L'amant de l'été
Chapitre 12 · Depuis qu'elle avait accepté de prendre en…
Depuis qu'elle avait accepté de prendre en charge la gestion do ranch de Clifton's Pride, Stephanie avait limité les cours d equitation qu'elle dispensait auparavant au centre de vacances. Le centre avait recruté une monitrice à temps plein, pour les cours collectifs, tandis que Steph donnait des cours particuliers de temps à autre.
Vendredi matin, elle reçut un appel de la monitrice.
J'aurais besoin de toi cet après-midi. Il y aurait un cours d'une demi-heure avec quelqu'un de San Francisco, Doug Freethy. Il n'est jamais monté sur un cheval de sa vie et souhaite profiter de son séjour pour découvrir l'équitation. Ensuite ce serait une heure complète avec une dame, poursuivit-elle en cherchant dans son agenda. Melanie McFarlane.
Stephanie chercha dans sa mémoire où elle avait entendu prononcer Ce nom. Bien sûr !
C'était cette femme qui devait racheter le ranch...
Melanie m'a dit qu'elle avait déjà pris quelques cours, mais elle souhaiterait se perfectionner. Le premier rendez-vous est à 14 heures, Doug t'attendra aux écuries.
Le fameux Doug était un ingénieur en informatique, plutôt sympathique et jovial et dont l'attention se détourna très rapidement de son cheval au profit de Stephanie à qui il proposa à deux reprises de dîner avec lui.
— Vous ne savez pas ce que vous ratez, dit-il lorsqu'elle déclina son invitation pour la deuxième fois.
Elle sourit, amusée.
— Passez un très agréable séjour à Thunder Canyon, Doug !
— Il le serait si vous acceptiez de passer une soirée avec moi ! insista-t-il.
Elle refusa poliment une fois encore et Doug finit par s'y résoudre.
Melanie McFarlane se présenta avec quinze minutes d'avance. Elle avait adopté un look complet dans le plus pur style western, avec des santiags, un jean, un T-shirt bleu turquoise et un beau Stetson sur ses cheveux roux, à la coupe sophistiquée.
Stephanie n'aurait pas su dire, exactement, à quoi elle s'était attendue. Cette femme était mince et séduisante et même plutôt agréable d'abord. Elle écouta ses conseils avec beaucoup d'attention avant de se mettre en selle.
Très rapidement, les deux jeunes femmes quittèrent le manège pour aller se promener.
Melanie apprenait vite, c'était évident.
L'heure de cours s'écoula rapidement, bien plus, en tout cas, que la demi-heure en compagnie de Doug...
— Je dois vous dire quelque chose, Stephanie. Cette leçon n'est pas exactement le fruit du hasard, confessa Melanie alors qu'elle ramenait sa monture dans son box.
Stephanie mit pied à terre à son tour et tendit les rênes de son cheval au lad qui se présentait à l'entrée de l'écurie.
— Etiez-vous au courant que j'avais pour projet d'acheter le ranch de Clifton's Pride et d'en faire des chambres d'hôtes haut de gamme? demanda Melanie.
Stephanie hocha la tête,
— Je sais que Grant était sur le point de faire affaire avec vous et qu'il a finalement changé d'avis.
Melanie ôta son chapeau et passa la main dans ses cheveux roux.
— Pour vous dire le fond de ma pensée, je suis plutôt optimiste à ce sujet. Je crois que lorsqu'il saura combien je suis disposée à lui en proposer, il changera d'avis une nouvelle fois.
Stephanie sentit sa gorge se nouer, La décision de Grant était-elle aussi ferme qu'il avait voulu le lui faire croire ou Melanie avait-elle, comme elle semblait le suggérer, le pouvoir de le faire changer d'avis ?
— Pour le moment, il n'a pas encore changé d'avis, n'est-ce pas ? demanda Steph d'une voix inquiète.
— Pas encore, mais ce que je tenais à vous dire, c'est que lorsque ce sera te cas, je souhaiterais que vous acceptiez de travailler pour moi. J'aurais besoin de quelqu'un du coin, quelqu'un qui connaisse bien le secteur et le ranch, pour accompagner les vacanciers, leur donner des leçons d'équitation. Quant à votre mère, il paraît qu'elle se défend en cuisine et cela m'intéresse aussi. Qu'en dites-vous, ce serait la meilleure des reconversions pour votre mère et vous, non ?
Steph se sentait totalement abasourdie.
— Ecoutez, Melanie, d'après ce que j'ai compris, Grant ne souhaite plus vendre le ranch...
Bien sûr, le plus simple serait d'aller le voir pour lui poser la question directement et discuter de tout cela tranquillement et découvrir s'il était encore possible qu'il change d'avis.
Le problème était que discuter avec Grant était à l'heure actuelle pratiquement impossible pour elle.
— Je souhaitais seulement vous informer des opportunités qui peuvent s'offrir à vous, précisa Melanie. Je ne veux surtout pas que vous pensiez que si la vente a lieu vous vous retrouveriez sans emploi. Je parle aussi pour les ouvriers qui travaillent au ranch avec vous.
