LA Sculpture DE Thasos : Corpus des reliefs II

Bernard Holtzmann · Chapitre 1 sur 2 · partie 6/14

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LA Sculpture DE Thasos : Corpus des reliefs II

TOME I – Texte

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 14 parties.

11. o 1) MNAth 55, trouvé remployé dans une maison de Tégée ; Thönges-Stringaris 1965, n 201, Beil. 6.1 ; Dentzer

1982, R 260, p. 252-253, fig. 512. Vers 520 (?). 2) MArch Paros 758 ; Kontoléon 1965 : vers 520 ; Dentzer 1982, R 286, p. 253, fig. 536-539 ; Rolley 1994, p. 237-238, fig. 235 : vers 500 ; Clay 2004, p. 47-54, pl. 16-19 : vers 510.

 

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LA SCULPTURE DE THASOS

 

une ambiance de gynécée soulignée par la présence du miroir au mur et de l’oiseau familier sous le siège. En fait, tout se passe comme si l’artiste avait accolé au thème votif du banquet un carton de stèle funéraire 12 – ce qui veut dire qu’à ce moment il est loisible à un artiste d’envergure de modifier les éléments d’un thème dont l’agencement n’est pas encore figé par la tradition, pour obtenir une composition à la fois plus réaliste et plus symbolique : s’il est vrai que l’épouse est ici la parèdre obligée du héros honoré 13, n’est-il pas préférable de la représenter dans son propre envi-ronnement, plutôt que de la montrer avec le héros dans une intimité irréelle et presque dégradante, puisqu’elle serait là en situation d’hétaïre ?

La discontinuité est certes moins nette à gauche, où existe la cohérence narrative qui fait défaut à droite, mais elle se trouve affaiblie par la position de l’échanson, qui tourne momentanément le dos au banqueteur qui l’attend, patère en main. Lorsqu’on a constaté la qualité graphique de la composition et la mise en place très étudiée de ses éléments secondaires, on ne peut guère douter qu’il n’y ait là une recherche délibérée qui contribue à mettre ce relief hors de pair.

L’exécution n’est pas moins exceptionnelle : nul autre relief grec n’est à ce point conçu en vue de la peinture. La retenue des effets plastiques, qui lui donne pour nous le charme acide d’une épure, n’est qu’un effet secondaire : la disparition des nombreux détails réservés à la peinture – plumage de l’oiseau, mets sur la table, motifs du matelas et des coussins, décorations du tabouret, de la clinè et peut-être même de la peltè et du dinos – et des contrastes qu’elle créait par ses couleurs sans doute assez crues, notamment entre fond et étoffes, ont altéré plus qu’il n’est de coutume sur les reliefs grecs l’équilibre premier de l’œuvre. Une comparaison avec le grand relief à banquet de Paros (MArch 758) 14 est significative à cet égard : le modelé des formes et le rendu plastique des détails y sont plus développés, en sorte que la couleur ne pouvait y jouer qu’un rôle d’appoint – on dirait presque de coloriage. Il n’en va pas de même ici, où la sculpture est volontairement bridée pour laisser la part aussi belle que possible à la peinture dans le rendu des détails. Il est permis de douter qu’une œuvre aussi hybride ait pu être le fruit d’une collaboration : pour avoir si sûrement et large-ment ménagé des effets picturaux, ne fallait-il pas que le sculpteur fût lui-même peintre ? – ce qui n’était pas si rare en Grèce 15 et se conçoit aisément au moment où Thasos voyait se développer une école de peinture qui fit époque.

 

12. Même composition, par exemple, sur la stèle funéraire inv. 991 de la Villa Albani, indiscrètement restaurée par

Piranèse ; Helbig4 o o , n 3266 (H. Van Steuben) ; Hiller 1975, p. 188, pl. 25 ; Villa Albani I, p. 253-260, n 82, pl. 148 : vers 460. On y remarquera le rendu des plis de l’himation dans le dos de la femme assise, très proche du même motif sur le relief thasien qui nous occupe.

13. La présence de cette parèdre fonctionnelle et anonyme – « l’épouse du héros » – se comprend bien pour les héros

dont la personnalité est très sociale : éponymes divers, fondateurs de cités, ancêtres de grandes familles, etc. L’exis-tence et le statut cultuel subalternes de ces acolytes sont attestés très clairement par le calendrier cultuel de Thoricos (vers 370 av. J.-C.), aujourd’hui rendu à la Grèce (MusÉp 13.537) : on y voit paraître à plusieurs reprises, en com-pagnie d’un héros nommé, des héroïnes anonymes qui ont droit à un traitement cultuel inférieur : l. 18-19 : « Pour Thoricos, un mouton sélectionné ; pour les Héroïnes de Thoricos, un plateau » ; l. 28-30 : « Pour Thoricos, un bœuf de 40 à 50 drachmes ; pour les Héroïnes de Thoricos, un plateau » ; l. 48-49 : « Pour Hyperpédios, un mouton ; pour les Héroïnes de Hyperpédios, un plateau » ; l. 50-51 : « pour Pylochos, un porcelet ; pour les Héroïnes de Pylochos, un plateau ». Dans le calendrier de la Tétrapole de Marathon (IG II2 1358) en revanche, chaque héros est flanqué d’une seule parèdre (l. 15-16, 19-20, 21-22, 23-24, 25-26) Ekroth 2002, p. 343-355.

14. o Supra n. 11 p. 79 n 2.

15. L’exemple le plus célèbre est celui d’Euphranôr ; O. Palagia, Euphranor (1980), p. 8-9 et 50-64 (p. 8, liste des

peintres-sculpteurs attestés).

 

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LE THÈME DU BANQUET

 

Comme la plupart des œuvres thasiennes du ve siècle, ce relief a été diversement daté – par les uns selon ce qu’ils voyaient, par les autres selon ce qu’ils croyaient : tantôt de 470-460, tantôt de 450 environ 16. Cette date basse ne peut en effet se justifier que si l’on taxe Thasos d’un retard provincial assez considérable – hypothèse ingénieuse, mais que ce relief ne corrobore guère, car l’on n’y décèle aucun trait moderne qui contrasterait avec le style incontestablement sévère de l’ensemble. L’encadrement seul pourrait passer pour ultérieur, avec son caractère architectural encore très discret, n’était le témoignage de la stèle signée par Alxènôr de Naxos 17. Or l’aspect de sa tranche supérieure rend très peu probable l’existence d’un couronnement rapporté : on y voit essayée une formule très proche de celle du relief thasien, avec des bandeaux latéraux qui n’ont de pilastres que leur très légère moulure supérieure et une mouluration de couronnement où, à l’inverse du présent relief, le talon se trouve sous le bandeau. S’il y a bien eu dès le début du préclassicisme des tentatives pour trouver un autre mode d’encadrement que ceux pratiqués à l’époque archaïque 18, ce critère morphologique ne peut donc être pris en considération pour plaider en faveur d’une date récente. Pour le reste, on ne peut qu’être frappé par une homogénéité stylis-tique absolue, peu compatible avec cette hypothèse, d’autant que les comparaisons qu’on peut établir concernent des œuvres datant de 480-460.

