L'amant de l'été

Christine Rimmer · Chapitre 3 sur 16

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L'amant de l'été

Chapitre 3 · Il y avait tellement d'autres choses qu'il…

Il y avait tellement d'autres choses qu'il n'aurait pas dû faire.,.

II n'aurait pas dû l'attirer tout contre lui, il n'aurait pas dû glisser sa langue entre ses lèvres, il n'aurait pas dû se laisser absorber par ce baiser délicieux. Par ses inavouables fantasmes.

Et pourtant...

Ses mains, presque malgré lui, se mirent à parcourir la courbe de son dos, la cambrure de ses reins et vinrent entourer ses fesses fermes et rebondies. Il l'attira tout contre lui. Ainsi, elle ne pouvait plus avoir aucun doute sur l'effet qu'elle avait sur lui.

Il ne fallait pas... Il ne fallait vraiment pas.

C'était dangereux.

Pourtant il ne pouvait y mettre un terme. Il embrassait ses lèvres si douces et sucrées, il respirait son souffle, il sentait ses soupirs et l'embrassait de plus belle.

Ses soupirs et ses gémissements...

Car elle faisait bien plus que de répondre à son baiser. Elle prenait des initiatives.

C'était tellement bon. Meilleur que tout ce à quoi il pouvait penser. Il aurait voulu que cela ne cesse jamais.

Il savait pourtant qu'il fallait qu'il mette un terme à cette erreur.

... Ce qu'il fit au prix d'un effort surhumain.

L'espace d'un instant, ils retinrent leurs souffles. Les yeux grands ouverts, ils s'observaient.

Le regard de Stephanie était plus vert que jamais. Ses lèvres gonflées trahissaient leur baiser.

Ce baiser qu'ils n'auraient jamais dû échanger.

— Je suis désolé, Steph, murmura-t-il en la repoussant doucement mais fermement des deux mains. Je ne sais pas du tout ce qui m'a pris. Je n'aurais jamais dû faire cela.

Elle sourit.

Un sourire tremblotant d'abord, puis plus franc. Un sourire radieux qui l'éblouit.

— Oh que si ! s'exclama-t-elle, rayonnante. Bien sûr qu'il fallait que tu le fasses. En tout cas je suis heureuse que tu l'aies fait !

Pour la première fois de sa vie, il ne savoura pas la cuisine de Marie.

Son assiette était bien la dernière de ses préoccupations en ce moment.

Il ne parvenait à chasser Steph de ses pensées. Son sourire, le souvenir de leur étreinte, le regard qu'elle lui lançait chaque fois que leurs yeux se rencontraient.

II s'était fourré dans une terrible situation et il le savait. Il devait sans cesse se rappeler qui elle était et quels étaient leurs rapports, se répéter que jamais au grand jamais il ne devrait la faire souffrir et que la dernière des choses envisageable, était de se retrouver dans le même lit que Stephanie Julen.

Il n'était certainement pas le genre d'homme qu'il lui fallait, c'était une évidence. Elle était une jeune femme innocente et pure, destinée à rencontrer un homme qui souhaiterait l'épouser et fonder une famille. D'ailleurs, elle n'avait probablement jamais eu de relations avec un homme...

Bon sang, qu'avait-il fait ?

Une chose était sûre : il n'était pas prêt pour le grand saut : mariage, famille, enfants...

I1 se demandait d'ailleurs s'il le serait un jour.

Et, même si elle ne pensait certainement pas encore au mariage, elle était en droit d'attendre une certaine implication de sa part, une véritable relation. Et il n'était pas homme à s'engager.

En ce qui concernait les femmes, il aimait que les choses soit très claires et très simples.

Pas d'engagement, pas de promesses. Juste le plaisir, sans les complications.

Ce soir, assis à table en face d'elle, il se sentait pris au piège. Prisonnier de lui-même et de son propre désir pour la petite Stephanie.

I1 fallait qu'il se tienne à distance d'elle, dorénavant. Il n'y avait pas d'autre solution tant qu'il n'était pas convaincu d'être en mesure de se contrôler si elle s'approchait un peu trop.

C'était aussi simple que cela.

Il prit une nouvelle bouchée qu'il mâcha résolument puis avala sans vraiment la goûter.

