LA Sculpture DE Thasos : Corpus des reliefs II

Bernard Holtzmann · Chapitre 1 sur 2 · partie 4/14

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LA Sculpture DE Thasos : Corpus des reliefs II

TOME I – Texte

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 14 parties.

 

. Inv. 527 : fragment inférieur d’un relief funéraire (pl. XIX a, b)

Vu en 1912 chez P. Clonaris par Ch. Picard : Arch C THA 1912-1, p. 2, avec croquis. Tout l’angle inférieur gauche existait alors ; il avait disparu en 1925 : THA 1925 M.

1) État Ch. Picard : 12 (sic) × 26 ; 2) état actuel : 17 × 20 × 6,5 ; hauteur de la plinthe : 5. Hauteur des lettres : 1,5.

ÉtThas V, p. 180, no 346, pl. XLVI.1.

 

Il ne subsiste de ce relief qu’une partie du corps du chien courant sous le cavalier. On remarquera que la patte arrière gauche est gravée sur le fond ; autres lignes incisées au-dessus des pattes antérieures, comme une variante possible. Mêmes hésitations dans l’inscription, où le sigma final du nom avait été tracé d’abord d’une manière plus anguleuse, tandis que le ny du patronyme a été gravé au-dessus d’une autre lettre :

[ƉƭƲ]ưǀƶƭƵƉƭƲưƸƶ[ƣƲƸ]

 

Ce nom de femme se trouve aussi sur le médaillon funéraire .

D’après la graphie de l’inscription, fin du iie-début du iiie siècle apr. J.-C.

 

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LA SCULPTURE DE THASOS

 

5. Reliefs inachevés

 

. Paris, Louvre MNB 534 : petit relief inachevé avec cavalier (pl. XX)

Acheté par E. Miller à Thasos en 1863 ; donné en 1873 81.

36 × 33,5 × 8,5 ; largeur du cadre : 2.

Marbre blanc à grains fins ; épiderme brun. Brisé en bas à droite. Diverses épaufrures superficielles. Tranche piquetée ; revers dégrossi.

Miller 1889, p. 402 et 404.

 

L’intérêt de ce petit relief est de fournir un témoignage très clair sur les premières phases de fabri-cation d’un relief. Le cadre et la silhouette une fois dessinés à la pointe sur la surface aplanie de la plaque (bras droit du cavalier, jambe gauche du cheval), la figure a commencé d’être séparée du fond par une rainure plus large et plus profonde (sous le cheval et autour de la tête du cavalier). Puis le démaigrissement du fond (derrière le cavalier) a été entamé, sans doute en même temps qu’une pre-mière ébauche du modelé de la silhouette. C’est alors que le travail a été interrompu, pour une raison qui n’apparaît pas.

Du point de vue iconographique, on remarquera l’absence de tous les éléments subsidiaires du thème : arbre au serpent, chien, sanglier ; même la chlamyde déployée manque.

Époque impériale.

 

. Inv. 1879 : petit relief ébauché avec cavalier (pl. XX)

Lieu de trouvaille inconnu. Entré au musée avant 1931 (date du cliché EFA 9.386). 16 × 20 × 5,5.

Marbre blanc à grains fins ; épiderme gris. Brisé à gauche et en haut. Face antérieure et tranche dressées ; revers dégrossi.

 

Petit relief abandonné à un stade du travail antérieur à celui du relief précédent. Ici, la face de la plaque a été soigneusement polie au préalable ; puis une silhouette de cavalier très malhabile a été gravée à la pointe et le travail de démaigrissement du champ entamé à l’arrière et en bas. À droite, on croit discerner la silhouette réservée de la hure du sanglier et de l’arbre. Un premier modelé de la figure a été esquissé sur l’arrière du cheval et sur le torse du cavalier. C’est alors que ce travail peu prometteur d’apprenti (?) a été abandonné.

Époque impériale.

 

. Inv. 3732 : petit fragment d’un relief ébauché (pl. XXI)

Trouvé dans la fouille de la Porte de mer (terrain Psathéris), en 1975.

15,5 × 10 × 5,5.

Marbre thasien à grains moyens ; épiderme beige. Brisé en haut, à droite et en bas. À gauche, tranche dressée ; revers dégrossi.

 

Partie gauche d’un petit relief inachevé où figurent l’arrière-train du cheval, la moitié du torse et de la tête du cavalier. Le travail est un peu plus avancé que sur les reliefs précédents : le démaigrisse-ment du fond est plus poussé sous le corps du cheval. Les stries horizontales qui figurent au-dessus de la croupe du cheval correspondent à la première esquisse de la chlamyde déployée.

Époque impériale.

 

81. Sur les reliefs à cavalier rapportés par E. Miller, supra n. 61 p. 43.

 

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LE THÈME DU CAVALIER

 

. Scala de Rachoni : fragment avec main droite du cavalier (pl. XXI)

Vu en 1963 par Cl. Rolley ; disparu depuis.

 

Angle supérieur gauche d’un relief, avec main droite d’un cavalier chasseur se détachant sur l’envolée du manteau, seulement esquissé.

 

. Inv. 2484 : angle supérieur gauche d’un relief ébauché (pl. XXI)

Date et lieu de trouvaille inconnus.

20 × 16 × 7 ; largeur du cadre : 3.

Marbre blanc à grains fins ; épiderme grisâtre et granuleux. Champ piqueté, non recreusé à gauche, contre le cadre. Tranche et arrière sommairement dégrossis.

 

On distingue, esquissés, l’arrière-train du cheval cabré, le bras droit levé et la tête du cavalier ; derrière lui, le manteau déployé à la manière habituelle.

 

Appendice

 

. Inv. 2875 : fragment avec silhouette d’un cheval (pl. XXI)

Date et lieu de découverte inconnus.

16 × 15 × 8.

Marbre blanc à grains moyens. Pierre brisée de tous côtés, où a été esquissée la silhouette d’un cheval au pas.

 

Il y a lieu de douter que l’auteur de cette pochade ait été sculpteur.

Date indéterminée.

 

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LA SCULPTURE DE THASOS

 

COMMENTAIRE

 

Les cinquante-deux reliefs à cavalier catalogués plus haut comprennent onze cavaliers en majesté, un guerrier au galop, quarante chasseurs. Quoiqu’elle résulte du hasard des trouvailles 82, cette réparti-tion est assez conforme à ce qu’on peut observer dans l’ensemble du monde grec. Le motif du cava-lier à pied ou monté au pas, connu en Attique et en Ionie depuis la fin du vie siècle, mais resté peu fréquent, se répand en Attique et en Béotie à partir de la fin du ve siècle, connaît son apogée aux ive-iiie siècles, puis s’étiole jusqu’au début de la période impériale, non sans changer de sens. Le motif du cavalier guerrier chargeant, apparu sporadiquement en Attique à la fin du ve 83 siècle,

s’épanouit un siècle plus tard et reste en usage durant toute la période hellénistique, tout au moins en Grèce du Nord ; il est cependant relativement rare, peut-être parce que sa valeur est restée plus spécifiquement héroïque. Enfin le motif du cavalier chasseur, qui apparaît en Grèce du Nord vers la fin de l’époque hellénistique supplante rapidement les deux autres et reste, jusqu’à la fin du paganisme, le seul type de cavalier en usage, avec une fonction parfois votive et plus souvent funéraire.

