L'Alfabet européen appliqué aux langues asiatiques OEuvres de C.-F. Volney, tome VIII
Alfabet Arabe
SELON L’ORDRE VULGAIRE.
+–––—+––––-+–––—+––––-+
| LETTRES | VALEUR | LETTRES | VALEUR |
| ARABES. | EN FRANÇAIS.| ARABES. | EN FRANÇAIS.|
+–––—+––––-+–––—+––––-+
| 1 ا | a | 15 ض | |
| | | | |
| 2 ب | b | 16 ط | |
| | | | |
| 3 ت | t | 17 ظ | |
| | | | |
| 4 ث | | 18 ع | |
| | | | |
| 5 ج | dj | 19 غ | |
| | | | |
| 6 ح | | 20 ف | f |
| | | | |
| 7 خ | | 21 ق | |
| | | | |
| 8 د | d | 22 ك | k |
| | | | |
| 9 ذ | | 23 ل | l |
| | | | |
| 10 ر | r | 24 م | m |
| | | | |
| 11 ز | z | 25 ن | n |
| | | | |
| 12 س | s | 26 و | ou |
| | | | |
| 13 ش | ché | 27 ه | h |
| | | | |
| 14 ص | | 28 ى | i |
+–––—+––––-+–––—+––––-+
Page 208. Nº 1er.
Il reste onze lettres qui peignent des prononciations qui nous sont étrangères, et qu’il s’agit de bien définir afin d’y attacher des signes propres et particuliers.
Iº La quatrième lettre ث est la même que le θ (thêta) des Grecs, et le th dur des Anglais dans les mots think (penser), with (avec); et non le th doux comme dans those (_ceux-là_), there (_là_): pour prononcer cette lettre il faut appliquer le bout de la langue contre les dents supérieures; il en résulte un sifflement tenant de l’s mais que l’on ne peut bien exécuter qu’avec les leçons d’un maître. Dans quelques provinces d’Espagne le z se prononce de la même manière: les Français, les Allemands, les Italiens ne connaissent point cette consonne.
Chez les Arabes elle n’est pas universellement usitée. En Barbarie, à Bagdad, à Basra, dans le désert et l’Arabie propre, on la prononce exactement; mais les Syriens et les Égyptiens lui substituent tantôt le t et tantôt l’s; ainsi ils ne disent point θelâθé trois, mais telâté.
IIº La sixième lettre ح est une pure aspiration sèche, un véritable h plus dur que le nôtre. Je ne connais en Europe de comparaison à lui donner que la manière dont les Florentins prononcent le c devant a, o, u: car ils ne disent pas casa, core, cavallo; mais avec une aspiration forte et sèche, hasa, hore, havallo; ils rendent réellement le ح (_hā_) arabe.
IIIº La septième lettre خ dont la figure ne diffère de la précédente qu’en ce qu’elle porte un point, est le jota des Espagnols, ch des Allemands (buch, un livre); c’est encore le χ des Grecs. Pour la prononcer il faut supposer que l’on veut cracher: dans cette position, la luette touche légèrement le voile du palais, et il en résulte une consonne que l’on n’imite bien qu’en l’entendant.
IVº La neuvième ذ lettre est le th doux des Anglais dans les mots those, there, that. Nul autre peuple ne l’usite en Europe: parmi les Arabes même, plusieurs pays ne l’usitent pas; l’Égypte et la Syrie la remplacent par d et par z.
Vº La quatorzième lettre ص est un véritable s, avec cette différence qu’il veut, pour être prononcé, un gonflement de gorge qui lui donne un ton dur et emphatique.
VIº La quinzième ض est un d prononcé avec la même emphase de dureté.
VIIº La seizième ط est un t également dur et emphatique.
VIIIº La dix-septième ظ est un z pareillement dur et emphatique.
IXº La dix-huitième ع est un véritable à prononcé de la gorge, à la florentine: il faut l’avoir entendu pour le bien concevoir.
Xº La dix-neuvième غ est tout simplement l’r grasseyé à la manière des Provençaux ou des Parisiens.
XIº Enfin, la vingt-unième ق a dans sa formation quelqu’analogie avec le jota espagnol ou arabe; car elle se prononce aussi avec la luette et le voile du palais; seulement elle exige un contact complet: il faut l’entendre pour la concevoir; nul peuple d’Europe ne la connaît. Chez les Arabes bédouins, et dans la haute Égypte on la prononce ga, go, gou; à Damas, on la supprime brusquement, ce qui produit un hiatus ou bégaiement fort désagréable à l’oreille: nos Européens la prononcent défectueusement, ca, co, etc.; mais alors même il y a de cette lettre à la suivante ك cette différence, que cette dernière est toujours prononcée comme un k mouillé, c’est-à-dire comme un k suivi d’i, ce qui s’opère en couchant la langue contre le palais: on dit kia, kè, ki, kio, etc.[115]; tandis que dans l’autre, ق, la langue ne touche que par sa racine le voile du palais, et que l’on prononce d’une manière sèche et rude qa, qo, qou, presque comme dans quoique[116].
[115] Cette différence est très-marquée dans les mots qalb,
cœur, et kalb, chien: pour peu que l’on s’écarte de la juste
prononciation, on commet une équivoque risible, comme ce
prédicateur, qui disait: élevez votre chien à Dieu, pour dire
élevez votre cœur.
[116] Nous ne parlons point du lamalef ﻻ, dont quelques-uns font
une vingt-neuvième lettre, mais qui n’est que la réunion de
l’a et de l’l.
A l’égard des dix-sept prononciations semblables aux nôtres, nous observerons que la cinquième lettre djé, se prononce diversement, selon les pays: en Égypte, on dit ga, gué, gui, etc.; en Barbarie, en Syrie et dans l’Arabie propre, l’on dit dja, djé, dji, etc.
De même le ك kef, se prononce chez les Bédouins comme le cz des Russes et des Polonais, c’est-à-dire presque comme notre tché, quoique plus doux: ainsi les Bédouins ne disent pas, comme les Égyptiens et les Syriens, kelb, un chien, mais tchelb ou tsielb.
Il nous reste à remarquer que sur ces vingt-huit lettres, quatre sont de véritables voyelles, savoir: a, i, ou et a guttural, ou ăïn; mais de plus, les Arabes emploient dans leur écriture d’autres signes qui, pour n’être pas compris dans l’alfabet, n’en sont pas moins des caractères alfabétiques, de véritables lettres voyelles, ainsi que nous allons le démontrer.
Et tels sont d’abord les trois signes appelés motions ou points-voyelles figurés َ , ِ , ُ ; ces signes, il est vrai, n’existent jamais seuls, et ils ne se montrent que comme des parasites, toujours attachés à d’autres lettres consonnes ou voyelles dont ils déterminent et modifient la prononciation, comme dans cet exemple بَ ba, بِ bi, bo بُ; mais si d’un côté ils n’existent que par d’autres lettres, il est certain d’une part que ces lettres, surtout les consonnes, ne peuvent se proférer sans eux, au point que l’absence des points-voyelles cause des équivoques qui ne se résolvent qu’en les retraçant. Rendons ceci plus sensible par la répétition de l’exemple déjà cité dans le discours préliminaire; nous y avons vu que les trois lettres k, t, b, forment un mot arabe écrit ainsi کتب: composé, comme il l’est, de trois consonnes, l’on ne peut le prononcer, il veut des voyelles; or, selon les signes-voyelles qu’on lui ajoutera, il prendra des sens différens ainsi qu’on le voit dans les mots suivans:
کَتَب kͣtͣb, il a écrit;
کُتِب kͦtͤb, il a été écrit;
کُتُب kͦtͦb, des livres;
کَتّب kͣttͣb, il a fait écrire:
tous sens divers, déterminés seulement par les voyelles supplétives et sur-ajoutées, d’où il résulte plusieurs considérations remarquables.
Le première est que l’écriture arabe, telle qu’elle se pratique, c’est-à-dire, sans les points-voyelles, ne présente réellement que la moitié des mots; que leur squelette, auquel il faut ajouter les ligamens et les muscles; et cette addition de ce qui manque, en fait une divination perpétuelle qui constitue sa difficulté.
La seconde est que lorsque cette écriture est armée de tous ses signes et points accessoires, on peut dire qu’elle est écrite sur deux et même sur trois lignes, l’une composée des caractères majeurs et alfabétiques, et les deux autres composées des signes mineurs ou additionnels.
Or, comme cette distinction d’élémens qui sont réellement de même nature, est non-seulement inutile, mais encore défectueuse, ainsi qu’on le voit; il est bien plus simple de les faire tous rentrer dans une même ligne, et de rendre l’écriture une et complète[117].
[117] Il résulte encore de là que cette écriture est purement
syllabique, et si l’on en recherche la raison, on la trouvera
sans doute dans la définition que nous avons donnée de la
consonne. Il paraît que les premiers grammairiens ayant
remarqué comme nous, que la consonne emportait nécessairement
avec elle sa voyelle, ils n’en firent qu’un tout, et qu’ils se
contentèrent de peindre un seul signe représentatif des deux
élémens.
La troisième est que les trois points-voyelles ont précisément le même son que les trois grandes voyelles de l’alfabet A, Ï, ou, avec cette différence qu’ils ont brève la valeur que les grandes voyelles ont longue; ce qui est constaté 1º par l’oreille; car pour quiconque a écouté parler les Arabes et analysé leur système de prononciation, il est démontré que le premier point-voyelle appelé fatha َ a le son d’a bref; le second appelé kesré ِ a le son d’i bref, et le plus souvent d’é; et que le troisième appelé domma ُ a le son d’o et d’ou brefs; 2º par la figure même de ces trois points-voyelles; car il est évident à l’œil attentif que le domma ُ n’est que le diminutif de و, le fatha َ celui d’alef ا, et même le kesré ِ celui de l’ïé souvent rendu par ces traits non ponctués ﯩ د ی.
Il résulte de là que la langue arabe nous présente déjà au moins sept voyelles très-caractérisées, savoir, quatre lettres alfabétiques ou majeures:
ا â }
}
ی ï } longs,
}
و ou }
ع a guttural;
et trois supplémentaires ou mineures:
َ a bref,
ِ i bref,
ُ o bref.
