L'amant de l'été

Christine Rimmer · Chapitre 1 sur 16

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L'amant de l'été

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L'amant de l'été

Chapitre 1

C'est avec les meilleures intentions du monde que Grant Clifton se mit en route par cette belle journée de dimanche ensoleillée.

Il préférait annoncer la nouvelle au plus tôt à Stéphanie Julen et sa mère, Marie, afin qu'elles se fassent rapidement à cette idée. Tout cela était très clair dans son esprit... Sauf, justement, en ce qui concernait la meilleure façon de leur faire part des changements à venir.

I1 faudrait avant toute chose qu'il leur rappelle qu'on ne peut pas s'accrocher éternellement au passé, et que, parfois, il faut savoir se laisser porter par les vagues du progrès et de la nouveauté. Il leur dirait qu'il faut savoir lâcher du lest pour aller de l'avant.

C'était précisément ainsi que Grant menait son existence et c'était ce qui lui donnait tout son sel. Il ferait comprendre à Steph et Marie qu'il était temps pour elles aussi d'avancer et de cesser de considérer tout changement comme une catastrophe potentielle.

C'était un bel après-midi ensoleillé, typique du Montana. Grant fit donc appeler les écuries et demanda à un de ses lads de seller Titan, son cheval noir qu'il montait chaque fois qu'il en avait l'occasion — ce qui n'était malheureusement pas aussi fréquent qu'il l'aimerait II était clair que sa carrière de cow-boy était maintenant derrière lui.

Dans la suite privée qu'il occupait au sein du complexe touristique de Thunder Canyon, il enfila un jean, une chemise bleue, et ses santiags. Lorsqu'il se présenta devant l'écurie. Titan était prêt à partir. Il hennit et s'ébroua en le voyant arriver, sans doute impatient de se dégourdir les pattes. Le jeune lad lui tendit un Stetson après l'avoir gratifié d'un hochement de tête respectueux.

Un Clifton qui part à cheval sans son propre chapeau pour se protéger de l'agression des rayons du soleil... Son père n'aurait jamais laissé faire cela !

Il devait reconnaître que son père n'aurait probablement pas approuvé grand-chose de la vie qu'il menait actuellement. C'était dommage, mais Grant refusait de laisser cette pensée gâcher son plaisir. Il vissa donc le Stetson sur son crâne et lâcha la bride à Titan qui prit aussitôt le galop.

Titan était un cheval robuste et vif, et il ne lui fallut qu'une heure pour rejoindre le ranch de Clifton's Pride. Une fois quitté la base de loisir et son agitation, on était tout de suite en pleine nature. Il avait suivi des sentiers, traversé des champs et des pâturages, et dû mettre pied à terre régulièrement pour ouvrir et refermer les clôtures.

Dans le lointain, les sommets des montagnes étaient encore blancs et les champs, qui seraient bientôt d'un beau jaune doré sous l'effet du soleil, étaient pour le moment verts et souples sous les sabots de Titan. Devant lui, à perte de vue, les herbes ondoyaient sous le vent, jamais bien loin dans cette région du Montana.

Tandis que Titan avançait d'un pas tranquille, Grant préparait son laïus avec application.

Bien sûr, il savait pertinemment que Steph et sa mère allaient être déçues, mais elles finiraient par entendre qu'il serait toujours là pour elles, il comptait bien leur assurer un travail une fois qu'elles auraient quitté le ranch. Il continuerait à veiller sur elles, quoi qu'il advienne.

I1 avait l'impression d'avoir tout juste quitté Thunder Canyon et pourtant le ranch était déjà en vue.

II décida de quitter le sentier et de couper à travers champs. Quelques vaches qui paissaient tranquillement près de la clôture levèrent le nez de l'herbe pour le regarder passer.

Devant lui, s'étendaient à perte de vue les peupliers de Virginie qui longeaient la rivière de Cottonwood Creek. Ils lui paraissaient plus impressionnants que dans son souvenir.