 

LE CAVALIER À PIED

 

Parmi les onze reliefs à cavalier en majesté, deux seulement présentent un cavalier à pied. Encore l’un () n’est-il connu que par une description confuse, tandis que l’autre (), certainement votif en dépit de sa provenance supposée, est l’un des témoignages d’une présence attique à Thasos, attestée surtout par le premier groupe sculpté du Dionysion 84. Il reproduit avec brio une composition dont le sens reste mystérieux, faute de pouvoir être rattachée à aucun texte : la libation faite par un héros, le plus souvent cavalier, en compagnie de sa femme, dont la nature également héroïque est suggérée par sa taille, supérieure à celle des adorants éventuels 85. Les héros étant des divinités chthoniennes, puisque leur culte est célébré sur leur tombe et que le serpent est l’animal qui les symbolise, on peut penser que cette libation commune est un moyen de souligner visuellement leur rapport à la Terre

 

82. Les quelques reliefs à cavalier apparus depuis l’établissement de ce catalogue n’ont pas modifié significativement cette

répartition. Ce sont : – trois cavaliers montés au pas, tournés vers la droite : 1) inv. 3640, trouvaille fortuite faite à Liménas : fragment central, brisé de tous côtés, d’un petit relief (0,21 × 0,23) très usé, conservant la silhouette d’un cavalier au pas portant un bras au-dessus de la tête de son cheval. 2) Inv. 4069 a + b, entré le 29/10/1993 : deux fragments jointifs d’un énorme relief (1,04 × 1,22 × 0,19). Cavalier avec chlamyde flottant dans son dos ; devant lui un autel. 3) Inv. 4215, trouvé dans le terrain de L. Sycoudi, à Patarghia, entré le 23/9/1994 : grande stèle complète en marbre gris, avec longue inscription funéraire sous un relief en vignette mal cadré (0,32/3 × 0,41). Cavalier au pas, chlamyde au vent ; devant lui, arbre au serpent et autel. – Un cavalier au galop : inv. 4322, trouvé dans un sondage à Liménas ; entré le 23/7/1997 : petit relief sans cadre (0,20 × 0,25 × 0,05) très maladroitement ébauché, comparable à . – Trois fragments avec cavalier chasseur tourné vers la droite : 1) inv. 3971, trouvé dans le terrain Papakyriakou ; entré le 18/11/1991 : fragment vertical de la partie gauche d’un relief schématique (0,21 × 0,07 × 0,07) : main du cavalier, chlamyde au vent, queue du cheval. 2) Inv. 4515, trouvaille fortuite faite à Liménas ; entré en août 2004 : partie supérieure d’un relief (largeur : 0,56 m) avec tête du cheval et torse du cavalier. 3) Sans inv. (« Thanar » 08.997.14) ; partie droite d’un petit relief (0,30 × 0,175 × 0,08) de bonne facture : l’arbre a des feuilles, le serpent qui s’y enroule dresse sa tête, l’anatomie du sanglier est bien rendue.

83. Tillios 2010, p. 121-122 : R 10-12.

84. Supra p. 25.

85. Brelich 1958, p. 233-234, a bien montré que la grandeur physique est une des caractéristiques les plus constantes

de la représentation du héros.

 

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LE THÈME DU CAVALIER

 

d’où émane leur pouvoir 86. Toutefois cette interprétation ne rend pas compte du rôle de la femme qui non seulement assiste, mais participe généralement à cet acte symbolique en proposant le liquide que va répandre le héros 87. Les lacunes de notre information sont telles qu’il est impossible de déter-miner si ce type de représentation était réservé à une catégorie précise de héros. On remarquera en tout cas que la femme joue ce même rôle de parèdre dans le type du banquet héroïque 88 ; il y a donc là un phénomène de croyance très fort, dont la valeur et l’ampleur exactes nous échappent 89.

D’autre part, faut-il voir une signification précise dans la représentation du cavalier à pied ? N’est-ce pas, tout simplement, une commodité formelle ? Si le cavalier est à pied, à côté du cheval, ce pourrait être parce que la mise en page d’un cavalier monté, sur un relief votif dont l’axe est com-munément horizontal, est une gageure, surtout s’il faut représenter également des adorants de plus petit module ? À moins de maîtriser assez son art pour minimiser la disparate, on comprend que la variante avec cavalier à pied ait eu la préférence d’un certain nombre d’artistes, d’autant qu’elle per-mettait de représenter le héros cavalier au premier plan, de trois-quarts ou de face, ce qui lui donne une présence plus grande et permet de se référer à des modèles célèbres de la grande plastique 90.

Ces reliefs à cavalier à pied, dont la fonction est exclusivement votive, se rencontrent en Attique et en milieu atticisant entre 430 et la fin du ive siècle 91. Ils ne se retrouvent ensuite qu’isolément 92,

 

86. Langenfass-Vuduroglu 1973, p. 73-79, où cette idée est développée. W. Fuchs, « Attisches Weihrelief im Vatikan »,

RM 68 (1961), p. 176-181, aboutissait déjà à une interprétation semblable, entérinée par W. F. Otto, à propos d’un relief d’inspiration grecque du Vatican : lorsqu’ils font une libation, les dieux rendent hommage à la Terre, dont ils sont issus.

87. L’importance de cette parèdre féminine est confirmée par les reliefs où la femme est présente à côté du héros,

quoiqu’elle n’ait aucun rôle actif. Ainsi, par exemple, sur les reliefs : 1) Turin, MAnt 591 : fin du ve s. ; supra n. 8 p. 25 no e o 1. 2) Aix-en-Provence, musée Granet 210 : fin du v s. ; supra n. 14 p. 25 n 2. 3) Berlin, StaatM 805 : milieu ive s. ; supra n. 34 p. 30 no 4. 4) Athènes, Berlin StaatM 808 : 350-320 ; supra n. 34 p. 30 no 3. 5) Pharsale, Volos MArch 391 : grand relief votif du ive s., avec femme assise auprès du héros cavalier à pied ; supra n. 34 p. 30 no 2.

88. Infra p. 170.

89. Est-ce seulement une coïncidence si Héra, épouse modèle, très fréquemment représentée auprès de Zeus, est, de par son

nom même « Héroïne » ? Représenter le héros avec sa femme, ne serait-ce pas dès lors, en les assimilant au couple divin par excellence, affirmer leur puissance bienveillante ? Une telle héroïsation de l’épouse par mariage ne convient évidem-ment qu’à un nombre restreint de héros – les plus sociables – ceux précisément à qui on devait faire le plus communé-ment des dédicaces importantes, c’est-à-dire sculptées. Sur le sens de ces parèdres féminines, infra n. 13 p. 80.

90. Voir notamment les figures d’athlète de Polyclète, sur les reliefs Torlonia 433 (supra n. 13 p. 25) et musée Granet 210

( o supra n. 14 p. 26 n 2) et surtout sur le relief d’Argos MNAth 3153 (supra n. 45 p. 34), où la figure du héros s’inspire directement du Doryphore. D’autre part le relief attique du Museo Maffeiano 216 ( o supra n. 34 p. 30 n 1) propose, vers 430, un héros vu presque de dos, dans un style très proche des éphèbes à pied de la frise ouest du Parthénon (ouest V, 9 retourné !). Le petit relief de Pétralona MNAth 1948 (Svoronos 1911, p. 351, pl. 33-6 : iiie s.) présente une attitude plus avancée, avec appui extérieur sur la lance. D’autres reliefs montrent le héros tout à fait de face : 1) Épidaure MNAth 1392 (supra n. 14 p. 26 no 3) : 375-350. 2) Musée Barracco 130 (Il « nuovo » Museo Barracco [1982], p. 108-109 avec fig.) : attique, vers 350-325. 3) Le Pirée MNAth 1415 ( Svoronos 1911, p. 360-361, pl. 33-5). 4) l’étonnant pastiche de Loucou, MNAth 1450 ( o infra n. 93 p. 58 n 2).

91. Une cruche (chous) du Louvre (S 1659), attribuée au Peintre de Meidias (fin du ve s.), représente ainsi le héros auprès

d’un autel où deux femmes viennent faire une libation ; le sanctuaire est suggéré par des plaquettes votives suspen-dues à un arbre ; L. Burn, The Meidias Painter (1987), p. 88, MM 56, pl. 52a.

