L'amant de l'été

Christine Rimmer · Chapitre 13 sur 16

Pages du PDF

L'amant de l'été

Chapitre 14 · Elle n'était pas sûre d'avoir bien compris l'enchaînement logique.

— Grant?

— Oui?

— Tu viens de me demander de... t'épouser ? demanda-t-elle, incrédule.

— Oui, dit-il en déposant un baiser sur sa joue. J'imagine qu'il faut que tu en parles avec ta mère d'abord et que vous décidiez des modalités, mais je vous fais confiance, je sais que vous organiserez tout cela à la perfection. Ne tardez pas trop, c'est tout ce que je vous demanderais.

Elle se redressa et serra le drap tout contre elle, la gorge nouée.

— Je ne comprends pas vraiment, je... Tu n'es pas sérieux, c'est impossible.

— Si, je suis très sérieux.

— Tu veux te marier? Aussi vite, sans prendre le temps de réfléchir...

Il s'assit à son tour.

— Pourquoi est-ce que tu fais cette tête, c'est bien ce que tu veux, non ?

Se marier avec Grant... Oui, c'était son rêve de toujours, mais...

Mais pas ainsi, pas comme ça, pas comme s'il s'y résolvait à contrecœur.

Pas s'il s'y résignait.

— Cela va trop vite, dit-elle, sous le choc.

Il fronça les sourcils, perplexe.

— Qu'est-ce qui va trop vite ?

— Ce mariage, c'est trop rapide. Nous ne sommes pas prêts.

— Mais, enfin, nous sommes parfaitement prêts, qu'est-ce que tu veux dire ?

— Non, Grant, tu le sais aussi bien que moi. Il y a à peine deux semaines de cela tu me considérais comme ta petite sœur. Tout s'est passé très vite, trop vite, même si j'en suis très heureuse. Je suis en train de vivre mon rêve, Grant, mais ce mariage... Non, c'est trop tôt.

Il la scruta un long moment.

— J'ai compris, je n'y ai pas vraiment mis les formes, c'est ça? Tu t'attendais à une demande plus traditionnelle et...

— Non, je...

— Je ne t'ai même pas dit que je t'aimais. Tu as raison, je suis vraiment maladroit. Je t'aime, Stephanie. Je ne peux pas vivre sans toi. Cela me rend fou, je pense à toi tout le temps.

Epouse-moi !

— Oh, Grant, tu ne comprends pas... Tu parles comme si tu étais malheureux de ce que tu ressentais. Comme si tu n'avais pas le choix, mais tu n'es vraiment pas obligé. Je ne te demande rien !

Il cligna des paupières, véritablement déstabilisé cette fois-ci.

— Je t'ouvre mon cœur et c'est comme ça que tu le prends ?

— Je voudrais juste te faire comprendre qu'il n'y a aucune raison de se précipiter, nous pouvons prendre notre temps, apprendre à nous connaître.

— Mais nous nous connaissons depuis toujours, Stephanie, qu'est-ce que tu veux de plus ?

— Que nous apprenions à nous connaître en tant que couple, en tant qu'homme et femme.

C'est comme si je découvrais un inconnu.

Il se laissa retomber sur le matelas.

— C'est bien ce que je pensais, j'ai tout gâché une fois encore. Oh ! Steph, je me sens tellement ridicule ! Tu m'en veux?

— Non, Grant, je ne t'en veux pas. Comment pour- rais-je t'en vouloir?

— J'ai tout fait à l'envers, tu as raison. C'est juste que tout cela est un peu difficile pour moi et...

— Grant, coupa-t-elle, je ne t'en veux pas le moins du monde et si je pensais que nous étions prêts à nous marier, j'aurais dit oui quelle que soit la façon de me le demander, la question n'est pas sur la forme.

— Alors ta réponse est non ? dit-il comme si elle venait de lui renverser un seau d'eau glacée sur la tête.

— Ma réponse est non, même si je rêve de me marier avec toi.

— Pourquoi me dire non, dans ce cas, Steph ? Je ne comprends plus rien !

Elle fui prit la main. Il se laissa faire, sur ses gardes, totalement déconcerté.

— Je vais te dire quelque chose, Grant. Je vais te le dire une fois pour toutes afin que les choses soient bien claires entre nous...

— Bon sang, Stephanie, parle, tu me fais peur !