La figure de l’échanson est sans doute la plus significative à cet égard, car c’est sur le thème privi-légié du jeune homme nu que l’on peut observer le plus précisément l’effacement progressif des formules archaïques. Malgré le parti-pris général du profil, qui est d’un graphiste plutôt que d’un sculpteur 19, le torse commence à « tourner » vers le trois-quarts, selon une convention typique des reliefs du style sévère, ce qui l’apparente au stéphanèphore du cap Sounion 20, et plus encore à l’athlète de Nisyros 21, mais l’éloigne d’une création immédiatement préparthénonienne comme le jeune homme au cheval de Cythère 22, dont l’attitude est beaucoup plus naturelle que le mouve-ment composé et comme suspendu de l’échanson thasien.

 

16. Dentzer 1982, p. 254 n. 229. Aux prises de position rassemblées là, on peut ajouter : Hausmann 1960, p. 27 :

commencement du ve s. ; Berger 1970, p. 53 : 460-450 ; Fuchs 1993, p. 478 : 470-460 ; Neumann 1979, p. 40 : milieu du ve s.

17. MNAth 39 : Berger 1970, p. 45, fig. 4 ; Hiller 1975, p. 177-179, pl. 19-1 : 480-470 ; Fuchs 1993, p. 474,

fig. 556 : 490-480.

18. e Dans cette phase de transition qui aboutira à l’adoption, durant le dernier tiers du v s., d’encadrements architec-

turaux cohérents – façade à fronton pour les stèles funéraires, long côté pour les reliefs votifs – la stèle d’Alxènôr apparaît comme une première tentative, encore maladroite, dans la suite de laquelle se place le relief à banquet de Thasos. Les deux documents montrent que ces recherches d’encadrement nouveau avaient leur centre dans les ateliers insulaires de marbriers, que l’éclipse d’Athènes porte au premier plan.

19. On notera cependant la liberté avec laquelle le Peintre de Brygos campe de face, dès 485-480, dans une attitude

très proche de celle de l’échanson thasien, celui qui sert Achille sur le skyphos de Vienne ; CVA Vienne, KhM I, pl. 35-3 ; E. Simon, M. Hirmer, Die griechischen Vasen (1976), fig. 146-147.

20. o MNAth 3344 : Rolley 1994, p. 358, fig. 374, « vers 470 » ; Kaltsas 2001, p. 88-89, n 152 (fig.), « vers 460 » ;

GaB II, p. 54-55 (G. Kaminski), fig. 50, « vers 460 ».

21. MArch Istanbul 1142 : Berger 1970, fig. 37 p. 37, n. 65 ; GaB II, p. 55, fig. 51. La date basse (vers 450) avancée

par Fuchs 1993, p. 480, fig. 563, et Hiller 1975, p. 57-58, pl. 10.2-3, ne se justifie guère. La date plus haute (470-460), proposée par Mendel 1912, p. 73-76, no 11, et reprise jusqu’à Lullies, Hirmer 1979, convient mieux à la mise en page, encore proche de celle des stèles archaïques, et à l’économie des moyens plastiques. L’attitude du bras, légèrement fléchi pour dégager le creux très marqué des reins, est identique, mais le trois-quarts du torse est plus accentué sur la stèle de Nisyros.

22. MNAth 3278 : Mer Égée 1979, p. 225-226 ; Fuchs 1993, p. 602-603, fig. 602 ; Kaltsas 2001, p. 131, no 249 (fig.),

avec datation trop basse.

 

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LA SCULPTURE DE THASOS

 

Par ailleurs, certains détails d’exécution ne sont pas sans rapport avec le style des trônes Ludovisi- Boston, créés vers 470-460 23. La schématisation en larges plis plats, parallèles et raides, du plissé du chitôn au-dessus des chevilles se retrouve, mais un peu plus subtile, au-dessus des doigts de pied de la femme voilée du trône Ludovisi et, plus encore, derrière le talon de la femme affligée, sur le panneau central du trône de Boston. Les rainures qui séparent ces plis plats se rencontrent également sur le bas du chitôn porté par les deux femmes qui flanquent Aphrodite sortant des eaux sur le trône Ludovisi et chez la « Pénélope de Persépolis » 24 ; l’effet du pli vertical latéral qui s’enlève sur la surface presque plane du manteau enserrant les jambes se retrouve en même place chez la déesse affligée du trône de Boston ; chez son vis-à-vis, on observe sur les reins le même amoncellement de plis boudinés que sur l’himation de la femme du banquet thasien ; enfin, il n’est pas jusqu’au thymia-tèrion de la face latérale du trône Ludovisi qui ne rappelle le graphisme acéré du dinos thasien.

La convergence stylistique ainsi établie entre le grand banquet de Thasos, les « trônes Ludovisi et de Boston » et la « Pénélope de Persépolis » se trouvant renforcée par d’autres observations faites antérieurement par G. Bacalakis 25 26 et plus récemment par O. Palagia, il est tentant d’émettre l’hypothèse d’un sculpteur thasien d’envergure, qui, comme son contemporain Polygnote, aurait quitté sa patrie ruinée après 463 pour trouver ailleurs – dans la Grèce coloniale de l’Ouest dépourvue de marbre ? – des commandes à la mesure de son talent, qu’il aurait réalisées 27 dans le marbre qui lui était familier, durant la quinzaine d’années suivante. C’est en effet peu avant 465 qu’a dû être créé ce relief au banquet – date qui marque pour la cité le début d’un temps d’épreuves, où les Thasiens eurent sans doute d’autres soucis que d’honorer leurs héros par des reliefs d’une telle ampleur.

Quel héros en l’occurrence ? Par ses dimensions, par sa qualité, par son isolement même dans notre documentation ce relief appelle cette question et la réponse qui lui a été parfois donnée : Archiloque… Nul n’est allé plus loin dans cette direction que C. Gasparri, qui fait du relief thasien

 

23. o « Trône Ludovisi », MNRome 8570 : Museo Nazionale Romano , Le Sculture I 1 (1979), p. 54-59, n 48 ; excellentes

photographies dans Lullies, Hirmer 1979, fig. 134-137 ; Rolley 1994, p. 314, fig. 327-329. « Trône de Boston », MFA 08.205 : M. B. Comstock, C. C. Vermeule, Sculpture in Stone… of the Museum of Fine Arts (1976), p. 20-25. Sur leur rapport : M. Robertson, A History of Greek Art (1975), p. 203-209 ; Holtzmann, Pasquier 1998, p. 164-165.

24. Sur le petit fragment de chitôn à plissé vertical conservé en dessous du manteau : Ridgway 1970, p. 100-105,

fig. 139, « 460-450 ». T. Hölscher a développé dans « Penelope für Persepolis », (JdI 126 [2011], p. 33-76) l’hypo-thèse d’une origine athénienne de cette statue singulière, dont il a souligné que le rapport à l’espace ressemble fort à celui d’un relief : l’original mutilé de Persépolis aurait eu un pendant sur l’Acropole, d’où procèderaient les trois copies conservées à Rome ; les deux statues auraient été réalisées au moment de la paix de Callias, en 449.