92. Par exemple : 1) le grand relief funéraire en quatre plaques trouvé à Rhodes en 1986 : AD 43 (1988), chron., p. 610,

pl. 369 b (ier s. av. J.-C.), comparable au grand relief funéraire de Lètè (Thessalonique MArch 1935 A + B), signé par Évandros de Béroia, où le cheval est réduit à une tête apparaissant derrière un rideau : CatSalonique I, p. 73-77, nos 56-57, fig. 138-139 (E. Voutiras : « 75-50 »). 2) Cavala MArch Ɛ 1331, provenant d’Amphipolis : à gauche, cavalier cuirassé faisant une libation ; derrière lui, à droite, son écuyer et son cheval ; AD 38 (1983), chron., p. 323,

 

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LA SCULPTURE DE THASOS

 

sauf à Smyrne, où un groupe de reliefs, cette fois funéraires, présente au iie siècle av. J.-C. une version baroque et pittoresque du thème, où le cheval, qui piaffe et tourne la tête vers l’extérieur, semble presque plus important que le cavalier 93.

 

LE CAVALIER MONTÉ AU PAS

 

La courte série thasienne des cavaliers montés et s’avançant au pas (-), jalonnée de quelques pièces remarquables en dépit de leur mutilation (, , ), couvre toute l’extension chrono-logique de cette variante : sur les neuf reliefs de ce type connus à Thasos, quatre sont de nature incertaine, trois sont votifs (, , ) et deux – ceux-là même qui ouvrent et ferment la série – sont sans doute funéraires (, ). La qualité de certaines pièces (, , ) montre que, dans les deux cas, ces reliefs doivent concerner la classe supérieure de la société, qui peut entretenir des chevaux et accéder aisément à l’héroïsation, par ses mérites civiques et intellectuels. Faut-il mettre la fortune iconographique du thème en rapport avec l’importance de l’élevage des chevaux dans certaines régions du monde grec 94 ? On connaît si peu les reliefs héroïques insulaires et micra-siatiques, surtout aux époques archaïque et classique, qu’il faut se borner à constater quelques tendances générales.

À l’époque archaïque, le motif du cavalier au pas apparaît – rarement – à Chios, à Thasos, en Attique 95 e e . Aux v et ivsiècles, il connaît un grand essor en Attique et en Béotie, alors qu’il reste sporadique ailleurs 96. À l’époque hellénistique, cette disparité a tendance à s’effacer avec le déclin du thème en Attique, où il n’est plus attesté que par quelques reliefs votifs 97, tandis qu’il se maintient en Béotie jusqu’aux iie e 98 99-iii siècles et se répand sur les rives septentrionales du Pont et en Asie

 

pl. 129 b (H. Koukouli-Chrysanthaki : « époque romaine »). La partie antérieure du cheval, représentée en légère perspective, suggère une date plus haute : à la fin de l’époque hellénistique.

93. os Pfuhl, Möbius 1979, pl. 208-211 : on pourrait douter du caractère funéraire des reliefs n 1439 (Berlin, StaatM

Sk 809 : le plus bel exemplaire) et 1440. Pour une version réduite, voir Louvre MND 444, ibid., no 1432. Variations néo-classiques de ce type au iie 4 o s. apr. J.-C. : 1) Vatican (Latran 9977), « Le départ de Jason » : Helbig I, n 1063, AM 71 (1956), p. 122, Beil. 67-2. 2) MNAth 1450 : Kaltsas 2001, p. 347, no 736 ; H. R. Goette, dans ŽƧƥƯuƥ: uƩƯơƷƩƵ Ƨƭƥ Ʒƫư ƥƴƺƥƣƥ ƳƯƥƶƷƭƮƢ ƳƴƲƵ ƷƭuƢư ƷƲƸ ƈƭǁƴƧƲƸ ƉƩƶƳƣưƫ (2001), p. 425-426, fig. 8-9 : Achilleus et non Polydeukion.

94. Langenfass-Vuduroglu 1973, p. 124 : s’il n’y a pas de reliefs de ce type dans les îles, c’est peut-être que les chevaux

y étaient fort rares. – Mais ne serait-ce pas précisément une raison pour que leurs rares possesseurs se soient distin-gués en se faisant représenter avec eux ?

95. Supra n. 29-30 p. 17.

96. os Selon le recensement de Langenfass-Vuduroglu 1973 : en Attique, douze reliefs funéraires (n 10-21, p. 10-24) et

dix-neuf reliefs votifs (nos 57-75, p. 34-40) ; en Béotie, huit reliefs funéraires et huit reliefs votifs (p. 47-49). Le reste de la Grèce (dans son extension actuelle) n’est représenté que par une quinzaine de reliefs.

97. e Par exemple : 1) MNAth 1399 : cavalier enfant (?) ; Svoronos 1911, p. 350, pl. 58 : « iii s. av. J.-C. » (?).

2) MNAth 1401 : cavalier sinistroverse ; o e supra n. 31 p. 28 n 6. ii s. av. J.-C. 3) Délos, A 3129. Marcadé 1969, p. 375, n. 1 : « trouvé dans les fouilles de 1894 ? », donc votif – à moins qu’il ne provienne d’un atelier de marbrier. Fin ii e o s. av. J.-C. 4) Museo Maffeiano, sans inv. ; Ritti 1981, p. 128, n 67 (fig.) : époque d’Auguste ; funéraire.

98. Machaira 2000 a rassemblé trente-neuf reliefs funéraires en calcaire de la région de Thespies, où le cavalier est le

plus souvent monté au pas et sinistroverse, plus rarement galopant ou à pied. Aucun n’est chasseur : sauf très rares exceptions, l’aire de diffusion du « cavalier thrace » ne dépasse pas la Thessalie.

99. Les nombreuses stèles à cavalier du Pont septentrional réunies dans G. von Kieseritzky, C. Watzinger,

Griechische Grabreliefs aus Südrußland (1909), p. 98-123 : nos 557-686, pl. 38-49, sauf rares exceptions (nos 557, 559, 561, 584, 617 : galop cabré ; chasse) représentent un guerrier monté s’avançant au pas vers la droite.

 

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LE THÈME DU CAVALIER

 

Mineure 100, deux régions où il sera aussi prépondérant durant l’époque impériale que le sera le cavalier chasseur en Grèce du Nord. De fait, l’extension du cavalier au pas reste limitée en Thessalie, en Macédoine et en Thrace 101, sans doute à cause de l’existence dans ces régions de variantes plus pratiquées : le cavalier guerrier chargeant et surtout le cavalier chasseur, qui restera seul en usage à partir du i er siècle apr. J.-C. À l’époque impériale, le caractère votif du motif n’est plus perçu, même si l’iconographie (arbre au serpent, autel) et le formulaire l’affirment avec ostentation ; à l’alternative religieuse mortel/héros s’est substituée l’identité sociale mort = héros 102.

À Thasos, la présence précoce du motif () s’explique par l’origine insulaire et les courants d’échanges de la cité. Par la suite, son évolution y est comparable à celle qu’on vient d’esquisser pour la Grèce du Nord : essor limité depuis le ive er siècle, déclin au i siècle apr. J.-C., sans doute à cause de la prépondérance du cavalier chasseur, dont les centres de diffusion sont très proches.