— Je t'aime, Grant Clifton. Je suis amoureuse toi. Je crois que je l'ai toujours été. Je n'avais jamais imaginé pouvoir te le dire, je n'avais jamais imaginé que tu puisses me regarder autrement que comme une gamine, comme tu le disais. Je n'ai jamais imaginé surtout que tu puisses m'aimer en retour et puis, il y a eu ce jour à la rivière et notre premier baiser... Et là, j'ai commencé à espérer. Tout à coup, tu me regardais comme une femme. Tu me désirais et j'ai pensé que tout était possible, que mes rêves pourraient devenir réalité.

— Je comprends, dit-il en prenant ses deux mains entre les siennes et en les embrassant.

C'est pour ça, Stephanie, que je te demande de m'épouser !

Elle en avait tellement envie. Tellement envie de lui crier que oui. Oui, oui, oui !

Se marier d'abord et régler ensuite les problèmes qui se présenteraient. Etre heureuse d'abord.

Mais quelque chose l'en empêchait.

Le mariage était un engagement sacré à ses yeux. Une union pour toute la vie qui ne pouvait se décider sur un coup de tête.

Grant, il en faut plus pour se marier que l'incapacité à résister à l'autre. Il faut que nous devenions les meilleurs amis, en plus des meilleurs amants du monde. Nous devons avoir toute confiance l'un en l'autre. Nous devons savoir ce que nous désirons pour notre vie commune. Il y a tant de choses que nous ignorons l'un de l'autre.

Il l'attira tout contre lui.

— C'est le ranch, c'est ça ? demanda-t-il. Tu voudrais que j'abandonne le centre de vacances et que je revienne à Clifton's Pride?

Elle fit non de la tête, désemparée de ne pas arriver à se faire comprendre.

— Certainement pas. Je ne veux pas que tu quittes un emploi qui te plaît, Grant. Ce serait vraiment égoïste de ma part, ce n'est pas du tout ce que je voulais dire.

— Je préfère ça, car je n'ai pas prévu de changer de travail dans l'immédiat.

— Bien entendu, mais le simple fait que tu puisses penser que c'était mon souhait est la preuve de ce que je disais : il faut apprendre à mieux se connaître.

Il n'avait pas l'air convaincu.

— Je crois surtout que la vérité est que tu ne veux pas te marier avec moi et que tu n'oses pas me le dire. Stephanie, je peux tout entendre.

— Ne dis pas n'importe quoi, je ne me sens pas prête, c'est tout, cela ne change rien à ce que je ressens à ton égard, crois-moi.

Mais il s'était fait sa propre opinion et ne semblait pas en démordre.

— Ne dis pas le contraire, Steph, c'est évident, si tu n'es pas prête, c'est que tu n'en as pas envie, je ne vois pas comment il en serait autrement.

Elle commença à perdre patience.

— Tout cela ne mène nulle part !

— Pour la simple raison que tu n'es pas franche avec moi ! s'exclama Grant.

— Ce n'est pas vrai, je t'ai expliqué mon point de vue très franchement.

— Oui ou non, Steph, c'est aussi simple que cela. II suffit de me répondre oui ou non.

Elle avait envie de se lever, mais tous ses vêtements étaient restés dans la pièce à côté, alors elle resta assise, enroulée dans son drap.

— Tu essayes de laisser reposer toute la décision sur moi, c'est ça?

Il la scrutait attentivement, le visage fermé et la mâchoire serrée, maintenant.

— Oui ou non?

Il la rendait folle. Elle se rendait compte que la situation était totalement ridicule et que son attitude ne faisait que confirmer ce qu'elle disait, mais Grant ne semblait pas vraiment disposé à l'écouter. Son regard bleu était aussi dur que l'acier alors qu'il posait une nouvelle fois son ultimatum :

— Oui ou non. Il est temps de prendre ta décision, Stephanie Julen.

Elle savait exactement ce qu'il était en train de faire, il la mettait au pied du mur face à deux solutions qui ne lui convenaient pas. Soit elle disait oui alors qu'elle ne se sentait pas prête, soit elle le rejetait. Dans les deux cas, ils risquaient d'être tous les deux perdants.

— Oui ou non ? répéta-t-il.

Alors elle eut une idée.

— Oui. En décembre.

Il secoua la tête et jura à mi-voix.

