L'amant de l'été

Christine Rimmer · Chapitre 5 sur 16

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L'amant de l'été

Chapitre 5 · Grant fit de son mieux pour soutenir…

Grant fit de son mieux pour soutenir le regard d'incompréhension et d'effroi que lui adressa Stéphanie. A ce moment précis, aucun mot n'était en mesure d'exprimer à quel point il se haïssait. Sous ses yeux, il vit la couleur disparaître de ses jolies joues et sa bouche s'entrouvrir sous l'effet de la surprise.

Dans un souffle, elle murmura :

— Non...

Pourtant, il lui devait la vérité, toute la vérité.

— Malheureusement, c'est bien le cas. Je dois vendre le ranch.

Elle encaissa le coup en silence avant de demander :

— Quand ça?

— Je vais signer le contrat tout à l'heure, à 16 h 30.

Elle se mordit la lèvre inférieure. Un geste qu'il connaissait bien et qui signifiait qu'elle réfléchissait intensément. Elle devait essayer de se persuader qu'elle trouverait une solution, que ce n'était pas si grave. Mais elle souffrirait, il ne le savait que trop bien.

— Quand devrons-nous quitter les lieux ? demanda- t-elle encore, glaciale.

— A la fin du mois d'août. L'acquéreur souhaite prendre possession des lieux au 1er septembre.

Elle sembla essayer d'envisager la chose.

— Cela nous donne un peu moins de deux mois, donc... Qui est-ce?

— Pardon?

— Qui sera le nouveau propriétaire ?

C'est une femme. Elle s'appelle Melanie McFarlane. Elle n'est pas d'ici. Elle souhaite en faire des chambres d'hôtes pour les touristes.

— Des chambres d'hôtes? répéta Steph. comme si ce simple terme lui donnait la nausée.

I1 se sentait le dernier des misérables.

— Je comptais vous en parler dimanche.

Comme si cela changeait quelque chose... Comme si cela faisait une quelconque différence.

— Ah, vraiment ? Tu comptais nous en parler, mais tu as oublié, je suppose?

— J'ai été... distrait.

La couleur monta aux joues de Steph.

Dimanche, il l'avait vue, au bord de la rivière, vue comme une femme pour la première fois. Ses sens avaient été obnubilés par elle pour le reste de la journée, au point de lui faire oublier ce pour quoi il était venu.

Il vit qu'elle prenait une profonde inspiration.

— C'est moi qui t'ai distrait, c'est cela?

— En quelque sorte, oui.

— Et, aujourd'hui, j'étais sur le point de récidiver, si je comprends bien. Tout cela est ma faute...

— Ce n'est pas ce que je voulais dire. Bien sûr que ce n'est pas ta faute.

— Tu as accepté de me retrouver ici parce que tu avais besoin de me parler et moi, comme une idiote, je te distrais une nouvelle fois.

— Attends, Steph, ne !e prends pas comme ça, je sais que je n'ai aucune excuse et je ne suis pas en train d'en chercher, intervint Grant. Je sais que tu n'y es pour rien.

En guise de réponse, elle leva simplement les yeux vers lui. Cela suffit à Grant pour y découvrir toute sa culpabilité. Là, dans ce regard bouleversé, il revit leur baiser de dimanche et, pire encore, ce qu'il avait été sur le point de faire quelques instants auparavant.

Il avait été tellement absorbé par ses baisers qu'il avait encore repoussé le moment de lui annoncer la nouvelle. Comme s'il s'était laissé envahir par ses sensations, par la présence de Stephanie et par ses caresses.

Au point de ne pas se comporter de façon honnête avec elle.

Il sentait sa gorge se nouer aussi sûrement que si deux mains étaient venues enserrer sa gorge. Pourtant, il poursuivit son discours tel qu'il l'avait prévu.

— I1 est temps d'aller de l'avant, de tirer un trait sur le passé. Le monde évolue, Steph. Le temps où il était possible de vivre d'un petit ranch familial est révolu. Thunder Canyon n'est plus le fin fond du Montana comme il l'était autrefois. La croissance est arrivée jusqu'à nous et les changements sont inévitables. I1 faut que nous...

Elle l'interrompit d'un geste de la main.