Grant poussa Titan à accélérer le pas. Il était impatient d'en finir avec ce qui, il le savait, ce serait un moment pénible et délicat. Il commencerait par réunir Steph et sa mère et leur annoncerait le plus simplement du monde qu'il avait reçu une offre qu'il n'était malheureusement pas en mesure de refuser et qu'il vendait le ranch.

Titan gravit un talus et s'engagea dans un bosquet qu'agitait le souffle tiède du vent. Le sol, couvert de mousse, étouffait le bruit des pas de sa monture. I1 y avait dans l'air une odeur particulière que Grant reconnut aussitôt. Il devait s'approcher de la rivière... Bientôt, il perçut le bruit de l'eau. Titan grimpa sur un nouveau talus et la rivière fut là, en contrebas, avec ses eaux cristallines qui invitaient à la baignade.

Pourtant, ce ne fut pas la vue de ce cadre paradisiaque qui coupa le souffle de Grant Clifton.

Imperceptiblement, il se raidit et effectua une légère traction sur les rênes pour que Titan s'arrête.

Il y avait une femme, en bas, au bord de la rivière.

Une femme nue.

Des gouttelettes d'eau scintillaient telles des perles sur sa peau dorée. Ses cheveux aux boucles mouillées ruisselaient sur son dos en un mince filet qui suivait la ligne de sa colonne vertébrale. Son dos était fin et musclé à la fois.

Elle lui tournait le dos, ce qui lui permit de la regarder quelques instants de plus, hypnotisé par ce spectacle. I1 la vit relever ses cheveux délicatement en les tournant sur eux-mêmes et l'eau s'écoula, plus abondante le long de son dos et entre les deux délicieuses fossettes qui ornaient ses reins.

Le regard de Grant n'eut d'autre choix que de suivre le filet d'eau. Il était impossible de rester de marbre face à un tel spectacle. Il resta donc immobile, retenant son souffle. Il sentit une chaleur palpitante embraser ses reins. Son cœur battait la chamade et il avait l'impression d'entendre ses palpitations résonner dans sa tête.

Que faisait donc cette jeune femme nue au beau milieu des terres du ranch ? De qui pouvait-il bien s'agir?

Il sourit en imaginant le temps d'un instant la scène incongrue de leurs présentations. Elle, nue et ruisselante, et lui pantelant de désir face à cette vision enchanteresse et inattendue.

talus et la rivière fut là, en contrebas, avec ses eaux cristallines qui invitaient à la baignade.

Pourtant, ce ne fut pas la vue de ce cadre paradisiaque qui coupa le souffle de Grant Clifton.

Imperceptiblement, il se raidit et effectua une légère traction sur les rênes pour que Titan s'arrête.

Il y avait une femme, en bas, au bord de la rivière.

Une femme nue.

Des gouttelettes d'eau scintillaient telles des perles sur sa peau dorée. Ses cheveux aux boucles mouillées ruisselaient sur son dos en un mince filet qui suivait la ligne de sa colonne vertébrale. Son dos était fin et musclé à la fois.

Elle lui tournait le dos, ce qui lui permit de la regarder quelques instants de plus, hypnotisé par ce spectacle. I1 la vit relever ses cheveux délicatement en les tournant sur eux-mêmes et l'eau s'écoula, plus abondante le long de son dos et entre les deux délicieuses fossettes qui ornaient ses reins.

Le regard de Grant n'eut d'autre choix que de suivre le filet d'eau. Il était impossible de rester de marbre face à un tel spectacle. Il resta donc immobile, retenant son souffle. Il sentit une chaleur palpitante embraser ses reins. Son cœur battait la chamade et il avait l'impression d'entendre ses palpitations résonner dans sa tête.

Que faisait donc cette jeune femme nue au beau milieu des terres du ranch ? De qui pouvait-il bien s'agir?

Il sourit en imaginant le temps d'un instant la scène incongrue de leurs présentations. Elle, nue et ruisselante, et lui pantelant de désir face à cette vision enchanteresse et inattendue.

Non, bien sûr, il ne comptait pas aller se présenter maintenant. Il finirait bien par savoir qui elle était, quoi qu'il en soit. Peut-être même la rencontrerait-il un de ces jours au détour d'une promenade ?