— Qu'est-ce qu'il y a? Je viens de te dire oui, cela ne te convient pas ?

— En décembre ? répéta-t-il incrédule.

— Oui, ce sera la période des têtes et puis ce n'est pas si loin que cela.

Et puis, surtout., cela leur laissait un peu de temps pour apprendre à s'apprivoiser l'un l'autre et retrouver un mode de communication simplifié. A cette période, ils seraient peut-

être redevenus des amis en plus d'être d'incroyables amants.

Elle voulait tellement trouver un équilibre dans leur relation. Pour l'instant, elle ressentait surtout le désir, la passion et le plaisir qu'il faisait naître en elle. Au fil des mois elle espérait qu'il deviendrait aussi son meilleur ami.

— Décembre, répéta-t-il de mauvaise grâce avant de la prendre dans ses bras pour l'embrasser fougueusement.

Et Steph sut alors que même s'il n'aimait pas trop cette idée, il accéderait à sa demande et saurait patienter quelques mois.

L'après-midi même, Grant téléphona à sa mère à Billings pour lui annoncer que Stephanie et lui avaient décidé de se marier.

Helen Clifton le félicita chaleureusement.

— J'ai toujours eu le pressentiment que Stephanie et toi étiez faits l'un pour l'autre !

— Vraiment? Pourquoi ne me l'avoir jamais dit, dans ce cas ?

— Pour que tu m'envoies promener? Non merci, répliqua la vieille dame.

Il se mit à rire et lui expliqua que le mariage était prévu pour le mois de décembre, même si au fond de lui il avait encore l'espoir de la faire changer d'avis.

— Décembre ? répéta sa mère un drôle de sourire dans la voix. C'est original pour un mariage.

Il soupira. II n'avait pas la moindre intention de se lancer dans une explication avec sa mère maintenant.

— En tout cas, même si je sais que tu n'aimes pas revenir à Thunder Canyon à cause des mauvais souvenirs, j'espère que tu seras présente.

— Bien entendu, Grant. Ton mariage avec Stephanie... Même à Thunder Canyon en plein mois de décembre, comment veux-tu que ta sœur et moi ne soyons pas de la fête?

Grant se senti touché de la réaction de sa mère. Il savait qu'elle portait une grande affection à Stephanie et que son mariage serait une bonne nouvelle pour elle.

Il se rendit au ranch ce soir-là, afin d'annoncer avec Stephanie la grande nouvelle à Marie.

Marie les serra tous les deux dans ses bras et leur dit qu'elle était sûre qu'ils seraient très heureux tous les deux. Curieusement, pourtant, Grant avait l'impression qu'elle ne débordait pas d'enthousiasme, même si elle n'eut pas un mot négatif.

Mais, comme il ne comptait pas la soumettre à un interrogatoire sur ses sentiments les plus profonds, il décida de ne pas trop y penser. Marie Julen avait toujours parlé franchement, et si elle avait la moindre objection à leur union, elle était tout à fait en mesure de la faire, il lui faisait confiance pour cela.

Il y avait quelque chose que Grant ne comprenait pas dans cette histoire. Il ne comprenait pas la relative tiédeur de la réaction de Marie, certes, mais il comprenait encore moins celle de Steph.

Elle lui avait pourtant dit qu'elle l'aimait. Même qu'elle l'avait toujours aimé.

Et pourtant elle avait repoussé le mariage de plusieurs mois.

Maintenant qu'il avait pris la décision, qu'il s'était résolu à devenir son mari, bon sang, il ne voulait pas laisser traîner les choses aussi longtemps ! Il n'avait jamais été homme à remettre au lendemain.

Si Marie n'avait pas exactement eu la réaction qu'il avait imaginé, Rufus, quant à lui, accueillit la nouvelle avec un large sourire et une vigoureuse claque dans le dos. Il serra même Grant dans ses bras en lui disant à quel point il avait de la chance. Puis il insista pour que Marie sorte une bonne bouteille de scotch afin de porter un toast, ou même deux, aux futurs époux.

Après le dîner, Grant et Steph sortirent s'asseoir ensemble sur les marches du porche afin de profiter de la tiédeur de la soirée.