Ne me sers pas ton couplet sur le progrès, je t'en prie. Ces dernières années, tout le monde s'évertue à me chanter cette même complainte. Tu vends Clifton's Pride, c'est tout ce que j'ai besoin d'entendre. J'ai bien compris où tu veux en venir. Tu as le droit, il s'agit de ton ranch, après tout, il s'agit de ta décision. Si tu veux laisser ton acheteuse amener des gens de la ville pour qu'ils jouent aux cow-boys dans ton ranch, grand bien te fasse.

Grant encaissa le coup douloureusement.

— Ecoute, ce que je voulais te dire c'est que tout ira bien pour vous. Je te promets de ne pas vous laisser tomber. Je vais vous trouver un boulot, à ta mère et toi. Mon offre de financer tes études tient toujours, d'ailleurs. Peut-être que tu finiras par changer de point de vue, lorsque tu auras quitté le ranch.

Elle restait assise face à lui, le regard planté dans le sien. C'était troublant, car même s'il ne pouvait dire ce qu'elle pensait précisément, il savait à coup sûr que ce n'était pas exactement du bien.

Le silence s'étira, puis elle lança :

— Tu as fini, ça y est ?

— Je..., commença Grant en cherchant ce qu'il pouvait ajouter. Oui, j'ai fini.

— Génial ! dit-elle en enfilant rapidement ses bottes et enfonçant son chapeau sur la tête avant de se relever d'un bond. Mets tes bottes !

Elle parlait tellement posément qu'il ressentit le désir violent de la saisir par les épaules pour l'exhorter à crier, hurler, se mettre en colère contre lui... Il aurait préféré qu'elle lui crache à la figure, plutôt que ce calme résigné et muet.

Pourtant il ne le fit pas. Il savait que s'il s'approchait trop près, l'envie de l'embrasser serait trop forte.

Bon sang, qu'il était minable... Plus que minable, même, pathétique.

Il s'assit et enfila ses bottes puis saisit son chapeau.

— Pourrais-tu te lever de ma couverture ? demanda- t-elle d'une voix désespérément courtoise.

Il jeta un coup d'œil à sa montre — une splendide Rolex. Il avait encore le temps de passer par le ranch afin de parler aux autres et de rentrer à son bureau pour retrouver Eva à 16 h 30. En se levant, il attrapa sa bière et la descendit d'une traite.

Stephanie finissait de fixer les sacoches sur le dos de Trixiebelle.

Sans un regard pour lui, elle se mit en selle. Il fit de même.

— A demain, lança-t-elle.

Son beau visage ne Laissait plus transparaître la moindre émotion.

— Comment ça?

Elle lui jeta un regard glacé.

— Demain, nous sommes le 4 juillet, tu te rappelles ? La parade ?

Bon sang, il avait totalement oublié la parade annuelle du jour de l'Indépendance. Il était prévu de longue date que Steph et lui défilent ensemble. Une bel le journée en perspective.

Sauf que, maintenant, cela semblait plus que compromis.

— Bien sûr que je me rappelle.

Il y eut un éclair indéfini dans ses yeux verts qu'il ne parvint pas immédiatement à déterminer. Etait-ce de la colère ? De la souffrance ? Un mélange des deux ?

II se sentait soudain totalement étranger à elle. Une sorte d'intrus. Un être malfaisant.

Pourtant, au fond de lui, alors qu'elle le dévisageait avec un mélange de mépris complet et de haine farouche, le sentiment qui prédominait était cette envie folle de la serrer dans ses bras. Il avait besoin de la sentir tout contre lui. Il brûlait d'arracher ses vêtements et de sentir sa peau nue sous ses paumes.

Mais Steph serra les talons et sa jument se mit en route. Grant l'imita et guida Titan à la suite de Trixiebelle.

Arrivés au ranch, Stephanie se dirigea vers les écuries où elle dessella sa monture. Grant jeta un regard dans sa direction. Elle n'avait pas ouvert la bouche de tout le voyage.

Il attacha Titan à la balustrade sous le porche et gravit les marches.

A l'intérieur, il suffisait de suivre l'odeur délicieuse qui émanait de la cuisine pour retrouver Marie. Elle était à son poste, comme d'habitude, occupée à pétrir de la pâte. Il y avait des pommes coupées en quartiers dans une assiette à côté d'elle.

Grant s'efforça de parler avec d'un ton léger.

— Comment se fait-il que cela sente toujours aussi bon, par ici ?

Marie leva les yeux vers lui et sourit. Elle avait de la farine sur le nez.