Et il est remarquable que cette distinction de longues et de brèves est très-sentie dans la prosodie et dans la cadence des vers arabes; ce qui établit un rapport sensible avec les voyelles longues et les voyelles brèves des Latins et des Grecs, qui, comme l’on sait, reçurent leurs alfabets de l’Asie, et qui ont conservé aux lettres un ordre et une dénomination très-rapprochés de l’arabe[118].
[118] L’alfabet grec est évidemment modelé sur le syriaque à
vingt-deux lettres, dont les Arabes ont pris, comme l’on sait,
jusqu’à la figure, et auquel ils ont ajouté quelques lettres
très-faciles à reconnaître, puisqu’il n’ont fait qu’ajouter des
points à celles qui existaient. Il est d’ailleurs remarquable
que les Grecs ont aussi précisément sept voyelles, et qu’ils
semblent avoir fait une opération analogue à celle que
j’exécute aujourd’hui, en faisant rentrer tout ce qui était
sous-entendu ou tracé dehors.
Mais ce n’est pas tout: ces mêmes points-voyelles appliqués aux voyelles majeures de l’alfabet, les modifient encore de manière qu’il en résulte de nouvelles voyelles, distinctes des unes et des autres, et formées à la manière de nos diphthongues: c’est ce que va rendre sensible le tableau suivant.
EXEMPLE.
1 اَ vaut â.
2 اِ é.
3 اُ o.
4 یَ ai ou ê.
5 یِ î.
6 یُ incompatible.
7 وَ aû ou ô.
8 وِ incompatible.
9 وُ oû.
10 عَ ả guttural.
11 عِ è guttural.
12 عُ o ou eû guttural.
Ce tableau analysé nous fournit cinq nouvelles voyelles, savoir:
Le nº 2 اِ â combiné avec i, que les Arabes
prononcent exactement é.
4 ىَ a bref avec i, faisant ai ou ê,
comme dans le français.
7 وَ a bref devant ou faisant ô long,
précisément comme au français.
11 عِ ảïn avec i bref faisant è guttural
ouvert et aigu.
12 عُ ảïn avec ou bref faisant o ou eu
guttural.
Enfin, il faudrait aussi compter pour voyelle distincte le nº 3, اُ â avec ou bref faisant o moyen; mais comme le domma lui-même se prononce o, il devient inutile de multiplier les êtres.
Maintenant si nous comptons les voyelles arabes au total, nous en trouverons effectivement douze, comme on peut le voir au tableau ci-après. (_Voyez le tableau, nº. 2._)
A quoi il faut joindre les trois nunnations ou nasalemens, on ٌ , an ً , en ٍ ; terminaisons fréquentes des mots dans l’arabe littéral; ce qui présente, comme l’on voit, un canon alfabétique bien plus étendu qu’on n’a voulu le croire jusqu’à ce jour.
Or si, comme il est vrai, la perfection d’un alfabet consiste à offrir la liste complète de toutes les prononciations d’une langue, et à peindre chaque voyelle ou consonne d’un signe propre et distinct, simple et indivisible comme elle, il est évident que l’alfabet actuel des Arabes n’est pas moins défectueux que la plupart de nos alfabets d’Europe; qu’il se ressent comme eux de l’inexpérience des siècles où il fut composé[119], et que c’est rendre un vrai service à la science et à la communication des peuples que de le ramener à un état de précision et de simplicité qui débarrasse la langue de ses difficultés accessoires: c’est ce que j’ai exécuté dans le tableau ci-joint, dont je vais donner l’analyse. Tous les signes de l’écriture arabe s’y trouvent rassemblés; tous y reçoivent un équivalent en caractères européens déjà existans ou de convention; ils y sont tellement combinés qu’ils forment un système d’écriture homogène et régulier avec lequel l’arabe, le persan, le turk, et toutes les langues peuvent s’écrire comme on les parle. Dans la description des lettres, je n’ai point suivi la routine accoutumée qui mêle indistinctement les voyelles, les consonnes, les aspirations: je procède par un ordre méthodique fondé sur la nature des prononciations; et, les considérant relativement aux organes dont elles émanent, je les classe par familles d’espèces semblables, ainsi que le tableau va l’expliquer clairement.
[119] La bonne composition d’un alfabet est un ouvrage plus
abstrait, plus difficile qu’on ne le pense communément; ce
n’est, pour ainsi dire qu’en ces derniers temps que l’on en a
bien conçu le mécanisme: ceux de toutes les langues d’Europe
sont à refaire, particulièrement ceux des langues anglaise et
française, dont l’incohérence et la barbarie sont dignes des
siècles qui les ont vu naître.
Voyez le tableau général ci-contre (nº 2), et suivez attentivement le renvoi de chaque numéro à chaque lettre: l’intelligence de tout cet ouvrage dépend entièrement de celle de ce tableau.
ALFABET ARABE,
TRANSPOSÉ EN CARACTÈRES EUROPÉENS,
A L’USAGE DES VOYAGEURS ET NÉGOCIANS EN ASIE ET EN AFRIQUE.
+–+–––––––––––––––––––––—+
| |NOMBRE. |
| | |LETTRES ARABES. |
| | | |LETTRES EUROPÉENNES. |
| | | | |VALEUR DES LETTRES. |
| | | | | |EXEMPLES. |
| | | | | | |_OBSERVATIONS._ |
| | | | | | | |
+–+–-+––––—+––+––—+–––+––––––-+
| | | { 1 ا اَ | 1 â |â |_comme |Les six figures nº |
| | | { | |ouvert | dans_ |1er se prononcent |
| |I | { 2 آ اُ | 2 a’ |ou |bleuâtre |toutes â long, |
| | | { | |long | |et doivent se |
| | | { 3 ىَ | 3 ä | | |peindre par cette |
| | | | | | |lettre; mais, pour |
| |II |đɑrɑb ضَرَب(َ ) |ɑ |a bref |parasol |conserver leur |
| | |il a frappé | | | |distinction, il |
| | | | | | |convient de leur |
| |III |eđreb اِضْرِب(ِ )اِ| é |e moyen |espérance|attacher des signes|
| | |frappe | | | |propres, comme ä |
| | | | | | |pour ىَ; |
| |IV |ommͦ اُمُّ (ُ ) اُ| o |o moyen |obole | |
| | |mère | |ou | | EXEMPLE |
| V | | | |bref | | rɑmä رَمىَ |
| O | | | | | | il a jeté. |
| Y |V |bɑit بَیٺ یَ|ɑi |ai |maître | |
| E | |maison | |ou ê | | |
| L | | | | | | |
| L | | | | | |Cette figure nº |
| E |VI | یِ| î |î long |île (en |VII, la même que |
| S | | |ou ï| | mer) |dans le nº III, ne |
| | | | | | |doit se rendre par |
| |VII | (ِ )|i |i bref |fini |i que dans les |
| | | | | | |terminaisons |
| |VIII|sωq سوُق وُ | ω |oû |voûte |grammaticales. |
| | |marché | |français| | |
| | | | | | | EXEMPLE |
| |IX |ʆῶt صوَت وَ| ῶ |ô |môle | b’esmͥ allâhͥ, |
| | |la voix | |profond | | au nom de Dieu, |
| | | | | | | بِسْمِ ٱللَّهِ |
| |X |ảdl عَدْل عَ| ả |à du | | |
| | |_justice_ | |fond de | |A la fin des mots ة|
| | | | |la gorge| |prend souvent deux |
| | | | | | |points, et se pron-|
| |XI |ĕlm عِلمْ ع | ĕ |è | |once at et et. |
| | |science | |de même | |Il devra s’accen- |
| | | | | | |tuer àt, afin de |
| |XII |ỏrđ عُرضْ عُ| ỏ |ò et | |le distinguer de ا ت
| | |_honneur_ | |eù | |qui s’écrira tou- |
| | | | |de même | |jours avec le |
| | | | | | |romain ât. |
+–+–-+––––—+ | | | |
| A | | | | | | |
| S |I |hω هُو ه| h |h |honte | |
| P | |lui | |français| | |
| I | | | | | | |
| R | | | | | | |
| A |II |ɦorriàt حُرّيَة| ɦ |h | | |
| T | |_liberté_ خ| |très-dur| | |
| I | | | | | | |
| O | | | | | | |
| N | | | | |DÉNOMINA-| |
| S.| | | | | TION | |
+–+–-+––––—+ | |–––| |
| |I } { م| m | |ma |Les Arabes n’ont |
| | }Labiales { | | | |point le v, qu’il|
| |II } { ب| b | |bé |faut appeler va, |
| | | | | |et qui est la |
| |III }Labio- { ف| f | |fi |mineure de fi, |
| | }dentale { | | | |comme m du bé, |
| | | | | |et bé du pé. |
| |IV }Dentales { د| d | |da | |
| | }douces { | | | | |
| |V } { ض| đ | đ dur |đo | |
| | | | | | |
| |VI }Dentales { ت| t | |ta | |
| | }dures { | | | | |
| |VII } { ط| ȶ | ȶ dur |ȶo | |
| | | | | | |
| |VIII }Zedantes { ذ| ȥ | th |ȥal | |
| | } { | |anglais | | |
| | } { | |doux | | |
| | } { | |(those) | | |
| | }douces { | | | | |
| |IX } { ث| θ | th |θêta grec| |
| | | |anglais | | |
| | | |dur | | |
| C | | |(think) | | |
| O | | | | | |
| N |X }Zedantes { ز| z | z |zed | |
| S | }dures { | | | | |
| O |XI } { ظ| ʓ | ʓ dur |ʓo | |
| N | | | | | |
| N |XII }Sifflan- { س| s | s |sa | |
| E | }tes { | | | | |
| S |XIII } { ص| ʆ | ʆ dur |ʆo | |
| | | | | | |
| |XIV }Chucho- { ج|đj | |đja | |
| | }tantes { | | | | |
| |XV } { ش| ῳ | ch |ch | |
| | | |français| | |
| | | |sh | | |
| | | |anglais | | |
| | | | | | |
| |XVI } { ر| r | r |ra | |
| | } { | | | | |
| |XVII }Linguales { ل| l | l |lé | |
| | } { | | | | |
| |XVIII} { ن| n | |no | |
| | | | | | |
| |XIX } { غ| γ | r |γamma | |
| | } { |_gam- |grasseyé| | |
| | } { | ma_ | | | |
| | } { | grec | | | |
| | } { | | | | |
| |XX }Glottales { خ| χ | |χota | |
| | } { |jota| | | |
| | } { |espa- | | | |
| | } { | gnol | | | |
| | } { | | | | |
| |XXI } { ق| q | |qâf | |
| | |ou | | | |
| | | ga | | | |
| | | | | | |
| |XXII }Palatiale { ك| k | k |ké | |
+–+–-+ | | | | |
|Total 36|(ٌ on), (ً an), | | | | |
| |(ٍ en). | | | | |
+––—+––––—+––+––—+–––+––––––-+
Page 219 Nº 2.