25. G. Bakalakis, « ƈƼưƭƥƮɞ DzƮƴƼƷƢƴƭƲ DzƳɞ Ʒɚ ƑƥƴǁưƩƭƥ », Hellenika 14 (1955-1956), p. 3-22, repris dans ƔȤưƲƵ

ʠƎƶuƥƴƭƮƿƵ I (1990), p. 377-397. Ce fragment errant de décor d’angle en marbre de Thasos (MArch Komotini 936 ; bonne photographie dans R. Newman, J. J. Herrmann, « Further Research on the Boston Three Sided Relief », dans Asmosia III (1995), p. 105, fig. 4), où une palmette diagonale vient couronner deux volutes redressées et affron-tées, est identique à celui du « trône de Boston », dont l’authenticité ne saurait faire de doute, puisque ce décor très raffiné ne se trouve pas sur le trône Ludovisi et qu’on ne voit pas pourquoi un faussaire se serait donné la peine de produire ce motif décoratif complexe, d’exécution très délicate, qui ne figurait pas sur son modèle, où il a pu être rapporté en bronze…

26. O. Palagia, « The Marble of the Penelope from Persepolis and Its Historical Implications », dans S. M. R. Darbandi,

A. Zournatzi (éds), Ancient Greece and Ancient Iran. Cross-Cultural Encounters, 1st International Conference (Athens, 11-13 November 2006) (2008), p. 223-237 : l’exemplaire de Persépolis, exposé à Londres en 2005, semble en effet être en marbre de Thasos, comme le sont, assurément désormais, les deux « trônes » (W. Young, B. Ashmole, « The Boston Relief and the Ludovisi Throne », BostonMusBull 66 [1968], p. 124-166).

27 À moins qu’il ne s’agisse d’un travail d’équipe, exécuté « à quatre mains », ce qui rendrait compte de certaines

différences de style entre les deux « trônes ».

 

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LE THÈME DU BANQUET

 

un écho modernisé du grand relief de Paros 28 et isole ces deux documents de la version attique du thème du banquet qui se répand à la fin du v e siècle. Chacun serait une image de culte : le premier installé dans l’Archilocheion de Paros, dont l’existence est assurée ; le second dans celui de Thasos, qui n’est pas attesté. En fait, seul le bouclier thrace pourrait à la rigueur être interprété comme une allusion aux combats menés par le poète parien contre les Thraces 29. Mais Archiloque ne semble pas, à en juger d’après les fragments conservés de son œuvre, avoir apprécié beaucoup Thasos, dont il s’est retiré sans doute avec un sentiment cuisant d’échec, en sorte qu’on peut douter que les Thasiens lui aient volontiers rendu un culte, d’autant plus qu’il n’était pas mort dans leur île 30. Il faut rappeler d’autre part que l’attribution du relief de Paros à l’Archilocheion archaïque attesté seulement par l’inscription funéraire gravée sur un chapiteau archaïque (MArch Paros 733) 31 reste elle-même conjecturale : trouvé remployé dans l’église dite Catapoliani, à quelques kilomètres du lieu de trou-vaille (Tris ecclisies) du chapiteau, ce relief ne présente aucun détail iconographique permettant de le mettre en rapport avec le poète : l’objet énigmatique figuré dans l’angle supérieur droit ne saurait être une lyre 32 et les armes sont très fréquentes dans la version ancienne du thème. Il est donc préfé-rable, pour le moment, de rendre à l’anonymat les deux reliefs, au reste peut-être moins exception-nels que les lacunes de notre documentation ne nous le font accroire.

Mais si l’on accepte la date proposée plus haut – peu avant 465 –, le relief à banquet de Thasos acquiert un autre intérêt : celui d’offrir un témoignage indirect sur le premier essor de la peinture grecque à Thasos 33. La composition strictement paratactique de la scène étant très différente de l’espacement complexe des figures qui a contribué à la célébrité de Polygnote, c’est plutôt de l’art de son père Aglaophon ou de son frère Aristophon que pourrait éventuellement participer cette œuvre exceptionnelle qui, en se distinguant si nettement des autres reliefs connus à Thasos entre 490 et 465, confirme la richesse de son activité créatrice durant cette période privilégiée.

 

. Relief disparu (pl. XXVI)

Vu par A. Conze en mai 1858, près des ruines de l’église Sainte-Catherine à Potos, dans le sud de l’île.

55 × 65.

Le champ semble entamé en haut à gauche ; les têtes sont effacées.

Conze 1860, p. 34, pl. 10-1 ; Thönges-Stringaris 1965, p. 74 no 37 ; Dentzer 1982, R 330.

 

À en juger par le croquis d’A. Conze, on se trouve ici en présence d’un relief à banquet de type ancien, dont l’encadrement n’est pas architectural. Le thème est limité à l’essentiel : le banqueteur

 

28. Gasparri 1982 (infra n. 219 p. 185), à propos de MArch Paros 758 (supra n. 11 p. 79 no 2). 29. C’est pourtant un bouclier grec (aspis) et non thrace (peltè) que cet anti-héros se vante d’avoir jeté pour échapper aux

Saïens qui l’assaillaient (J. Tarditi [éd.], Fragmenta [1968], frag. 8) – épisode qu’on conçoit mal, au reste, avoir voulu rappeler sur un relief… héroïque ; H. D. Rankin, Archilochus of Paros (1977), p. 42-43.

30. Sur la vie d’Archiloque : Fr. Salviat, « Archiloque hoplite et général – À Thasos avec Glaucos – Retour à Paros »,

dans Colloque Sgourou 2017, p. 65-112.

31. Clay 2004, p. 104, pl. 1.

32. L’ingénieuse hypothèse de Cl. Rolley, BCH 124 (2000), p. 217-219, qui veut y voir les éléments décoratifs

symétriques du cimier d’un casque qui n’aurait été que peint, acquiert plus de vraisemblance si l’on réduit beaucoup la dimension du casque – pourquoi de face ? – restitué fig. 5.

33. 2 Sur Aglaophon et Polygnote, les textes anciens ont été rassemblés par A.-J. Reinach, Recueil Milliet (1985), p. 80-

154, nos 86-134 ; C. Roscino, Polignoto di Taso (2010), p. 83-126. Dans une mise au point prudente, G. Lippold, RE XXI 2 (1952), s.v. « Polygnotos », col. 1638, remarquait que ce sont encore les reliefs de Thasos qui peuvent donner la meilleure idée des origines et du développement de son art.

 

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LA SCULPTURE DE THASOS

 

à demi couché brandissant une coupe ; la femme, qui semble assise sur un siège indépendant, ses pieds reposant sur un tabouret, et qui tend elle aussi le bras droit ; le petit échanson nu, vu de face à côté d’un dinos posé sur un court pied conique. La table rectangulaire ne porte aucun fruit : peut-être étaient-ils seulement peints, comme sur . Pas de serpent ni d’armes dans la partie conservée du champ.

Ce dépouillement, qu’on ne saurait imputer à la négligence de Conze, dont les dessins sont généralement très exacts, apparente ce relief aux plus anciens de la série attique, notamment à celui dit de « la mort de Socrate » (MNAth 1501), généralement daté de la fin du ve siècle 34. En ce cas, ce relief serait un précieux intermédiaire entre  et , distants de plus d’un siècle.

 

. Liménas, forteresse médiévale de l’acropole : grand relief remployé (pl. XXVI)

Encastré dans le mur situé à l’ouest de l’entrée sud de la forteresse médiévale. Découvert par Ch. Avezou le 17 novembre 1913, lors du dégagement de cette zone : Arch C THA 1913-4, p. 9-10, avec croquis coté. 66 × 144 ; 4 ; largeur de la partie non sculptée à gauche : 28.

