère, qui prive en 317 les ateliers attiques de leur ressource de base 130 et, lorsque les reliefs funéraires réapparaissent en Attique, le thème du banquet n’y figure pas 131. À Samos, inversement, le thème n’est attesté d’une manière significative qu’à partir de la fin du iiie 132 siècle av. J.-C., c’est-à-dire sous son mode funéraire. Il en va de même
127. Deux reliefs n’ont pas été pris en compte dans le précédent catalogue : 1) « le bas-relief du repas funéraire vu chez
le beau-frère de Charreyron a été trouvé dans le terrain appartenant au maçon Chr. Sovalis, près de l’église » : Arch THASOS 2-C THA 5, p. 17 (A. J. Reinach). Allusion trop vague. 2) Le relief d’Istanbul MArch 201 (Mendel 1914, III, 978), quoique d’origine inconnue, a été tenu pour thasien par G. Mendel et Ch. Picard (BCH 78 [1954], p. 275, n. 3) pour deux raisons : le marbre serait thasien, ce que je n’ai pu vérifier, à cause de l’exposition du relief à grande hauteur ; les sphinx qui ornent le fauteuil seraient spécifiquement thasiens. En fait, ce motif, qu’on trouve ef-fectivement sur des stèles thasiennes (-) d’époque hellénistique, se rencontre également sur des documents non thasiens, aussi bien pour la clinè que pour le fauteuil : Pfuhl, Möbius 1979, p. 360, n. 76, p. 362, n. 100. Si la pré-sence de la femme à droite n’est pas sans exemple à Thasos (-), tous les accessoires accumulés dans l’angle supé-rieur gauche du relief sont inusités à Thasos : la tête de cheval, qui apparaît derrière un rideau au bord supérieur arron-di, n’est attestée que par le relief perdu ; le tronc d’arbre est lui aussi très rare ; quant à la crédence (kylikion) où sont posés à l’envers deux bols sans pied, elle est inconnue à Thasos, mais bien attestée ailleurs (Pfuhl, Möbius 1979, p. 365-366), notamment à Samos : ibid., nos 1526, 1639, 1908, 1915, 1916. En revanche, ce relief pseudo-thasien est très proche du relief l’Istanbul MArch 1030 (Mendel 1914, III, 975), qui provient de Samothrace. Cette origine pourrait expliquer à la fois la nature du marbre, thasien, et le type iconographique, non thasien (les deux reliefs, ibid., 975 et 978, sont reproduits par Richter 1966, fig. 414 et 415). Sur les douze reliefs entrés récemment au musée de Thasos (jusqu’en juin 2013), la plupart (inv. 3779, 3781, 3810, 3813, 4423, 4224, 4226) sont des fragments peu significatifs, qui n’ont qu’un intérêt statistique. Les cinq autres ont été cités en note à propos de la particularité qui les distingue.
128. Sur l’influence du Parthénon sur les reliefs attiques de la fin du ve s., E. Kjellberg, Studien zu den attischen
Reliefs des V. Jahrhunderts v. Chr. (1926), p. 125-146.
129. L’étude de Thönges-Stringaris 1965 comprend, sur un total de deux cent deux reliefs à banquet, la plupart
antérieurs au iii e e siècle av. J.-C., soixante-quatorze reliefs votifs attiques, en très grande majorité du iv s. av. J.-C. Le thème commençait à apparaître sur les stèles funéraires attiques lorsqu’elles furent interdites : Fabricius 1999, p. 27-30, en connaît dix-neuf (p. 28, n. 46), tous catalogués par A. Scholl dans son étude sur les stèles attiques à champ restreint : Die attischen Bildfeldstelen des 4. Jhs. v. Chr. (1996), p. 149-159.
130. J. Kirchner, AEphem1937.1, p. 338-340 ; id., Antike 15 (1939), p. 93-97 ; H. Möbius, AM71 (1956), p. 119-121 ;
Neumann 1979, p. 75.
131. Ni le corpus de Conze 1893-1914, ni l’étude d’A. Mühsam, « Attic Grave Reliefs of the Roman Period », Berytus
10 (1952), p. 53-114, n’en contiennent.