Cette idée ne fit qu'accroître encore son excitation.

Doucement, il leva ses rênes et d'un léger mouvement fît tourner Titan sur lui-même. C'est alors qu'il l'entendit rire, un rire franc et sans retenue. Un rire un peu grave, presque rauque.

I1 s'arrêta, comme tétanisé.

Il connaissait ce rire.

Le rire de Stephanie.

Ce n'était pas possible...

Cette belle jeune femme aux formes engageantes serait la petite Steph ?

Les pensées tournaient dans sa tête sans fin. Stephanie Julen était encore une enfant... Elle avait toujours été sa petite sœur dans son esprit. Elle avait à peine...

Vingt et un ans !

Il n'arrivait pas à y croire. Tout ceci était dément et troublant à la fois,..

La jeune femme, qui ne pouvait être Steph, se mit à rire une nouvelle fois avant de se retourner vivement sur elle- même sans que Grant ait eu le temps de s'éloigner.

Elle s'immobilisa aussitôt qu'elle le vit et ses yeux verts, qui l'avaient toujours regardé avec admiration et respect, s'écarquillèrent d'effroi tandis que ses lèvres articulaient son prénom dans un souffle.

— Grant ? demanda-t-elle en cherchant tant bien que mal à couvrir son corps de ses mains.

Oh ! mon Dieu, Grant, mais qu'est-ce que tu fais là?

Alors qu'elle essayait de couvrir sa poitrine ronde et ferme de son avant-bras et que son autre main était venue se placer sous son nombril, Grant, de son côté, fit brusquement faire demi-tour à Titan. Une fois qu'il eut le dos tourné, il s'écria :

— Tu devrais peut-être enfiler quelque chose, nous allons rentrer au ranch ensemble !

Il s'étonna lui-même d'être parvenu à conserver une voix aussi ferme et calme alors qu'il était loin de l'être. Il tendit l'oreille, mais Steph ne répondit rien, laissant simplement échapper un soupir gêné.

— Allez, reprit-il, le sourire aux lèvres. Ce n'est rien ! Je suis désolé de t'avoir fait peur.

Du contrebas, ne lui provenait que le bruit étouffé des vêtements enfilés à la hâte. De son côté, il se tenait raide sur sa monture, le regard perdu dans le lointain. Il fallait qu'il retrouve son calme s'il voulait être à l'aise avec elle par la suite.

A l'aise... Cela lui semblait peine perdue après ce qu'il avait vu et l'effet que cela avait eu sur lui. Pour sa part, elle avait manifesté un tel trouble en le voyant qu'il avait du mal à imaginer qu'elle soit en mesure de faire comme si de rien n'était.

Les quelques secondes qui suivirent lui semblèrent durer une éternité, puis il entendit enfin le son sourd des sabots de la monture de Stephanie. Il se tourna alors et la vit avancer à sa rencontre, montée sur sa jument préférée, Trixiebelle.

A vrai dire, il avait été tellement absorbé dans la contemplation de la belle cavalière dénudée, qu'il n'avait pas vraiment remarqué son cheval attaché à un arbre au bord de la rivière.

Titan hennit en direction de Trixiebelle, tirant Grant de ses trop douces rêveries. Il plaqua un sourire sur son visage et leva les yeux vers Steph, faisant de son mieux pour oublier les frissons qui lui parcouraient son corps.

Ses vêtements étaient mouillés et moulaient les formes qu'il avait eu l'occasion de contempler quelques instants auparavant et qu'il ne risquait d'ailleurs pas d'oublier de sitôt.

Pourtant, il savait qu'il devait refouler ses pulsions. Désirer Steph était interdit. Tabou.

Elle était comme une sœur pour lui, il la connaissait depuis toujours.

Des gouttelettes ruisselaient de ses cheveux sur ses épaules. Embarrassée et rougissante, elle soutint pourtant son regard.

— Depuis combien de temps est-ce que tu... étais là ? demanda-t-elle.