Il passa son bras autour de ses épaules et elle se blottit tout contre lui. 11 reconnut l'odeur de ses cheveux et l'envie de l'emporter jusqu'à sa chambre d'hôtel fut soudain si pressante qu'elle en était douloureuse. Là, dans son lit, il pourrait s'enivrer de son parfum, caresser chaque centimètre de sa peau et lui faire l'amour jusqu'au petit jour.

— Comment va-t-on s'organiser une fois que nous serons mariés, demanda-t-il alors. Je travaille souvent tard tandis que tu te lèves à 5 heures du matin...

— C'est vrai, répondit-elle en soupirant. Nous verrons bien d'ici là.

— C'est un vrai problème, pourtant.

— Nous nous débrouillerons. En voiture, il faut moins d'une demi-heure. De temps en temps je viendrai te rejoindre et les autres fois ce sera toi qui viendras.

— Tu parles d'une solution.

Elle déposa un baiser dans son cou.

— Ne commence pas à râler, s'il te plaît !

Grant lui prit le menton pour l'embrasser. 11 y mit plus d'ardeur qu'il ne l'avait prévu, étant donné qu'ils se trouvaient sous le porche de la demeure familiale et que n'importe qui pouvait les voir à tout moment. Lorsqu'il releva la tête, elle ouvrit les yeux et lui adressa un curieux regard, presque mélancolique.

11 préféra ne pas lui demander la raison de son regard triste. 11 avait bien trop peur qu'elle lui réponde et était certain de ne pas aimer ce qu'il risquait d'entendre de sa bouche.

Ils restèrent silencieux un long moment. Derrière eux, Bart aboya un instant et dans le lointain, une chouette hulula. En tendant l'oreille, il perçut même de la musique qui venait de la chambre de Rufus. Ce devait être une de ses vieilles cassettes de Johnny Cash.

Il s'était promis de ne pas aborder le sujet de la réaction de Marie, mais il ne put s'en empêcher très longtemps.

— Ta mère n'avait pas l'air totalement enchantée par la nouvelle de notre mariage, finit-il par formuler.

Steph leva les yeux vers lui.

— Je crois qu'elle a un doute sur le fait que cela corresponde vraiment à ton désir le plus profond.

Il savait depuis le début que ce que Steph allait lui dire ne lui plairait pas.

— Mon désir à moi ? Comme si c'était moi qui avais décidé de repousser la date jusqu'à l'hiver prochain. Est-ce que tu lui as dit cela ?

— Tu étais là, tu sais très bien ce que je lui ai dit, rétorqua Stephanie avec un regard noir.

D'ailleurs, si tu as un problème avec la réaction de ma mère, peut-être que tu devrais lui en parler directement.

La dispute n'était pas loin, il le sentait. Il était décidement de plus en plus dérouté.

Comment en étaient-ils arrivés là?

— Ecoute, je ne veux pas que l'on se fâche pour cela.

— Ah, vraiment ? répliqua Steph entre ses dents avant de détourner le regard.

Il avait envie de la serrer contre lui, de l'embrasser encore, de lui faire l'amour, tout de suite... Mais, au milieu du ranch, cela lui paraissait difficile. Ils n'allaient tout de même pas retourner se cacher dans la sellerie... Et encore moins monter dans la chambre de Stephanie alors que Marie était en train de tricoter dans le salon et les verrait prendre l'escalier. Ce serait lui manquer de respect.

Et à Stephanie aussi, d'ailleurs.

Bon sang, mais pourquoi est-ce que tout cela était tellement compliqué ?

Tout cela, finalement, parce que Stephanie avait décidé d'attendre cinq longs mois avant de le laisser lui passer la bague au doigt...

— Je crois que je ferais mieux d'y aller, dit-il en se relevant, Steph se leva à son tour.

— Bonne nuit, Grant.

Elle ne semblait pas du tout ennuyée par le fait qu'il s'en aille. Il la trouvait d'ailleurs particulièrement morose pour une jeune promise. Elle était effacée, distante. Comme résignée, finalement.

Il lui prit la main pour l'attirer dans ses bras. Elle l'embrassa avec tendresse, puis l'accompagna jusqu'à sa voiture garée dans la cour. Refermant la portière derrière lui lorsqu'il s'installa au volant.

— Merci pour la bague, murmura-t-elle en ouvrant sa main pour découvrir l'anneau de fiançailles orné d'un gros diamant qui scintillait à son doigt. Elle est vraiment magnifique !