— Grant, tu es sûr que tout va bien ? demanda Marie, préoccupée par son silence.

— Oui, oui, tout va très bien, répondit-il.

— Tu n'as pas l'air dans ton assiette. Le repas ne te plaît pas ?

— Tu veux rire, c'est délicieux, comme toujours, ma chère Marie.

Rufus toussota longuement, laissant planer le doute sur ses intentions. Grant le foudroya du regard. Le vieil homme haussa les épaules.

— Marie, je crois que c'est le meilleur bœuf braisé que tu aies jamais préparé. Il est vraiment parfait, tendre et fondant comme on l'aime. Et puis les légumes sont savoureux et cuits à point... Non, crois-moi, si le boss a un problème, cela n'a rien à voir avec ton dîner, impossible !

— Je ne sais pas ce que tu racontes, mon vieux Rufus, mais je n'ai pas le moindre problème ! rétorqua Grant en jetant un nouveau regard assassin dans sa direction.

— Tu vois, Marie, reprit Rufus, un large sourire aux lèvres, le boss n'a pas de problème !

Grant détourna le regard du vieux cow-boy qui vidait sa bière d'une traite, visiblement satisfait de son petit effet. Ses yeux tombèrent sur Jim, le nouvel ouvrier qui regardait Stephanie du coin de l'oeil. Grant reconnut le type de regard qu'il lui jetait et dut se faire violence pour ne pas le prendre par le col et lui flanquer une bonne correction.

Après tout, qui était-il pour demander à Jim de ne pas dévorer Steph des yeux ? Le jeune homme semblait plutôt sympathique au premier abord. Steph lui en avait dit le plus grand bien et Rufus lui avait confirmé qu'il était dur à la tâche. Tous les hommes n'étaient pas comme lui, certains souhaitaient rencontrer une femme belle et douce pour fonder une famille. Si c'était le cas, il était certainement un bien meilleur parti pour elle que Grant ne le serait jamais.

Pourtant, ce n'était pas Jim que Steph regardait.

C'était bien lui...

Et, chaque fois que leurs regards se croisaient, il était pris d'une envie irrésistible de se lever de table et de l'entraîner quelque part où il pourrait lui enlever sa chemisette rouge et son jean et admirer enfin ce corps qu'il n'avait fait qu'entrevoir près de la rivière.

Mises à part les allusions de Rufus, Grant eut l'impression d'avoir plutôt bien réussi à dissimuler son trouble et le reste du repas se déroula des plus normalement.

Marie leur servit de la tarte pour le dessert et insista pour qu'il en remporte un peu avec lui. Enfin, elle desservit la table et il commença à se détendre.

C'était très bon, Marie, merci ! dit-il en posant sa serviette sur la table. Je resterais volontiers un peu plus longtemps, mais j'ai encore du chemin à faire, alors je crois que je ne vais pas traîner.

— J'ai préparé ton cheval, dit Rufus, il est sellé et prêt à partir.

— Merci, dit Grant en se levant et replaçant sa chaise sous la table.

Il traversa la pièce pour récupérer son chapeau qui était accroché à l'entrée, salua tout le monde d'un geste large et quitta la cuisine.

Mais, visiblement, Steph ne comptait le laisser s'en tirer aussi facilement, et elle sortit sur ses talons pour le rejoindre sous le porche de la maison.

Il ne savait pas quoi lui dire. Alors, il ne dit rien.

Son silence ne semblait pas affecter Stephanie, qui se contenta de marcher à côté de lui.

Elle traversa la cour et le raccompagna sans mot dire jusqu'à l'écurie où l'attendait Titan.

En arrivant à la hauteur du cheval, elle murmura :

— Il fait bon, à cette heure. Cela commence enfin à se rafraîchir.

Le soleil venait de passer de l'autre côté des montagnes, mais le crépuscule tombait à peine.

— C'est vrai, répondit Grant sans la regarder. C'est agréable.

Il saisit les rênes et se mit en selle. C'est alors qu'il commit l'erreur de baisser le regard dans sa direction.

Elle lui souriait. C'était le même sourire qu'un peu plus tôt. Un grand et joyeux sourire. Un sourire réjoui. Grant sentit son cœur se serrer.