132. Quelques fragments de la fin de la période archaïque pourraient avoir représenté des scènes de banquet :
Br. Freyer-Schauenburg, os Samos XIII. Bildwerke der archaischen Zeit und des strengen Stils (1974), n 123-126 ; seuls quatre documents, n os 104, 106a, 138 et 139 datent d’avant 175 av. J.-C. : Horn 1972, p. 59-63. Le corpus de Pfuhl, Möbius 1979 ne contient pas moins de quatre-vingt-huit reliefs à banquet samiens et l’étude de Fabricius 1999, p. 111-163, pl. 1-14, en dénombre une centaine d’époque hellénistique.
168
LE THÈME DU BANQUET
à Cyzique 133 et à Byzance 134 – ce qu’on pourrait être tenté d’attribuer à l’absence, dans ces cités, de fouilles intra-muros extensives qui seules pourraient amener la découverte de reliefs à banquet votifs.
Il convient à ce propos de souligner qu’aucun document thasien, qu’il soit votif ou funéraire, n’a été trouvé en place : il s’agit toujours de trouvailles fortuites ou de documents déplacés et remployés dès l’Antiquité tardive ou à l’époque moderne. Le nombre de reliefs à banquet votifs n’en est dès lors que plus frappant, puisqu’il ne provient pas de la fouille systématique d’hèrôa. Il semble donc qu’il y ait eu à Thasos une tradition locale très vivace, qui remonte à la formation même du thème en sculpture. Grâce à cette continuité, on peut y suivre, mieux que partout ailleurs, l’évolution de l’iconographie et du sens de ce thème.
ÉVOLUTION ICONOGRAPHIQUE
Les trois types – ancien, récent et tardif – qui ont été définis lors de la présentation des documents ne se succèdent pas d’une manière absolue, ils se chevauchent : ce sont des moments d’équilibre du thème qui résultent, soit de l’apparition ou de la disparition progressive de certains éléments, soit de la transformation de certains autres. Cette évolution concerne beaucoup plus, comme on va le voir, les accessoires (Beiwerk) du thème – animaux et objets – que ses personnages.
1. Les personnages
Leur nombre a beaucoup varié : sans tenir compte des exceptions, il est d’abord de trois (-), puis passe à six-huit (-) – voire à onze () ou treize () sur des documents exception- nels, pour se stabiliser longtemps à quatre (-) avant de revenir à deux (-). Cette variation est due essentiellement à l’instabilité du nombre de comparses, qui contraste avec la quasi- invariabilité de celui des protagonistes.
a. Les protagonistes
Depuis l’origine () jusqu’à la fin (), le noyau du thème reste à peu près invariable : un homme est à demi allongé face à sa femme, assise. La prééminence du banqueteur est essentielle : pour qu’il y ait « banquet », au sens iconographique du terme, il faut et il suffit que soit représenté, plus au moins explicitement, un homme allongé sur un lit de banquet (clinè) ; en revanche, la femme assise seule, même en face d’une table portant des mets (-), ne suffit pas à faire banquet : dissociée de l’homme allongé, elle ne se distingue du thème traditionnel de la femme assise
133. Pfuhl, Möbius 1977-1979 y avaient recensé quarante-cinq reliefs à banquet, mais Fabricius 1999, p. 277-334,
pl. 35-48, en connaît plus du double seulement pour l’époque hellénistique, grâce aux recueils de E. Schwertheim, Die Inschriften von Kyzikos (1980, 1983), et de M. Cremer, Hellenistisch-römische Grabstelen im nordwestlichen Kleinasien I. Mysien (1991).
134. Firatli 1964, passim : trente-sept stèles à banquet, vingt-trois pour des hommes, quatorze pour des femmes ;
Fabricius 1999, p. 225-275, pl. 22-33, en dénombre plus d’une cinquantaine d’époque hellénistique.
169
LA SCULPTURE DE THASOS
de profil que par la présence incongrue de la table. Cette désarticulation tardive 135 est un symptôme du dépérissement de l’iconographie grecque : faute de disposer d’un autre type de femme assise, on emprunte le motif au thème du banquet, en méconnaissant son sens.