ANALYSE DU TABLEAU.
a long.
Le nº 1er offre sous plusieurs formes un même â ouvert ou long[120], tel que nous le prononçons dans âtre (du foyer), noirâtre.
[120] En Syrie, surtout à Alep, on prononce volontiers cet A en
Ê; et dans quelques endroits, tels que le canton de Sidnaïa, on
le prononce ô; mais ce sont des prononciations vicieuses.
Je n’ai donné à l’a qui leur correspond ces trois modifications, a, a’, ä, que pour indiquer les formes diverses de l’alef arabe. La plus remarquable, ä, sera toujours affectée à l’ىَ.
EXEMPLE.
رَمىَ rɑmä, il a jeté. مَلىَ mɑlä, il a rempli.
En général, cet a représentant l’alef dans toutes ses modifications, doit être et sera toujours peint dans mon système par l’a romain, tandis que le fatha َ ou a bref, nº II, sera toujours peint par l’ɑ italique; ce qui conservera même dans l’alfabet transposé la distinction de l’a radical avec l’_ɑ motion_.
Il est à remarquer qu’à la fin des mots féminins le ه se prononce aussi a, et qu’avec deux points ۃ il se prononce at, ce qui arrive surtout quand le mot suivant commence par une voyelle.
EXEMPLE.
marràt ωâħedàt, une fois seule: cet a sera peint par àt italique accentué en à pour le distinguer des terminaisons d’une autre espèce.
e.
Le nº III est notre e moyen, comme dans espérer: il est formé de deux manières en arabe, tantôt par اِ, tantôt par kesré seul ِ : le son est exactement le même en arabe qu’en français; mais pour en distinguer la source, je peindrai toujours اِ par e romain, et le kesré par e italique. D’ailleurs il faut remarquer une fois pour toutes que jamais le kesré ِ n’a lieu que dans le corps des mots, et que quand ils commencent par E, c’est toujours اِ.
EXEMPLE.
ektob, écris, اِکْٺُبْ
ermi, jette, اِرْمىِ
o.
Le nº IV a également le son d’o sous deux formes: la première اُ a lieu surtout au commencement des mots.
EXEMPLE.
omm, mère, اُمّْ
omam, nations, اُمام
onʓor, regardes, اُنْظُرْ
La seconde ُ n’a jamais lieu au commencement, mais seulement après d’autres lettres. Par exemple, ʓor dans onʓor; قُبرُس qobros, l’île de Cypre.
Ces figures sont quelquefois prononcées eu, e, et ou bref, selon les divers peuples. Par exemple, les Alépins disent eumm, mère; les Turks même les prononcent u; mais il suffit de savoir que o représente اُ et ُ , pour lui donner ensuite la valeur usitée dans le pays.
ɑi ou ê.
Le nº V est absolument notre aî français dans maître, le même que ê ouvert dans être, fenêtre. J’avoue que c’est un défaut de représenter ce son par les deux lettres ɑi; mais il en résulte un avantage précieux, en ce que très-souvent un nombre singulier en ɑi ne fait que retourner au pluriel la diphthongue, et se prononce en ia.
EXEMPLE.
dɑir, maison; diâr, les maisons: bɑir, puits; biâr, les puits. Dans tous les cas, l’i radical se remontre d’une manière ou d’une autre.
EXEMPLE.
bɑit, maison; biωt, plusieurs maisons; ῳɑix, vieillard; ῳîωx, les vieillards: et cet avantage ne se trouverait pas dans la lettre é.
i long.
Le nº VI est notre î bien appuyé, bien senti: il sera toujours peint ï ou î.
i bref.
Le nº VII est une seconde fois le kesré ِ , avec cette différence que, prononcé é dans le corps des mots de l’arabe vulgaire, il se prononce i dans l’arabe littéral ou savant, surtout dans les terminaisons grammaticales; en conséquence, je distinguerai toujours cet état par l’i italique, qui évitera toute confusion avec l’i romain affecté pour l’i radical.
ω.
Le nº VIII est notre son voyelle ou. Ce son étant simple, indivisible, c’est un défaut de le peindre par deux lettres; je leur substitue donc le double w des Anglais, sous une forme commode à écrire ω.
ῶ ô ouvert.
Le nº IX est notre son voyelle ô ouvert, le même que au dans pauvre: il est à remarquer que l’arabe le forme de la même manière que nous par la réunion d’a et d’ou. Je l’ai représenté par ῶ surmonté d’un petit a, parce que cette diphthongue se renverse comme la précédente.
EXEMPLE.
ʆɑωȶ, la voix; aʆωaȶ, les voix: zɑωđj, le mari; zωađjàȶ, les maris.
ả a guttural.
Le nº X représente l’à guttural pur et simple.
ĕ è guttural.
Le nº XI est l’è guttural, qui a lieu surtout à la fin des mots.
EXEMPLE.
qâȶĕ, tranchant.
ỏ ò guttural.
Enfin le nº XII est un son guttural, prononcé tantôt comme ò, et tantôt comme eù.
EXEMPLE.
qỏod, assieds-toi; el borqỏ (eu), voile du visage.
Ces différences dépendent de l’usage du pays; il suffit de savoir que l’ảïn affecté d’un domma ُ , est représenté par ỏ.
A ces voyelles, il faut ajouter les trois finales nasales on, en, an, qui n’introduisent aucun son nouveau, et que par cette raison nous exprimons avec des figures déjà employées; il n’en résulte pas de confusion pour on et en, en ce que nulle autre terminaison ne leur ressemble, mais an, ayant deux analogues, veut des signes distinctifs. Nous avons donc approprié la figure an italique, à ً pur et simple.
EXEMPLE.
đɑrb_ɑn_, coup, ضَرْبً.
et celle de a’n à اً đɑrbâ’n, ضَرْباً.
et celle de an simple à ان, eθnan, اِثْنان
Des Aspirations.
h doux.
Le nº I est notre h dans les mots honte, Hollande; les Arabes en font une consonne qu’ils emploient ouverte ou fermée également.
EXEMPLE.
hɑωâ, l’air.
behi, beau.
bɑhhɑh, gaîté, amusement.
nɑhr, ruisseau.
onhor, les ruisseaux.
Il ne faut pas prononcer béï, nâr, onor; mais bé-hi, na-hr, on-hor, en faisant bien sentir l’h, sans quoi il naîtrait mille équivoques; par exemple, nar, veut dire feu; nehar, jour; béï, en moi.
ħ dur.
Le nº II est l’ħ dur, prononcé d’une manière forte: les voyageurs européens l’expriment souvent par deux hh; mais comme ils ajoutent aussi un h à plusieurs consonnes telles que đ, ch, etc., il en résulte une répétition d’h dans un même mot, qui en détruit la simplicité. La figure que nous adoptons évite ce défaut; elle est facile à peindre, et facile à distinguer du petit h par son ligament supérieur, qui dans l’écriture devra toujours être bouclé ainsi ħ, tandis que l’h mineur sera toujours un trait sec.
L’ħ dur est une des lettres arabes les plus difficiles à prononcer, surtout lorsqu’il est dans l’état de consonne fermée.
EXEMPLE.
dɑħrɑđj, degré; aħmɑr, rouge.
mɑħkɑmàt, tribunal.
Quelquefois il n’a pas même de voyelle devant lui, comme dans mɑlħ, sel.
Alors il faut supposer qu’il y a un è, et prononcer brièvement mɑlèħ.
Mais un maître seulement peut bien diriger ces prononciations.
Le reste des consonnes a moins de difficultés; il n’en existe point sur m, ni sur b. Les Arabes n’ont pas le p, qui est la troisième labiale, ils le trouvent trop dur et le remplacent par b; mais les Turks et les Persans l’ont et le peignent par پ.
Les Arabes manquent aussi du vé, quoique la plupart des drogmans européens veuillent prononcer ainsi le ω; mais c’est une prononciation vicieuse qu’ils imitent des Turks dont ils sont les élèves.
Le fé, qui est la consonne majeure de vé, est chez les Arabes le même que chez nous.
Il en est ainsi de toutes les lettres suivantes, lorsqu’elles n’ont pas de forme ou de signe particulier; il nous suffira d’expliquer celles qui ont de nouveaux signes.
Le nº V exprime le đ dur: nous l’avons distingué du d doux, en lui attachant au sommet de la tige un ligament qui tient de l’o; ce qui convient d’autant mieux, que ce đ, dans sa prononciation, semble imprimer le son d’o à toutes les voyelles qui l’approchent.
La même observation a lieu pour les trois autres consonnes ȶ dur, nº VII; ʓ dur, nº XI; ʆ dur, nº XIII; aussi leur attachons-nous le même signe, et dans leur dénomination les distinguons-nous par la voyelle o qui les suit et qui retrace leur caractère[121].
[121] La planche gravée indique la manière de tracer ces signes
distinctifs, d’une manière courante dans l’écriture. (Voyez
pl. Ire.)
+––––––––––––––––––––-+
| Note de transcription. |
| |
| Cette planche ne se trouve pas dans le livre. |
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Le nº VIII représente le ȥɑl. Les Égyptiens et les Syriens lui substituent tantôt d, tantôt z, comme nous l’avons dit: il suffira de savoir que partout il sera peint par notre ȥ barré, comme l’on voit dans le tableau, sauf à le prononcer selon l’usage des lieux.
Le nº IX est le θêta grec que nous adoptons sans altération comme une lettre simple et commode, sauf encore à la prononcer t ou s, à la manière des Syriens et des Égyptiens; car ils prononcent etnân pour eθnân, deux.
Le nº XII est notre s, qui jamais ne doit prendre dans l’arabe le son de z que nous lui donnons dans rose, close.
Le nº XIV, ɗj, a l’inconvénient de porter deux lettres à-la-fois, mais les Arabes les font sentir très-distinctement; et l’on ne peut employer ici le g italien, parce que devant a, o, ω, il faudrait ajouter un i; que si l’on prononçait ga, go, à la manière des Égyptiens, il faudrait ajouter u devant é et i, pour faire gué, gui, ce qui romprait la simplicité que l’on doit se proposer. Nous avons remédié à cet inconvénient par la forme liée de la lettre đj qu’il faut prononcer dgé.