— Que dirais-tu d'un pique-nique? proposa-t-elle soudain. Demain, je ne peux pas me libérer, je dois retaper les clôtures et cela va me demander du temps, mais mardi, je vais pouvoir m'échapper quelques heures. Disons vers midi ? Je te retrouverai dans le pré qui est à côté du grand arbre mort sur le terrain des Danver.

Grant avait remarqué cet arbre à l'aller. Autrefois, il faisait partie des terres du ranch des Julen, Triple J.

— Tu vois où cela se trouve ? demanda-t-elle face à son absence de réaction.

« Dis-lui tout net que tu ne pourras pas venir... »

— Oui, je vois, s'entendit-il répondre.

— C'est à mi-chemin entre le complexe et le ranch, ainsi cela ne te fera pas trop de chemin.

J'apporterai une couverture et du poulet froid, reprit-elle, le plus naturellement du monde.

Ah, et aussi des bières !

« Dis-lui non, dis-lui que c'est impossible ! »

— D'accord, mardi à midi, répondit-il pourtant.

— Bonne nuit, Grant ! lança Stephanie en tournant les talons.

Il inclina légèrement son Stetson et, d'un claquement de langue, mit Titan en route.

Tout le long du chemin du retour, il se maudit intérieurement. Il fallait qu'il l'appelle.

Qu'il lui dise qu'un imprévu l'empêchait de la rejoindre après-demain. Il était hors de question qu'il la retrouve.

Il était tellement préoccupé par cette histoire et par le baiser qu'ils avaient échangé avant le dîner qu'il en oublia totalement un autre point important, qui ne lui revint à l'esprit qu'une fois rentré.

Il ne leur avait rien dit du projet de vente du ranch.

— Maman? appela Stephanie en entrant dans la maison.

Marie leva les yeux du vêtement qu'elle était en train de repriser et adressa à sa fille un sourire un peu las. Elle enleva les lunettes qu'elle portait pour coudre et frotta les ailes de son nez. Dans la semi-obscurité de la pièce, ses traits semblaient tirés et son visage, marqué, ridé. Elle paraissait plus que ses quarante-neuf ans.

— Tu vas te coucher?

— Oui, répondit Steph. Je voulais te souhaiter une bonne nuit.

Il n'était pas tout à fait 21 heures, mais Steph et sa mère seraient debout le lendemain bien avant les premières lueurs de l'aube.

Marie posa son ouvrage et tapota le canapé à côté, invitant sa tille à s'asseoir.

— Il y a un problème, maman ? demanda Stephanie face à la mine grave de sa mère.

— Viens t'asseoir un moment avec moi. Ce ne sera pas long.

Peu enthousiaste, elle prit place sur le canapé. Elle avait l'intuition que ce que sa mère s'apprêtait à lui dire ne lui plairait pas.

— Qu'est-ce qu'il y a?

Marie reprit son ouvrage et lit quelques points de plus, comme si elle avait besoin de se rassurer en se raccrochant à ce travail répétitif et coutumier. Steph observa la nuque courbée de sa mère avec un mélange de tendresse et d'appréhension. Elle aimait et respectait sa mère et, la plupart du temps, elles étaient exactement sur la même longueur d'onde.

Pourtant, ce soir, elle sentait confusément qu'elles n'allaient pas forcément être d'accord.

Finalement, Marie releva le nez.

— Il se passe quelque chose entre Grant et toi ?

Steph ne put masquer son trouble ni ses espoirs.

— Oh, maman, je le souhaite tellement !

Marie fit quelques points de plus puis s'arrêta.

— Tu sais qu'il est loin d'être prêt à s'engager?

— Je le sais, maman.

— Je crains que vous n'ayez pas les mêmes attentes dans la vie, ma chérie.

— C'est vrai, mais... On ne sait jamais comment les choses évoluent, n'est-ce pas ?

Marie hocha la tête.

— Si tu voyais ta tête. Tu es rouge comme une pivoine et on pourrait compter les étoiles dans tes yeux !

— Est-ce une si mauvaise chose ?

— Protège ton petit cœur, ma chérie...

— Oh, maman, il n'y a rien à protéger ! Mon cœur lui appartient depuis toujours !