— Je venais d'arriver, rassure-toi. Titan avait tout juste gravi le talus lorsque tu t'es retournée, déclara-t-il en baissant les yeux pour ne pas trahir son mensonge.

Il fit alors avancer son cheval et le dirigea vers la rivière, aussitôt suivi par Stéphanie qui fit faire demi- tour à Trixiebelle. Arrivés en bas, il l'invita d'un geste à prendre la tête : elle connaissait certainement mieux le chemin que lui, après tout.

Incapable de penser à autre chose qu'à la présence de Grant derrière elle, Steph avança jusqu'à un gué qui permettait de traverser la rivière sans encombre. Une fois sur l'autre rive, ils passèrent sous les immenses peupliers, puis se retrouvèrent tout à coup dans une vaste plaine. Grant remonta à sa hauteur et ils avancèrent de front, leurs chevaux trottant sagement côte à côte.

Elle ne regarda pas une seule fois dans sa direction. Elle craignait trop de croiser son regard et de ne pouvoir le soutenir. Dans l'immédiat, elle ne souhaitait qu'une chose : cesser de rougir comme une jouvencelle prise en faute.

Car, enfin, il n'y avait pas mort d'homme.

Bien sûr, c'était une situation embarrassante. Elle ne s'était pas attendue le moins du monde à voir Grant débarquer en haut de ce talus, au moment précis où elle se baignait dans la rivière.

Elle espérait qu'il comprenait que tout cela était un fâcheux concours de circonstances.

Non seulement était-il extrêmement rare qu'elle se baigne dans la rivière, mais c'était la première fois qu'elle se baignait nue et il avait fallu, de surcroît, qu'il arrive précisément au moment où elle sortait de l'eau...

Car lui non plus ne venait pas si souvent que cela au ranch ces derniers temps. D'ailleurs, depuis qu'il l'avait placée à la tête de l'exploitation, il n'était venu qu'une seule fois, il y avait plusieurs mois de cela. Sans compter qu'il venait généralement par la route, au volant de son 4x4 noir, et n'était pas le genre à prendre des chemins de traverse, à couper à travers champs pour admirer la beauté des paysages.

Dernièrement, Grant avait eu beaucoup de travail avec la base de loisir. Il en était devenu directeur adjoint en à peine deux ans et ne s'économisait ni dans son travail ni dans sa vie privée. Il ne passait pas une semaine sans qu'on ne le voie au bras de nouvelles jeunes femmes, toutes plus belles les unes que les autres, à vrai dire.

Car Grant plaisait aux femmes. I! n'avait que trente- deux ans, était célibataire et gagnait beaucoup d'argent... Que demander de plus ?

Steph jeta un discret regard en coin dans sa direction.

Elle devait reconnaître qu'il était très bel homme. Trop bel homme, même. Il l'avait toujours été. Son profil était absolument parfait à ses yeux. Un nez grec, des lèvres qui semblaient dessinées au pinceau, une mâchoire carrée. Il devait mesurer au moins au mètre quatre-vingt-dix et était à la fois élancé et puissant, mince tout en étant athlétique. Un équilibre parfait.

Elle se doutait bien qu'il avait vu avant elle un nombre certain de femmes nues et qu'elles étaient certainement toutes bien plus belles et féminines qu'elle.

D'ailleurs cette pensée suffisait à provoquer chez elle une véritable montée de jalousie. Il lui suffisait de penser à toutes ces jeunes femmes avec lesquelles Grant était sorti pour sentir la colère l'envahir.

Car elle avait toujours été plus ou moins secrètement et désespérément amoureuse de Grant. Tout du moins depuis l'âge de cinq ans, environ. Elle avait toujours su qu'il s'agirait d'un amour à sens unique, même s'il tenait à elle d'une autre façon.

Il l'aimait comme un frère aime sa petite sœur. Et cela convenait parfaitement à Stephanie.

En tout cas, c'était ce qu'elle n'avait cessé de se répéter depuis des années dans l'espoir de finir par s'en convaincre un beau jour.

Tout cela était totalement ridicule.

Le feu de ses joues s'estompa. Son cœur cessa de battre la chamade. La jalousie avait pris le pas sur le sentiment de honte qui l'avait paralysée jusqu'à présent.