Le nº XV est une lettre nouvelle pour peindre notre consonne ch. Chez tous les peuples d’Europe cette consonne a le double défaut d’être peinte par des lettres multiples et diverses. Les Anglais la peignent par sh; les Allemands par sch; les Polonais par sz; les Italiens par sci; nous par ch; et cela par la raison que les Grecs et les Romains n’ayant point cette consonne, les Barbares du Nord qui leur ont succédé n’ont pas eu l’art d’ajouter une lettre à leur alfabet. Il eût été à désirer que l’on pût adopter le ش arabe, mais dans notre écriture à la main il se confondrait avec l’m. Nous avons donc préféré d’imaginer un signe nouveau, et celui que nous adoptons a le double mérite de conserver des rapports avec la lettre arabe, et même avec le ja qui est sa consonne mineure, puisque le ῳ est composé du jambage j dans son milieu, avec seulement deux ailes latérales: pour le bien former dans l’écriture, voyez la planche nº Ier.
Nous n’avons pas la même peine pour l’r grasséyé, nº XXI, parce que le γ des Grecs l’exprime exactement; car les Grecs ne prononcent pas gamma, mais ramma, en grasséyant l’r.
Pour le nº XX, nous adoptons le χ grec qui ne doit pas se prononcer iks; mais comme le jota espagnol et le ch allemand: lorsque la prononciation ks se trouvera en arabe, nous la peindrons par ks, qui est un signe composé et divisible comme elle.
EXEMPLE.
Mɑksωr brisé, venant de kɑsɑr briser, où l’on voit k, s, divisés.
Nous n’ajouterons rien à ce que nous avons dit sur q, sinon qu’il ne prendra jamais d’u à sa suite, et qu’il s’écrira qa, qé, qi, etc.
Nous n’avons rien à ajouter non plus à ce que nous avons dit de k.
Tel est notre système d’écriture dont l’usage démontrera une foule d’avantages précieux de facilité et de simplicité; il a entre autres le mérite de rendre nuls cinq signes usités dans l’arabe, dont les règles sont on ne peut plus embarrassantes. Le premier est le đjam ْ ou signe du repos d’une consonne, c’est-à-dire qui désigne qu’elle est fermée ou sans voyelle après elle.
EXEMPLE.
ضَربْ đɑrb, un coup; et non pas ضَرَب đɑrɑb, il a frappé.
Ce signe devient nul par la nature même de notre écriture européenne.
Le second est le tɑῳdîd ّ qui désigne que la lettre est redoublée.
EXEMPLE.
đɑrrɑb, il a fait frapper, ضَرَّب;
kɑttɑb, il a fait écrire, کَتَّب.
Ce signe devient également nul, puisque toute lettre prononcée est écrite.
Le troisième est le hamza ٔ qui avertit qu’il y a un a absent, ou changé en une autre lettre.
EXEMPLE.
سؤ sωٔ pour sωa mal.
مأ mâٔ pour maa l’eau.
شَٸ ῳaiٔ pour ῳɑïa chose.
إن en, si.
أن an, que.
Ce signe est encore nul, soit parce que nous écrivons les lettres absentes, soit parce que nous appliquerons à sa place une virgule qui indiquera une élision.
Le quatrième est le madda ٓ ou extenseur de l’alef final, qui se place devant le hamza, et ce signe est entièrement inutile.
Enfin le cinquième est le ωesla ٱ , aussi exclusivement attaché à l’alef initial, pour indiquer qu’il disparaît par la lettre qui termine le mot antécédent.
EXEMPLE.
ٱلسَّمأَ عُمْقُ, ỏmqͦ al sɑmâⁱ;
prononcez: ỏmq os’ sɑma-i, la profondeur du ciel.
Nous remarquerons plusieurs règles dans cette phrase; 1º l’effet du ωesla qui indique de prononcer o’l au lieu de al; 2º l’effet du hamza sur sɑmâ; 3º l’effet du taῳdid qui indique de redoubler l’s et de dire ossama, au lieu de ol sama; mais toutes ces règles si embarrassantes dans l’arabe, disparaissent dans notre méthode. Nous laisserons donc à part tous ces signes minutieux et embarrassans; et supprimant ainsi, à l’avantage des novices, plus d’un quart de la grammaire d’Erpenius, nous allons produire la langue arabe dans toute sa simplicité et sa pureté.
CHAPITRE II.
§ Ier.
Du Nom.
En arabe comme en français, le discours est composé de trois parties principales, 1º le nom (de l’agent), 2º celui de l’action ou le verbe, et 3º les particules qui lient l’agent à l’action, c’est-à-dire le nom au verbe.
Dans le nom, l’on distingue, 1º l’article; 2º le cas; 3º le genre; 4º le nombre.
Rien n’est plus simple que la déclinaison du nom dans l’arabe vulgaire; il est le même à tous les cas qui ne se distinguent que par les particules, ou par le sens de la phrase.
EXEMPLE.
Nom. al sɑmɑk le poisson.
Gén. al sɑmɑk du poisson.
Dat. l’al sɑmɑk au poisson.
Acc. al sɑmɑk le poisson.
Voc. ïâ sɑmɑk ô poisson.
Abl. men al sɑmɑk, du ou par le poisson.
On voit par cet exemple, 1º que l’article al est indéclinable, et qu’il répond à tous nos articles le, la, de, du, même aux pluriels les, des, tant au féminin qu’au masculin.
2º Que le nom ne change pas de forme, et qu’il reste le même dans tous les cas; il en résulte l’inconvénient de ne pas distinguer facilement le génitif du nominatif ou de l’accusatif: mais il est convenu en arabe que quand deux noms se suivent et que le premier manque de l’article al, il gouverne le second au génitif.
EXEMPLE.
râs al sɑmɑk, la tête du poisson.
sari al mɑrkɑb, le mât du vaisseau.
Lorsque c’est un nom propre, l’article al est lui-même supprimé.
bɑit zɑid, la maison de Zaid.
mɑndîl fâtmɑt, ou fâtmé, le mouchoir de Fâtmé.
Voilà pour l’arabe vulgaire, à quoi il faut ajouter que par corruption l’on prononce el au lieu d’al dans l’Égypte et dans la Syrie, où le changement d’â en é a lieu dans une infinité de cas.
Remarquons de plus que l’l dans al se perd devant treize consonnes de l’alfabet, appelées solaires, qui sont[122]:
d, đ, t, ȶ, θ, z, ȥ, ʓ, s, ʆ, ῳ, r, n, et qu’à sa place on double ces lettres pour l’agrément de la prononciation; ainsi l’on prononce es’sɑmɑk, et non el sɑmɑk; en’nɑbi, le prophète, et non el nɑbi; eʓʓolm, la tyrannie, et non el ʓolm: mais c’est à l’usage d’enseigner cela, et non à l’écriture de le tracer, et les signes imaginés par les grammairiens pour diriger cette manière d’écrire, sont aussi ridicules que si chez nous l’on écrivait ces mots, ils ont écrit à Rome, de cette manière: il zon t’écri t’à Rome.
[122] Appelez-les selon le canon alfabétique, da, đo, ta, ȶo,
θêta, ȥal, etc.
Quant à l’arabe littéral, connu sous le nom de naħωi, l’équivoque des cas n’y a pas lieu, parce qu’ils y sont distingués par des finales ajoutées au corps du mot, comme en grec os, ωn, et en latin us, a, um.
EXEMPLE.
Nom. al nɑhr-o le ruisseau.
Gén. al nɑhr-i du ruisseau.
Dat. l’al nɑhr-i au ruisseau.
Acc. al nɑhr-ɑ le ruisseau.
Voc. ïa nɑhr-ɑ ô ruisseau.
Abl. men al nɑhr-i du ou par le ruisseau.
L’on voit par cet exemple que l’o appartient au nominatif; l’i aux génitif, datif, ablatif; et l’a aux accusatif et vocatif; et cela tant au singulier qu’au pluriel, et tant au féminin qu’au masculin.
Si le nom est un nom propre, ou qu’il soit privé de l’article al, il ne prend plus pour finales o, i, a, mais les nasales on, en, an, le vocatif seul excepté.
EXEMPLE.
Nom. Moħɑmmɑd-on Mahomet.
Gén. Moħɑmmɑd-en de Mahomet.
Dat. l’Moħɑmmɑd-en à Mahomet.
Acc. Moħɑmmɑd-an Mahomet.
Voc. ïa Moħɑmmɑd-o[123] ô Mahomet.
Abl. men Moħɑmmɑd-en par Mahomet.
Nom. nɑhâr-on jour.
Gén. nɑhâr-en de jour.
Dat. l’nɑhâr-en à jour.
Acc. nɑhâr-en jour.
Voc. ïâ nɑhâr-a ô jour.
Abl. men nɑhâr-en par jour.
[123] Dans les noms propres, le vocatif prend o, comme le
nominatif des substantifs.
Si le nom propre se terminait par lui-même en an, il ne faudrait plus lui appliquer les nasales, mais bien les lettres o, i, a.
EXEMPLE.
Nom. ỏθmân-o Otman.
Gén. ỏθmân-i d’Otman.
Dat. l’ỏθmân-i à Otman.
Acc. ỏθmân-a Otman.
Voc. ïa ỏθmân-o ô Otman.
Abl. men ỏθmân-i par Otman.
On voit par les exemples ci-dessus que l’on appartient au nominatif; en aux génitif, datif, ablatif, et an à l’accusatif, tant au singulier qu’au pluriel, et au féminin comme au masculin.
§ II.
Du Genre.
En arabe comme en français, il n’y a que deux genres, le masculin et le féminin; il n’y a pas de neutre.
La terminaison a et àt prononcée en arabe vulgaire é et ét, est le signe constant du féminin singulier, tant substantif qu’adjectif: au pluriel cet a bref devient ât long.
EXEMPLE.
tinât, des figues.
Il faut en excepter les deux mots χɑlifàt, un kalife; ảlɑmàt, un savant, qui sont masculins, malgré leur finale féminine.
D’autre part, les terminaisons ωn, în, ân, sont les signes des pluriels masculins; mais elles se bornent presque exclusivement aux participes actifs et passifs, et suivent, quant aux cas, la règle d’on, en, an.