 

LE CAVALIER EN ARMES AU GALOP

 

Le motif du cavalier en armes, chargeant au galop, n’est représenté à Thasos que par l’ambitieux relief 103 . Ce type de cavalier se rencontre dans diverses régions du monde grec à l’époque hellénistique, sans qu’on ait jusqu’ici déterminé précisément son origine. Les reliefs attiques où le cavalier terrasse son adversaire 104 fournissent un antécédent proche plus qu’un véritable point

 

100. e e os La série devient abondante au ii s. av. J.-C. et ne tarit pas avant le iii s. apr. J.-C. : Pfuhl, Möbius 1979, n 1282-

1467, pl. 190-202 ; I. Delemen, Anatolian Rider-Gods (1999) : 396 exemplaires d’époque impériale, provenant de Pisidie et des régions avoisinantes.

101. MArch Thessalonique 8166, transféré au musée de Dion : E. Tracosopoulou-Salakidou, Makedonika 24 (1984),

p. 154-167 (fig.) ; G. Calcani, Cavalieri di bronzo, la torma di Alessandro, opera di Lisippo (1989), fig. 78, p. 134. Vers 100 av. J.-C. (même inscription )ƖƝƊƗ que, supra n. 8 p. 25, sur un grand relief funéraire perdu de Thessalo-nique, avec également une femme assise, mais le cavalier à pied). À Philippes a été trouvé dans les « thermes » un relief de ce type, qui pourrait dater encore de la fin de l’époque hellénistique : BCH 103 (1979), chron., p. 624, fig. 11. Voir aussi la scène peinte sur la lunette de la tombe macédonienne de Svestari : un guerrier à cheval, au pas, est accueilli par sa femme, qui lui tend une couronne ; P. Zazoff, Ch. Höcker, L. Schneider, AA 1985, p. 617-643.

102. Quelques exemples, parmi bien d’autres : 1) Véria MArch Ɛ 46 : autel funéraire d’un jeune mort héroïsé, Hermès

(inscr.), assimilé visuellement à son homonyme divin : sur la face principale Hermès ; sur les faces latérales, buste de la mère et cavalier chasseur représentant le père ; P. Adam-Véléni, ƑƥƮƩƨƲưƭƮƲƣ ƦƼuƲƣ (2002), p. 244-245, no 330, pl. 176-177 : 125-140. 2) Thessalonique MArch 6937 : grand relief où figurent, de l’autre côté de l’autel, à droite, les parents survivants ; er AD 29 (1973-1974), chron ., p. 687, pl. 497d. : i s. apr. J.-C. 3) Vérone, Museo Maffeiano, sans inv. ; provient de Smyrne, avec inscription pour un mort de vingt ans héroïsé : Ritti 1981, p. 133-134, no 71 (fig.) : ier o s. apr . J.-C. ; Pfuhl, Möbius 1979, n 1360, pl. 198. 4) Rome, dans un columbarium de la via Taranto : relief avec cavalier pour enfant divinisé et héroïsé par ses parents à la suite d’un songe ; Guarducci 1974, p. 179-181, fig. 71 : époque d’Hadrien. Pour une divinisation d’enfant similaire, également à Rome, voir CIG 3272, faussement localisé à Smyrne : G. Petzl, « G.V. I 1166 – Eine Krankengeschichte aus Smyrna ? », Chiron 11 (1981), p. 303-308. Faut-il déduire de ces documents, qu’on pourrait multiplier, que les reliefs à cavalier – au pas ou chasseur – commé-moraient de préférence la mémoire d’hommes morts jeunes, tandis que les reliefs à banquet étaient plutôt destinés à des défunts d’âge mûr ? Ici encore, il faut se borner à constater une tendance générale, que des usages locaux peuvent infirmer.

103. La partie inférieure gauche d’un relief conservant seulement la figure d’un cavalier au galop qui pourrait être de ce

type a été vue en 1990, contre un mur au monastère de la Dormition de la Vierge, détruit par le deuxième grand incendie de l’île, qui, l’année précédente, avait ravagé la région de Sôtiros.

104. Hölscher 1973, p. 102-111 ; Stähler 1976, p. 66-72, à propos du fragment de groupe équestre Boston,

MFA 03.751 ; 4 o BrBr 674. 1) Rome, Villa Albani 985, provenant d’Athènes ; Helbig IV, n 3257 (W. Fuchs) ;

 

59

LA SCULPTURE DE THASOS

 

de départ à cette variante 105, dans la mesure où l’on n’y retrouve ni le caractère dramatique que donne à la scène la représentation du vaincu sur le point de succomber, ni l’idéalisation dont témoigne le costume du cavalier, peu conforme à la pratique militaire de l’époque 106. Sur les reliefs à cavalier en armes qui apparaissent à la fin du ive 107 siècle, le cavalier et sa monture cabrée

sont fixés dans un paroxysme de fougue exempt de toute anecdote ; à peine si l’arbre au serpent, parfois, vient souligner la nature héroïque du personnage. Tandis que les reliefs funéraires attiques rappellent un moment héroïque de la vie du défunt, ces reliefs présentent un héros dans toute sa puissance.

En fait, ces reliefs à cavalier en armes au cheval cabré se situent plutôt dans la suite de grandes créations plastiques du ive siècle où apparaissent des chevaux cabrés, comme le Mausolée d’Halicar-nasse 108 et surtout les groupes équestres conçus par Lysippe : le Char des Rhodiens 109 et la Chasse d’Alexandre 110 111 à Delphes ou encore les Hétaires du Granique à Dion. On trouve l’écho direct de ces monuments spectaculaires sur le Sarcophage d’Alexandre 112 et, plus schématique et proche déjà des reliefs « héroïques » anonymes qui nous occupent, sur la tombe d’Alkétas, à Termessos 113 ; l’un est daté de 312, l’autre de 319.

 

CAT o 2 n 2.131 : rapproché de l’ anthémion inscrit MNAth 754 ( IG II5222) ; Villa Albani I, p. 246-251, pl. 140-146 (P. C. Bol). Relief d’un monument funéraire public aux morts d’une année. Plutôt vers 410, voire plus tard, malgré l’effort de W. Fuchs pour rattacher l’œuvre aux événements de 431. 2) Berlin, StaatM Sk 742, relief funéraire trouvé à Halandri, près d’Athènes ; Blümel 1966, o o p. 28, n 19, fig. 26 ; CAT n 2.130. Vers 400. 3) Athènes, musée du Céramique P 1130 : relief funéraire de Dexiléos ; o CAT n 2.209 ; GaB II, p. 260-261, fig. 194 ; 394-393, d’après IG II2 6217. 4) MNAth 2744 : couronnement du monument aux morts de 394-393 ; Kaltsas 2001, p. 159, no 313 (fig.). 5) MNAth 3708, base à trois faces sculptées trouvée près de l’Académie ; o CAT n 2.213 ; Kaltsas 2001, p. 171, n o e 337 (fig.). Premier quart du ivs.

105. Étude du motif, plus stylistique qu’iconographique : Schleiermacher 1981, p. 72-80. 106. J. K. Anderson, Ancient Greek Horsemanship (1961), p. 140-151, illustré (pl. 13-1) par le cavalier grec du sarco-

phage de Payava, au British Museum : début du iv e s.

107. Sur la représentation du galop dans l’art grec, notamment le cabré fléchi, voir toujours S. Reinach, RA 1900.1,

p. 216-251.

108. G. B. Waywell, The Free-Standing Sculptures of the Mausoleum at Halicarnassus in the British Museum (1978), p. 110-

112, no 34, pl. 18 : cavalier colossal en costume perse, BrM 1045. L’auteur remarque, p. 74, qu’il n’y a pas d’autre statue en marbre de ce type hors d’un contexte architectural (Amazone du fronton ouest du temple d’Asclèpios à Épidaure) : les autres groupes avec cheval cabré attestés sont en bronze, pour des raisons techniques évidentes (voir cependant Stähler 1976 : Boston, MFA 03.751) ; Roques de Maumont 1958, p. 19-21 : avant 353, peut-être par Bryaxis.