Il avait fait le voyage jusqu'à Billings dans l'après-midi pour aller l'acheter.

Il saisit la main qu'elle lui montrait et la retourna pour y déposer une carte magnétique.

— Pour entrer dans ma suite, dit-il.

Il remarqua que ses joues rosissaient et supposa que c'était de plaisir.

— Merci, répondit-elle.

Il hésita à lui proposer de venir le rejoindre le lendemain soir, mais préféra lui laisser choisir le moment où elle aurait envie de le retrouver. Il avait trop peur de s'entendre répondre qu'elle avait trop de travail ou toute autre réponse négative. Sa fierté avait déjà été mise à rude épreuve depuis ce matin, il préférait en rester là pour aujourd'hui.

Comme il était encore tôt et qu'il n'avait pas envie de se retrouver tout seul dans sa suite pour le moment, il décida d'aller faire un tour au Hitching Post.

Dax, Marshall, Mitchell, les jumeaux et Russ étaient là, absorbés par une partie de poker dans la salle du fond. Grant se souvint qu'ils avaient l'habitude de se retrouver une fois par mois pour ce genre de rencontres. Ils l'invitèrent à se joindre à eux. Grant remporta consécutivement les quatre premiers tours. Marshall finit même par lui faire remarquer qu'il n'avait pas l'air très joyeux pour quelqu'un qui était aussi en veine dès le départ.

Grant balaya son allusion d'un haussement d'épaules et avança une nouvelle mise sur le tapis. Si la chance restait de son côté, en deux tours de plus il aurait amassé un sacré magot.

— J'ai entendu dire que tu allais vendre Clifton's Pride, dit alors Russ.

Grant leva un regard assassin dans sa direction.

— Qui est-ce qui t'a dit cela ?

Russ baissa le regard.

— La rumeur..., répondit-il évasivement.

Melanie McFarlane...

Si elle en avait parlé à Stephanie, il n'y avait aucune raison qu'elle ne l'ait pas fait avec la moitié de la ville.

Demain, sans faute, il fallait qu'il ait une petite discussion avec Melanie et qu'il lui lasse bien comprendre qu'il ne vendait pas Clifton's Pride. Jamais.

— Tu as mal entendu, ou la rumeur est mal informée, car je garde le ranch, répondit Grant.

— Eh bien, tu m'en vois ravi, Grant. J'aurais été vraiment désolé d'apprendre que tu revendais le ranch de ton paternel, rétorqua Russ.

— Comment voulez-vous que je revende le ranch où travaille ma fiancée ? Vous savez comment sont les femmes : lorsqu'elles ont une idée en tête, impossible de les faire changer d'avis.

Autour de la table, le silence fut pesant. Ce fut Marshall qui brisa le silence le premier.

— Grant, mais enfin qu'est-ce que tu racontes ? Tu es fiancé ?

— Stephanie, c'est bien elle ? demanda Dax. Steph et toi vous...

Grant hocha la tête.

— Vous avez bien entendu.

Mitchell éclata de rire.

— Eh bien, si on m'avait dit que de nous tous tu serais le premier à te laisser passer la bague au doigt, je n'y aurais jamais cru !

— Stephanie veut se marier en décembre, dit-il en essayant de masquer sa déception. D'ici là, peut-être que l'un d'entre vous se décidera aussi !

Mitchell éclata de rire une nouvelle fois, comme si Grant avait proféré une totale ineptie.

— Nous ferons comme si nous n'avions rien entendu ! Chacun sa croix, mon ami !

Toute la table se mit à rire.

— Nous sommes célibataires et fiers de l'être, déclara Marshall. Mais Stephanie et toi, c'est une sacrée nouvelle. Quelle surprise !

Tous se levèrent pourtant pour le féliciter, sans omettre de saluer le courage dont il faisait preuve en choisissant de s'unir pour la vie à «ne seule et même femme.

Grant les laissa plaisanter deux minutes avant de leur indiquer leurs chaises.

— Â vos places '! N'essayez pas de vous esquiver, car je compte bien rentrer me coucher avec tout l'argent que vous avez sur vous ce soir !

Le lendemain matin dès 9 heures, Grant appelait Melanie et lui demandait si elle était libre pour déjeuner le jour même.

Tout à fait, répondit-elle aussitôt.

— Retrouvons-nous au Gallatin Room à une heure ? suggéra Grant.