Sur ce, et face à l'absence de réaction de Stephanie, Melanie remit son Stetson et lui tendit la main.
— C'était un réel plaisir de vous rencontrer, mademoiselle Julen.
Après avoir tergiversé un bon moment, Stephanie décida de rentrer au ranch. Elle ne se sentait vraiment pas en mesure de dialoguer avec Grant. Elle lui en voulait trop et savait que sa colère prendrait le dessus. Et puis, plus elle y réfléchissait, plus elle se disait que son intervention auprès de lui risquait finalement de compliquer les choses encore davantage.
Si jamais il acceptait l'offre de Melanie, elle en serait rapidement informée. Elle ne pouvait pas vraiment dire que l'idée de travailler dans un ranch à touristes l'attirait, mais il fallait bien vivre.
Et elle n'avait pas beaucoup de possibilités.
Si Grant finissait par vendre il semblait que sa mère et elle, ainsi que Rufus et leur nouvel employé auraient un nouvel emploi d'assuré, ce n'était déjà pas si mal.
Même si elle avait du mal à s'y résoudre, il fallait savoir se montrer réaliste. Le monde évoluait et il fallait peut-être accepter le changement.
L'après-midi lui sembla s'éterniser. Elle avait beau essayer de se concentrer sur son travail, ses pensées revenaient toujours vers la même personne... Cet homme qui la désirait tellement qu'il ne l'avait appelée qu'une seule fois de la semaine pour lui dire à quel point il regrettait la nuit qu'ils avaient passée ensemble et combien il se sentait coupable de lui avoir fait l'amour.
Ce soir-là, elle se retrouva dans la cuisine à fixer la cour par la fenêtre. Malgré tous ses efforts, elle ne pouvait s'empêcher d'espérer voir le 4x4 de Grant faire irruption dans la nuit.
— Bon sang, Stephanie, ce n'est plus possible ! s'exclama soudain Marie. Je ne peux plus supporter de te voir comme ça ! Fais quelque chose, enfin, va le voir, parle-lui, je ne sais pas !
Stupéfaite, Steph se tourna vers sa mère qui avait mis de côté son ouvrage.
— Mais je croyais que...
— Je sais bien ce que je t'ai dit, mais là, je ne peux plus te voir fixer la pénombre dans l'espoir que cet idiot se décide finalement à venir te voir !
***
Grant se tenait au comptoir de chêne du Lounge avec Marshall et Mitchell Cates. Tout le monde, Lizbeth incluse, riait de bon cœur aux plaisanteries de Marshall.
Tout le monde, sauf Grant.
Marshall donna à Grant une tape dans le dos.
— Cela ne te fait pas rire ? Qu'est-ce qu'il t'arrive ces derniers temps ? Tu n'as vraiment pas l'air dans ton assiette !
— Tout va bien, je t'assure.
Marshall lui jeta un regard incrédule.
— Vraiment ? Pourtant tu devrais voir ta tête depuis une semaine !
Grant s'apprêtait à lui conseiller de s'occuper de ce qui le regardait, lorsqu'il remarqua Dax Traub qui entrait dans le bar.
— Bonsoir, Dax !
Dax vint à leur rencontre, le visage fermé, comme à son habitude. Depuis qu'il avait divorcé de son premier amour, il avait une nette tendance au vague à l'âme.
Grant songea en le voyant qu'il n'était finalement pas le seul à être morose, ce soir.
Le visage de Stephanie continuait de le hanter à longueur de journée et sa lâcheté le minait continuellement.
— Quoi de neuf? demanda Grant en invitant Dax à s'asseoir avec eux.
Dax haussa les épaules.
— Rien de nouveau, malheureusement.
— Sers un verre à mon ami, s'il te plaît ! demanda Grant à Lizbeth.
— A vos ordres, patron ! répondit-elle en lui adressant un regard langoureux.
Presque par habitude, Grant répondit à son regard par un petit sourire en coin, qui ne la démonta pas le moins du monde.
— Et voilà, dit-elle à Dax en plaçant un verre de whisky devant lui.
— Merci, répondit-il sans même lever les yeux.
Grant se décida à lui parler affaires sans plus tarder.
— Cela fait un moment que je veux te parler, Dax.
— A quel sujet ?
— D. J.
D. J. Traub était le frère cadet de Dax. Il avait quitté la ville il y avait près de dix ans, juste après le mariage de Dax et n'était revenu qu'à une seule occasion, les funérailles de leur père.
Le petit dernier des frères Traub n'avait pas perdu son temps, bien au contraire : il avait commencé par créer son entreprise, spécialisée dans la fabrication de condiments alimentaires et en particulier une sauce barbecue qui avait fait un tabac, puis il avait lancé sa propre chaîne de restaurants à Atlanta d'abord et dans de nombreuses villes, par la suite.
Exception faite de Thunder Canyon, curieusement.
— Il faut que ton frère ouvre un restaurant ici, expliqua Grant. J'ai ce projet pour le centre en tête depuis quelque temps et j'en ai beaucoup parlé avec Riley qui est de mon avis. Nous cherchons à ouvrir un restaurant familial pour varier l'offre du centre et nous ouvrir à une clientèle plus large et j'ai tout de suite pensé à D. J.