Encore un peu de patience et tu pourras goûter à une tarte aux pommes bien chaude !

Grant n'avait pas accroché son chapeau à l'entrée, alors il l'enleva et le garda entre les mains, un peu mal à l'aise.

— Crois-moi, ce ne serait pas de refus, mais je ne peux pas rester.

Marie hocha la tête et l'observa, intriguée.

— Qu'est-ce qui ne va pas, tu as l'air soucieux, quelque chose te tourmente ?

Grant baissa les yeux et jura à mi-voix.

Marie mit ses préparations de côté et s'essuya les mains sur son tablier avant de l'enlever.

— Je te sers une bière...

— Non, Marie, merci. I1 faut que je te parle.

Elle leva vers lui un regard interrogateur.

Il ne pouvait plus reculer, alors il se lança.

— Je vends le ranch. Vous devrez en partir avant la fin du mois d'août.

Que s'était-il imaginé ? Qu'elle perdrait ses moyens ? Pas Marie Julen. A l'image de sa fille, elle était forte et solide.

— Bien, finit-elle par déclarer après un temps de silence. Je comprends.

Elle se remit aussitôt à pétrir sa pâte à tarte. Grant restait planté là, à mi-chemin entre Marie et la sortie, son Stetson à la main.

Marie leva les yeux vers lui.

Grant, c'est comme ça. Ce n'est pas la fin du monde, les choses changent, mais la vie continue.

Il eut un sourire résigné.

— C'est à peu près ce que je m'apprêtais à te dire.

Marie hocha la tête en direction de la table.

— Veux-tu bien t'asseoir! Tu me donnes le tournis à rester debout comme ça dans l'entrée.

— Non, je dois vraiment y aller.

— Eh bien file, alors !

Pourtant, il resta là, immobile, comme hypnotisé par ses mains habiles en train de pétrir la pâte. Il ne pouvait se résoudre à tourner les talons ainsi, et ajouta :

— Je t'assure que je ne vous laisserai pas tomber. Vous pourrez toujours compter sur moi.

— Bien entendu, Grant. J'ai toujours su que nous pouvions compter sur toi.

Marie étala soigneusement la pâte avant de la saupoudrer de farine pour la placer dans le moule.

Grant regarda comment elle ôtait l'excédent de pâte du rebord du plat d'un geste expert qui dessinait de jolies arabesques tout autour de sa pâte, tandis que de l'autre main elle faisait tourner le moule.

— Je vous trouverai du travail. Un bon travail, promit-il. J'ai pensé que peut-être tu aimerais travailler comme cuisinière quelque part en ville, dans une brasserie ou un salon de thé.

Marie répartit les quartiers de pomme soigneusement, puis leva les yeux vers lui et parla fermement cette fois.

— Grant, ne te torture pas plus longtemps, nous allons nous en sortir, ne t'inquiète pas.

— J'ai parlé à Steph.

Les mains adroites semblèrent hésiter un instant, mais reprirent aussitôt leur ouvrage.

— Ah.

— Je crois qu'elle n'est pas près de me pardonner. Elle était furieuse.

— Laisse-lui un peu de temps, elle s'en remettra, tu la connais, conseilla Marie.

— J'aimerais te croire, mais je n'en suis pas aussi sûr, malheureusement.

Depuis le couloir de l'entrée, il entendit le bruit de la porte qui s'ouvrait.

— Steph.

Ses pas approchaient.

II fit l'effort de se tourner vers elle afin de la regarder droit dans les yeux. Il vit d'abord un visage fermé, des lèvres pincées et un regard noir.

— Tu lui as dit? demanda-t-elle sans préambule.

— Oui, il m'a parlé, dit Marie avec douceur sans même lever les yeux de sa préparation.

— Tu étais sur le point de partir, je suppose ? ajouta- t-elle en pointant sa montre du doigt.

Ce n'était pas vraiment une question, pas tout à fait un ordre.

Pourtant, lorsqu'il regardait ses yeux furibonds et ses lèvres serrées en une moue de dédain, il se sentait toujours envahi par ce même désir de la serrer dans ses bras. Il voulait respirer encore l'odeur de ses cheveux, sentir son corps chaud et doux lové contre le sien. Il voulait baisser la tête pour embrasser ses lèvres.

— Bien sûr, il ne ferait rien de tout cela.