EXEMPLE.
Nom. sing. al ʓâlem l’opprimant.
Nom. plur. al ʓâlem-ωn les opprimans.
Gén. al ʓâlem-în des opprimans.
Dat. l’al ʓâlem-în aux opprimans.
Acc. al ʓâlem-ân les opprimans.
Voc. ïa ʓâlem-an ô opprimans.
Abl. men al ʓâlem-în des opprimans.
PASSIF SINGULIER.
al ou el mɑʓlωm l’opprimé.
PLURIEL.
Nom. el mɑʓlωm-ωn les opprimés.
Gén. el mɑʓlωm-în des opprimés.
Dat. l’el mɑʓlωm-în aux opprimés.
Acc. el mɑʓlωm-ân les opprimés.
Voc. ïa mɑʓlωm-an ô opprimés.
Abl. men el mɑʓlωm-în des ou par les oppr.
Avec les finales àt et ât on fera
SINGULIER FÉMININ.
Nom. el ʓâlem-àtͦ l’opprimante.
Gén. el ʓâlem-àtͥ de l’opprimante.
Acc. el ʓâlem-àtͣ l’opprimante, etc.
PLURIEL.
Nom. el ʓâlem-âtͦ les opprimantes.
Gén. el ʓâlem-âtͥ des opprimantes.
Acc. el ʓâlem-âtͣ les opprimantes, etc.
PASSIF SINGULIER.
Nom. el mɑʓlωm-_àtͦ_ l’opprimée.
Gén. el mɑʓlωm-_àtͥ_ de l’opprimée.
Acc. el mɑʓlωm-_àtͣ_ l’opprimée, etc.
PLURIEL.
Nom. el mɑʓlωm-ât les opprimées.
Gén. el mɑʓlωm-ât des opprimées.
Acc. el mɑʓlωm-ât les opprimées, etc.
Voilà les seuls signes auxquels on reconnaisse les masculins et les féminins; mais il s’en faut beaucoup que ces signes soient généraux: au contraire, la presque totalité des noms substantifs en est privée, et l’on n’en peut distinguer le genre par la forme qui, comme en français, est indistinctement commune aux uns et aux autres: l’usage seul peut les faire connaître, et c’est là une des difficultés de la langue arabe; difficulté d’autant plus grande, que le substantif étant équivoque, l’adjectif qu’il gouverne ne peut l’être, et doit se montrer masculin ou féminin.
En général, les noms de femmes, de pays, de villes, d’élémens sont féminins.
EXEMPLE.
mariam Marie. meʆr l’Égypte.
el ârđ la terre. ῳâm la Syrie.
el sɑmâ le ciel. qobros Cypre.
el mâ’ l’eau. ħɑlɑb Alep, ville.
el nâr le feu. boγdâd Bagdad.
el hɑωâ l’air. bɑʆrâ Basra.
el rîħ le vent. ʆωr Tyr.
el ῳɑms le soleil. tedmωr Palmyre.
el qɑmɑr[124] la lune. etc.
[124] Plus souvent masculin que féminin.
Sont aussi féminins les membres pairs:
el ïɑd la main.
el ảïn l’œil.
el aȥn l’oreille, etc.
Et quelques mots en ä; tels que ȥekrä, souvenir; oωlä, première; ȶωlä, plus longue;
Et d’autres en â; kobriâ, l’orgueil; maῳiωχâ, sénat; ħɑmrâ (chose), rouge.
Souvent il est permis de rendre féminin un nom masculin, surtout quand il est susceptible d’être de l’un ou de l’autre sexe.
EXEMPLE.
đjɑdd aïeul, đjɑdd-àt aïeule.
ảmm oncle, ảmm-àt tante.
Cela se pratique généralement pour les adjectifs.
EXEMPLE.
kɑbîr grand, kɑbîr-àt grande.
ʆɑγîr petit, ʆaγîr-àt petite.
nɑđîf net, nɑđîf-àt nette.
ảȥîm très-grand, ảʓîm-àt très-grande, etc.
Si l’on prononce comme le vulgaire, kɑbîr-é, ʆɑγîr-é, nɑđif-é, on voit que cette forme ressemble à celle du français, où l’e final rend féminins les adjectifs masculins, grand-e, fort-e, petit-e, etc.
Que si les adjectifs commencent par un a, cet a passe à la fin du mot pour le genre féminin.
EXEMPLE.
aʆfɑr jaune, masc. ʆɑfrâ, fém.
ahdɑb à longs cils, hɑdɑbâ.
aħmɑr rouge, ħɑmrâ.
abiɑđ blanc, bɑiđâ.
Cette règle a spécialement lieu pour les comparatifs qui tous se forment par l’a initial, avec la seule différence que l’ä porte deux points.
EXEMPLE.
aȶωɑl plus long, ȶωlä plus longue.
akbɑr plus grand, kobrâ plus grande.
Quelquefois la terminaison at s’ajoute à un nom masculin, et alors il exprime spécialement l’unité.
EXEMPLE.
tebn, de la paille, tebnɑt, une seule paille.
ȥɑhɑb, de l’or, ȥɑhɑb-ɑt, un peu d’or.
đɑrb, coup, đɑrb-ɑt, une tape, etc.
Une bizarrerie de la langue est que quelquefois un nom singulier en at prend au pluriel une terminaison en apparence masculine, sans cesser d’être féminin.
EXEMPLE.
mɑdinàt, une ville; modon, des villes; amràt, une femme;
nesωân, des femmes, etc.
Enfin une dernière bizarrerie est que quoique en général l’adjectif suive le genre du substantif, cependant la plupart des objets inanimés, ou même non raisonnables, gouvernent également dans le pluriel les adjectifs au féminin singulier.
EXEMPLE.
el ảʆâfîr el ȶâïéràt, (mot à mot) les oiseaux la volante,
(pour) les oiseaux volans;
el ħɑđjar el ʆɑlîđàt, les pierres la dure, (pour) _les pierres
dures_.
Sur quoi nous remarquerons en passant, que l’article el se répète toujours devant l’adjectif, sans quoi il emporterait l’équivoque de gouverner le génitif.
§ III.
Du Nombre.
Les Arabes distinguent comme les Grecs trois espèces de nombres, le singulier, le pluriel et le duel, ou nombre deux.
Le duel n’est point usité dans l’arabe vulgaire; il a seulement lieu dans l’arabe savant ou littéral, où il est employé tant dans les noms que dans les verbes.
Sa forme dans les noms est simple; elle consiste à ajouter au nom singulier la finale ân pour le nominatif, et ain pour les génitif et accusatif, tant au masculin qu’au féminin.
EXEMPLE.
rɑđjol, un homme, rɑđjol-an, deux hommes.
Gén., acc., dat. rɑđjol-ain, de deux hommes.
mɑdinɑt, une ville, mɑdinɑt-an, deux villes.
Gén, acc., dat. mɑdinɑt-ain, de deux villes.
A l’égard des singulier et pluriel, masculin et féminin, nous avons vu dans le paragraphe des genres comment ils se composent pour les participes et les adjectifs; et comment les finales ωn, în, ân, ɑt, at forment les pluriels masculins et les féminins singuliers et pluriels. Ce sont-là en quelque sorte les seuls noms qui conservent de la régularité: quant aux noms substantifs, la presque totalité, tant masculins que féminins, ne suit aucune règle constante ni uniforme pour passer du singulier au pluriel; au contraire ils se replient de manières si diverses et si singulières, que c’est-là une des plus grandes difficultés pour les novices dans la langue.
Les grammairiens ont pris la peine d’en former vingt-deux classes; mais cette multiplicité, loin d’éclaircir le sujet, ne fait que l’embrouiller, et il vaut mieux s’en tenir à la pratique, et apprendre à mesure du besoin le pluriel de chaque mot.
Nous allons cependant donner quelques exemples qui serviront à prouver cette vérité, et à donner une idée de cette difficulté.
EXEMPLE.
SINGULIER PLURIEL.
iɑħiàt la barbe, ioħiân.
kobrâ plus petite, kobar.
ảmωd une colonne, ỏmωd et ảωâmid.
qɑđib un bâton, qođob.
aħmɑr rouge, ħomr.
qerbàt une outre, qerâb.
romɑħ une lance, remâħ.
rɑđjol un homme, ređjâl, et arđjâl.
kảb talon, kảâb.
đjɑbɑl montagne, đjebâl.
rɑqɑbàt le cou, reqâb.
đers grosse dent, đorωs.
ῳâhed témoin, ῳohωd.
kâmel parfait, kɑmɑlɑt.
γâȥen attaquant, γoȥâàt.
dobb un ours, debâb et debâbàt.
zῶđj mari, zeωađjàt.
âχ frère, eχωàt.
ωɑđjh face, aωđjoh.
ïɑd main, aïden.
mɑȶɑr pluie, amȶâr.
rɑγîf pain, arγefàt et roγfân.
ῳɑmâl nord, ῳamâïel.
âđjωz vieille, ađjâïez.
tâđj couronne, tiđjân.
sɑqf voûte, soqfân.
ῳɑrif noble, ῳorɑfâ.
bɑχil avare, boχɑlâ.
ħɑbib aimé, aħebbâ.
γɑni riche, aγniâ.
đjɑriħ blessé, đjɑrħa.
qɑȶîl tué, qɑȶla.
ʆɑħrâ désert, ʆɑħara.
ảȥrâ la vierge, ảȥâra.
nɑfs l’ame, nofos et anfωs.
bɑħr la mer, bohor, ebħâr, abħor.
akbɑr plus grand, akâber.
mâ l’eau, miâh, amωâ.
fomm la bouche, afωâàt.
emràt femme nesâ, nesωân, nesωat.
ensan homme, anâs, et enes.
C’en est assez pour faire sentir que l’usage seul peut apprendre la variété de ces formes; et cependant il arrive que quand on a saisi le génie de la langue on devine souvent par analogie quel pluriel doit résulter d’un singulier donné.
§ IV.
Du Comparatif et du Superlatif.
Le comparatif se forme tout simplement, en appliquant a devant l’adjectif.
EXEMPLE.
ħɑsɑn bon, aħsɑn meilleur.
ʆɑγir petit, aʆγɑr plus petit.
ħɑbib cher, aħɑbb plus cher.
Et le que qui suit s’exprime par men.
EXEMPLE.