109. Il est maintenant acquis que les chevaux traînant le char du Soleil levant étaient cabrés : A. Jacquemin, D. Laroche,

« Le char d’or consacré par le peuple rhodien », BCH 110 (1986), p. 285-307. Mais sa date reste incertaine dans la seconde moitié du ive s.

110. o P. Moreno, Lisippo I (1974), p. 86-105, n 11 : vers 305. 111. G. Calcani, op. cit., n. 168 ; P. Moreno, Lisippo, l’arte e la fortuna, catalogue de l’exposition de Rome (1995),

p. 148-155, 338-346. La statuette en bronze d’Herculanum (MN Naples 4996) pourrait être une reproduction réduite de l’Alexandre de ce groupe, si du moins Alexandre y était représenté, ce dont doute Roques de Maumont 1958, p. 23-25, car il s’agit de commémorer la mort héroïque de vingt-cinq cavaliers de la garde d’Alexandre durant la bataille du Granique.

112. Graeve 1970, p. 50-56, pl. 24-26, pour la scène de bataille où Alexandre est représenté sans armure, c’est-à-dire plus

proche des cavaliers idéalisés de la tradition attique du début du ive s. que du romantisme pittoresque et pathétique des grands créateurs du milieu du siècle. Les modèles picturaux dont dépendaient cette scène, selon V. von Graeve (p. 62-68), pourraient eux-mêmes avoir été influencés par les groupes équestres dont il vient d’être question.

113. Pfuhl, Möbius 1979, no 1393, pl. 202 ; A. Pekridou, Das Alketas-Grab in Termessos (1986), p. 33-50, pl. 3 et 4.

Le cavalier est cuirassé, comme sur la plupart des reliefs où il charge.

 

60

LE THÈME DU CAVALIER

 

L’hypothèse d’une origine nordique de ce type est renforcée par la provenance de ces reliefs : bien qu’attestés par des exemples isolés en Sicile 114 115 116 117 , dans les Cyclades , en Attique et en Béotie, mais à peine en Asie Mineure 118, c’est en Grèce du Nord, en Thessalie et en Thrace, que se rencontrent les exemplaires les plus significatifs : aux deux reliefs rapportés au Louvre par L. Heuzey 119 font pendant en Thrace égéenne les grands reliefs d’Abdère et de Marônée 120, auxquels on peut adjoindre un relief de Callatis 121. En Macédoine même, où les types monétaires attestent la présence récurrente du thème dès le début du v e 122 siècle, les reliefs à cavalier guerrier galopant ne sont jusqu’ici guère attestés 123, probablement faute d’une enquête systématique dans les musées locaux, comme celui de Serrès 124, où ils sont recueillis. Les peintures murales des tombes macédoniennes retrouvées jusqu’ici ne semblent pas non plus en fournir d’exemple précis : aussi bien le cavalier représenté sur

 

114. e E. Langlotz, Die Kunst der Westgriechen (1963) : relief en calcaire Syracuse MN 839, fig. 154 : « iii s. » ;

F. Coarelli, « La pugna equestris di Agatocle nell’Athenaion di Siracusa », dans Aparchai: nuove ricerche e studi sulla Magna Grecia e la Sicilia antica in onore di Paolo Enrico Arias (1982), p. 547-557 : p. 554, pl. 158.6.

115. e 1) Relief votif de Minoa d’Amorgos au MArch de Syros ; AM 21 (1896), p. 194-196 (dessin). iii s. 2) Relief votif

de Délos A 1955, trouvé dans les fouilles de l’Aphrodision ; Marcadé 1969, p. 375, n. 4, pl. 3.

116. e 1) MNAth 1411, trouvé au Laurion ; Svoronos 1911, p. 359, pl. 33.7. Fin du iv s. 2) MNAth 1413 ; ibid., p. 360,

pl. 33.3. Fin du ive s. 3) MNAth 1493 : relief amphiglyphe : au revers, banquet ; ibid., p. 470, pl. 79. Fin du ive s. ? 4) MNAth 2375 ; ibid., p. 639, pl. 145-1. 5) Relief attique de Brocklesby ; supra n. 31 p. 28 no 2.

117. o Le relief funéraire de Thespies (Thèbes, MArch 32 050 : Schild-Xenidou 2008, p. 126 et 348-349, n 117, pl. 45)

et celui de Pèlinna au Louvre (MA 836 ; supra n. 53 p. 35 no 1), datables de la fin du ive s., peuvent passer pour les têtes d’une série qui se poursuit au iiie s. avec les reliefs signalés par A. de Ridder (BCH 46 [1922], p. 271 : nos 109 [Thèbes, MArch 1020] et 110, fig. 40-41) pour aboutir aux reliefs tardifs présentés par Machaira 2000.

118. Outre le relief rupestre de la tombe d’Alkétas à Termessos (supra n. 113), Pfuhl, Möbius 1979 ne connaissent guère

qu’un relief où le cavalier au cheval cabré ne soit pas qu’un chasseur sans son chien : no 1397 (Smyrne), pl. 203 : « iiie s. av. J.-C. ». La différence ne réside que dans la position du cheval : plus cabré pour le cavalier chargeant ; en galop plus allongé pour le chasseur.

119. Supra n. 53 p. 35 no 1. Deux autres reliefs de ce type ont été vus à Apollonia d’Épire par L. Heuzey : Louvre MA 837,

Heuzey-Daumet 1876, p. 399, pl. 31.4 et p. 400, pl. 33.2, encastré dans la façade d’une chapelle.

120. os Supra n. 53 p. 35 n 2 et 3. À la grande stèle (1,23 m) du musée de Sofia est venue s’adjoindre une autre du

même type, MArch d’Abdère 3555 (ex-MArch Comotini 4449) : E. Skarlatidou, « ƊƳƭƷǀuƦƭƲ ƥưƠƧƯƸƹƲ ƥƳƿ Ʒƥ Ʀƨƫƴƥ », dans Ɔƴƺƥƣƥ ƍƴƠƮƫ II (1997), p. 775-788 (fig.) ; E. Papagianni, « ƘƥƹƭƮƠ ƥưƠƧƯƸƹƥ ƖƼuƥƣƼư ƶƷƴƥƷƭƼ Ʒǁư ƶƷƫ ƑƥƮƩƨƲưƣƥ », dans ƏƯƥƶƭƮƢ ƳƥƴƠƨƲƶƫ (2012), p. 391, fig. 5. Sur cette grande stèle funéraire dont l’encadre-ment rapporté a disparu, le cavalier guerrier, lancé dans un galop moins cabré, est équipé lui aussi d’une épée et d’un bouclier (?), et porte lui aussi un pantalon, semble-t-il ; il est suivi lui aussi d’un écuyer à pied tenant une lance. ier s. av. J.-C. ?

121. e Condurachi 1981, p. 65, pl. 2.2. Funéraire (?) ; ii s. av. J.-C. 122. O. Picard, « Numismatique et iconographie : le cavalier macédonien », BCH Suppl. 14 (1986), p. 67-76 : type 3 c

et 3 d. Mais les autres variantes sont également représentées sur les monnaies macédoniennes, dont c’est le thème principal : cavalier dressant un cheval, à pied près de sa monture, en majesté et saluant, chasseur… Sans doute ces types, repris jusqu’au iiie siècle, illustrent-ils en effet les valeurs de l’aristocratie dirigeante, comme le conclut O. Picard (p. 75), mais parfois par le biais de l’héroïsation, que prouve la présence, auprès du cavalier chargeant, d’un serpent, symbole d’héroïcité par excellence (p. 70).

123. o Au musée de Thessalonique, le seul exemplaire (MArch 6188 ; LIMC VI, H. E. , n 629, avec fig.) présenté dans

CatSalonique III, p. 216, no 538 (fig.) (P. Adam-Véléni : « fin du iie-première moitié du ier s. ») est malheureusement fragmentaire et de provenance inconnue.