Grant passa la journée du lundi à courir d'un rendez- vous à un autre sans répit. En tant que superviseur, il devait suivre de près tout ce qui se faisait à la base de loisir.

Il commença la journée par une réunion qui s'éternisa de 9 heures jusqu'à 11 h 30. Le projet de création d'un golf de dix-huit trous pour l'été suivant occupant la majorité des discussions.

Peu avant midi, il retrouva son assistante avec qui il passa en revue son planning de la semaine.

Ensuite, il aurait été en mesure de dégager quelques minutes pour appeler au ranch et leur parler de ses projets.

Mais il ne le lit pas...

Ce n'était pas exactement le genre de nouvelles qu'il s'imaginait donner par téléphone. Il ressentait l'obligation morale d'annoncer cela à Steph et sa mère de vive voix.

En revanche, une chose était sûre : il n'aurait pas le temps pour ce genre de face-à-face aujourd'hui.

Certes, il n'avait pas de rendez-vous prévu pour cet après-midi et peut-être qu'après 18

heures, il pourrait faire un saut au ranch...

Peut-être qu'il devrait faire un saut au ranch...

Mais plus il y pensait, plus il se disait que le mieux était de se libérer quelques heures mardi et de retrouver Stephanie autour du pique-nique qu'elle lui avait proposé.

Ainsi, il pourrait lui annoncer la nouvelle, puis rentrer au ranch avec elle afin d'en parler avec les autres.

Pour l'instant, l'essentiel était de se convaincre que ce qui était arrivé la veille ne se reproduirait pas. C'était un concours de circonstances totalement extraordinaire, qui avait débuté lorsqu'il était tombé sur Stephanie nue au bord de la rivière. Il avait été envoûté par cette jeune femme qu'il n'avait d'abord pas reconnue. C'était là la cause de son trouble.

Maintenant qu'il avait repris le contrôle de la situation, il sentait qu'il n'avait plus de souci à se faire. Steph était en effet devenue une ravissante jeune femme, mais elle restait dans son cœur la petite fille qu'il aimait comme une sœur.

Une sœur et rien d'autre.

Sans oublier qu'il y avait beaucoup d'autres femmes de par le monde. Peut-être qu'une soirée romantique avec une jolie femme disposée à passer du bon temps devrait lui permettre de se remettre les idées en place.

Le hasard fit bien les choses, car il trouva un message de l'une de ses anciennes conquêtes en sortant de réunion. Elle vivait à San Diego et était venue skier dans la région en janvier dernier. C'était alors qu'ils s'étaient connus...

Grant avait d'ailleurs gardé un souvenir délicieux de leur rencontre.

En souvenir de cet hiver, j'ai décidé de séjourner à Thunder Canyon avec une amie pour le pont du 4 juillet, expliquait la voix enregistrée. Appelle-moi quand tu auras ce message, je suis extrêmement impatiente de le revoir et... Plus si affinités !

Oui, décidément, le hasard faisait bien les choses et il rappela son amie pour fixer un rendez-vous pour le soir même. Alors qu'il raccrochait, son téléphone se remit presque aussitôt à sonner.

— Oui?

— Eva Post sur la ligne deux, annonça la voix de son assistante au bout du fil.

Eva était l'agent immobilier avec qui il était en contact potir la vente du ranch.

— Bonjour, Eva.

— Bonjour, Grant. Je vous rappelais pour confirmer mon offre. Mes financements sont assurés jusqu'à demain soir, 17 heures. Il faut que nous nous voyions pour examiner les derniers détails. Je pense en tout cas que vous aurez toutes les raisons de vous réjouir. Tous les points que vous avez abordés ont pu être satisfaits.

— Quelle date avez-vous définie pour la prise de possession des lieux ?

— Le IER septembre. Mes acheteurs auraient souhaité entrer plus tôt, mais je leur ai expliqué que vous aviez des occupants sur place.

— Le 1ER septembre...

Grant savait qu'il ne pouvait espérer mieux et qu'Eva avait déjà consenti un réel effort, mais en même temps le 1er septembre lui semblait tellement proche.

— J'ai aussi obtenu que vous disposiez des six prochains mois pour revendre le bétail et les équipements en toute sérénité. Il suffit que la maison, les dortoirs et le cottage du contremaître soient disponibles au 1er septembre et notre cliente sera ravie.