Dax hocha la tête, mais il ne semblait pas particulièrement enthousiaste.
— Tu as peut-être raison, Grant, mais je ne suis pas sûr d'être la personne la mieux placée pour t'aider dans ton projet.
— Bon sang, Dax, mais c'est ton frère !
— C'est vrai, mais je ne l'ai vu qu'une fois au cours des dix dernières années. En revanche, vous étiez amis tous les deux autrefois, je suis certain qu'il sera ravi d'avoir de tes nouvelles.
Grant s'était souvent demandé ce qui avait bien pu se passer entre Dax et son frère. Il était persuadé qu'il y avait eu quelque chose de sérieux, bien que Dax ait toujours prétendu le contraire.
— Bien, dit Grant, dans ce cas, j'essaierai de le contacter directement et de voir si nous pouvons envisager ce type de coopération. Ce serait sympathique de le voir un peu plus souvent par ici.
— C'est sûr, dit Dax.
— C'est vrai que cela fait une éternité que nous ne l'avons plus vu, ajouta Mitch.
Marshall leva son verre.
— A la santé de D. J., alors, quoi qu'il puisse bien faire là-bas à Atlanta !
— A la santé de D. J. ! s'exclamèrent tous les autres en chœur.
Grant eut une pensée pour Russ et regretta qu'il ne soit pas avec eux, ce soir, pour trinquer à la santé de leur camarade.
Il savait pourtant que Russ Chilton n'était pas près de mettre un pied dans un endroit comme le Lounge, pas plus, certainement, qu'il n'était disposé aller se promener en plein Wall Street en costume complet. Ce n'était tout simplement pas son univers.
Grant reposa son verre vide sur le comptoir et fit signe à Lizbeth.
— Allez, ma belle, ressers-nous donc une tournée de whisky !
Lizbeth, qui était occupée à préparer des cocktails à l'autre bout du bar, revint lentement vers le petit groupe en minaudant.
-— Vos désirs sont des ordres, patron ! répondit-elle, toujours avec ce regard de braise.
Marshall intercepta cet échange et lança :
— Eh, Lizbeth, est-ce que je peux avoir droit à un regard brûlant, moi aussi ?
Elle eut un petit rire avant de répondre :
— Désolée, doc, c'est le patron qui m'intéresse, d'autant plus que tu auras remarqué comme tout le monde qu'il est fou de moi !
Tout le monde éclata de rire.
— Grant ? Je peux te parler ?
Grant se figea, son verre de whisky à la main.
Stephanie.
C'était Stephanie qui venait de parler.
Sa voix un peu grave, comme enrouée, était reconnais- sable entre mille.
Retenant son souffle, il leva les yeux en direction du miroir, derrière le bar. C'était bien elle, juste derrière lui. Leurs regards se croisèrent indirectement.
Il sentit la chaleur monter en lui et envahir tout son corps. Il déposa son verre sur le bar tandis que ses compagnons saluaient Stephanie.
— Bonsoir à tous, répondit-elle avant de se tourner vers la jeune femme qui la dévisageait de l'autre côté du bar. Bonsoir, Lizbeth.
Lizbeth sentit que quelque chose était en train de se jouer dont elle n'avait pas toutes les clés. Elle dut pressentir qu'elle n'avait pas l'avantage et répondit d'un sobre signe de tête.
— Euh, Stephanie, je peux t'offrir un verre ? demanda Grant, visiblement mal à l'aise de cette situation qu'il n'avait pas du tout anticipée.
— Non, merci, je ne veux rien, Grant, répondit-elle d'une voix posée et un peu distante.
Il se retourna pour lui faire face. Il lui suffisait de la voir pour que le trouble s'empare de lui. Pourtant, elle ne faisait rien pour. Elle était simplement vêtue d'un jean et d'un T-shirt, ses cheveux aux reflets dorés tombaient librement sur ses épaules.
Steph...
Cette situation était vraiment ridicule. Il avait passé l'âge de ce genre d'émois presque adolescents.
Leur nuit dans la sellerie était encore tellement présente à son esprit qu'il en avait des frissons.
Il avait tellement envie de la toucher, de sentir sa peau sous ses doigts, de la serrer contre lui, de l'embrasser à pleine bouche.
Il avait déjà oublié qu'il était au beau milieu du Lounge, entouré de ses vieux amis.
Une seule chose prenait le pas sur tout le reste : le désir. Le frémissement de ses sens.
L'envie de lui faire l'amour.
L'envie de refaire cette délicieuse et terrible erreur, qu'il s'était pourtant juré de ne plus jamais commettre.
Il fallait qu'il sorte du bar. Qu'il s'en aille avant de ne pouvoir cacher son trouble à tout le monde.
Tout de suite.
Il prit Stephanie par le bras et la sentit se raidir à son contact.
—
Viens avec moi, ordonna-t-il. Allons quelque part où nous pourrons parler tranquillement.