124. V. Machaira, ƗƩƴƴƥƽƮƠ ƆưƠƯƩƮƷƥ 2 (1993-1994), p. 27-35, fig. 1 : MArch 23. Le même musée présente aussi un

relief beaucoup plus grand, presque carré, sans encadrement (MArch 71), où est figuré un cavalier en armes galopant vers la gauche (apparemment inédit).

 

61

LA SCULPTURE DE THASOS

 

le mur de fond de la tombe Kinch de Naoussa, datant de la fin du ive siècle 125, que certaines figures de la frise à reliefs en stuc peint de la grande tombe de Lefcadia (Miéza) 126, qui serait légèrement postérieure, représentent des guerriers aux prises avec un adversaire, dans une ambiance plus dramatique que celle des reliefs, où les cavaliers figurent isolés dans leur charge héroïque. Quoi qu’il en soit, c’est certainement à ces reliefs dérivant de modèles statuaires élaborés autour d’Alexandre dans la seconde moitié du ive siècle qu’il convient de rattacher le relief de Thasos, où le pathos de cette époque est encore sensible.

Reliefs votifs ou reliefs funéraires ? Le motif semble d’emblée ambigu et illustre la dévalorisa-tion de la notion religieuse de héros au cours du ive siècle avancé : les Hétaires du monument de Dion représentent des héros tombés au champ d’honneur, sans qu’il s’agisse pour autant de hé-ros, au sens religieux du terme. De même, les reliefs à cavalier en armes et chargeant commémo-rent l’héroïsme d’un mort, mais n’impliquent pas une héroïcité cultuelle. Parmi eux, certains sont sûrement votifs : ceux qui proviennent de Sicile, des îles de la mer Égée et d’Attique. Mais les autres, en Béotie et plus au nord, semblent pour le moins hybrides. Le seul document inscrit provenant de ces régions, le cavalier d’Abdère, illustre parfaitement l’ambiguïté qui s’est instau-rée : le cavalier, dont le nom est perdu, est qualifié de héros mais salué par une formule d’adieu funéraire, ƌƖƝƗ ƛƆƎƖƊ. Peut-être n’est-ce pas un hasard si cette déperdition de sens semble particu-lièrement rapide sur les confins nord de la Grèce : de même que la Macédoine a emprunté à l’architecture grecque des ordres qu’elle a combinés et altérés à sa façon, elle a pu s’approprier des notions religieuses qu’elle a détournées de leur sens grec traditionnel. Le relief de Thasos serait alors le témoignage de l’influence macédonienne dans cette cité où les cultes de héros semblent avoir été nombreux ; il faut l’imaginer placé sur la tombe d’un personnage important, sans pour autant que celui-ci ait reçu un culte héroïque. Aux iiie-iie siècles, cette héroïsation édulcorée, désormais plus iconographique que rituelle, ne s’adresse encore qu’à un petit nombre de personnes, comme l’indiquent la rareté et la qualité de ces reliefs.

 

LE CAVALIER CHASSEUR : LE DIEU THRACE HÈRÔN/S

 

Les reliefs à cavalier chasseur (-) sont de loin les plus nombreux à Thasos. Aucun ne relève du type attique 127, qui représente le retour de la chasse, avec le valet s’agrippant à la queue du

 

125. e K. F. Kinch, Le tombeau de Niausta , Mémoires de l’Académie de Danemark , 7 sér. (Lettres) IV-3 (1920), p. 286-287,

pl. 2 ; K. Rhomiopoulou, I. Touratsoglou, « ȵ uƥƮƩƨƲưƭƮɞƵ ƷƠƹƲƵ ƷʨƵ ƒƭƠƲƸƶƷƥƵ », AEphem 1971, p. 146-164, pl. 18-21 : peinture murale aujourd’hui détruite, vers 250 ; Mangoldt 2012, p. 170-173 : B 70, pl. 63-64 : « fin du ive e ou première moitié du iii s. ».

126. os Ph. Petsas, ȵ ƷƠƹƲƵ Ʒ˒ư ƐƩƸƮƥƨƣƼư (1966), p. 159-170, pl. 2 dans le texte : figures n 4 et 15 de la frise ;

Mangoldt 2012, p. 177-181 : B 72, pl. 67-68 : « vers 300 ou peu après ».

127. e Connu par un certain nombre de reliefs du ivs. : 1) Rome, musée Barracco 135 ; Will 1955, p. 73, fig. 4 p. 74 ;

Helbig4 II, no 1885. Bonne illustration dans Guarducci 1969, p. 386. 2) MNAth 1386, provenant de Tanagra ; en marbre du Pentélique ; Svoronos 1911, p. 330-331, pl. 52 ; Langenfass-Vuduroglu 1973, no 96. 3) Délos A 1744 = 6121, trouvé en 1908 entre le Dodécathéon et la Salle hypostyle ; Marcadé 1969, p. 375, n. 2. 4) Louvre MA 744, provenant des environs du Pirée ; J. Charbonneaux, La sculpture grecque et romaine… (1963), p. 119 (tenu à tort pour funéraire) ; Tillios 2010, p. 122 : R 13, pl. 23. 5) BrM 384, provenant d’Attique ; Description of… Ancient Marbles 2 IX (1842), p. 144-145, pl. 34-3 (avec inscription funéraire métrique, IG II 7151). 6) MNAth 1393, variante où le chasseur, debout auprès de son cheval, est suivi de son valet ; Svoronos 1911, p. 345-346, pl. 58. G. Seure (REA 14 [1912], p. 158-159) a dénombré une trentaine de reliefs à « cavalier thrace » présentant le même motif du valet agrippé à la queue du cheval, qu’il a rapprochés, à la suite de L. Heuzey (Heuzey, Daumet

 

62

LE THÈME DU CAVALIER

 

cheval, généralement galopant. Il s’agit toujours du chasseur chargeant le sanglier, type très répandu à l’époque impériale dans les Balkans 128. La série thasienne n’offre, par rapport au schéma courant, que des variantes peu significatives, qui résultent de l’omission de divers éléments secondaires : l’autel, l’arbre au serpent, le sanglier, le chien. L’absence fréquente de l’autel (variante 2a) semble indiquer qu’il s’agit d’un élément adventice dont l’absence est peu ressentie. La présence du sanglier, objet de la chasse (variantes 1 et 2), est naturellement plus importante que celle du chien, qui manque dans la variante 2d. Les reliefs de la variante 3a pourraient toutefois indiquer qu’en l’absence de toute référence à la chasse, on sent le besoin de réaffirmer le caractère divin du chas-seur. Mais il faut faire la part du désir de se singulariser des artisans et de leurs commanditaires…

Le caractère fragmentaire de la majorité des documents, l’ignorance de leur lieu de trouvaille précis, l’absence ou la perte de l’inscription empêchent dans beaucoup de cas (23) de déterminer leur fonction. Parmi les vingt restants, trois sont certainement votifs, tandis qu’un autre l’est peut-être ; douze sont certainement funéraires, et quatre peut-être.