— Je voudrais d'abord aller parler à Rufus et à Jim, expliqua-t-il.

— Inutile, je les ai déjà prévenus.

— Formidable, marmonna-t-il, furieux qu'elle l'ait devancé auprès des deux ouvriers. Je veux pourtant leur dire un mot avant de partir.

— Ils sont dans la grange.

Bien, dans ce cas..., commença-t-il sans pouvoir terminer. A bientôt, Marie.

Marie lui adressa un sourire, mélange de mélancolie et de réconfort.

— Prends bien soin de toi.

— Promis, dit-il en se tournant vers les yeux de glace qui ne le quittaient pas. Steph...

Grant, répondit-elle froidement, comme si elle ne supportait pas d'avoir à prononcer son prénom.

Dans la grange, il retrouva Rufus et Jim et leur assura qu'il ferait son possible pour leur trouver d'autres places. Jim acquiesça et lui serra la main.

— J'ai confiance en toi, mon garçon, je sais que tu ne nous laisseras jamais tomber, déclara Rufus.

Il ne dit pas un mot sur le fait que John Clifton devait très probablement se retourner dans sa tombe à l'idée que son propre fils soit sur le point de revendre le ranch pour lequel il avait sué sang et eau. Un ranch qui avait appartenu à la famille Clifton sur cinq générations.

Grant sut gré à Rufus de son silence.

Il porta la main à son Stetson et quitta la grange sans un mot de plus. Dehors, sous le soleil écrasant, Titan l'attendait, immobile.

Grant se mit en selle et quitta le ranch.

***

Il poussa Titan au galop malgré la chaleur et, en moins de quarante minutes, il arrivait à Thunder Canyon. Il sauta de cheval et tendit les rênes au garçon d'écurie qui venait à sa rencontre, puis prit le chemin de son hôtel. Là, il se doucha et se changea, enfilant un costume avant de retourner à son bureau.

Une fois installé dans son fauteuil, il appela son assistante qui lui transmit les messages en attente et lui rappela que deux des plus importants actionnaires du groupe le retrouvaient pour dîner le soir même.

Grant avait tout cela en tête.

— Oui, je les retrouve pour un cocktail au Lounge à 19 h 30 et nous dînons au Gallatin Room vers 20 heures, c'est bien cela ?

Elle acquiesça.

— Tout à fait. Vous avez aussi quelques messages sur votre répondeur.

— Très bien.

Elle quitta son bureau tandis que Grant pressait la touche lecture du boîtier noir.

Rien de bien important. Il vérifia aussi ses e-mails — où tout du moins fixa-t-il son écran d'ordinateur un instant...

Car son esprit tout entier était encore au ranch, avec Stephanie.

Il ne parvenait à chasser son visage de son esprit. Il sentait sa gorge se nouer lorsqu'il repensait à l'admiration et la confiance qu'il avait lues dans son regard quelques secondes avant de lui annoncer la nouvelle de la vente du ranch.

I1 se remémora aussi le regard qu'el le avait eu dimanche, après leurs baisers. Un regard qui trahissait son émoi et ses espoirs.

Le détestait-elle maintenant? Lui pardonnerait-elle jamais d'avoir vendu Clifton's Pride, alors qu'elle y était tellement heureuse ?

Il essaya de se convaincre que, peut-être, si elle le détestait, ce serait plus simple. Ainsi, elle resterait à distance et il lui serait bien plus facile ainsi de garder le contrôle et de la protéger de lui-même.

C'était le plus sûr. C'était la meilleure solution pour tout le monde. Il fallait qu'il la protège des hommes comme lui. Des hommes qui ne voulaient pas fonder de famille ou s'engager pour de bon. Des hommes qui risquaient de lui voler son innocence pour toujours avant de l'abandonner à sa propre souffrance.

Le téléphone sonna. Grant laissa son assistante répondre, mais elle lui transmit aussitôt l'appel qui provenait de Caleb Douglas.

Ses récents problèmes de santé avaient mis le vieil homme quelque peu sur la touche dernièrement. Grant le laissa parler de tout et de rien pendant un moment avant de finir par couper court à son monologue en lui expliquant qu'il avait un rendez-vous important.

Il prit ensuite un appel provenant d'un tour operator qui souhaitait ajouter Thunder Canyon à ses offres de séjours. Arletta Hall l'appela ensuite. Elle était propriétaire d'une boutique de souvenirs du centre-ville. Elle lui rappela qu'elle l'attendrait le lendemain matin à l'angle de Cedar Street et de North Main à 11 heures précises.