Plus généreux que,
akrâm men.
Plus grand que le sultan,
aảʓɑm men el solȶan.
CHAPITRE III.
_Des Pronoms personnels et possessifs, des
Conjonctions et des Particules._
Les pronoms personnels, quand ils régissent et gouvernent la phrase, s’expriment comme il suit:
Genre.
Je ou moi anâ commun.
tu ou toi { ent masculin.
{ enti féminin.
Il ou lui hω masc.
Elle hi fém.
Nous naħn comm.
Vous { entom masc.
{ entonn fém.
Eux hom masc.
Elles honn fém.
Dans l’arabe littéral on dit: antɑ, anti, hωɑ, hi, naɦno, antom, antonnɑ, hom, honnɑ.
On se sert aussi du duel dans l’arabe littéral pour les deux termes suivans:
Vous deux, commun; antomâ.
Eux deux, commun; homâ.
Mais ils sont peu usités dans le vulgaire.
Que s’ils sont gouvernés et régis par un verbe, ils s’accolent à la fin du verbe régissant dans la forme ci-après.
EXEMPLE.
nɑʆɑr-ni il a aidé moi.
nɑʆɑr-ak il a aidé { toi masc.
ek –- { toi fém.
nɑʆɑr-ho il a aidé { lui
ha –- { elle
nɑʆɑr-na { nous comm.
nɑʆɑr-kom { vous masc.
konn il a aidé { vous fém.
nɑʆɑr-hom { eux masc.
honn { elles fém.
AUTRE EXEMPLE.
rïɑmä-k il a jeté toi masc.
ïɑrmi-k il te jette masc.
ïɑrmi-ki fém.
γɑȥâ-k il a attaqué toi masc.
γɑȥâ-ki toi fém.
ïɑγȥω-k il attaque toi masc.
ïɑγȥω-ki toi fém.
Par où l’on voit que le k désigne proprement le tu et le toi, et qu’il reçoit l’influence de la voyelle qui le précède.
Dans le littéral on ajoute sans cesse ɑ final à nɑʆɑr, et à quelques-uns de ces pronoms: l’on dit, nɑʆarɑ-kɑ, nɑʆarɑ-ki, nɑʆarɑ-konnɑ, nɑʆɑrɑ-honna.
Dans plusieurs cas l’on sépare le pronom du verbe; mais alors on interpose la particule eïâ.
EXEMPLE.
đɑrɑb-eïâ-ï il a frappé { moi
đɑrɑb{eïâ-k –- { toi masc.
{eïâ-ki –- { toi fém.
{eïâ-ho, etc. –- { lui
Les mots confirmatifs, même, moi-même, toi-même, etc., s’expriment par mon ame, ton ame, etc.
Je m’aime moi-même, aħebb nɑfs-i.
j’aime mon ame.
Vous vous aimez vous-mêmes; taħebbω anfos-kom.
vous aimez vos ames.
Aimez votre prochain comme vous-mêmes;
ħebbω qɑrib-kom, kɑ-anfos-kom.
comme vos ames.
Les pronoms possessifs mon, mien, mes, ton, tien, tant masculin que féminin, et tant singulier que pluriel, s’expriment comme il suit:
{ ï { mien
{ ɑk { tien masc.
{ ek { tien fém.
{ ho { son masc.
ketâb { hɑ livre { son fém.
{ na { notre comm.
{ kom { votre masc.
{ konn { votre fém.
{ hom { leur masc.
{ honn { leur fém.
AU FÉMININ.
{ i mon aïeule
đjɑddàt { ak ton aïeule masc.
{ ek –- fém.
{ ho, etc. son aïeule
Dans l’arabe littéral on dit toujours ka, ki, kom, konna, hom, honna, avec les finales grammaticales du mot qui précède.
ketâbͦ—kɑ.
Gén. ketâbͥ—kɑ.
Acc. ketâbͣ—kɑ.
Pour le duel dans le littéral on suit la même marche, et l’on accole également le pronom à la suite du nom.
EXEMPLE.
{ ï { mien
{ kɑ { tien masc.
{ ki { tien fém.
ketâbâ { ho deux livres { sien masc.
{ hɑ { sien fém.
{ na { notre
{ komâ { votre commun.
{ homâ { leur commun.
Des Pronoms démonstratifs.
Celui-ci, ȥâ ou hɑȥa; au Kaire, dé.
Celle-ci { ȥeh, ȥi, ȥehi;
{ ou tâ, teh, ti, tehi, et hɑȥéhé.
Ceux-ci }
et Celles-ci } oωlâ, et hɑωlâ.
Pour exprimer l’éloigné on ajoute à la fin de ces mêmes mots la seule lettre k, et l’on dit:
Celui-là, ȥâk, hɑȥâk, et ȥɑlek,
Celle-là, tàk, et telk.
Ceux-là }
Celles-là } oωlâk, oωlaïek, oωlâlek, etc.
En littéral ces deux-ci:
ȥâni et ȥɑini masc. ou hɑȥâni.
tâni et tɑini fém. hɑtâni et hɑtɑini.
En littéral ces deux-là { ȥâneka, ȥɑineka. masc.
{ tâneka, tɑineka. fém.
Des Pronoms relatifs.
Qui, que, lequel, laquelle.
Ces pronoms s’expriment par les mots,
ellɑzi ou ellɑdi, pour le masculin singulier
ellɑzin ou ellɑdin, pour le masculin pluriel,
et par { ellɑti, au féminin singulier,
{ ellâti, au féminin pluriel,
avec cette singularité, que lorsqu’il faut leur joindre des particules telles que, avec, par, en, dans, pour, etc., on prend cette tournure, qui, ou lequel avec lui, au lieu de dire avec qui; de manière que le pronom reste indéclinable.
SINGULIER.
Nom. qui, lequel, ellɑȥi.
Gén. de qui, duquel, dont, ellɑȥi men-ho.
Dat. à qui, auquel, ellɑȥi l’ho (_lequel à lui_).
Acc que, lequel, ellɑȥi.
Ab. duquel, de qui, ellɑȥi men-ho (_lequel de lui_).
dans qui, ellɑȥi fi-h.
PLURIEL.
Lesquels, qui, ellɑȥin.
Auxquels, pour qui, ellɑȥin l’hom (_lesquels à eux_).
Avec lesquels, ellɑȥin mả hom.
Dans lesquels, ellɑȥin fi hom.
SINGULIER FÉMININ.
Nom. laquelle, ellɑti.
Dat. à qui, pour laquelle, ellɑti l’hɑ.
Abl. de laquelle, ellɑti men hɑ.
PLURIEL.
Lesquelles, ellâti.
Auxquelles, ellâti, l’ha (_lesquelles à elles_).
Dans lesquelles, ellâti, fi ha.
Que si ces pronoms relatifs se rapportent à d’autres personnes qu’à la troisième, citée en exemple, on répète le pronom de cette personne.
EXEMPLE.
Vous que j’ai vu, ent ellɑȥi rɑit-ɑk
Nous en qui votre confiance, nɑħn ellɑȥin amân-kom b’-nɑ.
Ainsi des autres personnes.
Quand ces pronoms qui et lequel sont interrogatifs, on les exprime par aï au masculin, tant singulier que pluriel, et par aïɑt au féminin singulier, et aïât au pluriel.
EXEMPLE.
De quel droit, b’aï ħɑqq?
Par quels sentiers marches-tu? b’aïàt dorωb ent sâlek?
Que et qui pris au sens neutre s’expriment par ma.
Ce que j’ai dit, ma qolt.
Et l’on ajoute élégamment le pronom ho à la fin: mâ qolt-ho.
Ce qui arrive par fois, mâ ïoʆđɑf.
S’ils sont interrogatifs, on se sert de la phrase quelle chose, au lieu de que; et l’on dit: ɑiῳ par abréviation de aï-ῳɑi; qu’est-il arrivé? ɑiῳ ʆɑđɑf?
En arabe savant l’on dit plus élégamment: a? ma ʆɑđaf?
Des Particules conjonctives.
Les particules conjonctives, c’est-à-dire qui servent à lier le sens des mots dans la phrase, sont de deux sortes; les unes sont essentiellement attachées au mot; les autres peuvent s’en séparer. Nous allons d’abord traiter des premières; elles consistent dans les huit lettres suivantes:
A, b, t, s, f, k, l, ω: dont chacune a un sens complet.
A est le signe de l’interrogation; il ouvre la phrase comme pour avertir de la question:
â sɑfɑr zɑid? Zaid est-il parti?
â ent? est-ce toi? â fi-h? est-ce dedans?
B. b qui se prononce bé, a plusieurs sens: 1º il signifie dans; b’el bɑit, dans la maison, où l’on voit l’élision de son e devant une voyelle: nous n’écrirons jamais cet e, même devant les consonnes, et il sera toujours remplacé par une virgule: b’nɑfs-i, dans mon ame; b’-nâ, en nous.
2º Il signifie par et avec: par Dieu, b’ellah. Par le tombeau de mon père, b’torbet âb’i. Ils sont venus avec l’enfant, âtω ou đjâω b’el fɑtä (au lieu de dire ils l’ont amené.) J’ai écrit par ou avec la plume, kɑtabt b’el qɑlɑm.
Il prend aussi le sens de pour et de à cause; b’doχωl-ɑk, pour ton entrée.
3º Par une tournure singulière d’affirmation et presque de serment on dit: moi fidèle croyant, ana b’mωmen. Dieu puissant, allah b’qɑđir.
4º Enfin b’ prend le sens de sur et de outre; mɑrr b’i, il m’a passé, il a passé sur moi, outre moi.
T. t prononcé té, est un jurement qui n’a lieu que dans la forme suivante:
allah, b’ellah, t’illah, par Dieu; comme si l’on voulait décliner tout l’alfabet en attestant le nom de Dieu.
s, prononcé sa, est le signe spécial du futur: il s’ajoute en première lettre aux personnes du verbe; il attaquera, s’ïoγȥω; je partirai, s’asâfer; tu m’aideras, sɑtɑnʆor-ni.
f, prononcé fa, signifie or, et commence ou soutient très-élégamment une phrase ou une période; or il mourut, fɑ-mât; ils mangèrent tout, fɑ akɑlω el koll.
k, prononcé ka, signifie de même, ainsi que, comme; comme un torrent, kɑ sîl; ainsi que la foudre, kɑ el ʆaảqàt.
l, prononcé lé, a plusieurs sens; 1º il signifie le datif à, pour, à cause; dis au juge, qoll l’el qâđi; je l’ai châtié pour ou à cause de son mensonge, addɑbt-ho l’keȥb-ho.
