L'amant de l'été
Chapitre 4 · Steph déploya une couverture sous J'ombre d'un arbre.
Elle avait une idée derrière la tête. Plusieurs idées, même. Des idées romantiques et sensuelles. Des idées qui impliquaient de longs baisers langoureux et des caresses voluptueuses.
Et peut-être même un peu plus...
Peut-être.
Curieusement, elle ne se sentait pas du tout nerveuse. Elle ressentait une sorte de frémissement d'excitation, en revanche, et avait l'impression que son cœur était sur le point d'exploser de bonheur.
Enfin.
Après toutes ces années passées à aimer en silence celui qui se considérait comme son grand frère, elle entrevoyait une lueur d'espoir. Et si ses sentiments étaient réciproques?
Elle souhaitait aller au bout de cet espoir, quitte à le voir déçu. Elle se moquait bien de ce que l'on pouvait lui dire. Elle refusait délibérément d'être prudente,
— Et voilà !
Grant venait de lui rapporter les pierres qu'elle l'avait envoyé chercher et il les plaça aux quatre coins de la couverture afin de la protéger des assauts du vent.
— C'est parfait, dit-elle en levant les yeux vers lui.
Il détourna le regard aussitôt en se relevant et s'écartant de quelques pas. Elle s'en aperçut et, au lieu de s'en émouvoir, se sentit confortée dans son impression : elle lui faisait de l'effet et c'était donc bien le moment de tenter sa chance.
Elle n'était cependant pas aussi naïve que sa mère l'imaginait. Elle se doutait bien qu'il était improbable que Grant puisse éprouver des sentiments amoureux à son égard.
Bien sûr, elle savait que tout cela était une histoire d'attirance physique et de trouble sensuel. Aussi ingénue soit-elle, elle gardait cette idée bien présente à l'esprit. Car elle était au plus profond d'elle-même une fille de la terre, solide et pragmatique.
Oui, Stephanie Julen était réaliste et elle savait très bien ce que Grant éprouvait à son égard. Il la désirait. Et il s'en voulait de la désirer, sans doute parce qu'il s'était convaincu toute sa vie durant que son rôle était de la protéger.
Et voilà qu'il croyait qu'il devait aussi la protéger contre lui-même.
Elle était pourtant bien plus sûre d'elle qu'il ne l'imaginait. Et, en tant que femme, elle comptait bien faire tout son possible pour passer outre ses sages résolutions et arriver à ses fins.
Il lui avait fallu un certain temps pour s'en rendre compte, pourtant. De longues heures passées à se questionner après l'épisode de la rivière. Des heures à penser qu'il lui en voulait.
... Jusqu'à ce baiser dans le bureau.
Là, elle en avait eu la certitude. Elle avait compris que l'étrange lueur qui brillait dans son regard était du désir. Un désir brutal, même.
Le baiser qu'ils avaient échangé avait balayé les derniers doutes qu'elle pouvait avoir.
Oh, ce baiser... Il l'avait embrassée avec une fougue, une urgence terrifiante.
Et elle avait adoré cela. Elle l'avait tant attendu ! Il lui suffisait de repenser à ce moment où leurs lèvres s'étaient enfin effleurées pour qu'un frisson délicieux lui parcoure les reins.
Elle se remémora la façon qu'il avait eue de la serrer contre lui, tout contre lui.
Elle avait bien senti l'effet qu'elle lui faisait, alors. Et elle avait aussi senti qu'elle avait une chance, une toute petite chance d'être avec lui.
Pas de regret.
Elle prendrait les choses comme elles se présenteraient. Grant était un peu comme un cheval sauvage, elle ne savait pas si elle serait en mesure de le dompter, mais elle comptait bien tenter sa chance, quitte à mordre la poussière.
Il était aussi un homme bon et généreux. Un homme qui avait le sens du devoir et de la responsabilité. Un homme sur lequel on pouvait compter.
Bien sûr, il ne souhaitait pas se lancer dans une relation. Pourquoi s'encombrerait-il d'une seule alors qu'il pouvait avoir toutes les femmes qu'il voulait?
Elle espérait pourtant pouvoir lui démontrer que tout le monde a besoin de rencontrer la personne qu'il lui faut, la personne qui restera à ses côtés quoi qu'il advienne pour le soutenir et l'aimer. Mais elle sentait qu'elle allait déjà trop vite en besogne.