Grant l'assura de sa présence et confirma qu'il porterait le costume qu'elle avait fait déposer pour lui auprès de la réception de l'hôtel.

— Est-ce qu'il est à votre taille ? demanda-t-elle.

— Il est parfait, répondit-il alors qu'il ne l'avait pas même sorti de son sac.

Arletta insista pour lui faire savoir à quel point elle était heureuse qu'il ait accepté qu'elle s'occupe des festivités de cette année pour le complexe hôtelier de Thunder Canyon.

— Honorée, répétait-elle sans cesse. J'étais vraiment honorée de votre confiance.

D'ailleurs toutes les personnes que vous m'avez envoyées ont fait un excellent travail et je pense que vous serez satisfait des résultats.

Grant la remercia de sa sollicitude et chercha à terminer la conversation, mais Arletta continua à soliloquer longuement à propos de la parade, de la joie qu'elle avait à voir tout le monde défiler et de la fête qu'elle se faisait à l'avance de toutes ces célébrations.

— Vraiment, Grant, je crois que ce sera le plus réussi des quatre juillet que notre ville ait jamais connu. Tous les hôtels à la ronde sont complets, d'ailleurs, et les commerçants font des chiffres record. Moi la première, c'est vrai, et j'en suis très satisfaite. Je n'ai aucun scru-pule à vous en parler car vous êtes un peu à l'origine de tout cela, vous et les Douglas. C'est grâce au complexe touristique que tout a été possible. L'économie de la région tout entière en a senti l'impact. Maintenant, les touristes sont présents tout au long de l'année et...

Lorsqu'elle arrêta enfin de parler pour reprendre son souffle, il s'empressa de la remercier pour tout ce qu'elle venait de lui dire, avant de lui glisser qu'il devait raccrocher car un rendez-vous important l'attendait.

— Oui, bien sûr, suis-je bête, vous devez être surchargé de travail. Je comprends parfaitement et je ne veux pas vous retenir plus longtemps.

— A demain, alors, Arletta !

— Oui, oui, n'oubliez pas, 11 heures précises.

— J'y serai.

— En costume !

— Oui, en costume.

Elle finit par le saluer et il avait à peine raccroché que son téléphone sonnait de nouveau.

I1 s'agissait de son assistante qui lui annonçait qu'Eva Post venait d'arriver.

— Faites-la entrer.

La porte s'ouvrit aussitôt.

— Grant, bonjour !

Agée d'une petite quarantaine d'années, Eva était grande et élégante. Elle portait un tailleur-pantalon gris clair et un rouge à lèvres grenat. Elle avait un attaché-case en cuir sous le bras.

Grant se leva pour l'accueillir et lui serra la main avant de lui indiquer d'un geste de la main le fauteuil en cuir qui l'attendait.

Eva prit place et fit glisser la fermeture de sa mallette pour en sortir un dossier.

Le regard de Grant s'arrêta l'espace d'un instant sur ses mains qui tenaient le dossier. Elle avait de très jolies mains, très soignées et surtout de longs ongles vernis d'un rouge qui rappelait celui de ses lèvres. Un rouge grenat.

Un rouge sang.

Il se remémora les raisons pour lesquelles il avait pris la décision de vendre le ranch. I1

était totalement absurde de continuer à s'accrocher indéfiniment à une propriété dont il n'avait plus l'utilité. Un ranch qui au mieux atteindrait l'équilibre budgétaire dans quelques années et cesserait de lui coûter plus qu'il ne lui rapportait.

Un ranch qui était un vestige du passé alors que lui, Grant, regardait vers l'avenir.

Pourtant, il savait au fond de lui une chose, c'est que toutes ces raisons ne suffiraient jamais à compenser ce qu'il ressentait au fond de son cœur.

Tout cela était ridicule, mais c'était ainsi. Il ne pouvait pas faire cela.

— Attendez un instant, s'il vous plaît, dit-il.

Eva s'immobilisa, son dossier à la main et lui adressa un regard incrédule.

— Je vous demande pardon ? articula-t-elie, un sourire crispé sur ses lèvres rouges.

— Je regrette, mais je crois que je viens de changer d'avis. Je ne vends plus Clifton's Pride.