Marbre à gros grains, dont l’épiderme noirâtre est presque partout arraché. Depuis sa remise au jour, des plaques entières du relief se sont détachées : le buste et le bras droit de la femme, le torse et la cuisse gauche de l’échanson ; la partie médiane de la colonne de droite semble très menacée. Angle supérieur droit brisé, de même que le bandeau d’encadrement sur toute sa longueur en bas. La moulure de couronnement a été entièrement et approximativement arasée, peut-être au moment du remploi pour mettre le lit d’attente au niveau du bloc adjacent à gauche. La tête des trois personnages est brisée, de même que l’avant-bras droit du banqueteur et le rhyton qu’il tenait.

Ch. Picard, CRAI 1914, p. 276-277, n. 2 ; Thönges-Stringaris 1965, p. 76, no 50 ; 1 ƔƨƫƧƿƵ ƷƫƵ ƍƠƶƲƸ

(1974), p. 66, fig. 29 p. 67 ; Mitropoulou 1976, p. 63-64, no 76 ; Dentzer 1982, p. 375-376, 605 R 317 ; pl. 93 fig. 566 ; Guide 2000, p. 112, fig. 67 ; Holtzmann 2007, p. 46, n. 25, fig. 2Ʀ p. 47.

 

Les supports latéraux de l’encadrement de ce très grand relief sont originaux : au lieu des pilastres habituels, ce sont deux colonnes ioniques non cannelées, dont les bases semblent de type attique : deux tores y encadrent une scotie ; les chapiteaux manquent 35. Au-delà de la colonne de gauche, le bloc est grossièrement piqueté comme le sont généralement les surfaces non visibles. L’hypothèse d’un inachèvement du relief, que pourrait suggérer le fait que l’espace laissé brut correspond à celui qu’occuperait l’arrière-train du cheval, doit être récusée : la colonne qui limite le relief indique qu’il n’allait pas au-delà et le plan piqueté, bien qu’il corresponde à la saillie du relief, n’est pas préparé en vue d’un travail en relief. On peut dès lors supposer que cette partie du bloc n’était pas visible et donc non accessible lorsque le relief a été sculpté. Autrement dit, le relief aurait été sculpté a pos-teriori sur un bloc déjà en place dans l’angle d’un bâtiment : les 28 cm piquetés correspondraient alors à l’épaisseur du bloc adjacent perpendiculaire 36. Cette hypothèse ne pourra être vérifiée que lorsqu’il sera possible de mesurer l’épaisseur du bloc au relief, qui devait être à peu près équivalente.

 

34. o o Thönges-Stringaris 1965, p. 78, n 65, Beil. 7.2 ; Kaltsas 2001, p. 136, n 261 (fig.). 35. Les encadrements à supports ioniques sont très rares : seule la stèle de Sinope (Berger 1970, p. 145, fig. 145 ;

vers 450) présente une demi-colonne, sans base ni cannelures mais avec chapiteau ionique. Un relief à banquet d’Amphipolis (MArch Cavala 424 : Dentzer 1982, R 81, pl. 62 fig. 344) a des pilastres ioniques soutenant une architrave à denticules (fin du e iv s.). I. Trianti a publié dans ƊƕƆƎƒƔƗ Luigi Beschi (2011), p. 381-396 : « ƆưƠƧƯƸƹƲ ƆƶƮƯƫƳƭƲǀ e ƥƳƿ ƷƲ ƲƭƮƿƳƩƨƲ ƑƥƮƴƸƧƭƠưưƫ », un relief votif attique (NMAcr 126) de la fin du iv s. représentant Asclèpios dans un cadre formé de deux colonnes ioniques soutenant une bordure de toit à antéfixes, qui pourrait évoquer le petit temple, très vraisemblablement ionique, de l’Asclèpieion du flanc sud de l’Acropole.

36. P. Devambez (notice inédite) a toutefois justement relevé l’absence de tout cadre d’anathyrose sur ce qui serait alors

une face de joint – ce qui pourrait être l’indice d’une taille de ce bloc remontant au début du vi e s. au plus tard.

 

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LE THÈME DU BANQUET

 

Le centre de la composition est occupé par un couple qui se fait face. À droite, un banqueteur à demi allongé sur une clinè, recouverte d’un grand drap dont le bord est visible sous le plateau du guéridon, brandit dans la main droite levée un grand rhyton ; son torse, vu de face, est nu ; ses jambes inégalement fléchies sont enveloppées dans un manteau. La main gauche tenait une phiale très plate qu’on distingue à peine aujourd’hui. La tête était tournée vers la gauche, la nuque dégagée et la barbe courte. À gauche, une femme est assise de profil sur un siège sans dossier. De la main gauche, elle écarte de son buste un pan de son manteau ; la tête, légèrement inclinée, n’est pas couverte, comme l’indique le contour encore visible du chignon, très saillant au-dessus de la nuque. Le bras droit repose sur les cuisses, enveloppées dans un manteau. La jambe gauche est légèrement ramenée en arrière, alors que la droite est portée en avant – disposition en éventail qui anime le bas de la figure. Les pieds reposent sur un long tabouret bas à pattes de lion, disposé de biais de manière à passer devant le pied gauche du guéridon, mais derrière le pied antérieur du siège, ce qui crée un effet de perspective un peu forcé. À droite de ce tabouret, on distingue au sol les deux anneaux que forme un serpent dont la tête, dressée et tournée vers le banqueteur, apparaît devant l’avant-bras droit de celui-ci. Dans le champ est suspendue la panoplie du banqueteur : au-dessus de sa tête, le bas d’un bouclier rond ; entre le serpent et la femme, une cuirasse à deux rangées de lambrequins ; derrière le chignon de la femme, une paire de jambières. Le casque, qui manque, était peut-être figuré dans l’angle supérieur gauche, aujourd’hui brisé. À gauche de ce groupe central, un avant-train de cheval, dont les antérieurs raides et massifs contrastent avec la gracilité du poitrail et surtout de la tête, surmontée d’une aigrette de crin tressé. À droite, au chevet du lit, un petit échanson nu est représenté de face, appuyé sur la jambe droite, tandis que la gauche, légèrement fléchie, s’en écarte. Son bras droit pend le long du corps, la main tenant une oïnochoè ; le bras gauche est forte-ment plié, le coude porté en arrière, la main tenant peut-être contre la poitrine une patère. Derrière la tête de l’échanson, on distingue la moitié gauche d’un cratère à volutes, décoré de godrons sur sa panse. Le support de ce vase, étrangement haut placé, n’apparaît pas.

L’état de ce très grand relief est tel qu’on ne peut plus guère en apprécier que la composition, qui atteste l’enrichissement du thème depuis . On ne saurait manquer d’être frappé par la cohérence réaliste de l’espace : les proportions des trois personnages, du mobilier et des accessoires symboliques ont une compatibilité qui ne se rencontre que sur les meilleurs exemplaires de la série attique, qui sont les plus anciens 37. De même l’importance accordée à la femme, représentée au premier plan dans une attitude complexe parfaitement maîtrisée 38, est aussi un trait ancien, comme l’est enfin la présence des armes suspendues, puisqu’elles apparaissent d’emblée à Paros vers 500 et à Thasos vers 470-465 (), alors qu’elles sont presque toujours absentes en Attique 39. En revanche, les animaux symbolisant l’héroïcité, le serpent et le cheval, indiquent apparemment une date plus récente : si l’on excepte les reliefs héroïques laconiens 40, où il est présent dès l’origine, le serpent semble bien ne s’imposer comme marqueur d’héroïcité qu’après 350 41 ; quant au cheval,

 

37. Thönges-Stringaris 1965, Beil. 7.2, 8.1, 16.1. À noter de plus la pondération identique de l’échanson sur le

premier de ces reliefs, MNAth 1501. C’est pourquoi j’avais, en 1973, proposé dans un mémoire inédit soumis à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, une date plus haute – 410-390 – dont Dentzer 1982, p. 376, s’est fait l’écho.