La position du banqueteur et de sa parèdre féminine sont également presque invariables. Sauf rares exceptions ( 136 , - , , ), dont la seule notable est fournie par le grand relief d’Istanbul (), exceptionnel à cet égard aussi, la femme fait face au banqueteur. Dans le type ancien, elle est quelquefois assise près de lui sur la clinè (, , , , , ), ce qui confère à la scène une nuance de familiarité qu’on peut tenir pour attique, tant elle a été prisée dans l’Athènes du ive 137 siècle. Dans la version funéraire du thème, l’union du couple par-delà la mort est parfois affirmée par la dexiôsis (, , , , , ), que les stèles attiques ont si souvent représentée au ive siècle. Sur quelques reliefs tardifs, où le désir de représenter le groupe familial occulte le sens premier du thème, la femme porte sur ses genoux un petit enfant (-, ). Il est très rare que la femme soit engagée dans une autre action : servir à boire au banqueteur (, ) ou préparer une bandelette qu’il va ceindre (). Sur la plupart des reliefs cependant, la femme est assise sur un siège – vue d’abord de profil, puis de trois-quarts, parfois enfin presque de face, suivant la dérive funéraire du thème, qui lui donne peu à peu plus d’importance. Elle se borne à faire un geste de dévoilement : d’abord, lorsque sa tête est nue, elle écarte de son buste un pan de son manteau ; puis, quand celui-ci couvre sa tête, elle l’écarte de son visage. Le passage d’une formule à l’autre semble coïncider avec la mutation de sens que connaît à Thasos le thème du ban-quet durant le iiie siècle : le relief , incontestablement funéraire puisqu’il a été trouvé dans la nécropole et qu’il présente le motif funéraire de la dexiôsis, est le plus ancien à présenter une femme à la tête couverte 138.
135. Un autre exemple de cet isolement est fourni par une stèle de Comotini (MArch 30 ; Contoléon 1970, p. 35,
n. 1, pl. 16.2), qui pourrait être une exportation thasienne ; le marbre n’y contredit pas, ni la facture : le revers est piqueté, la tranche dressée, le champ du relief creusé et l’inscription gravée sur le plan d’apprêt du bloc, tel qu’il a été préalablement poli : on observe à gauche un léger ressaut, dont la surface irrégulière correspond vraisembla-blement à l’état de dégrossissement du bloc, lorsqu’il a été livré à l’atelier – détail que l’on trouve sur des reliefs thasiens, notamment et . Si le minuscule tabouret et le siège sans dossier à pieds tournés sont, tout comme le couronnement à fronton, une maladroite réminiscence de formules antérieures classicisantes, le type de la femme, qui écarte un voile épais, avec son visage un peu gras, aux lèvres et au nez très charnus, est très proche des documents thasiens de la première moitié du iiie siècle apr. J.-C. (- ; - ; ; ; - ; ).
136. Deux stèles du Louvre provenant de Grèce du Nord – l’une, très grande (MA 826), rapportée d’Ainos par
Champoiseau (ier er s. av. J.-C.-i s. apr. J-C.), l’autre provenant de Thessalonique (MA 1428 : IG X 2, 1, 905 ; BCH97 [1973], p. 594, fig. 9 : probablement du iie s. apr. J.-C. à cause du fauteuil à dossier concave) présentent aussi cette disposition. Elle se rencontre fréquemment à Cyzique : Fabricius 1999, pl. 35-37, pl. 43-48, mais presque exclusivement lorsqu’il faut représenter deux femmes assises ; de même à Samos, ibid., pl. 4, 5, 10-13.
137. Dentzer 1982, p. 316-317, pl. 67-71, 74-82. Un relief soigné, avec épistyle rapporté, trouvé en 1972 sur le site de
l’université de Thessalonique (MArch 11.507 ; o CatSalonique I, p. 37-39, n 21, fig. 43) est un autre témoignage de l’influence attique en Grèce du Nord dans la seconde moitié du ive s.