Il l'avait vue nue? Et alors? Elle ne pouvait revenir en arrière, alors autant s'en accommoder et passer à autre chose.

Pourtant, pour quelque raison idiote, elle ne put s'empêcher d'essayer de se justifier, se lançant au passage dans une explication complexe et interminable.

— En fait, Rufus et moi sommes allés sortir une vache de l'étang tout à l'heure...

Rufus Dale avait travaillé comme ouvrier agricole à Clifton's Pride d'aussi loin qu'elle s'en souvienne. Il avait d'ailleurs repris l'exploitation en main lors du départ de Grant, mais des problèmes d'arthrose l'avaient contraint à lever le pied et c'était ainsi qu'elle s'était retrouvée à la tête des opérations.

... Il est parti ramener la vache au ranch. Il était furieux parce que je ne l'avais pas laissé entrer dans l'eau pour aider l'animal qui s'était embourbé, poursuivit-elle. Je me suis retrouvée là, couverte de boue des pieds à la tête, et la rivière était tellement tentante que j'ai sauté tout habillée dans l'eau pour rincer mes vêtements. Et puis, je me suis dit qu'avec cette chaleur, je pouvais en profiter pour piquer une tête...

Steph s'interrompit. Elle avait eu l'impression de l'entendre grommeler ou soupirer, peut-

être ?

— Je ne m'attendais vraiment pas à ce que quelqu'un passe par ici aujourd'hui et...

— Steph?

Elle s'interrompit, embarrassée.

— Oui?

Etait-il en colère, amusé ? Elle avait du mal à déchiffrer son expression. C'est alors qu'il se tourna vers elle pour lui adresser un de ses sourires à tomber par terre, dont lui seul avait le secret.

— Ce n'est vraiment pas la peine d'en faire toute une histoire, je comprends très bien que tu aies eu envie de te baigner.

— Ah oui ? Vraiment ? demanda-t-elle avec un large sourire aux lèvres.

Bon sang, elle devait décidément avoir l'air d'une jeune fille innocente.

Pourtant, une fois de plus, Grant la sortit de l'embarras, comme il l'avait toujours fait.

— Bien sûr, il n'y a rien de plus agréable que de piquer une tête dans une eau fraîche et claire quand il fait aussi chaud qu'aujourd'hui.

— Eh bien, dit-elle en cherchant vainement quelque chose d'intelligent à répondre... Tant mieux !

Elle avait vraiment atteint les sommets du ridicule, cette fois-ci. Elle décida donc de garder le silence, et ils n'échangèrent plus un mot le temps du trajet jusqu'au ranch. Elle essaya de profiter de la beauté du paysage afin de ne pas se focaliser sur Grant, qui continuait à éviter son regard de façon flagrante, en dépit de son assurance.

Le vieux chien de la maison, Bart, vint à leur rencontre lorsqu'ils arrivèrent à proximité de la maison. En reconnaissant son ancien maître, le chien se mit à aboyer en remuant frénétiquement la queue.

Grant descendit de cheval et prit le temps de caresser l'animal.

— Oui, tu es un bon chien, marmonna-t-il en lui grattant les oreilles.

Rufus émergea de la sellerie tandis qu'ils rentraient les chevaux à l'écurie. Il avança à la rencontre de Grant dont il serra vigoureusement la main, avant de déclarer d'un ton péremptoire :

— Dépêchez-vous de sortir de là ! Laissez-moi vos chevaux et rentrez vous rafraîchir. Je suis encore capable de m'occuper de chevaux.

Stephanie et Grant le remercièrent et sortirent pour se diriger vers la maison de bois à façade blanche de l'autre côté de la cour au sol de terre battue. Elle attendit d'être sous le porche de l'entrée pour enlever ses bottes couvertes de boue.

A l'intérieur de la maison, le plancher patiné par le temps avait pris une jolie couleur miel qui donnait une véritable chaleur à la pièce. Au fond de l'entrée, derrière l'escalier de chêne qui menait à l'étage, se trouvait la cuisine.