La cliente en question s'appelait Melanie McFarlane. Elle venait de la côte Est et résidait depuis quelques semaines dans l'une des suites du centre. Elle souhaitait investir dans la région et avait eu un coup de foudre pour le ranch qu'elle souhaitait transformer en un gîte de charme pour touristes.

Grant savait que son père n'aurait jamais permis une telle chose, mais John Clifton était mort depuis longtemps et le prix qu'on lui en offrait était plus que tentant.

Restait une préoccupation... Stephanie et sa famille.

Bon sang, il aurait dû leur annoncer la couleur dès la veille comme il l'avait prévu et surtout ne pas se laisser distraire ! Vendre le ranch était déjà suffisamment compliqué pour lui, l'idée de signer avant même d'en parler à ses occupants lui semblait particulièrement ignoble.

— Que diriez-vous de passer vers 16 heures à mon bureau ? proposa Eva.

— Aujourd'hui?

— Oui, cela vous pose un problème?

— Que pensez-vous de demain vers 16 h 30 ? proposa- t-il à son tour.

— Cela nous laisse très peu DEe marge DEe manœuvre, mais c'est vous qui décidez, répondit-elle dans l'espoir de le faire changer d'avis.

— Retrouvez-moi demain à mon bureau, confirma Grant.

Eva accepta et ils se saluèrent avant de raccrocher.

Ce serait juste, mais il était en mesure de tout régler en une seule journée : il annoncerait la nouvelle à Steph et sa mère avant de rentrer retrouver Eva en fin d'après-midi.

Sa conquête lui jeta un regard brûlant sous ses longs cils noirs. Ils se trouvaient devant la porte de sa chambre d'hôtel et Grant pouvait se faire une idée assez précise de ce qui allait suivre à l'intérieure au vu du sourire aguicheur qu'elle lui adressait.

— Mon amie est partie jusqu'à demain, dit-elle d'une voix chaude. Je t'offre un dernier verre ? Je crois que j'ai une bouteille de Champagne au frais.

Grant se remémorait leur dernière nuit ensemble l'hiver dernier. Ils avaient partagé des moments torrides tous les deux. Elle avait toutes les raisons du monde de croire que ce soir les choses allaient se passer de la même façon.

C'était aussi ce qu'il avait prévu initialement en venant la retrouver.

Pourtant, depuis hier, rien ne semblait se dérouler comme il le prévoyait.

Toute la soirée durant, il s'était demandé ce qu'il faisait là. Ce qu'il faisait au bar de l'hôtel... Ce qu'il faisait à la table du luxueux restaurant du palace...

Il n'arrivait pas vraiment à être avec elle, il était distrait et absent, à tel point que leur soirée s'était émaillée de nombreux silences embarrassants, amenant la jeune femme à lui demander à diverses reprises s'il était sûr que tout allait bien.

Il lui avait assuré que tout allait pour le mieux, même si ni l'un ni l'autre n'étaient vraiment dupes. Il était même surpris que sa charmante amie souhaite prolonger la soirée. Il aurait préféré qu'elle ne lui propose pas d'entrer. Il venait de prendre conscience du fait qu'il n'était pas en mesure de lui offrir ce qu'elle attendait de lui.

— Merci, répondit-il en baissant les yeux, mais j'ai une réunion de bonne heure demain matin.

Son visage se figea l'espace d'un instant, mais aussitôt, elle se ressaisit. Il en faudrait visiblement plus pour ébranler sa confiance en elle. S'il était assez stupide pour la laisser rentrer toute seule, il ne valait certainement pas le détour.

Elle s'avança d'un pas et Grant perçut les effluves capiteux de son parfum. C'était une odeur musquée et exotique. I1 l'avait trouvé tellement sexy, l'hiver dernier.

Mais, cette fois-ci, c'était différent.

Elle toucha sa joue. La caresse de sa main était douce et fraîche. Il pensa aux mains de Stephanie, burinées par le travail et le soleil et, tout à coup, l'évidence s'imposa à lui.

Il ne servait à rien de se voiler la face.

C'était Stephanie qu'il désirait.

