L'ami

Charles Wagner · Chapitre 10 sur 71

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L'ami

Se Contenter

Au surplus, il faut apprendre à être pauvre et à vivre de peu. Aurions-nous la mentalité des enfants gâtés qui ne savent se priver de rien? On doit se faire à tout. Croire au Dieu des jours mauvais, c’est plus nécessaire que de croire au Dieu des beaux jours. Une merveilleuse puissance d’adaptation agit dans les hommes de bonne volonté. Ils savent s’organiser selon ce que l’heure demande. L’esprit les met à la hauteur des événements. Les autres attendent que des vents favorables enflent leurs voiles. Le vent tourne, ils sont désorientés; il tombe, les voilà en panne! Roseaux que chaque souffle incline selon sa fantaisie, ils ne connaissent pas le secret de la force intérieure. Ils ne vivent pas, ils se laissent vivre.

Faisons effort! Gagnons la terre solide, la terre de la Foi!

Dieu nous aime, peu importe ce que les jours amènent! Même les choses mauvaises sont obligées de se plier à sa volonté et de nous servir. Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. Remarque ce beau détail de la traduction de Luther: Denen die Gott lieben, müssen_ alle Dinge zum Besten dienen[2]._

[2] Il faut que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu.

Les mains qui nous frappent, les chiens qui nous mordent, les maladies qui nous rongent, les fardeaux qui nous accablent, sont obligés de se transformer en auxiliaires. Le choc reçu devient un coup de main donné; le piège dressé dans l’intention de nous perdre, un moyen de préservation et de salut. Et les pierres mêmes lancées pour nous écraser, s’amoncellent en rempart pour nous défendre.

 

STA VIATOR!

 

L’AMI.—Sta Viator! Passant, courbé sous ton fardeau, arrête-toi; arrête-toi, près de ce torrent qui descend au vallon! Assieds-toi sur ce vieux tronc! Ton âme est harassée. Pourquoi attendrais-tu, pour te reposer en Dieu, que telles choses soient accomplies que tu espères, ou d’autres écartées, que tu crains? Ne sais-tu pas de quelle inquiétude tu te rends esclave? Et rien jamais ne te délivrera. Ton espoir s’accomplit, le malheur suspendu sur ta tête est éloigné: combien de temps le ciel restera-t-il pur? Plus il sera bleu, plus tu trembleras de le voir se ternir.

Ce n’est pas un pacte conditionnel qu’il faut conclure, mais un pacte au-dessus de toutes les conditions. Assure-toi en Dieu, non parce que la route est sûre et l’horizon serein; mais que la route soit sûre ou non, le ciel chargé ou limpide, ne fais pas dépendre ta paix d’un rayon de soleil! Que l’essentiel te devienne plus ferme, et les choses qui viennent et vont t’agiteront moins!

 

L’ESSENTIEL

 

L’essentiel est d’être affermi en Dieu. Le reste suit.

N’attends pas qu’un regard de soleil t’apporte le droit d’être en sécurité; qu’une haute volonté humaine se décide en ta faveur; que le facteur, un jour, te remette le bonheur dans une lettre! Ne crains pas non plus que le malheur descende sur toi de quelque nuage, te saisisse, par la main d’un ennemi, ou fasse, inattendu, irruption dans ta demeure! Heur ou malheur, tout ce qui t’attend au détour du chemin, derrière les portes fermées, dans les replis cachés de la pensée humaine, ou sous le voile de l’avenir, dépend de ce que tu as dans le cœur. Sache-le, une paix existe que le monde ne donne pas et qu’il ne saurait ravir!

 

MEMENTO!

 

L’AMI.—Une fois pour toutes, retiens cela:

Il n’y aura jamais de paix parfaite amenée par les événements. Les causes d’angoisse et de souci changent avec les jours. Et le bonheur te fera peur, si le malheur t’a lâché. Que tes enfants soient petits ou grands, dans ta maison ou établis ailleurs, malades ou bien portants, ils te seront une cause de préoccupations. Et il en est de même de tout ce que l’homme peut posséder ou perdre, prendre ou désirer. Si tu attends, pour être au calme, que l’occasion le permette, tu n’y seras jamais. Sois un homme et aspire à la paix supérieure! Tu marcheras d’un pas plus ferme sur les sentiers changeants. Car tu auras un abri intérieur, un point à jamais stable. Aucun événement isolé, aucun concours de circonstances même graves, ne remettra tout en question. Enracine-toi dans la seule chose nécessaire: l’amour infini du Père! Le bien qui en résultera pour toi sera grand. Et tu deviendras un refuge aux autres, à ceux que tu aimes, à l’étranger même dont la route par hasard croisera la tienne.