38. Proche, mais inversée, de celle de Théanô sur la stèle funéraire MNAth 3472, comme l’a justement remarqué

Thönges-Stringaris 1965, p. 29, n. 106 : Kaltsas 2001, p. 158, no 310 (fig.), « vers 400 ».

39. o Thönges-Stringaris 1965, p. 75, n 42 : Trieste, musée, « vers 340 ». 40. Qu’il s’agisse de banquets assis (Andronicos 1956) ou de banquets couchés (Dentzer 1982, R 261-267, pl. 85-86).

41. Dentzer 1982, p. 363, n. 539.

 

85

LA SCULPTURE DE THASOS

 

il n’est que très exceptionnellement représenté en pied 42. À moins de supposer une apparition relati-vement ancienne du serpent sur les reliefs thasiens, ce qu’aucun document connu ne vient confir-mer, c’est donc au plus tôt du milieu du ive siècle que l’on placera avec le plus de vraisemblance ce relief ambitieux, qui ne témoigne d’aucune négligence ou routine. Ses dimensions et son poids d’une part, qui excluent un remploi médiéval hissé depuis la ville basse ; son appartenance probable à un édifice antérieur d’autre part, suggèrent qu’il y a eu dans le sanctuaire d’Apollon Pythien un culte héroïque important, probablement rendu à l’un des archégètes de la colonie parienne, fondée avec l’aval du dieu de Delphes. S’il fallait vraiment accorder à Archiloque un culte à Thasos 43, n’est-ce pas chez le protecteur des expéditions coloniales que ce favori des Muses aurait plus naturel-lement sa place ? Mais son père Tèlésiclès, fondateur de la cité sous l’égide d’Apollon Pythien, dont il alla solliciter l’aval à Delphes 44, et, à ce titre, probable fondateur du sanctuaire lui-même, ne serait-il pas un bien meilleur candidat encore pour ce culte héroïque ?

 

. Inv. 32 : grand relief à banquet autrefois remployé (pl. XXVII)

Relief autrefois encastré dans un mur de la maison Marangopoulos, à Liménas, où le virent G. Mendel, puis Ch. Picard ; Arch THRACE 2, f. 29r, avec croquis (aujourd’hui disparu). Entré au musée de Thasos à une date indéterminée.

79 × 143,5 × 31 ; 1,2.

Marbre à grains fins, très dense, dont l’épiderme usé est encore largement recouvert d’un badigeon rose, avec des traces d’un badigeon bleu antérieur, ce qui estompe beaucoup le relief et accentue son caractère graphique. Épaufrures sur le cadre, en haut et en bas.

Mendel 1902, p. 475-476, no 4, fig. 3 ; Thönges-Stringaris 1965, p. 77, no 56, Beil. 21.1 ; Guide de Thasos1 (1968), p. 122, no o 22, fig. 65 p. 126 ; Mitropoulou 1976, p. 97, n 26 ; Dentzer 1982, p. 375-376, R 321 ; pl. 94, fig. 570 ; Clay 2004, p. 45-46, fig. 8 ; Holtzmann 2014, p. 330, fig. 4.

 

Plaque épaisse, dont le lit de pose et les côtés sont dressés, le lit d’attente et le revers seulement dégrossis. Le cadre n’est que très discrètement architectural : deux pilastres doriques, reposant sur le mince bandeau haut de 3 cm qui forme la ligne de sol, sont approximativement taillés à quelques millimètres des tranches latérales. Ils soutiennent un bandeau de couronnement qui ne semble pas avoir été mouluré ; on y remarque, au-dessus de chaque pilastre, un petit trou de mortaise rond.

Le relief est composé de deux parties : à droite, le personnage essentiel et l’emblème animal établissant sa nature religieuse ; à gauche les gens et les objets qui confirment son statut de héros.

La moitié droite du relief est occupée par un banqueteur barbu, dont les jambes, enveloppées dans un himation, sont démesurées par rapport au torse, nu. Le coude du bras gauche appuyé sur

 

42. Sur les reliefs attiques, seule sa tête apparaît, dans l’encadrement d’une lucarne, ce qui permet de ne pas compro-

mettre tout à fait le réalisme de la scène, tout en limitant les modifications à apporter au schéma iconographique établi. Parmi les rares reliefs non attiques où le cheval apparaît en pied, il faut distinguer ceux qui conjuguent héros banqueteur et héros cavalier. En ce cas, le cavalier à pied accompagne sa monture, comme sur : 1) BrMus 712, de Tarente : Thönges-Stringaris 1965, no 136, Beil. 17.2 ; Dentzer 1982, R 485, fig. 707. 2) MArch Halmyros 13 : Dentzer 1982, R 83, fig. 346 (avant-train de cheval seul). 3) Sur le relief de Cyzique, Louvre MA 2855, vers 300 (?), où figure à droite l’avant-train d’un cheval, le jeune homme qui le tient par la bride est plutôt un jeune héros cavalier qu’un écuyer ; Hamiaux 1998, p. 182-183, n o 203. – Le cavalier peut même être à cheval : Venise, MArch 294 : Thönges-Stringaris 1965, no 152, Beil. 22.1 ; Dentzer 1982, R 462, fig. 683. Sur les reliefs où la monture appartient au banqueteur, un seul présente un cheval complet : Rome, Palazzo del Drago, Thönges-Stringaris 1965, p. 75, n o 47 ; B. Freyer-Schauenburg, Gymnasium 86 (1979), pl. 24 ; Dentzer 1982, R 453, fig. 675.

43. Supra n. 28 p. 83.

44. J. Fontenrose, The Delphic Oracle (1978), p. 286 : Q 55 ; Guide 2000, p. 24.

 

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LE THÈME DU BANQUET

 

un coussin, il tenait peut-être une patère dans la main ; le bras droit levé brandit un rhyton à l’extré-mité figurée. Devant la clinè est disposé un frêle guéridon rectangulaire, sous lequel est lové un serpent, qui s’apprête à goûter aux mets disposés sur la table ; ceux-ci, esquissés à droite, n’ont pas été réalisés au-delà sur la zone convexe préparée à cet effet. À l’extrémité gauche de la clinè, qui est à double chevet (amphiképhalos), ce qui est rare, une femme vêtue d’une tunique et d’un manteau, apparemment coiffée d’un cécryphale, est assise de profil sur le bord du lit, les pieds posés sur un haut tabouret mouluré représenté maladroitement en perspective, de part et d’autre du pied gauche de la table. De la main gauche relevée, elle semble écarter un pan de son manteau 45 plutôt que tenir un objet vertical tourné vers elle. On remarquera que le matelas sur lequel repose le banqueteur ne se prolonge pas jusqu’à elle, ce qui contribue à diminuer sa hauteur. Elle est adossée à un coussin dont la plus grande partie déborde au-dessus du chevet. Tout à gauche, un cratère à volutes et une sorte de situle sont posés sur un meuble bas à deux degrés, derrière lequel se tient un échanson qui semble vêtu d’une tunique courte. La tête tournée vers le banqueteur, il tend dans sa direction une patère. Dans le champ à gauche, un bouclier rond et une cuirasse à deux rangées de lambrequins ; dans l’angle droit, un casque attique minuscule à cimier et paragnatides mobiles.