138. Ce critère de distinction entre banquets votifs et funéraires, s’il est valable dans l’état actuel de la documentation
thasienne, est loin de l’être absolument ailleurs : les reliefs votifs attiques réunis par Dentzer 1982 (supra n. 137) présentent quelques exceptions : R 148, 196, 198a, 220, 387, 399, 413. Cependant, le corpus de Pfuhl, Möbius 1979 englobe des documents qui vérifient ce critère : les reliefs 1556, 1563, 1836, 1859, 1868, 1909, où la femme est nue tête, sont des reliefs votifs. Les documents de Byzance, Cyzique, Samos et Rhodes réunis par Fabricius 1999 semblent également valider ce critère, dont l’intérêt est de contribuer à établir la fonction des reliefs à banquet durant la période critique du haut hellénisme où le thème change de sens : il est clair qu’à plus haute époque, les reliefs à banquet sont exclusivement votifs et qu’à basse époque, ils sont funéraires, sauf très rares exceptions classicisantes.
170
LE THÈME DU BANQUET
Le vêtement de la femme reste à peu près identique jusqu’au iiie siècle apr. J.-C. : elle est vêtue d’un chitôn ceinturé à la taille et d’un himation qui enserre ses jambes. Ce n’est qu’à cette date tardive qu’apparaît une robe à manches longues cousues – encore n’est-ce peut-être qu’une simplification maladroite de l’antique chitôn… Le voile de tête est d’abord constitué par un pan de ce manteau, avant d’être, aux iie e -iiisiècles apr. J.-C., une épaisse coiffe indépendante (, , , , , , ), dont l’agencement particulier, typique de Thasos semble-t-il, est difficile à comprendre 139.
Le banqueteur, quant à lui, présente encore moins de variantes : sa position à demi allongée reste la même durant toute l’évolution du banquet. Durant la phase votive du thème, il est torse nu, le bras droit levé tenant une patère ou un rhyton, vu de profil ou de face, mais toujours barbu : c’est un chef de famille, voire un patriarche qui est représenté. À partir du iiie siècle av. J.-C., quand la fonction funéraire prend le dessus, le banqueteur est vêtu, sous l’himation, d’une tunique à manches courtes ; il est alors imberbe ou barbu, suivant la mode de l’époque. Son bras droit, à moins de dexiôsis, repose sur sa jambe droite fléchie : c’est maintenant de la main gauche qu’il tient le vase à boire, skyphos ou bol, quand il ne tient pas un rouleau de papyrus (-, , , , , 140 , ).
Dès les débuts votifs du thème, le banqueteur peut être dédoublé, voire démultiplié (-), ce qui est très rare ailleurs à ce stade de l’évolution du thème 141 ; sous sa forme funéraire, il présente parfois deux banqueteurs (- ; -) 142, qui sont certainement dans un rapport familial très étroit : frères ou père et fils.
b. Les comparses
Le banqueteur est très rarement représenté tout seul ( ; - ; -) : sa position veut qu’il soit servi. Dans un cas seulement, il l’est directement par sa femme (). Dans la première phase de l’évolution du thème, il est servi généralement par un échanson, dont la taille est à peu près compatible avec celle des protagonistes, quoique la tendance à la miniaturisation apparaisse dès la fin du ive siècle sur des documents où l’influence attique est manifeste (-), probablement pour indiquer qu’il est, comme les adorants, d’une nature autre que celle des protagonistes. La nudité de ce jeune garçon, où l’on a voulu voir la preuve que ces reliefs représentent la vision du banquet des Bienheureux aux Champs-Élysées 143, semble au contraire un trait réaliste : les remarques de B. Fehr et de J.-M. Dentzer 144 ne laissent guère de doute à ce sujet. C’est un usage qui apparaît
139. On la trouve également, plus détaillée, sur un certain nombre de médaillons funéraires : Holtzmann 2017. 140. Ce détail n’est pas fréquent. On le trouve surtout à Odessos : Pfuhl, Möbius 1979, nos 1693, 1453, 1703, 1416,
1727, 1747, 1750, dont il est un des traits iconographiques distinctifs, et quelquefois à Byzance ( os ibid. , n 2035, 2037 ; Firatli 1964, nos 34-37, 84 ; Fabricius 1999, pl. 28a, 31a, 32 : elle parle à ce sujet de « Bildungsmahl », p. 248-254).