Seuls deux documents votifs (-) portent une dédicace ; les deux autres ne sont pas ins-crits, mais leur contexte les désigne comme cultuels : ce sont la métope tardivement sculptée sur le bâtiment de scène du théâtre () et le relief , trouvé en ville. Dans les deux cas, la divinité appelée Hèrôn/s est pourvue d’épiclèses : Épiphane () et Sauveur (), qui pourraient égale-ment convenir à des héros 129. Sur le premier relief, nom et surnom sont précédés de ƍƊƔƗ, ce qui indique qu’il s’agit du dieu Hèrôn/s et non d’un héros anonyme 130. Il est connu également à Thasos par l’inscription gravée sur le linteau de la porte d’un sanctuaire ou d’une niche monumentale 131 qu’il partageait avec deux autres divinités étrangères, le Grande Mère de Pessinonte et l’Aphrodite de Syrie. Il y apparaît sous le nom de Seigneur et Maître Hèrôn, une forme sans doute plus proche de son nom thrace, que l’on trouve sur des dédicaces plus souvent latines que grecques 132. Sur la

 

1876, p. 399), d’un passage d’Arrien, (De rebus syriacis 64) selon lequel Lysimaque, étant aide de camp d’Alexandre, avait ainsi couru en tenant la queue du cheval de celui-ci. On peut y ajouter le registre inférieur d’une stèle de Comotini (MArch 25).

128. La bibliographie du « cavalier thrace » est considérable, comme le montre la liste (p. 228-229) fournie par

N. Dimitrova, à la fin de « Inscriptions and Iconography in the Monuments of the Thracian Rider », Hesperia 71 (2002), p. 209-229. On n’en retiendra ici que quelques essais de classement et de synthèse : Kazarow 1938 ; Will 1955, p. 55-124 ; les volumes du CCET parus depuis 1979 ; LIMC VI, H. E. ; P. Delev, « Observations sur le cavalier thrace », Pulpudeva Suppl. 6 (1998), p. 129-135 ; D. Chiekova, Cultes et vie religieuse des cités grecques du Pont Gauche ( e VII-er I siècles av. J.-C.) (2008), p. 239-248. La grande monographie Oppermann 2007, avec son catalogue de plus de mille reliefs illustrés, n’est pas seulement un commentaire synthétique des volumes du CCET, qui concernent essentiellement la Bulgarie : deux excursus accompagnés de notes très substantielles, p. 251-262, suppléent l’absence des volumes de corpus concernant la Thrace propontique et égéenne. Le présent chapitre sur les reliefs thasiens comble donc tardivement la lacune constatée p. 254, n. 2036.

129. De même, un relief au chasseur thrace trouvé juste au nord de la frontière grecque (Skopje, MArch 359) et daté

précisément de 168 apr. J.-C. par l’inscription, est dédié à Hèrôn/s Épècoos : AA 2013, p. 120-121, no 5 (fig.).

130. Même chose sur nombre de reliefs de Bulgarie, infra n. 132 ; de même sur un relief avec cavalier provenant

d’un « sanctuaire champêtre » de Salymbria, colonie mégarienne de la Thrace propontide, L. Robert, RA 1933.2, p. 124-125 (= OMS III, p. 1579-1580).

131. e Inv. 339 ; E. Will, BCH 64-65 (1940-1941), p. 201-210, pl. 9 : « première moitié du ii s. » ; Will 1955, p. 59 :

iie s. apr. J.-C.

132. G. Seure, REA 14 (1912), p. 139, n. 1 et 2 ; G. Kazarow 1918, col. 1140-1141 ; L. Robert, RA 1933.2, p. 123-

124 (= OMS III, p. 1579) ; Will 1955, p. 59. Le corpus des inscriptions de Macédoine n’a guère accru jusqu’ici les témoignages concernant cette divinité (infra n. 173 p. 69) : on y entrevoit cependant l’existence à Thessalonique d’un temple de Hèrôn, peut-être restauré à la fin du iiie s. apr. J.-C. (IG X 2, 1, 64 et 37) ; une dédicace à Hèrôn sous un relief à cavalier chasseur trouvé en Lyncestide (MArch Bitola 5668) a été considérée à tort comme funéraire

 

63

LA SCULPTURE DE THASOS

 

nature et les fonctions de ce dieu Hèrôn/s, bien connu en Thrace 133 et en Égypte gréco-romaine 134, nous en sommes réduits au témoignage des documents figurés et de ses nombreuses épiclèses 135, si l’on excepte l’épigramme de Callimaque (?) qui le présente à l’égyptienne, en cavalier, mais à pied 136 137 . S’il peut être représenté sans gibier ni chien, voire même au pas, c’est plutôt, comme à Thasos, par simplification du motif iconographique : la très grande majorité des reliefs en font un chasseur de sanglier s’apprêtant à fondre sur la bête traquée. On peut donc supposer que le mythe principal où apparaissait Hèrôn/s était le récit d’une chasse fabuleuse comme celle du sanglier de Calydon 138. Dieu bienfaisant polyvalent, il a pu être assimilé ou associé à nombre de divinités grecques sans changer d’apparence : sur des reliefs dédiés à Apollon, à Asclèpios, à bien d’autres dieux encore, c’est toujours le Chasseur qui est représenté, à quelques variantes près 139. Les petits reliefs primitifs, au couronnement souvent cintré, qui foisonnent dans l’arrière-pays thrace, avec une

 

(IG X 2, 2, 13 : « iie s. av. J.-C. » ? ; CCET V, p. 66-67, no 92, pl. LIV : « peut-être iie s. apr. J.-C. »). En revanche, les volumes du corpus des reliefs à cavalier balkaniques ( CCET ), en fournissant un grand nombre de dédicaces explicites au dieu Hèrôn/s, soit sous la forme Hèrôn, soit en faisant précéder Hèrôs de Théos, ont confirmé la tendance observée d’emblée par G. Seure : la forme Hèrôn est plus fréquente en latin qu’en grec, sans doute pour des raisons phonétiques et parce que la proximité de ƌƖƝƗ a pu, en grec, gauchir son nom. Sur la proximité linguistique du dieu thrace ʽƌƴƼư avec le grec țƴƼƵ, Oppermann 2007, p. 277, n. 2270.

133. Le trésor de Rogozen, enfoui au début du iiie s. av. J.-C., a révélé des images de cavalier chasseur purement thraces

datant du iv e s. qui pourraient représenter ce dieu ; R. Hoddinott, The Rogozen Treasure (1987), p. 53-55, pl. 9 c-d, 10 a-c, pl. 11 a-b.

134. G. Capovilla, « Il dio Heron in Tracia e in Egitto », RFIC 51 (1923), p. 424-467 ; E. Will, LIMC V (1990),

p. 391-394, e s.v. « Heron » : attesté en Égypte depuis le ii s. av. J.-C., Hèrôn y est représenté en cavalier militaire au pas, et jamais en chasseur, donnant souvent à boire à un serpent qui ne dispose pas d’un arbre où s’enrouler.

135. Une liste en a été fournie par Kazarow 1918, col. 1142, puis par LIMC VI, H. E., p. 1020, enfin par Oppermann

2007, p. 394-403. Sur les nombreuses dédicaces où la forme țƴƼƭ ou plus rarement țƴƼưƭ apparaît suivie d’un autre nom, il ne faut pas l’interpréter comme le nom d’un héros (au héros X), mais comme l’épiclèse, le plus souvent topographique, du dieu Hèrôn/s. C’est ainsi que Hèrôn/s Aulônitès, est le Hèrôn/s du Val (ou du Pertuis), maintenant bien attesté entre le Nestos et Thessalonique, surtout dans la région de Philippes 1) par les fouilles : H. Koukouli-Chrysanthaki, D. Malamidou, « ƘƲ ƭƩƴƿ ƷƲƸ ƢƴƼƥ ƆƸƯƼưƩƣƷƫ ƶƷƲ ƕƥƧƧƥƣƲ I, II », AEMTh 3 (1989), p. 553-567 et AEMTh 4 (1990), p. 503-511 ; 2) par des reliefs votifs, par exemple MArch Cavala 798 et 1363, ibid. ; 3) par des inscriptions attestant l’existence de confréries de ses sectateurs à Thessalonique (MArch Thessalonique 10 771 : o CatSalonique III, p. 239-241, n 567, fig. 1684 ; 159/160 apr. J.-C.) et près de Serrès ( Samsaris 1984, p. 285 : dédicace de dix-neuf Thraces au iiie s. apr. J.-C.) ; 4) par des monnaies de Philippes, qui montrent la place prise par ce culte à l’époque impériale (O. Picard, AEMTh 2 [1988], p. 389, fig. 10 p. 394 : au revers, cavalier au galop avec, peut-être, un autel à droite et légende en caractères latins ; i er s. apr. J.-C.).