L’ampleur de ce relief ne peut faire illusion ; elle accentue plutôt la médiocrité de l’exécution : la disproportion des personnages est flagrante ; les attitudes, quoique convenues, sont raides ; les objets et les drapés schématiques. Le modelé est très limité ; ici encore, la peinture devait jouer un grand rôle et masquer en partie les déficiences plastiques.

Ce relief est difficile à dater, car il semble imiter un modèle antérieur, dont la date peut, elle, être à peu près fixée. Le remplacement du dinos par un cratère, la présence d’une situle et l’absence du chien indiquent que nous ne sommes plus dans la toute première phase du thème. Le guéridon rectangulaire, et non pas circulaire, assure cependant qu’on est encore au ive siècle 46. Quant au serpent, sa relative discrétion et la façon dont il reste enroulé sur lui-même, dans une stylisation quasiment héraldique, peuvent indiquer qu’il a été introduit depuis peu pour confirmer la nature héroïque du banqueteur, tandis que s’amorce la mutation funéraire du thème 47. Enfin, l’échanson vêtu annonce les serviteurs miniaturisés de l’époque hellénistique. On pourrait dès lors dater le modèle de ce relief du milieu du ive siècle et sa réalisation de sa seconde moitié.

 

. Inv. 2465 : petit relief à banquet autrefois remployé (pl. XXVII)

Jusqu’en 1964 dans la maison de P. Phridas.

28,5 × 41 × 13 ; 1,5.

Marbre à grains moyens ; épiderme noirâtre très usé, presque entièrement recouvert d’un épais lait de chaux. Angles supérieur et inférieur droits brisés.

 

L’encadrement est limité à deux bandeaux horizontaux, hauts de 3 cm en bas, de 3,5 cm en haut. La scène sculptée peut être approximativement restituée : à droite, un banqueteur accoudé brandit un rhyton dans sa main droite levée ; devant le lit, une table rectangulaire. Contre ou sur le lit est assise une femme, qui doit écarter son voile. Derrière elle, un personnage debout occupe toute la hauteur du champ ; bien que cette stature soit exceptionnelle pour un échanson, son geste paraît

 

45. Dans la mesure où l’on distingue à éclairage très frisant une ligne presque horizontale allant de la main au cou, qui

pourrait être le bord supérieur du manteau ; miroir ou éventail (Clay 2004, p. 45) sont en tout cas exclus.

46. Selon Dentzer 1982, p. 333-334, la généralisation des tables rondes paraît dater de 350-325. 47. e À partir du milieu du iv s. : Dentzer 1982, p. 563-564.

 

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LA SCULPTURE DE THASOS

 

le définir comme tel : tandis que son bras gauche pend le long du corps, qui est appuyé sur la jambe gauche, le bras droit, levé et plié, tient probablement un vase. Tout à gauche, sur un support très haut, un grand récipient.

La simplicité de l’encadrement et de la scène place au ive siècle ce relief modeste, dont la seule particularité encore perceptible est l’importance accordée à l’échanson 48.

 

. Mont Athos, monastère de Vatopédi : relief à banquet incomplet (pl. XXVIII)

Vu par Ch. Avezou, en 1914, dans la bibliothèque de ce monastère, qui avait des propriétés à Thasos. 30 × 48 × 10.

Marbre thasien à épiderme usé ; manquent toute la partie supérieure de la plaque et l’angle inférieur droit. Épaufrures sur le cadre en bas et à gauche.

D. Feissel, M. Sève, BCH 103 (1979), p. 278, fig. 19.

 

Accoudé à deux coussins, un banqueteur dont le torse est vu de face devait brandir un rhyton assez haut dans sa main droite ; ses jambes, enveloppées dans une couverture, sont disproportion-nées par rapport à son torse. À l’extrémité de la clinè, couverte d’un drap, une femme est assise de profil, les pieds sur un tabouret disposé de biais ; sa main gauche semble faire le geste de relever un peu son manteau. À gauche, un échanson en tunique courte est à moitié caché par un dinos posé sur un haut pied recouvert d’une étoffe 49. Devant le banqueteur, un guéridon rectangulaire renforcé par une barre transversale.

Malgré l’absence de serpent, qui est un critère d’ancienneté sur les reliefs à banquet, le motif du dinos sur pied drapé et surtout l’échanson vêtu indiquent une date plus avancée, sans doute au début du iiie siècle. La persistance d’un traitement dépouillé du thème jusqu’à une date relativement basse est d’ailleurs confirmée par .

 

. Relief à banquet, dans le commerce en 1958 (pl. XXVIII)

Vu par G. Mendel en juillet 1899, dans une maison de Liménas ; collection A. Wix von Zsolnay, puis P. von Zsolnay (Vienne, puis Londres ; en 1958 dans le commerce) 50. 47 × 51 × 14.

Marbre banc ; épiderme gris bien conservé. Épaufrures sur la corniche supérieure à gauche et à l’angle droit. Manque l’angle droit inférieur. Les trois visages sont endommagés, surtout celui du banqueteur, qui semble avoir été martelé.

Mendel 1902, p. 476-477, no o 5, fig. 4 ; Thönges-Stringaris 1965, p. 75, n 44.

 

48. Le relief de l’agora d’Athènes S 713 présente un échanson de même taille dans la même attitude : Thönges-

Stringaris 1965, p. 70, no 10, Beil. 18.1, « vers 410 » ; Dentzer 1982, R 124, fig. 388. Même geste du bras levant l’ o oïnochoè chez l’échanson du relief MArch Égine 2316 : Thönges-Stringaris 1965, p. 96, n 186, « vers 370 » ; Dentzer 1982, R 274, fig. 525.

49. Ce détail s’observe sur divers reliefs à banquet : Dentzer 1982, R 61, fig. 317, de Téos ; R 95 et 96, fig. 360 et 361,

de Béotie ; R 146, fig. 412, d’Athènes ; R 334, fig. 577, de Corfou ; R 359, fig. 599 ; R 400, fig. 630 ; R 414, fig. 638, tous trois probablement d’Athènes ; R 432, fig. 654 et R 433, fig. 655, tous deux de provenance inconnue. Hormis le relief de Téos, les autres semblent se rattacher à l’iconographie attique. Infra, n. 66, p. 94.

50. Ces renseignements, ainsi que la photographie du relief, étaient contenus dans une lettre adressée par H. Seyrig

à P. Devambez, le 8 mars 1958 – lettre conservée dans les papiers thasiens de P. Devambez, qui m’ont été confiés par V. Schiltz après la mort de sa veuve.

 

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LE THÈME DU BANQUET

 

L’encadrement architectural du relief est fait de deux pilastres doriques légèrement pyramidants qui soutiennent une architrave couronnée d’une corniche sans indication de toiture.