Pour le moment, Grant l'observait par en dessous de son chapeau, tandis qu'elle sortait de deux sacoches tout ce dont ils auraient besoin pour déjeuner. Elle lui adressa un nouveau sourire et eut le plaisir de constater que quelque chose s'allumait dans son regard. Du désir?
— Je n'ai pas pu résister à l'envie de te faire connaître cet endroit, expliqua-t-elle. En revanche, comme j'ai dû me dépêcher pour arriver à l'heure, j'ai peur que les bières ne soient plus que de la mousse pour le moment.
— Ce n'est pas grave, dit-il d'une voix grave presque rauque.
— En revanche j'ai apporté de la citronnade.
— J'adore la citronnade !
Elle éclata de rire.
— Je suis sûre que ce n'est pas vrai, mais en attendant, c'est tout ce que tu auras ! dit-elle tout en déballant le pique-nique, consciente de ce qu'il suivait chacun de ses mouvements du regard.
Il lui faisait penser à un lion à demi endormi qui observerait patiemment une gazelle et se demandait s'il allait se jeter sur elle ou pas.
Une fois les victuailles réparties sur la couverture, elle s'assit et enleva ses bottes.
— Qu'est-ce que tu fais ?
Elle se retint de rire. Pour un homme à femmes, il lui semblait un peu nerveux, aujourd'hui. Elle lui sourit en remuant les pieds.
— Je me mets à l'aise, c'est tout ! Allez, à table ! dit-elle en tapant de la main à côté d'elle.
Grant s'approcha prudemment et, une nouvelle fois, elle dut s'efforcer de garder son sérieux. Enfin, il s'assit à côté d'elle et retira à son tour ses bottes. Elle jeta un coup d'œil discret en direction de son dos d'athlète. Chacun de ses mouvements faisait bouger ses muscles et elle sentit une douce chaleur inonder sot ventre. C'était une drôle de sensation, à la fois douce et tenace.
Elle avait envie de lui...
La bouche de Grant sur la sienne. Ses mains expertes caressant son corps...
Elle devait à tout prix se calmer. Chaque chose en son temps !
Il lui fit enfin face et elle lui tendit un verre de citronnade avant de remplir son assiette d'une cuisse de poulet, de salade de pommes de terre, d'une tranche de pain et de quelques bâtonnets de carotte. Elle avait déjà mangé avec lui des centaines de fois au fil des ans. Elle connaissait ses goûts et ses habitudes, jusqu'au morceau de poulet qu'il préférait.
— C'est vraiment très bon, dit-il après une première bouchée.
Elle finit de se servir avant de goûter à la salade de pommes de terre.
— Hum, tu as raison, dit-elle. Ma mère est vraiment une cuisinière d'exception !
Il brandit la cuisse de poulet dans sa direction.
— Tu veux dire que tu n'as pas préparé ce poulet toi-même ?
Elle se mit à rire, soulagée de le voir se détendre enfin.
— Je ne suis pas assez cruelle pour t'obliger à manger une de mes préparations !
Pourtant, elle savait cuisiner, car Marie avait insisté pour lui apprendre au moins les rudiments de la cuisine. Mais Steph avait un tempérament trop impatient pour prendre plaisir à mitonner des petits plats. Elle aimait être dehors ou sur son cheval plutôt que derrière les fourneaux.
— Je connais mes limites, reprit-elle. Je suis faite pour travailler au ranch, pas au foyer.
Il eut soudain un air préoccupé.
— Tu es heureuse au ranch? Tu aimes prendre soin du bétail ? Te lever à l'aube pour retaper les clôtures, souffrir du froid glacial de l'hiver et de la chaleur des mois d'été ?
Elle hocha la tête et lui adressa un regard interrogateur.
— Qu'est-ce que tu veux vraiment savoir? Tu me connais, non? Et puis tu connaissais mon père, tu sais bien que les chats ne font pas des chiens !
Il fronça les sourcils, pourtant sa voix semblait désinvolte.
— Je voulais simplement m'assurer que tu savais que d'autres options s'offraient à toi.
— Je le sais, mais je m'en moque bien. Je ne veux pas faire autre chose que ce que je fais.