Avec les pronoms tu, toi, vous, etc., on le prononce en vulgaire comme il suit:
A toi, masc. l’ɑk; à vous, l’kom.
A toi, fém. l’ek; –- l’konn.
A moi, l’ï; à nous, l’na.
A lui, l’ho; à eux, l’hom.
A elle, l’ha; –- l’honn.
En arabe littéral on dit l’kɑ, l’ki, l’kom, l’konnɑ, l’hom, l’honna.
2º Il est formule de serment; l’ellah, par Dieu, ou pour Dieu.
3º Il sert à appeler: ïâ l’moʆtɑfa, ô Mustapha!
4º Il assure fortement une chose; enn allah l’qɑđir, Dieu est puissant; enn el ensân l’meskin ωa rɑȥîl, l’homme est faible et misérable.
5º Enfin, joint au prétérit il le change en optatif; pour qu’il vienne! l’đjà (_qu’il fût venu_).
ω, prononcé ωɑ, prend une foule d’acceptions dans le discours arabe, quoiqu’il ne signifie littéralement que et; on l’emploie signifiant par, dans le serment suivant que les Arabes ont sans cesse à la bouche: ωallah, par Dieu.
Des Particules disjonctives.
Nous renfermons sous ce titre les adverbes, les prépositions, les conjonctions, les interjections, toutes particules formées de mots invariables.
Adverbes de lieu.
Où, en quel lieu, par interrogation, ain? et fi ain?—Dans le cours de la phrase ħɑiθ, et fi, avec le pronom convenable à l’objet; le puits où il tomba, el bir ħɑiθ ωɑqả, (où) ellaȥi ωɑqả fi-h: d’où, men ħɑiθ, men ain.
Vers où, jusqu’où, elä ain, elä ħɑiθ.
Où que ce soit, ħɑiθmâ, ain mâ, aïï.
Ici, honâ, héné, hâhonâ.
D’ici, men honâ, ou men héné.
Là, honâk, honâlek; de là, men honâk.
Vers ici, vers là, elä honà, elä honâk.
Adverbes de temps.
Quand, lorsque: mɑtâ, lɑmma.
Déjà, avec un sens affirmatif: qɑd: il est déjà venu: qɑd đja.
Jamais, qɑȶ, fɑqɑȶ, fɑqɑd, l’qɑd.
Ensuite, pour lors, θomm, et θommɑt.
Alors, ħîn, ïῶm, ħinɑiȥen, ïῶmiȥen.
Puisque, sitôt que, dès que, eȥ, eȥâ, eȥma, aïan.
Après que, bảd-en, bảd-men, bảd-ma, lɑmma.
Après, bảd, sωf, sω, sɑi, sɑf, men bảd.
Après cela, bảd hɑȥa.
Avant, qɑbl; avant que, qɑbl ma, qɑbl-en, men qɑbl; _avant
cela_, qɑbl hɑȥa.
Jusqu’à ce que, elä en, ħɑttä en, ħɑttä eȥa;
Les adverbes pour appeler, sont:
â et aïâ, pour un objet voisin.
hɑïa, pour un objet éloigné.
ïa, et aïoha, pour un objet masculin.
ïa aïàt-ha, pour un objet féminin.
Voici (pour le masculin), eȥ, eȥa, ha, hωȥa, hɑhωȥa, hɑnɑza.
Voici (pour le féminin), hɑnɑȥeh.
Quoi, Eh? interrogant, â, hɑl.
N’est-ce pas? a’ma, a-la, a’fɑ-la, a’lɑm, afɑlɑm, aω lɑm,
aω-la.
Oui, certes, nảm, en, bɑlä ađjɑl, đjîr, amîn.
Non, la, kolla (_tout non_), lɑm, ma, et lɑis.
Mais lɑis se conjugue en verbe; lɑis, il n’est pas, lɑist, tu n’es pas, lɑistom, vous n’êtes pas.
Nullement, lɑn, lɑn-ma.
Comment, kɑif, anni; kɑif ma, comment que, _de quelque façon
que_.
Pourquoi, l’ma, l’ɑiῳ, l’ɑi-ῳɑi; pour quelle chose seulement,
l’ɑiῳɑi fɑqɑȶ.
Absolument tout-à-fait, b’el koll, kollian.
Plût à Dieu, puissé-je! lɑit, ïa lɑit!
Peut être, lảl, robb, robb-ma.
De même que, et comme si, k’ann, kɑ-ma.
Toutes fois que, tant que, koll ma.
Allons donc, or donc, eȥɑn, fa eȥɑn.
Beaucoup d’adverbes se forment de l’adjectif, en lui ajoutant la finale an.
Bon, ħɑsɑn; bien, ħɑsɑn-an.
Mauvais, ῳɑrr; mal, ῳɑrran.
Avec, mả, ensemble, mảan.
Éloigné, bĕïđ; de loin bĕïđân.
Premier, aωɑl; premièrement, aωɑlan.
Maintenant, elan; jusqu’à présent, elä elan.
Désormais, dorénavant, men elan.
Ou distinctif: l’un ou l’autre, aω, am, amma.
Mais, bɑl, lɑken, enn’ma.
Afin que, b’ma, l’kɑï, l’kɑïma.
Parce que, l’ann, bema.
De peur que, l’illa, kɑila, l’kɑïla.
Si conditionnel, pour le passé; lω, en, l’ain.
Sinon, ella, lωla; lωma.
Quoique, ωa en, ωa lω.
Or, fɑ enn, famma, enn, ennɑma, ann, amma pour ann-ma.
CHAPITRE IV.
Des Verbes.
C’est dans le verbe en général que la langue arabe développe davantage la simplicité et la richesse de son mécanisme, et sa différence avec les langues d’Europe.
En arabe les verbes n’ont que trois temps, le passé, le futur et l’impératif; le présent est absolument le même que le futur.
A défaut d’infinitif, on appelle les verbes par la troisième personne du passé au singulier masculin: ainsi, au lieu de dire le verbe aimer, parler, faire, on dit le verbe, il a aimé, il a parlé, il a fait.
Cette troisième personne masculine est ce que les grammairiens appellent la racine ou le mot radical, parce que c’est sur ce mot que se composent toutes les modifications des temps, des personnes et des conjugaisons, tant régulières qu’irrégulières.
En général, la racine est composée de trois lettres, quelquefois de quatre, presque jamais de plus ni de moins que ces deux nombres. On appelle ces trois lettres, les radicales.
Les radicales sont ou toutes consonnes, ou partie consonnes et partie voyelles, ou même toutes voyelles, mais très-rarement: et il est remarquable que ces radicales voyelles ne peuvent jamais être que les quatre majeures ou alfabétiques â, ï, ω et ả, les voyelles mineures étant toujours rapportées après coup, et servant par leur intercalation à modifier les radicales et à distinguer les temps et les personnes.
Si les trois radicales sont consonnes, le verbe est dit régulier[125].
[125] En arabe, sâlem, sain.
EXEMPLE.
nͣ ʆͣ r, il a aidé; ħͣ kͣ m, il a gouverné.
Si une seule des trois radicales est voyelle, le verbe est dit irrégulier[126].
[126] γair sâlem, non sain.
Si deux sont voyelles, le verbe est doublement irrégulier.
Si les trois sont voyelles, le verbe est complètement irrégulier.
Or la raison de cette irrégularité procède de ce que les voyelles mineures ou intercalées, variant selon les temps et selon les formes actives ou passives des verbes, les voyelles majeures qui en sont affectées varient aussi, et les trois â, ï, ω, se changent de l’une en l’autre, ou même disparaissent entièrement; ce qui nous les fera souvent désigner par le nom de voyelles éclipsées et éclipsantes. L’ảin ne s’éclipse jamais; il devient seulement ĕ ou ỏ, selon qu’il est frappé des voyelles mineures e, o.
Si l’une de ces trois voyelles â, ï, ω, se trouve au milieu de la racine, c’est-à-dire entre deux consonnes, le verbe s’appelle verbe creux, parce que non-seulement la voyelle change dans les formes diverses du temps, mais parce qu’elle s’efface entièrement dans quelques-unes, et laisse pour ainsi dire vide l’espace entre des deux consonnes.
EXEMPLE.
qâl, il a dit; ïͣqωl, il dit.
Impératif, qͦl, dis.
Cet exemple indique la manière dont se conjuguent tous les verbes arabes. On appelle d’abord le passé, puis le futur ou présent, enfin l’impératif et le participe; et l’on commence par la troisième personne, lui, pour finir par notre première moi: il a dit, tu as dit, j’ai dit, c’est-à-dire, l’inverse de notre usage.
L’exemple d’une conjugaison va rendre tous les préceptes généraux plus sensibles que nous ne le pourrions faire de toute autre manière.
Conjugaison du Verbe régulier.
nͣʓͣr, il a vu.
1 nͣʓͣr il a vu.
1 nͣʓͣr-ͣt elle a vu.
2 nͣʓͣr-t tu as vu.
2 nͣʓͣr-ti tu as vu. fém.
3 nͣʓͣr-t j’ai vu.
4 nͣʓͣr-ω ils ou elles ont vu.
5 nͣʓͣr-tω vous avez vu.
6 nͣʓͣr-nâ nous avons vu.
REMARQUES.
1º On voit que la racine nͣʓͣr reste la même à toutes les personnes, et qu’il suffit de lui accoler certaines finales pour faire la distinction de ces personnes.
2º Ces finales appelées serviles, consistent, comme l’on voit, en cinq lettres, t, i, â, ω, n, dont nous verrons les positions diverses servir à distinguer les autres temps.
3º Dans l’arabe littéral il y a un troisième a final à la troisième radicale; et l’on dit nͣʓͣrͣ; ce qui établit pour principe cette phrase:
Le verbe régulier prononce sa racine en a; c’est-à-dire que chaque lettre radicale emporte avec elle le son d’a; que si une radicale est voyelle, elle est affectée de ce même son. Ainsi dans la racine rͣmï, il a jeté, l’ï, troisième radicale étant frappé d’a accessoire, se prononce rͣmä, et ceci doit rendre clair ce que nous avons dit des verbes irréguliers.