La scène, réduite à ses personnages essentiels, reproduit un schéma plus ancien en le moderni-sant : le banqueteur n’est plus torse nu, mais porte un chitôn à manches courtes sous l’himation ; les cheveux de la femme sont réunis sur la nuque en un chignon sphérique ; l’échanson, vêtu d’une tunique courte, a perdu sa stature humaine pour se réduire à sa dimension sociale ; à l’arrière-plan à droite est figuré un arbre avec feuillage, dont la présence ne se justifierait que comme support d’un grand serpent, or celui-ci intrigue chétivement sous le guéridon. L’attitude des personnages est traditionnelle ; quant aux accessoires, ils sont restés tels quels : le guéridon est rectangulaire, alors qu’il devrait être rond ; c’est encore dans un cratère à volutes que puise l’échanson, et les pieds de la femme reposent toujours sur un tabouret à pieds moulurés, vu de face, sans doute pour éluder toute perspective.

Les traits les plus récents de ce relief assez soigné – la coiffure de la femme 51 et l’arbre à feuillage 52 – permettent de dater ce banquet à l’ancienne du iie siècle av. J.-C. Le conservatisme étonnant qui s’y fait jour s’explique peut-être par sa fonction votive : alors que le thème du banquet a continué d’évoluer dans sa nouvelle acception funéraire, il reste figé dans son acception première, désormais exceptionnelle.

 

2. Le thème diminué (-)

 

Cette variante rare présente le banqueteur sans parèdre féminine, voire sans échanson, isolé dans une héroïcité presque sans anecdote.

 

. Inv. 29 : relief à banquet dédié par les gynéconomes (?) (pl. XXIX)

Entré au musée en 1921. Trouvé durant la première guerre mondiale au flanc de la colline dominant l’Héracleion : Arch THASOS 1-1920 (lettre de P. Clonaris à Ch. Picard). 57 × 90 × 26,5 ; 6,5.

Marbre à gros grains ; épiderme ocre bien conservé. L’angle supérieur droit du cadre est brisé, la tête du ban-queteur arrachée. À l’exception d’une fissure horizontale sous la clinè, la surface est intacte. BCH o 53 45 (1921), chron ., p. 552-553, fig. 17 ; BCH 47 (1923), p. 348-349, n 6 ; ÉThas III, p. 407-408, no o 154, p1. 45-5 ; Fr. Chamoux, REG 79 (1959), p. 364-365 ; Thönges-Stringaris 1965, p. 70-71, n 11 ;

Dentzer 1982, p. 459-460, R 320, fig. 569 ; Guide 2000, p. 260, no 32, fig. 202 ; P. Schmitt-Pantel, ThesCRA II (2004), p. 248 ; Hamon 2019, no 75.

 

Le cadre architectural du relief est massif et assez sommaire : légèrement en retrait par rapport à la plinthe, haute de 6 cm, deux pilastres larges de 5 cm portent une architrave à deux fasces haute de 6 cm. Les pilastres sont nettement inclinés vers l’intérieur et couronnés de chapiteaux dont la partie inférieure est en très légère saillie sur le fût. Sur la fasce inférieure de l’architrave, à gauche, on a lu jadis le début d’une dédicace :

ƔȟƧƸưƥƭƮƲưƿГƲƭ

 

51. 1 os On la trouve sur des monnaies en bronze thasiennes à partir de 150 ; Guide de Thasos (1968), pl. 5, n 60-63. 52. Sur la représentation de l’arbre, avec ou sans feuillage, supra n. 51 p. 34. 53. Ce document n’a pas été repris, comme il était annoncé en 1921, par G. Daux, dans son article sur les inscriptions

de Thasos (BCH 50 [1926]). Sans doute est-ce pourquoi il ne figure pas non plus dans IG XII Suppl.

 

89

LA SCULPTURE DE THASOS

 

Sur la partie gauche de la plinthe est gravée une seconde inscription, elle bien lisible :

ʠƆƳƲƯƯǁưƭƲƵƉƫuƫƷƴƣƲƸ

ƨƭљƮƲưƲƵ

 

Les côtés extérieurs des pilastres sont dressés sur 8 cm depuis leur arête antérieure. Au-delà, la tranche est piquetée, de même qu’en haut, en bas et au revers.

À l’intérieur de ce cadre, champ piqueté avec scène de banquet à deux personnages. Le banque-teur barbu est représenté dans l’attitude ordinaire, brandissant un rhyton dans sa main droite levée ; il tient une patère dans sa main gauche posée sur les coussins. La clinè et le guéridon rectangulaire portant mets et vaisselle sont très schématiquement rendus. À gauche, un échanson tient à deux mains une oïnochoè au-dessus d’un dinos posé sur un pied conique lui-même reposant sur trois pieds. Dans le champ, une panoplie complète : une paire de jambières, une cuirasse anatomique, un grand casque à paragnatides et protège-nuque, un bouclier rond.

Le relief se distingue par l’absence de la parèdre féminine ; par le détail, sans doute peu signifiant, de la cuirasse anatomique au lieu de la cuirasse à lambrequins qui est d’usage à Thasos ; enfin par l’attitude complexe de l’échanson, visiblement inspirée des figures d’athlètes de Lysippe, telles que l’Apoxyomène 54 e . On le daterait donc volontiers de l’extrême fin du iv siècle, tandis que la graphie de l’inscription rajoutée sur la plinthe serait plus récente de quelques décennies 55.

Malheureusement, les inscriptions ne permettent guère de préciser les circonstances de cette dédicace qui aurait été faite par les gynéconomes, collège de trois censeurs, dont les noms sont généralement indiqués sur leurs dédicaces à Aphrodite. Or ce n’est pas le cas ici, et il est en outre peu probable de restituer le nom de cette divinité 56, surtout en l’absence de toute femme sur le relief. Faudrait-il alors mettre en rapport la fonction des dédicants avec cette absence, comme si la représentation d’une femme dans un banquet était la négation de cet ordre restrictif qu’ils étaient probablement chargés de faire respecter ? Quant à l’inscription figurant sur la plinthe juste en des-sous de l’échanson servant le héros, rien ne prouve qu’elle soit contemporaine de la dédicace : ce peut être un ajout postérieur, destiné à rappeler les mérites d’un desservant 57 sans rapport avec les gynéconomes qui dédièrent le relief 58.

 

54. Rolley 1999, p. 329-331, fig. 341-342. Un échanson campé dans la même attitude se rencontre sur un relief du

musée de Corfou : Dentzer 1982, R 334, fig. 577. La référence aux grandes créations statuaires, pour cette figure de l’échanson nu, est attestée d’autre part par les reliefs attiques où l’échanson est campé dans l’attitude du Satyre verseur de Praxitèle : Dentzer 1982, p. 325-326.

55. J. Pouilloux, dans ÉtThas III, a daté ce document au plus tôt de la fin du iiie s. Quand on sait l’approximation des

dates fondées sur la graphie, il n’est peut-être pas téméraire d’y opposer celle que suggère l’exécution du relief lui-même. Au reste, si le relief e  prouve l’existence au ii s. d’un conservatisme lié au caractère spécifique de ces reliefs dédiés à des héros, on n’observe ici aucun de ces détails « modernes » qui trahissent la date de  : le type classique est repris tel quel, mais avec un encadrement abâtardi, ce qui peut indiquer un rapport chronologique plus étroit avec lui.

56. Fr. Croissant, Fr. Salviat, « Aphrodite gardienne des magistrats », BCH 90 (1966), p. 460-464. 57. Selon J. et L. Robert, BullÉp. 1978, 242, ce serait précisément le nom du serveur de banquet. S’il apparaît en échan-

son dans la chanson de banquet citée par Aristote, Constitution d’Athènes 20, les exemples fournis par J. Pouilloux, ÉtThas III, p. 408, montrent que sa fonction devait en différer souvent, puisqu’il est énuméré en compagnie d’échan-sons.