— Il y a pourtant beaucoup de choses que tu pourrais faire. Tu avais de très bons résultats au lycée.
— J'avais d'excellents résultats, tu veux dire ! ajouta- t-elle, le sourire aux lèvres.
C'est ce que je voulais dire.
Plus sérieusement, c'est vrai que j'ai fait de mon mieux pendant toute ma scolarité, mais cela ne voulait pas dire que cela me plaisait pour autant, expliqua-t-elle en grimaçant.
Si Grant et Marie n'avaient pas mis leur grain de sel, elle aurait même quitté l'école le jour de ses seize ans. Elle gardait la conviction qu'elle aurait pu sauver le ranch de son père en y travaillant à temps plein au lieu de perdre cinq jours par semaine à rester enfermée dans une salle de classe.
Elle lui fit la grimace et il lui sourit avant d'ajouter :
— Tu sais que s'il y a un coup de vent, tu vas rester coincée !
— Je croirais entendre parler ma mère !
I1 se mit à rire.
— Tu aurais regrette de ne pas finir le lycée, pourtant, crois-moi !
Elle lui jeta un regard malicieux.
— Je ne crois pas, mais ce n'est pas bien grave, il y a prescription, maintenant.
Ils continuèrent à savourer leur repas en silence pendant un moment, puis Grant reprit :
— Tu sais que si tu changeais d'avis, je suis tout disposé à t'aider à reprendre des études.
Tu n'aimerais pas découvrir l'université ?
Elle sentit sa gorge se nouer sous le coup de l'émotion. Non pas parce qu'elle avait un quelconque regret de n'avoir pas fait d'études supérieures, non. bien au contraire.
Ce qui la touchait, c'était de constater une fois de plus combien Grant était généreux. Il avait toujours été si bon envers elle et sa famille.
— Oh ! Grant, merci beaucoup, mais ce n'est vraiment pas à l'ordre du jour. Je ne crois pas être faite pour les études. Je suis plutôt autodidacte, dans le fond. Je te l'ai dit, je n'ai jamais particulièrement aimé l'école. Ce que j'ai toujours rêvé de faire, c'est ce que je fais aujourd'hui au ranch, grâce à toi.
— Je vois, conclut Grant, sans voix.
Il avait l'air bizarre. L'avait-elle déçu par son manque de curiosité et d'ambition? Il fallait absolument qu'elle en ait le cœur net.
— J'ai dit quelque chose qui n'allait pas ?
Il la regarda droit dans les yeux pendant un long moment, comme s'il s'apprêtait à lui faire une déclaration, puis il sembla se raviser et haussa les épaules.
— Non, ce n'est rien, assura-t-il.
— Tu es sûr?
— Absolument.
— Mais tu...
— J'en suis sûr à cent mille pour cent.
— Très drôle !
Lors du Noël de ses sept ans, soit cinq ans avant que leurs pères soient assassinés, la mère de Stephanie avait essayé de la convaincre de commander au Père Noël une jolie poupée blonde et sa garde-robe.
Steph avait décrété qu'elle détestait ces poupées à la mode et que la seule chose dont elle rêvait était d'avoir un cheval. Elle savait qu'elle était en âge de s'occuper seule de son propre cheval.
Grant qui passait par là l'avait écoutée argumenter auprès de sa mère.
— Je suis sérieuse, maman. Je ne veux pas de poupée ! Si tu m'en offres une, je lui arrache la tête. C'est un cheval que je veux ! J'ai des choses à faire, demande à papa, il te le dira ! Il t'expliquera que je l'aide vraiment et que je l'aiderais encore plus si j'avais mon propre cheval.
Grant s'était approché et avait chahuté Stephanie en déclarant :
— Voyons Steffie, nous savons tous que tu rêves secrètement d'une jolie poupée à la belle chevelure blonde !
Elle se souvenait qu'elle lui avait jeté un regard assassin et avait rétorqué :
— Ne m'appelle pas Steffie et surtout je ne veux pas de poupée !
— Tu en es sûre ?
— J'en suis sûre à cent mille pour cent, Grant Clifton!
Visiblement ce souvenir faisait toujours autant rire Grant.
— Tu étais vraiment caractérielle à l'époque.