11 la désirait de toutes ses forces et c'était ce qui l'affectait maintenant et l'empêchait de se comporter comme d'habitude. C'était pour cela qu'il ne lui avait pas avoué qu'il vendait le ranch auquel elle tenait comme à la prunelle de ses yeux.

C'était à cause d'elle qu'il refusait cette nuit d'amour torride qui s'offrait à lui, sous les traits d'une jeune femme ravissante et expérimentée, si disposée à partager son lit.

Il allait au-devant de gros ennuis et le pire était qu'il n'avait pas la moindre idée de comment il allait s'y prendre pour les éviter,

— Eh bien, bonne nuit ! dit-elle en s'écartant doucement, comme à regret de lui.

Il tourna les talons et reprit la direction de ses bureaux. Il avait beaucoup de travail en retard et, de toute façon, il ne se sentait pas prêt à dormir pour le moment.

Le lendemain matin, Grant avait déjà tiré un trait sur ses interrogations et avait réussi à se persuader qu'il était parfaitement en mesure de retrouver Steph pour lui parler de son projet, comme prévu.

Aucun problème.

Il la retrouverait à midi, comme prévu. Il retrouverait la jeune femme qu'il considérait presque comme sa sœur et pour qui il n'éprouvait que tendresse et respect depuis toujours.

Jusqu'à dimanche dernier.

Il était cependant normal qu'il ait quelque appréhension à lui annoncer une nouvelle qui risquait fort de la bouleverser, mais son rôle de grand frère lui permettrait de la rassurer efficacement.

Riley Douglas, qui était officiellement codirecteur du centre de loisir, mais qui, dans les faits, était la plupart du temps accaparé par de nombreuses affaires, et confiait donc le gros du travail à Grant, se présenta à 9 heures. Grant évoqua avec lui l'avancement du projet de golf et ils discutèrent de la possibilité d'ouverture d'un troisième restaurant dans le centre,

— Fais-moi parvenir un dossier complet avec une estimation des coûts, le personnel dont tu aurais besoin, le local et nous présenterons ton projet au conseil d'administration.

Grant demanda à Riley des nouvelles de son père, Caleb, qui avait été à l'origine de la base de loisir. Le riche exploitant disposait du terrain et des fonds suffisants pour intéresser des investisseurs. Ensemble, ils avaient mis sur pied la luxueuse station. Sans la vision et le sens aigu des affaires de Caleb Douglas, rien n'aurait été possible.

— Je dois reconnaître que, malheureusement, il ne rajeunit pas, répondit Riley, mais il me demande régulièrement de tes nouvelles.

— Transmets-lui mes amitiés, ainsi qu'à ta mère, s'il te plaît.

Après le départ de Riley, Grant passa quelques coups de fil importants et vers 11 heures il se rendit aux écuries où il trouva Titan prêt à partir.

Il emprunta les mêmes sentiers que deux jours auparavant et, au beau milieu de cette nature qu'il aimait tant, il poussa sa monture au galop, comme pour chasser le tourbillon d'émotions qui s'emparait déjà de lui. comme s'il espérait le laisser derrière lui et, dans l'action, retrouver le contrôle.

Steph était là, montée sur Trixiebelle. Elle l'attendait à l'ombre d'un immense peuplier de Virginie.

Dès qu'il la vit, son cœur se mit à battre la chamade. I1 avait l'impression qu'il faisait un bruit assourdissant. Et le désir prit possession de son corps, et de son esprit.

Stephanie calma sa jument qui piaffait à l'approche de Titan, puis leva les yeux vers Grant, un sourire radieux aux lèvres. Un sourire resplendissant qui le troubla un peu plus encore.

Bon sang, elle était tellement belle ! Tellement belle qu'il en avait mal. Elle avait laissé son Stetson dans son dos, ses cheveux aux reflets dorés étaient assemblés en une tresse lâche.

Elle le regardait droit dans les yeux, son regard vert semblait translucide.

— C'est par là, juste après les premiers arbres, dit-elle en pointant du doigt un bosquet à quelques centaines de mètres de distance. Suis-moi !

Désespérément ensorcelé, ne voyant plus rien que ses yeux et ses cheveux qui semblaient constellés de poussière d'or dans la lumière du soleil, il la suivit.