141. Un fragment de Samos, aujourd’hui perdu, représente trois banqueteurs imberbes : Thönges-Stringaris 1965,
no 145, Beil. 26.2, « vers 250 av. J.-C. » ; Horn 1972, no 104, pl. 68 : « ier quart du iiie s. », p. 8. Peut-être était-ce, comme , la représentation d’un banquet de thiase.
142. e e C’est fréquemment le cas à Samos aux iii-ii s. : Fabricius 1999, p. 113-115. 143. Hausmann 1960, p. 25.
144. Fehr 1971, p. 101 ; Dentzer 1982, p. 147.
171
LA SCULPTURE DE THASOS
dans la première moitié du vie siècle et se perpétue durant l’époque classique 145, jusqu’à l’embour-geoisement du thème : les représentations anciennes les plus réalistes du banquet – celles où ne figure pas l’épouse trônante… – comportent un jeune échanson nu : ainsi la peinture murale de la Tombe du plongeur de Posidonia-Paestum 146.
Au moment même, semble-t-il, où le banqueteur apparaît le torse vêtu et la femme la tête voilée, l’échanson se retrouve miniaturisé et vêtu d’une tunique courte. Alors que sa place était jusque-là très variable dans la composition et liée à celle du dinos ou du cratère où il puise le vin, elle est désormais immuable : à la tête de la clinè, au premier plan, dans une attitude d’attente, souvent une petite louche en main (, , , , ) qui rappelle seule sa fonction, car le grand vase à vin a disparu, ou bien saisissant un fruit sur la table (, , , , , , , , , , ) – un motif qu’on peut qualifier de thasien, puisqu’il ne se rencontre que très excep-tionnellement ailleurs 147. Une seule fois () apparaît un second serviteur, qui fait la lecture à son maître, debout à son chevet.
Dans le type récent, une servante également minuscule, qui tient contre elle une boîte (-, , -), fait généralement pendant à gauche au serviteur. Elle manque plus souvent (-) que l’échanson () : si ce dernier avait d’emblée un rôle précis dans la scène, la servante est au contraire un motif hétérogène, emprunté au répertoire des stèles funéraires de femmes, qui n’a d’autre raison d’être que d’équilibrer formellement la composition. C’est sans doute pourquoi aussi, lorsque les serviteurs disparaissent graduellement au cours du iie siècle apr. J.-C., le pseudo-échanson semble subsister plus longtemps (-).
D’autres comparses apparaissent, mais seulement à partir du ive siècle. Alors que les reliefs les plus anciens (-) ne présentent aucun adorant, au point qu’on pourrait les tenir, sans doute à tort, pour des reliefs de culte plutôt que des reliefs votifs 148, voici qu’apparaissent des groupes d’adorants miniaturisés à la façon attique (, , , ), voire des groupes familiaux non miniaturisés (, , ) – une particularité peu attestée ailleurs. À époque tardive, la scène prend une tournure familiale, avec un enfant en bas âge tenu par la mère (-) ou indépendant () ou bien un adulte miniaturisé (, ).
145. Les échansons adolescents sont déjà appelés couroï chez Homère, aussi bien dans l’Iliade (I 470 ; IX 175 ; XX 234)
que dans l’Odyssée (I 148 ; III 339 ; XV 141 : le fils de Ménélas ; XXI 271), ce qui suppose jeune âge et prestance, mais aussi sans doute nudité et noble naissance – ce qui n’exclut pas les privautés (Athénée XIII 603-604 : Sophocle dans un banquet à Chios) : O. Murray, « The Culture of the Symposion », dans A Companion to Archaic Greece (2009), p. 508-523. J. Bremmer, « Adolescents, Symposion and Pederasty », dans Murray 1990, p. 135-148, a montré précisément qu’il s’agit souvent de « fils de famille » (p. 139-140) : la beauté de la descendance masculine serait un élément de prestige social qu’on exhibe en cette occasion.