Marie Julen venait d'ouvrir le four. Elle en sortit une plaque couverte de cookies qu'elle déposa sur le plan de travail pour les laisser refroidir. En voyant Grant entrer, son visage s'illumina d'un large sourire.

— Tiens, tiens, mais qui voilà?

— C'est l'odeur délicieuse de ta cuisine qui m'a attiré jusque-là ! plaisanta Grant.

En deux longues enjambées il avait déjà traversé la pièce et serrait Marie dans ses bras pour la saluer.

— Tu as cuisiné tout ça pour moi? ajouta-t-il, le sourire aux lèvres, en laissant la main sur les épaules potelées de la mère de Stephanie.

— Évidemment ! Même si je n'avais pas la moindre idée de ta venue ! répondit-elle, amusée, avant de se tourner vers Steph qu'elle observa de la tête aux pieds. J'imagine à te voir dans cet état que cette pauvre vache a été tirée de l'étang ?

Steph acquiesça.

— Oui, et j'ai bien besoin de prendre une douche! dît-elle avant de jeter un regard de mise en garde à l'attention de Grant qui s'approchait des cookies. Tu as plutôt intérêt à m'en laisser quelques-uns !

— Je ne peux rien te promettre, rétorqua-t-il en lui adressant un clin d'œil complice.

Elle le lui rendit, en espérant que le malaise qui planait entre eux depuis tout à l'heure serait bien vite dissipé. Puis, elle prit la direction de la salle de bains tandis que sa mère continuait d'amadouer Grant avec ses talents culinaires.

— J'ai préparé de la viande braisée aux petits légumes pour ce soir, si cela t'intéresse...

— Vraiment ? demanda Grant. Savais-tu seulement que c'était mon plat préféré ?

— C'est bien pour cela que je te le dis. Reste donc dîner avec nous !

Stephanie eut l'impression que son cœur s'arrêtait un instant lorsque, depuis le haut de l'escalier, elle entendit Grant répondre :

— Eh bien, je crois que je vais devoir me laisser tenter, c'est d'accord pour ce soir !

Aussitôt que Stephanie fut sortie de la pièce, Grant se sentit soudain beaucoup moins mal à l'aise.

Il fallait qu'il se reprenne au plus vite et, pour cela, il avait besoin qu'elle ne soit pas dans les parages pendant un moment. 11 lui fallait tout bonnement s'habituer à l'idée qu'elle avait grandi sans bien qu'il s'en rende compte et qu'elle était devenue une femme.

Une très belle femme, en prime.

Comment avait-elle pu changer à ce point, en si peu de temps ? Et, surtout, comment avait-il pu passer à côté de cette métamorphose ?

Le plus urgent était de cesser de penser à elle et, pour cela, il devait commencer par se rappeler la raison de sa présence ici, aujourd'hui. Il n'allait pas être facile de leur parler de ses projets... Leur annoncer qu'il allait vendre Clifton's Pride.

D'un autre côté, maintenant qu'il avait accepté l'invitation de Marie, il n'y avait pas d'urgence à leur annoncer la nouvelle. Il allait les préparer progressivement et le leur dirait pendant le repas. Ainsi Rufus et le nouvel ouvrier, Jim Baylis, l'apprendraient en même temps. I1 serait en mesure de répondre à leurs questions et pourrait surtout les rassurer et leur garantir qu'il allait leur trouver un autre emploi sans retard.

Après tout, Steph donnait déjà des leçons d'équitation à la base de Thunder Canyon de façon occasionnelle. Il pourrait certainement s'arranger pour qu'elle soit employée de façon plus régulière et peut-être même à plein-temps aux écuries. Pour Marie, l'idéal serait de lui trouver un emploi en relation avec ses talents de cuisinière. Si ce n'était pas possible au complexe hôtelier, il y avait sûrement en ville un restaurant qui saurait apprécier ses qualités en la matière.

Grant se dirigea vers l'évier pour se laver les mains. Comme à son habitude, Marie dut lire dans ses pensées car elle lui proposa :

— Une petite bière ?