— Caractérielle ? Pas exactement, j'avais juste un sens pratique particulièrement développé. D'ailleurs, j'ai eu ma jument, cette année-là, si tu t'en souviens bien.
Malomar, sa douce jument baie, avait été finalement vendue aux enchères avec toutes les bêtes de Triple J. Cela faisait partie de ses plus tristes souvenirs : la vision de sa jument adorée, que l'on faisait monter dans un van avant de refermer le grand verrou et de démarrer dans un nuage de poussière.
D'une certaine manière, elle avait toujours associé cette image à celle du corps de son père, sans vie, baignant dans une mare de sang. Même si ces deux faits n'avait bien évidemment rien de comparable, dans les deux cas, elle avait compris que sa vie ne serait plus jamais la même.
Mais, aujourd'hui, elle ne voulait pas ressasser les vieux souvenirs douloureux. Non.
Aujourd'hui, elle était assise au paradis et elle partageait un repas avec l'homme qu'elle aimait depuis qu'elle était en âge de comprendre ce qu'était l'amour. Aujourd'hui, cet homme la regardait comme une vraie femme et plus comme une fillette, alors elle comptait bien savourer chaque seconde de celte journée.
Ils finirent de manger en silence, puis il reprit :
— C'est vrai, je me souviens de ce Noël-là... Tu as eu ta jument, comme tu le voulais et quelques jours après tu faisais une mauvaise chute et te cassais la clavicule !
— Je dois reconnaître que j'ai toujours été un peu tête bridée, en effet, confessa-t-elle.
— C'est peu de le dire. Tu étais une gamine intrépide et audacieuse et personne n'a jamais pu te raisonner quand tu avais quelque chose en tête, dit-il en la fixant de son regard bleu.
Elle vit une étincelle bien particulière dans ses yeux. Etait-ce de l'admiration? Etait-ce adressé à la fillette téméraire d'alors ou à la femme qu'elle était devenue?
Ou peut-être aux deux ?
Le cœur de Stephanie se mit à palpiter un peu plus vite à cette idée.
Pourtant, déjà, une certaine gravité reprenait possession de ses traits.
— Ecoute, Steph, il y a quelque chose dont je veux absolument te parler...
— Oh non, je t'en prie, ne dis rien ! s'exclama-t-elle vivement.
Il la regarda avec surprise.
— Comment cela ?
— Je sais ce que tu vas me dire et, vraiment, je ne veux pas l'entendre, s'il te plaît !
Grant ouvrait maintenant de grands yeux.
— Tu es au courant ?
Elle repoussa son assiette et s'essuya les mains avec soin.
— Bien sûr que je le sais, comment pourrais-je l'ignorer? Les femmes devinent toujours ce genre de choses. Je dois reconnaître que je n'en étais pas sûre, au départ, mais, maintenant, je n'ai plus de doute, c'est tellement évident.
— Evident? répéta-t-il en l'interrogeant du regard.
— Oui, tout à fait évident, confirma Stephanie avec assurance.
Ce fut le tour de Grant de repousser son assiette en carton. Ensuite il termina sa citronnade et hocha la tête avant de décocher un regard pénétrant à Stephanie.
— Steph?
— Oui?
— Peux-tu me préciser de quoi tu parles exactement ? demanda-t-il.
Pouvait-elle tout lui dire? Sa mère lui avait toujours dit que les hommes n'aimaient pas les femmes trop franches et directes.
D'un autre côté, sa mère était d'une autre génération, une génération où les femmes n'auraient jamais fait le premier pas.
Dieu merci, ce temps-là était révolu.
En revanche, trop de franchise risquait tout de même de le déconcerter quelque peu.
Une bourrasque soudaine secoua les arbres alentour et faillit emporter les assiettes en carton qu'elle rattrapa juste à temps pour les glisser dans un sachet plastique qu'elle recouvrit d'une lourde pierre.
— Et voilà ! dit-elle en se frottant les mains.
Elle se tourna vers Grant qui avait ce même regard interrogateur, comme s'il attendait toujours qu'elle s'explique.
— Au fait, tu veux une bière ? proposa-t-elle en sautant sur l'occasion de changer de sujet.