146. M. Napoli, La Tomba del Tuffatore (1970), p. 142-143, fig. 33-35 : côté est ; Dentzer 1982, p. 245-246, fig. 585
R 342.
147. On le retrouve fréquemment sur les reliefs à banquet d’Odessos, cité qui semble avoir été sous l’influence de Thasos :
Pfuhl, Möbius 1979, nos os 1416, 1695, 1729, 1747. Il est beaucoup plus rare ailleurs : ibid ., n 1635 (Lydie- Phrygie ?), 1787 (Hiérapolis ?), 2023 (Cyclades ?) ; Fabricius 1999, pl. 10a (Samos, Vathy MArch 214). Une grande stèle à trois banqueteurs (ier s. av. J.-C.-ier s. apr. J.-C.), exposée dans l’entrée du musée de Philippes (inv. 1272), présente exactement le motif thasien, mais l’exécution est différente. Enfin, une belle stèle du ier s. av. J.-C., donnée au Louvre (MA 817) par L. F. Despréaux de Saint-Sauveur, consul de France à Salonique, varie le motif, en le confiant à une petite fille de famille ; le style est très proche de documents de Thessalonique ; Hamiaux 1998, p. 123-125, n o 130. Le fragment inférieur droit d’un grand relief à banquet connu depuis S. Reinach, aujourd’hui à Comotini (MArch AKM 33) mais provenant de Marônée, qui présente ce détail, pourrait être de facture thasienne : Inscr. Thrace 2005, p. 452, E 328, pl. 72 (plutôt ier que iiie s. apr. J.-C.).
148. L’ambiguïté n’est levée par une inscription que pour .
172
LE THÈME DU BANQUET
Quant aux reliefs avec banquets de groupe (-), s’ils empruntent leurs éléments icono-graphiques – hommes allongés, femmes assises, échanson – au thème du banquet héroïque élaboré au vie siècle, c’est pour évoquer, sinon représenter, la fête annuelle d’associations cultuelles mixtes – fêtes dont le déroulement et l’ambiance n’avaient sans doute que peu de rapport avec les banquets de tradition aristocratique : la présence d’un échanson nu dans ce milieu est fort douteuse… L’auteur de s’est facilité la tâche en séparant arbitrairement les éléments iconographiques empruntés au thème du banquet héroïque, tandis que celui de , plus ambitieux, a essayé de les conjoindre dans une composition plus proche de la réalité, mais formellement peu satisfaisante.
2. Les accessoires
On entend sous ce terme 149 tout le mobilier et les objets qui caractérisent la scène et permettent souvent de préciser l’époque de son élaboration. Il faut y inclure les animaux, qui ont une valeur symbolique essentielle pour la compréhension de ces reliefs.
a. Le mobilier du banquet
Ce sont ses deux modernisations qui permettent de distinguer le plus aisément les trois grandes époques du thème, encore que la routine iconographique oblige à supposer un décalage, difficile à apprécier, entre l’apparition de tel ou tel meuble dans la réalité et son adoption sur les reliefs.
La clinè, pièce essentielle du mobilier du banquet 150, est d’abord une couche dont les très hauts pieds de section carrée présentent à leur moitié inférieure une échancrure moulurée, décorée au- dessus et en dessous de volutes, dont seul le profil est indiqué sur les reliefs 151 ; les peintures sur céramique 152 et les trouvailles de la nécropole royale de Verghina 153 montrent que ces lits d’apparat étaient souvent décorés d’incrustations et d’appliques précieuses, en ivoire ou en métal. La série thasienne ne présente qu’un seul exemple de clinè amphiképhalos () et, sur un autre relief (), les pieds sont droits, sans échancrures ni décor, mais il s’agit plutôt en l’occurrence d’une schémati-sation figurative que de la reproduction d’un objet réel 154. Le plus souvent, les pieds de la clinè disparaissent en grande partie derrière la retombée du drap qui couvre le matelas – usage qui se
149. Qui ne traduit qu’imparfaitement le mot allemand Beiwerk, dont E. Pfuhl a le premier montré l’intérêt pour
l’appréciation de ce type de documents figurés : « Das Beiwerk auf den ostgriechischen Weihreliefs », JdI20 (1905), p. 47-96 et 123-155.