— C'est parfait, je serai là !

Grant arriva au restaurant avec h quart d'heure d'avance. Il prit place à sa table habituelle, près de la cheminée et, peu après, Melanie le rejoignit. Au serveur qui lui proposait un cocktail, elle répondit qu'elle prendrait un thé glacé et une salade césar.

— M. Clifton ? demanda le serveur.

— Comme d'habitude, merci, Paul.

Le serveur acquiesça et disparut pour revenir sans tarder avec un thé glacé et une corbeille de pain. Grant aurait aimé commencer par un bon whisky, mais préféra se contenter d'un verre d'eau pour garder les idées claires.

— Alors, ma chère, avez-vous trouvé la propriété de vos rêves ?

Melanie ouvrit son sac à main et en sortit un petit morceau de papier.

— Justement, je voulais en parler avec vous.

— Vous savez, je ne suis pas expert en immobilier, mais je connais la région comme ma poche, alors j'imagine que je pourrais vous donner mon avis.

Grant, intervint Melanie, vous savez très bien que ce n'est pas votre avis que je suis venue solliciter, ne jouez pas les innocents.

— Je ne crois pas être celui qui joue dans cette affaire, justement...

Melanie prit un stylo et inscrivit plusieurs chiffres sur le carré de papier.

— Je ne suis pas sûre de m'être très bien fait comprendre auparavant, mais le projet que je nourris au sujet de Clifton's Pride me tient particulièrement à cœur et je suis déterminée à investir ce qui sera nécessaire. Je veux ce ranch, déclara-t-elle en le regardant droit dans les yeux.

— Bien, bien, bien.

Melanie McFarlane avait beau être une fille de la ville, elle avait un sacré tempérament, ce qui n'était pas pour lui déplaire. Elle était du genre à réussir tout ce qu'elle entreprenait ne serait-ce que par sa détermination et son culot inégalable.

— Pourtant, une chose était claire pour lui, elle allait se casser les dents sur Clifton's Pride.

— Je vous souhaite bonne chance, je suis sûr que vous trouverez votre bonheur à Thunder Canyon...

Melanie plaça pourtant le morceau de papier devant ses yeux.

— Voici mon offre, Grant. Il vous suffit de dire oui et mon agent établira le contrat dans la journée.

Il baissa les yeux et faillit s'étouffer en lisant la somme. Elle avait largement augmenté son offre par rapport à la première fois. Il leva les yeux vers elle.

— Je ne sais pas comment je peux me montrer plus clair que je ne l'ai été jusqu'à présent.

Je suis vraiment désolé que votre choix se soit porté sur ma propriété, car j'étais très sérieux lors de notre dernier entretien.

— Mais...

Il leva la main pour l'interrompre.

— Inutile de perdre votre temps, Melanie. Je ne suis pas vendeur.

— Je suis sûre pourtant que...

— Une dernière fois, Melanie, ma réponse est non. Quelle que soit votre offre, je garde mon ranch. J'ai pris conscience que Clifton's Pride compte beaucoup pour moi. Sans parler du fait que ma fiancée est très attachée à ce ranch.

Ce fut au tour de Melanie de manquer de s'étouffer.

— Votre fiancée? Je ne savais pas que vous étiez fiancé, Grant !

— Je le suis, à Stephanie Julen. Vous vous souvenez ? La jeune femme à qui vous avez proposé un emploi, hier?

— En effet, je me souviens, balbutia Melanie, visiblement embarrassée.

— D'ailleurs, je me permettrais de vous demander de cesser d'essayer d'embaucher les gens qui travaillent pour moi.

— Je pensais seulement les rassurer en leur proposant une solution...

— Ils n'ont aucun besoin d'être rassurés, puisqu'ils ont déjà un emploi. Ils travaillent pour moi, me suis-je fait comprendre ?

— Mon intention n'était pas de vous offenser, compre- nez-le, Grant.

— Je ne me sens pas offensé. Je ne vends pas Clifton's Pride, c'est tout, mais si j'entends parler de quoi que ce soit qui puisse correspondre à ce que vous recherchez, je me ferai un plaisir de vous en tenir informée. En revanche, j'aimerais m'assurer que les choses sont claires dans votre esprit afin que nous puissions clore le sujet.