— Ce n'est pas de refus, à vrai dire !

Voilà qui lui ferait le plus grand bien après toutes ces émotions !

Il prit place derrière l'imposante table de cuisine tandis que Marie déposait devant lui une bière bien fraîche puis retournait jeter un coup d'œil à ses cookies.

Une authentique femme de rancher, cette Marie ! Elle n'aimait rien tant que préparer à manger et servir ceux qu'elle aimait, être aux petits soins pour les siens ou ses hôtes et s'occuper de sa maison. De temps à autre, elle aidait aussi à mener les troupeaux sur les pâtures d'été ou à les rentrer aux premiers frimas.

Tandis qu'il l'observait aller et venir dans sa cuisine, il ne put s'empêcher de comparer la mère et la fille. Steph avait hérité les yeux verts et les cheveux clairs de Marie, mais elle tenait sa taille de son père. André Julen était aussi grand et élancé que sa femme était petite et potelée.

Dans son enfance, les Julen étaient propriétaires du ranch voisin, le Triple J. La mère de Grant et celle de Stephanie étaient les meilleures amies du monde et André et John étaient comme deux frères.

La sœur de Grant, Elise, passait toutes ses journées avec Steph. Ensemble, elles cavalaient dans l'escalier comme des dératées ou échangeaient des secrets avec force gloussements tandis que leurs mères buvaient du café assises à cette même table. Marie et Helen parlaient des dernières histoires du coin en faisant de la couture ou en écossant les haricots pour le dîner.

Helen et Elise Clifton vivaient à Billings, maintenant, et c'était lui qui était officiellement à la tête du ranch. Sa mère et sa sœur semblaient heureuses là-bas, à la ville.

Mais, pour Marie et Stephanie, les choses étaient un peu différentes.

Pour elles, la perte de Triple J avait été un vrai coup dur. Cela avait été un peu comme si elles perdaient pour la deuxième fois leur mari et leur père. La vie au ranch était la seule qu'elles n'aient jamais connue. Elles avaient ça dans le sang.

— J'ai entendu dire que l'hôtel était complet pour le pont de la fête de l'Indépendance ?

demanda Marie en remuant le contenu de sa cocotte qui mijotait doucement sur la cuisinière.

Le 4 juillet était dans trois jours, mercredi. Il avala une gorgée de bière en hochant la tête.

— Oui, nous avons fait le plein ! Qui ne se laisserait tenter par un séjour inoubliable au cœur d'une nature sauvage et préservée, dans un cadre paradisiaque, qui allie le confort de nos suites luxueuses aux loisirs les plus divers ? déclama-t-il en récitant le texte de la brochure. Laissez-vous tenter par l'authenticité de Thunder Canyon !

Marie éclata de rire.

— Je veux réserver, moi aussi ! s'exclama-t-elle.

— Après le 4 juillet, les choses devraient se calmer, mais, pour l'instant, je dois reconnaître que nous sommes plutôt satisfaits.

Il avait bien acquis quelques parts du complexe, mais le projet initial avait été financé par une des familles les plus influentes de la région : les Douglas.

Ils ont de la chance de t'avoir au sein de leur équipe, tu sais, ajouta Marie avec une inflexion de fierté dans la voix qui ne trompait pas.

Grant avait toujours été un peu comme un fils pour elle. En tout cas, elle s'était toujours comportée comme une deuxième maman pour lui.

Il songea à la vente du ranch une nouvelle fois. Il s'en voulait et avait de plus en plus de mal à se résoudre à leur annoncer ce qui serait sans nul doute une terrible nouvelle pour elles. Pourtant, il avait pris sa décision. II savait que jamais il ne reviendrait vivre ici, pas plus que sa mère ou sa sœur. Il avait fait de son mieux pour maintenir le ranch en activité en l'honneur de son père, mais il n'était pas un rancher et ne le serait jamais. Il serait stupide de laisser filer une pareille opportunité.

— Je me souviens bien que c'est toi qui avais eu l'idée d'ouvrir la base de loisir à l'année, je vois que c'est une réussite, ajouta Marie. Est-ce que tu veux une autre bière ?