150. J. Boardman, « Symposion Furniture », dans Murray 1990, p. 122-131. 151. C’est le type B défini par Kyrieleis 1969, p. 118-123 et 173-177, qui apparaît vers le milieu du vie s. av. J.-C. et
serait une création grecque, alors que le type A, aux pieds tournés, est un emprunt à l’Orient sémitique ; Richter 1966, p. 58-61, fig. 310-329.
152. L’une des clinaï peintes les plus détaillées est celle du skyphos du Peintre de Brygos, à Vienne : supra n. 6 p. 77 ;
Richter 1966, p. 60, fig. 316.
153. Andronicos 1984, p. 121-131, restitution fig. 75 ; Vergina, The Great Tumulus, Archaeological Guide (1994), p. 97-
104 (A. Kottaridou).
154. Il existe cependant des clinaï à pieds angulaires simples : Richter 1966, p. 62, fig. 331-334 ; c’est le type C de
Kyrieleis 1969, p. 177-181. Résumé de cette typologie : Dentzer 1982, p. 328-329 ; approfondissement : Baughan 2013, p. 15-86.
173
LA SCULPTURE DE THASOS
généralise au début du ive siècle 155. Le bras gauche du banqueteur est appuyé sur un ou deux petits coussins – parfois sur un gros coussin plié en deux (, ) – posés sur le chevet surélevé (anaclintron) de la clinè.
Toute cette literie d’apparat 156 devait être chatoyante et richement brodée : sur le grand relief au moins, elle était certainement peinte.
À cette clinè de grand luxe succède sur les reliefs thasiens une couche dont les pieds tournés 157 sont composés d’une superposition d’éléments coniques et cylindriques 158. Il est difficile d’en saisir l’apparition dans la série thasienne, car le pied droit de la clinè est la plupart du temps caché, soit par le drap, soit par la présence au premier plan du petit serviteur. Sur le grand relief votif , du iie siècle av. J.-C., dont la composition étirée en largeur laisse dégagés les pieds de la clinè, appa-raissent deux pieds où des figures de sphinge supportent un empilement de disques – type que l’on trouve à Thasos et ailleurs sur des meubles de même époque 159. Cependant les pieds tournés que montrent certains reliefs un peu postérieurs (ier s. av. J.-C.-ier s. apr. J.-C.), et, sont plus simples ; en revanche, leur chevet présente un 160 fulcrum à tête de lion, attesté aussi sur - .
Le matelas et le drap qui le recouvre restent encore de règle.
Durant le ier siècle apr. J.-C. s’impose un nouveau type de clinè, que son haut dossier incurvé apparente à un canapé ; ses pieds sont également tournés, mais beaucoup plus simples que précé-demment. À Thasos, le relief , où seul ce canapé diffère du type récent, donne à penser que ce meuble a pu apparaître dès le milieu du ier 161 siècle, soit à peu près en même temps qu’à Rome. Sans
155. Les quelques reliefs non thasiens antérieurs à cette date ne présentent pas ce trait : Thönges-Stringaris 1965,
nos 201 (MNAth 55 : fin vie s. av. J.-C.), 33 (MParos 758 : vers 500 av. J.-C.), 35 (MNAth 4802 : vers 450), 17 (MNAth 1514 : fin ve s.), 65 (MNAth 1501 : vers 400) – auxquels il faut ajouter le banquet au cottabe du Pirée (inv. 1778) publié par J.-M. Dentzer, « Un nouveau relief du Pirée », BCH94 (1970), p. 67-90 ; Dentzer 1982, R 220, fig. 475, p. 336-337. Ce drap apparaît à peu près au même moment sur les terres cuites de Corinthe (ibid., p. 172), mais seulement après 350 av. J.-C. sur la céramique italiote ; Baughan 2013, p. 57, fig. 39.