4º Enfin l’on voit qu’il y a équivoque dans l’arabe vulgaire sur le mot nɑʓɑrt qui signifie également j’ai vu et tu as vu; mais dans le littéral, les finales o et a servent à distinguer ces deux personnes; et l’on dit nͣʓͣrtͦ pour j’ai vu, nͣʓͣrtͣ pour tu as vu. On dit aussi nͣʓͣrtͦm, vous avez vu, au lieu de nͣʓͣrtω; mais il n’en résulte pas d’inconvénient pour le sens.
A l’égard du présent qui est aussi le futur, la racine, pour le former, se retourne de manière, 1º que les lettres serviles â, n, t, ï, qui étaient à la fin, passent au commencement du mot; 2º que la première radicale devient fermée, c’est-à-dire privée de voyelle intercalaire, et que les deux autres intercalaires se changent, savoir, la troisième constamment en o, et la seconde tantôt en e, et plus souvent en o. Un exemple va rendre tous ces préceptes sensibles.
PRÉSENT ET FUTUR ACTIF.
ïͣnʓͦr il voit ou il verra.
t’ͣnʓͦr elle voit ou elle verra.
t’ͣnʓͦr tu vois ou tu verras. masc.
t’ͣnʓͦri tu vois ou tu verras. fém.
anʓͦr je vois ou je verrai.
ïͣnʓͦrωn ils voient ou ils verront.
t’ͣnʓͦrn elles voient ou elles verront.
t’ͣnʓͦrωn vous voyez ou vous verrez. masc.
t’ͣnʓͦrn vous voyez ou vous verrez. fém.
nͣnʓͦr nous voyons ou nous verrons.
REMARQUES.
1º Cet exemple prouve ce que nous avons dit: 1º que les lettres serviles sont passées devant la racine; 2º que la première lettre radicale est devenue fermée, parce que son a syllabique la précède; 3º que la seconde radicale change a en o; à quoi il faut ajouter que la troisième radicale qui manque de voyelle dans l’arabe vulgaire, prend o dans l’arabe littéral, où l’on dit ïɑnʓorͦ, tɑnʓorͦ, anʓorͦ, nɑnʓorͦ, et après les n, vient a final, ïanʓorωn-ɑ, tɑnʓorωn-ɑ, et tɑnʓorn-ɑ.
2º L’équivoque qui existe entre la première personne féminine, elle voit, et la seconde masculine, tu vois, tͣnʓͦr, pour les deux, est un défaut qui ne se remédie qu’en appliquant le pronom de chacune,
hi tͣnʓͦr, elle voit.
ent tͣnʓͦr, tu vois. masc.
3º Dans le littéral le futur se distingue du présent par la particule sa placée devant le mot, et rien n’empêche d’en adopter dans le vulgaire l’usage qui est simple.
s’ïɑnʓor il verra.
hi sɑt’ɑnʓor elle verra.
ent sɑt’ɑnʓor tu verras. masc.
sɑt’ɑnʓori tu verras. fém.
s’ɑnʓor je verrai.
s’iɑnʓorωn ils verront.
s’tɑnʓorn elles verront.
sɑt’ɑnʓorωn vous verrez. masc.
sɑt’ɑnʓorn vous verrez. fém.
sɑn’ɑnʓor nous verrons.
L’impératif n’est caractérisé que dans la seconde personne singulière et plurielle.
onʓͦr vois. masc.
onʓͦri vois. fém.
onʓͦrω voyez. comm.
Le reste des personnes se conjugue comme au présent en faisant précéder la particule l’ qui signifie que et pour que.
l’ïͣnʓͦr qu’il voie.
l’anʓͦr que je voie.
Le participe est formé des trois radicales prononcées la première en â long, la seconde en é bref, et la troisième avec les finales des noms, ce qui en fait un adjectif déclinable, selon ce que nous avons dit, article des genres.
EXEMPLE.
nâʓͤr voyant.
nâʓͤr-ωn voyans.
nâʓͤr-àt voyante.
nâʓͤr-ât voyantes.
Il faut encore compter dans le verbe régulier deux formes qui produisent deux noms substantifs très-expressifs et très-commodes. Le premier de ces noms exprime l’action active, le faire de l’agent, s’il est permis de le dire.
EXEMPLE.
el nͣʓrͦ, l’action de voir, le regardement.
Le regard est un terme équivoque, puisqu’il s’applique également au coup-d’œil qui est la chose, et à l’action de regarder. Notre langue française manque habituellement de ce substantif actif, et elle est forcée d’employer le substantif passif; ainsi l’on dit cet homme entend bien la composition, et l’on devrait dire, cet homme entend bien le composement, l’art de composer; car la composition est la chose composée, RES COMPOSITA, au passif, au lieu que le composement est la faculté et l’action de composer, considérée dans l’agent qui compose: ainsi la fortification d’une ville est le matériel de ses murailles; mais l’action, l’art de la fortifier est le fortifiement: la discussion d’une question est la chose discutée, secouée; mais l’action, l’art de la discuter est le discutement; la persuasion, et la conviction qui en résulte, sont des états passifs de l’esprit persuadé, convaincu; mais l’opération, l’art de celui qui a persuadé est le persuadement, le convainquement.
Ce substantif actif, qui a lieu dans presque tous les verbes arabes, et qui se forme, comme on l’a vu, des trois radicales, prend jusqu’à trente-trois formes, que l’usage apprend bien mieux que les préceptes; mais il prononce toujours sa première radicale en a bref, sa seconde fermée, et sa troisième avec les finales grammaticales o, i, a, ce qui en fait un nom et non pas un infinitif, comme le prétendent les grammairiens.
EXEMPLE.
Nom. el nɑʓr-ͦ le regard:
Gén. el nɑʓr-ͥ du regard.
Dat. l’el nɑʓr-ͥ au regard.
Acc. el nɑʓr-ͣ le regard.
L’on se rappelle que ces finales grammaticales o, i, a, ne sont usitées que dans l’arabe savant.
Ce substantif est ordinairement employé d’une manière singulière en sens confirmatif, avec la finale a’n propre aux adverbes.
EXEMPLE.
nɑʓɑrt-ho nɑʓra’n je l’ai vu d’un regard.
đɑrɑbt-ho đɑrba’n je l’ai frappé d’un coup.
Ce qui diffère de nɑʓɑrt-ho nâʓeran, je l’ai vu regardant; đɑrɑbt-ho đare-ban, je l’ai frappé, frappant.
La première tournure, a’n, l’a fait regarder comme un participe, ce qui n’est pas.
Un second substantif est celui qui se forme en plaçant un ma devant les lettres radicales dont la première se ferme, la seconde s’ouvre en a[127], et la troisième prend les finales grammaticales; et ce genre de substantifs exprime le temps et le lieu de l’action.
[127] Douze font exception et prononcent la deuxième radicale en
e comme el maῳreq, l’orient; et el mɑγreb, le couchant,
etc.
EXEMPLE.
el mͣnʓͣr le temps de voir, le lieu où l’on voit.
el mͣktͣb le temps d’écrire, le lieu où l’on écrit.
Et ces noms ont des pluriels qui communément prennent la forme suivante:
el mͣnâʓͤr les lieux et le temps de voir.
el mͣkâteb les bureaux, lieux et temps d’écrire.
C’est-à-dire, première radicale en â long, seconde en e bref, et troisième en finales grammaticales, selon les cas.
Avec de légers changemens cette forme sert à exprimer des instrumens, des outils analogues à une action; ainsi l’on dit:
meftâħ une clé, de fɑtɑħ ouvrir.
meksɑħɑt un balai, de kɑsɑħ balayer.
meħlɑb un vase à traire, de ħɑlɑb traire du lait.
Où l’on voit que l’m se prononce en e, et la seconde radicale en ɑ; mais cette règle est moins constante et moins générale, et il faut s’en rapporter au dictionnaire[128].
[128] Nous avons omis les duels usités seulement dans l’arabe
littéral; les voici:
DUEL DU PRÉTÉRIT.
nͣʓͣra eux deux ont vu.
nͣʓͣrͦta elles deux ont vu.
nͣʓͣrͣtͦma vous deux avez vu.
L’on voit que l’a long final est la lettre caractéristique.
DUEL DU PRÉSENT.
ïͦnʓͦr-ân eux deux voient ou verront.
tͦnʓͦ-ân elles deux et vous deux voyez, ou verrez.
DUEL DE L’IMPÉRATIF.
onʓͦra voyez vous deux.
DUEL DU PARTICIPE.
nâʓͤran ou nͣʓͤrͣin voyant eux deux.
nâʓͤrͣtan ou nâʓͤrͣtͣin elles deux voyant.
Cette première conjugaison peut donner une idée de toutes les autres, elle en est un modèle en ce que la troisième personne tant du prétérit que du passé, étant une fois connue, tout le reste de la conjugaison l’est aussi, parce que la difficulté consiste seulement à connaître la qualité et l’inversion des petites consonnes.
Or ces autres conjugaisons consistent en trois classes qui sont:
1ͦ Les conjugaisons dérivées, c’est-à-dire formées de la première régulière, par l’addition ou la combinaison de certaines lettres.
2º La conjugaison des verbes sourds, c’est-à-dire, dont la seconde consonne est fermée ou sans voyelle, et est redoublée.
EXEMPLE.
mͣdd il a étendu; rͣdd il a rendu.
3º Les verbes défectifs ou à voyelles radicales changeantes et éclipsantes.
raħ il est allé; ïͣrωħ il va.
A quoi il faut ajouter les passifs de toutes ces conjugaisons. Nous allons traiter d’abord des conjugaisons dérivées.
CHAPITRE V.
Des Conjugaisons dérivées.
Les conjugaisons dérivées sont au nombre de douze, ce qui, avec la première que nous venons de voir, forme treize conjugaisons pour la première classe; le tableau ci-joint (nº 3) en donnera une idée plus claire que tout ce que nous en pourrions dire en détail; il suffira d’y ajouter quelques observations.
La première est que les douze formes que présente ici le verbe nɑʓɑr, sont purement fictives, attendu qu’aucun verbe ne se combine de toutes ces façons; un grand nombre n’est usité que dans une forme; plusieurs le sont dans deux, trois, quatre et même jusqu’à six, mais aucun jusqu’à douze, soit en actif, soit en passif. Ce modèle sert seulement à indiquer comment se combinent les lettres radicales, les lettres ajoutées et les voyelles mineures intercalées.