Melanie se raidit sur son siège, les mains sur les genoux, les lèvres pincées. Elle acquiesça d'un hochement de tête et répondit sobrement :

— Tout est très clair.

— Pardonnez-moi d'insister, pourtant, mais j'aimerais avoir la certitude que vous n'allez pas continuer à raconter à qui veut l'entendre que vous êtes sur le point d'acheter mon ranch.

— J'ai bien compris que vous ne vendiez pas votre propriété, M. Clifton. Maintenant, je vais devoir vous laisser, il semble curieusement que j'ai perdu tout appétit, conclut Melanie, furieuse et humiliée en posant sa serviette à côté de son assiette. Si vous voulez bien m'excuser...

Il la suivit du regard tandis qu'elle se levait de table et quittait la salle du Gallatin Room.

Il se sentait toutefois un peu coupable d'être revenu sur sa parole la première fois et il devait reconnaître qu'il était admiratif de la détermination de Melanie.

Mais il avait décidé de mettre un point final à cette affaire et il pensait que c'était le cas, cette fois-ci. Melanie irait chercher ailleurs son ranch à touristes.

Stephanie le surprit cette nuit-là.

Elle vint le rejoindre.

Ou, plutôt, c'est lui qui la retrouva endormie dans son lit en arrivant dans sa chambre ce soir-là. Elle avait laissé la lampe de chevet allumée et dormait à poings fermés.

Il la regarda longuement. Il était captivé par la vision de Stephanie endormie dans son lit.

Elle était couchée sur le côté, avec une main sous sa joue. Il avait l'impression qu'il aurait pu l'observer des heures durant. Il suivit du regard le creux de sa taille et la courbe de ses hanches sous le drap. Ses cheveux semblaient de la soie dorée qui couronnait sa tête sur le coussin de satin blanc. Elle était tellement belle.

Comme si elle avait senti l'acuité de son regard sur elle, elle se retourna soudain, s'allongeant sur le dos et s'étirant avant d'ouvrir les paupières. Et elle lui sourit.

— Te voilà, murmura-t-elle en tendant vers lui ses longs bras.

Il eut l'impression qu'il ne parviendrait jamais à se débarrasser assez vite de tous ses vêtements.

Elle souleva le drap pour l'accueillir à ses côtés. Grant retrouva son corps tiède en poussant un soupir rauque de contentement. II sentit la main de Stephanie glisser le long de son ventre et se fermer autour de son sexe tendu.

Son soupir se fit gémissement.

« Fini, songea-t-il dans un dernier sursaut de conscience. Je suis fini, perdu, à tout jamais sien... »

Elle l'embrassa, sensuellement. Il rendit les armes sous ses baisers, sous les caresses erotiques de sa langue, sous ses lèvres brûlantes.

Lorsqu'il attrapa un préservatif, elle le lui prit des mains et l'ouvrit avant de le mettre en place, doucement. Puis elle se redressa complètement avant de venir s'asseoir sur lui. Elle le chevaucha lentement, balançant ses hanches d'avant en arrière.

Il la regarda, regarda son corps qui ondulait sur lui, ses cheveux qui retombaient en cascade sur ses épaules fines, qui venaient effleurer ses seins lorsqu'elle inclinait la tête. Il plaça tes mains sur ses hanches et l'attira tout contre lui.

Elle se laissa guider, s'abandonnant totalement à son étreinte. Naturellement sienne.

Elle ne pouvait imaginer ce qui était en train de se jouer pour lui. Toute sa vie était en train de basculer, à cause d'elle.

Son esprit, ses sens, chaque battement de son cœur, tout appartiendrait à Steph à tout jamais.

A Steph et à personne d'autre.

Il le savait, maintenant.

Ce n'était pas ce qu'il avait souhaité. Cela l'effrayait. L'idée d'appartenir à quelqu'un le terrifiait, tout comme l'intensité de son désir pour elle le terrorisait à chaque instant.

Que deviendrait-il s'il la perdait.

Comment pourrait-il vivre, si elle devait disparaître de sa vie ?

Il n'avait pas la réponse.

Il savait que cette réponse n'existait pas.

A ce moment-là, il sentit la jouissance monter en lui, chassant toutes ses questions. Il l'attira contre lui de toutes ses forces, la possédant complètement tandis qu'un orgasme, d'une incroyable intensité, balayait tout le reste.