Il la remercia, mais il avait dans l'idée d'aller faire un tour aux écuries et de discuter un peu avec Rufus.

Le vieux cow-boy aux tempes argentées était assis sur une balle de foin, son Stetson posé à côté de lui, et il se roulait une cigarette de ses mains déformées par des années de travail.

— Essaye de ne pas mettre le feu à la grange en te détruisant la santé avec ça ! lança Grant.

Rufus grommela quelques mots incompréhensibles et glissa la cigarette derrière son oreille.

Tu pars dé jà ? Je viens juste de desseller ton cheval ! ajouta le vieil homme en se levant.

Grant fit non de la tête en lui faisant signe de ne pas bouger.

— Non, non. je reste dîner.

— Tu as bien raison, Marie va encore nous gâter, ce soir, on dirait.

— Oui, c'est ce que j'ai cru comprendre.., Son fameux bœuf braisé...

Rufus saisit sa cigarette et la porta à ses lèvres, sans l'allumer, puis il la replaça derrière son oreille au bout de quelques secondes.

— Au cas où tu te poserais la question, elle se débrouille très bien, tu sais, déclara le vieux cow-boy.

Grant savait très bien à qui il faisait allusion, mais, pour une raison inconnue, il ne put s'empêcher de jouer les imbéciles.

— Qui ça ? Marie ?

— Non, répondit Rufus, qui ne semblait absolument pas dupe. Je te parlais de la petite Stephanie. Qui n'est plus si petite, soit dit en passant.

Grant dut faire un véritable effort de volonté pour chasser l'image envoûtante de Stephanie, nue au bord de la rivière, avec tes gouttes d'eau jouant sur sa peau dorée Il essaya de répondre d'un ton dégagé, qu'il accompagna d'un haussement d'épaules.

— Quand je pense qu'hier encore elle jouait dans la cour avec ses deux longues nattes...

— Elle est faite pour ce métier, la petite. Elle travaille dur, tu sais, et elle aime ce qu'elle fait. Et puis elle apprend vite. Je suis sûr qu'elle est capable de remettre le ranch sur les rails.

Si elle parvenait à remettre le ranch à flot, ce serait un sacré changement. Même John Clifton n'y avait pas réussi. Pourtant, ce n'était pas faute d'avoir essayé. Grant lui-même s'était échiné pendant des mois avant de renoncer à l'idée de gagner un jour sa vie grâce au ranch.

Il jeta un regard dubitatif à Rufus.

— Pourtant, tu n'étais pas enthousiaste quand j'ai décidé de la mettre à la tête du ranch.

Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis ?

— C'est vrai que je n'étais pas convaincu, mats je dois reconnaître que je m'étais trompé.

Cette fille a une sacrée trempe, elle a l'énergie et le cran qu'il faut. Et puis elle a de bonnes idées.

— Bon sang, Rufus, je ne t'ai jamais entendu aussi positif à l'égard de qui que ce soit !

Rufus marmonna quelque chose, mais Grant n'entendit pas. Ou plutôt il n' écouta pas... Il avait levé les yeux vers la porte d'où elle venait de sortir.

Stephanie.

Steph qui portait un jean et un chemisier rouge. Il n'avait jamais prêté attention à sa silhouette avant ce jour. Elle avait détaché ses cheveux, dont les boucles dorées s'étalaient sur ses épaules.

Ses yeux suivirent la ligne de sa taille et s'arrêtèrent sur ses hanches qui balançaient légèrement quand elle marchait.

Chacun de ses pas était un enchantement. Il ne parvenait à détacher ses yeux.

Elle était tellement belle. Il eut aussitôt l'impression d'étouffer et une immense vague de chaleur l'envahit. Des sensations qu'il n'avait pas éprouvées depuis bien longtemps. Depuis l'adolescence ?

Bon sang, tout cela devenait vraiment ridicule, il devait réagir au plus vite ! Rufus était vieux, mais il n'était pas stupide et il ne fallait pas être devin pour interpréter les raisons de son émoi.

Il suffisait de suivre son regard.