58. Si vraiment, comme a cru le lire J. Pouilloux, il y a un A après la mention des gynéconomes, on pourrait penser

aussi à ǺƴƺƫƧơƷƫƭ, surnom de héros attesté à Thasos (supra n. 57 p. 20), dont le caractère politique serait bien venu pour une dédicace de magistrats. Sur les héros archégètes, souvent anonymes, Dentzer 1982, p. 455-456.

 

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LE THÈME DU BANQUET

 

. Londres, BrM 731 : petit relief avec banqueteur isolé (pl. XXIX)

21 × 36 ; 0,3 59.

Marbre à grains fins ; l’usure avancée de l’épiderme a fait apparaître de nombreuses stries transversales. C’est suivant l’un de ces fils que la partie supérieure du relief, aujourd’hui perdue, s’est cassée. La tête est réduite à son volume : le visage est complètement effacé.

A. H. Smith, o A Catalogue of Sculpture in the Department of Greek and Roman Antiquities 3 (1904), n 731.

 

Aucun encadrement sur les trois côtés visibles, dont la tranche ne porte aucun scellement. Une moulure de couronnement n’est toutefois pas exclue, à moins que les deux colonnes non cannelées qui flanquent la scène, dressées sur des bases sans moulure, n’aient elles-mêmes porté une sorte de baldaquin. Un serpent est enroulé à la colonne de droite. L’espace compris entre les deux colonnes est occupé par un lit dont les quatre pieds tournés sont représentés, ceux de l’arrière-plan en perspective et en très léger relief. Devant ce lit, un guéridon rectangulaire porte deux objets allongés, qui ne semblent être ni des vases à boire ni de la nourriture… Sur le lit couvert d’un matelas repose dans l’attitude habituelle un banqueteur accoudé à un coussin qui disparaît sous une petite couverture ; son épaule et son bras gauches sont enveloppés dans un pan du manteau qui couvre ses jambes croisées. Le bras droit est étendu, mais légèrement fléchi, la main tenant une patère ; la tête est tournée vers la gauche ; une barbe courte est possible, mais non certaine 60.

N’était la nature du marbre, on pourrait douter que ce petit relief soit thasien, tant il est singu-lier : les colonnes latérales qui tiennent lieu de cadre, et surtout l’absence de tout autre personnage y sont sans parallèle. L’isolement du banqueteur pourrait faire penser à une transposition funéraire précoce du thème 61, mais la forme oblongue du relief n’est pas celle d’une stèle et l’on connaît hors de Thasos quelques documents votifs où le banqueteur est ainsi isolé 62.

Les éléments de datation sont contradictoires : l’absence du drap retombant du lit pourrait indiquer une date antérieure à la fin du ve siècle, que ne contredirait pas l’absence d’encadrement architectural ; mais la présence, si discrète soit-elle, du serpent et les pieds tournés de la clinè repré-sentés en perspective, conduisent à une date plus avancée, que le guéridon rectangulaire invite cependant à placer encore au ive 63 siècle. Seconde moitié de ce siècle ?

 

59. L’épaisseur de la plaque est impossible à mesurer étant donné le montage de la pièce. S. Walker, alors conservatrice

au British Museum, m’avait, en 1983, obligeamment procuré renseignements techniques et illustration ; qu’elle en soit ici à nouveau remerciée.

60. Un relief à banquet du musée de Thessalonique (inv. 1086), trouvé à Néa Potidaia, présente à droite, dans une atti-

tude comparable, un banqueteur qui semble imberbe ; Thönges-Stringaris 1965, p. 87, no 134, Beil. 17.1, « vers 380 » ; Dentzer 1982, R 80, fig. 345 ; CatSalonique I, p. 34-35, no 19, fig. 42 (E. Voutiras).

61. Antérieure sans doute à une vignette de stèle attique comme celle du musée du Pirée ; Thönges-Stringaris 1965,

p. 70, no 1 : vers 320 ; Dentzer 1982, R 217, fig. 472.

62. Par exemple : 1) MArch Sozopol, dédicace des polémarques d’Apollonia du Pont au héros Eumaridès ; IG Bulg I 463

bis, pl. 248 : « ive s. » ; Dentzer 1982, R 76, fig. 340. 2) Brauron (MArch 1062 + 1181) relief représentant en banqueteur Polydeukion, élève héroïsé d’Hérode Atticus, mort trop jeune pour avoir été marié ; Dentzer 1982, fig. R 231, fig. 485.

63. Sur la chronologie de ce meuble, Dentzer 1982, p. 333-334.

 

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LA SCULPTURE DE THASOS

 

3. Le thème augmenté (-)

 

Cette variante est caractérisée par l’adjonction au thème d’un groupe d’adorants – une formule attique qui transpose dans le registre héroïque les compositions votives qui apparaissent à la fin du ve siècle. Elle est bien représentée à Thasos par sept reliefs, dont cinq sont aujourd’hui inaccessibles.

 

. Grand relief à banquet avec adorants, disparu (pl. XXX)

Vu par G. Mendel en 1899, « encastré dans une maison située hors de la ville » ; vu au printemps de 1907 par W. Deonna chez P. Voulgaridis, vice-consul de France à Cavala. Disparu depuis. 56 × 95.

Mendel 1902, p. 474-475, no 3, fig. 2 ; Deonna 1909, col. 26, n. 1 ; Thönges-Stringaris 1965, p. 79, no 72 ; Dentzer 1982, R 319, fig. 568.

 

Relief oblong, inscrit dans un cadre architectural simple et massif, fait d’une architrave sans moulure portée par deux pilastres doriques. La plinthe semble n’avoir été qu’une mince ligne de sol disparaissant sous le mortier, qui déborde sur les pieds des deux premiers adorants. Épaufrures sur l’architrave. Les figures semblent bien conservées, même si les visages sont usés.

Les proportions très allongées du relief permettent une mise en page aérée, où toutes les figures gardent leur autonomie et leur vraisemblance anatomique. Au centre, le héros banquetant dans l’attitude habituelle, le torse nu, une patère dans la main droite. Assise en face de lui sur un siège sans dossier, sa femme tient de la main gauche le bord de son himation, suivant le geste de dévoilement habituel. Au premier plan, un petit guéridon tripode rond, chargé de mets indistincts. À droite, un échanson nu de carrure athlétique, vu de trois-quarts dans une attitude polyclétéenne, tient dans la main droite une oïnochoè ; derrière lui, un vase posé à terre, semble-t-il. À gauche, un groupe de quatre adorants vus de profil, l’un derrière l’autre, de taille décroissante : les deux premiers – deux hommes en himation, avec la jambe gauche fléchie, tiennent dans la main gauche un objet plat posé sur la paume ; derrière eux, une femme en chitôn et himation, la jambe droite fléchie, porte un cécryphale ; un enfant drapé ferme la marche.

Un certain nombre de traits sont anciens : la simplicité du cadre ; la tête du banqueteur tournée vers sa parèdre et les adorants, et non vers le spectateur ; la patère qu’il tient au lieu du rhyton ; la stature et la pondération de l’échanson, sa nudité ; l’absence de serpent ; l’individualisation des adorants. La présence d’un guéridon rond ne permet guère, toutefois, de remonter au-delà du milieu du ive siècle.

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