136. Anthologie Palatine, IX 336 ; P. Roussel, « Interprétation d’une épigramme de Callimaque », REG 34 (1921),

p. 266-276 ; Will 1955, p. 56-59.

137. C’est le type A de Kazarow 1938, p. 5-6.

138. Dans son Hèroïcos (XVII 3-6), Flavius Philostrate (supra n. 13 p. 14) évoque le héros Rhèsos : roi de Thrace venu

aider les Troyens « avec ses chevaux plus blancs que neige, les plus beaux et les plus grands jamais vus » (Iliade X 436-437), il fut tué par les Grecs et sa dépouille finalement transférée de Troie à Amphipolis par le fondateur athénien de cette ville, Hagnôn, en 438/7, à la suite d’un oracle de Delphes ; c’était un héros chasseur à qui on rendait un culte également à Byzance, à Ainos, mais surtout dans le Rhodope. Sur l’emplacement de l’hèrôon de Rhèsos à Amphipolis, Samsaris 1984, p. 285. Sur le rapport de ce héros avec Hérôn/s, P. Perdrizet, Cultes et mythes du Pangée (1910), p. 13-28. Pour G. Seure, « le roi Rhésos et le Héros chasseur », RPhil 54 (1928), p. 106-139, plus particulièrement p. 117-129, les reliefs sont la représentation exacte du Chasseur mythique évoqué par Philostrate ; contesté par Oppermann 2007, p. 279, n. 2282.

139. M. Oppermann, « Ikonographische Untersuchungen zur Weihplastik der thrakischen Gebiete in römischer Zeit »,

dans Dritter internationaler thrakologischer Kongress (1984), p. 244-254 ; Oppermann 2007, p. 276-296.

 

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LE THÈME DU CAVALIER

 

facture proche de la sculpture sur bois polychrome 140, reproduisent ou schématisent des reliefs en marbre produits dans les cités grecques du Pont Gauche 141 142 ou du littoral égéen. Comme l’a rappelé M. Oppermann récemment encore 143, il n’y a pas de rapport iconographique précis ni de continuité chronologique entre les figures de cavalier purement thraces, qui se rencontrent sur les objets de luxe déposés dans les tombes de l’aristocratie thrace des ive e -iiisiècles, et les reliefs helléni-sants au Cavalier chasseur, dont les plus anciens exemplaires peuvent remonter au ier siècle av. J.-C. Si l’on s’accorde donc à lui reconnaître une origine grecque, on discute toujours le lieu de sa création.

L’hypothèse d’une origine thasienne, jadis plusieurs fois avancée par Ch. Picard 144, a été reprise cursivement par Cl. Rolley 145. Elle est plausible, mais toujours sans autre fondement que l’abon-dance relative dans l’île des reliefs de ce type – un phénomène que suffirait à expliquer la longue tradition locale de sculpture. À Thasos, comme ailleurs, les reliefs représentant Hèrôn/s chassant le sanglier n’apparaissent qu’au seuil de notre ère 146 : le relief , disparu, ne pouvant être daté du ier siècle av. J.-C. que sur la foi d’un indice très fragile, les premiers documents thasiens dont la datation soit mieux fondée ( er  ,  ,  ,  ,  ) remontent au i siècle apr. J.-C.

En fait, le problème est obscurci par l’imprécision de la terminologie reçue, qui recouvre trop souvent du même nom de « Cavalier thrace » trois réalités religieuses et formelles distinctes : le cavalier au pas ou auprès de sa monture représentant un héros, au sens grec – religieux – du terme, suivant un schéma iconographique d’origine attique ; le cavalier combattant, héros ou bien plus

 

140. Le rôle important de la peinture sur ces reliefs « populaires », plus taillés que modelés, est assuré par la double

signature, du sculpteur, mais aussi du peintre, sur le relief à chasseur thrace de la collection Chandon de Briailles, daté exactement de 149 apr. J.-C. ; G. Seure, REA 14 (1912), p. 387-389 ; O. Weinreich, « Heros Propylaios und Apollon Propylaios », AM 38 (1913), p. 62-72 ; Will 1955, pl. 1 ; Oppermann 2007, pl. 36, no 413.

141. Le contraste entre les deux manières, grecque et thrace, apparaît bien dans les fascicules du CCET. L’un, CCET I,

rassemble les reliefs trouvés sur les sites grecs de la côte du Pont et dans leur arrière-pays immédiat ; l’autre, CCET II.2, est consacré aux reliefs trouvés dans le nord-ouest de la Bulgarie : d’un côté, un art grec provincial, soigné mais guindé ; de l’autre, le charme d’un art populaire qui stylise, pour ne pas dire schématise, sans façon, laissant une large part à la polychromie. Sur les rapports entre ces deux styles, M. Oppermann, « Zu Stilgruppen von Weihdenkmälern des Reiterheros in der Provinz Moesia Inferior », dans P. Noelke (éd.), Romanisation und Resistenz (2003), p. 451-468.

142. Il n’est pas de musée entre Thessalonique et Ainos qui n’en conserve des exemplaires, la plupart du temps non présentés,

ou très insuffisamment : le nouveau musée de Thasos n’en expose plus qu’un exemplaire… CatSalonique III, p. 216-239, nos 538-566, en rassemble vingt-huit, avec diverses variantes ; beaucoup sont de provenance inconnue, et les onze sûrement trouvés à Thessalonique sont d’une telle diversité morphologique et stylistique qu’on ne peut y déceler aucune tradition locale prégnante ; deux proviennent de Propontide. Il faut y ajouter les reliefs disparus, connus seulement par IG X 2, 1, et ceux qui, envoyés à Constantinople avant 1912, figurent dans le catalogue de G. Mendel. Oppermann 2007, p. 261-262, n. 2112, en a dressé une liste à l’occasion de deux excursus sur la Thrace propontique et égéenne et sur la Macédoine, p. 251-262, où se trouve esquissé un premier rassemblement de ces documents épars.

143. Oppermann 2007, p. 270-273.

144. REG 53 (1940), p. 252 (compte-rendu du recueil de Kazarow 1938) ; Picard 1941, p. 91-92 ; Picard 1956,

p. 1-26 : essai de synthèse et défense des « explications symbolistes » contre « le danger des interprétations systéma-tiquement et exclusivement réalistes, qui trouvent encore assez souvent des défenseurs mal avisés »…

145. Dans la discussion (p. 69) qui a suivi la communication d’E. Condurachi, « À propos de la genèse de l’icono-

graphie du cavalier thrace », au colloque cité supra n. 139 p. 64.

146. La remarque faite jadis par H. Seyrig, BCH 51 (1927), p. 200, reste toujours valable : « on ne connaît d’ailleurs

aucune représentation du cavalier thrace que l’on puisse faire remonter avec quelque vraisemblance à une époque antérieure à notre ère. » Les reliefs datés de l’époque hellénistique tardive dans CCET I ne sont pas des chasseurs thraces : 28 et 96 représentent un héros cavalier au pas avec un ou plusieurs adorants, dans la suite du type héroïque attique du ive s. ; 80-82, mutilés, sont plutôt des reliefs avec cavalier en armes au galop dans la suite du type macédonien hellénistique ( os infra n. 169 p. 68) ; Oppermann 2007, pl. 30, n 340-342.

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