— Ne bouge pas, dit-il en la retenant d'un geste. Je vais aller la chercher. Je t'en rapporte une ?
— Non merci.
Elle le suivit du regard tandis qu'il se dirigeait vers les chevaux et eut du mal à retenir le sourire qui lui montait aux lèvres. Il était vraiment bel homme des pieds à la tête, en passant par les épaules et... tout le reste !
Comment pouvait-elle lui dire qu'elle savait qu'il la désirait, alors même qu'il ne s'autorisait pas à éprouver ce genre de sentiment à son égard ? Comment lui faire comprendre que cela ne lui posait pas le moindre problème, bien au contraire ?
Tout ce qu'elle attendait de lui, pour le moment, c'était d'autres baisers fougueux, d'autres étreintes...
Et pour le reste ?
Eh bien, pour le reste, ils verraient bien avec le temps !
Grant attrapa une bière et revint vers elle. Tandis qu'elle le regardait décapsuler sa bouteille et en prendre une longue gorgée, elle continua à se poser des questions. Devait-elle lui dire ce qu'elle éprouvait pour lui ?
Comment le lui dire, surtout ?
— Eh bien ? Je t'écoute, demanda-t-il.
Oui, en fait, je voulais dire que...
Les mots étaient juste là, dans sa tête, si clairs et si évidents.
« Je sais que je te plais, mais que tu culpabilises parce que tu ne comptes pas t'engager dans une liaison sérieuse. Tu as peur de profiter de moi, mais, crois-moi, je te le demande, je t'en prie : profite de moi ! »
C'était si clair et si simple. Si facile. Beaucoup plus facile à concevoir qu'à énoncer, somme toute.
— Qu'est-ce que tu voulais me dire ? insista-t-il, son regard pénétrant.
— Eh bien, que... C'est une belle journée, n'est-ce pas ? demanda-t-elle en cherchant à esquiver sa question.
Bon sang, elle devenait vraiment ridicule...
— Steph...
Quelque chose dans le regard de Grant lui donnait l'impression qu'il hésitait entre sauter sur son cheval et filer au plus loin et lui sauter dessus pour la dévorer de baisers.
— Disons que c'est une bel le journée, reprit-elle en se rapprochant de lui et »'allongeant finalement tout contre lui. Nous sommes tous les deux dans cette belle nature, seuls sur cette couverture...
Timidement, elle posa la main sur son torse, bien à plat, afin de sentir les battements de son cœur. Elle était si bien, tellement à sa place tout contre lui, même si elle redoutait qu'il la repousse d'un instant à l'autre.
Pourtant, il ne le fit pas. Au contraire : il la serra contre lui.
— Bon sang, Steph, c'est...
— Chut ! murmura-t-elle en posant un doigt sur sa bouche. Ne dis rien.
Grant baissa les yeux vers elle. Elle sentait la chaleur qui émanait de son corps et sa force, si virile, si rassurante. Elle se lova tout contre lui et écouta les battements rythmés de son cœur.
— Steph, je suis incapable de me raisonner quand tu es près de moi...
Heureusement, répondit-elle en retrouvant peu à peu son audace, tandis que le désir s'emparait de son corps. Je ne veux surtout pas que tu te raisonnes maintenant.
Grant sourit,
— Tu es toujours aussi sûre de toi, on dirait !
— Oh non ! s'écria-t-elle. Pas le moins du monde, même. Pourtant je suis sûre d'une chose : ce que je ressens et ce que je... désire.
— C'est de la folie ! soupira-t-il en passant pourtant son bras autour d'elle.
— Non, bien au contraire, c'est juste ce qu'il y a de plus évident.
— Tu sens bon le soleil, murmura-t-il d'une voix rauque au creux de son oreille. Tu es si douce quand je te tiens comme cela au creux de mes bras.
— Embrasse-moi, répondit-elle simplement en lui offrant ses lèvres. Embrasse-moi et tout le reste retrouvera son sens.
— Il ne faut pas...
Il parlait en serrant les dents, comme s'il avait mal ou qu'il luttait contre une force supérieure.
— Oh que si, il le faut !
Elle était si sûre d'elle, tellement certaine de son évidence quelle semblait détentrice d'un pouvoir magique, forme de sortilège qu'elle exerçait sur lui. La magie de l'envie. Le pouvoir du désir.
Qui aurait dit que ce genre d'attirance pouvait exister entre un homme et une femme qui se connaissaient si bien ? Elle n'aurait jamais imaginé que ce puisse être possible. Elle avait l'impression que toutes les terminaisons nerveuses de son organisme étaient à fleur de peau.
Elle frissonnait tout en étant baignée d'une douce, une si douce chaleur,
— Bon sang, tu ne te rends pas compte de ce que tu me fais...
— Oh, Grant !
Il la prit par le bras et Stephanie eut le sentiment qu'il allait la repousser, pourtant, après un moment d'immobilité, il l'attira tout contre lui.
C'était époustouflant. Elle eut l'impression que ses sens s'éveillaient pour la première fois au contact de ses mains qui enserraient son dos. Puis vint sa bouche contre la sienne, humide, fraîche malgré la chaleur de l'air autour d'eux. Dans un souffle elle entrouvrit les lèvres pour accueillir son baiser.
Leurs langues s'unirent aussitôt, fiévreuses et avides l'une de l'autre.
Elle l'entoura de ses bras tandis qu'il l'allongeait délicatement sur la couverture sans cesser de l'embrasser à pleine bouche.
C'était si bon.
Aussi bon qu'elle l'avait imaginé.
Elle sentit sa main effleurer un de ses seins tendus par le désir. Elle se cambra aussitôt, presque involontairement, en quête d'une nouvelle caresse.
Elle avait tellement envie de lui. Elle se sentait prête à l'aimer tout entier, enfin. Ici et maintenant, sur cette couverture, dans l'ombre intime créée par les arbres qui les entouraient et semblaient les protéger.
S'offrir tout entière à l'homme qu'elle avait toujours aimé. Devenir une femme entre ses bras.
Grant déposa des baisers sur sa joue, son menton, semblant goûter sa peau, glissant le long de son cou, lentement, délicatement.
Elle frémissait de plaisir à chacun de ses baisers.
II enfouit son visage dans le creux de son cou et elle bascula sa tête en arrière, glissant ses doigts dans ses cheveux et l'attirant contre lui, l'incitant par de discrets gémissements de plaisir à continuer.
Oh oui, qu'il continue de l'embrasser jusqu'à la fin des temps !
— Oh, Grant ! murmura-t-elle.
La main de Grant glissa le long de son dos, s'attardant sur ses hanches, son ventre. Elle en voulait plus, encore plus.
Elle voulait sentir sa main au creux de ses cuisses, là où la chaleur se faisait brûlure et où l'envie augmentait à chaque seconde.
Un nouveau gémissement s'échappa de sa gorge, rauque et sourd.
Soudain, sans un mot, il s'écarta d'elle, se redressa, comme mû par un ressort invisible.
— Non ! s'exclama-t-elle.
Mais, déjà, il ne la touchait plus. Elle ouvrit les yeux et le vit, accroupi, le regard dans le vide, les mains serrées l'une contre l'autre comme pour les contenir. Pourtant, elle reconnaissait sur son visage le même désir qui la consumait.
— Reviens, reviens avec moi ! supplia Stephanie doucement.
Il marmonna quelque chose avant de répondre :
— Non, ce n'est pas bien. Ce n'est pas pour ça que je suis venu,
— Mais je n'ai rien...
— Bon sang, Steph, écoute-moi, à la fin !
Sous le choc, comme hébétée par le désir et l'angoisse, elle se rassit pourtant afin de lui faire face.
— Je ne comprends pas de quoi tu veux parler. Qu'est-ce qu'il se passe ?
Il inspira profondément avant de se lever. Elle le regarda d'en bas, d'où il semblait encore plus grand et fort, avec les arbres qui se découpaient derrière lui et le ciel bleu vif en arrière-plan.
Un frisson la parcourut une fois encore, mais celui-là était glacé. Elle croisa les bras contre sa poitrine. Elle ne savait si le froid qui l'envahissait doucement venait de l'extérieur ou de l'intérieur.
— Qu'est-ce que c'est ? insista-t-elle face à son silence obstiné. Quoi que tu aies à me dire, dis-le maintenant.
Il se décida alors.
— Je suis venu te voir pour te dire que je vais vendre Clifton's Pride.