L'ami

Charles Wagner · Chapitre 70 sur 71

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L'ami

Dieu Se Fait Homme

L’AMI.—Dieu se fait homme dans tout ce qui nous soutient, nous maintient vivants, agissants, éclaire l’âme et affermit la volonté. Il est de notre devoir de ne rien négliger de cette révélation humble et prochaine.

Le long regard de l’âme plongeant dans l’au-delà, ne fonctionne pas toujours ni chez tous. Regardons sous nos pas, apprenons à y regarder!

Ce qui se passe là est d’une importance capitale. Les petites choses aussi sont grandes, d’une grandeur infinie. Soyons fidèles dans ce que, dans notre courte vue, nous considérons comme les petites choses! Rien n’est profane. Pénétré du grand et saint respect de ce qui vit, souffre, meurt, nous communions avec le sanctuaire. Comme on peut vivre dans les sanctuaires matériels, avec une âme vide de Dieu, il est possible de se mouvoir dans les objets en apparence dépourvus du caractère sacré, avec une âme pleine de Lui. Si les vastes horizons se ferment, si le voile tombe, si tu es réduit à la pauvreté spirituelle, à la disette intérieure, sois fidèle! Si les yeux se ferment et que tu doives te contenter de marcher à tâtons, sers-toi de ton toucher et de ton oreille, comme l’aveugle: sois fidèle! Emploie ta misère comme tu emploierais ton bonheur; use de ta pauvreté comme tu userais de ta richesse et garde la foi, la bonne confiance: reste d’accord! Croire au Dieu des soleils levants, des clartés astrales, du prodigieux rayonnement des lumières intérieures, ne suffit pas. Il faut croire au Dieu des longues nuits, au Dieu des jours mauvais. Que dans le plus obscur carrefour il te serre la main et te dise: Je suis là!

 

SACRIFICE LIBÉRATEUR

 

—Quand cet homme est entré près de moi au soir terrible, j’ai compris qu’il était prêt à partager mon sort. Et le courage m’est venu de le supporter moi-même.

L’AMI.—Toute parole est vaine, adressée à ceux qui souffrent par ceux qui ne souffrent pas. Ils parlent une autre langue, ils s’interpellent par-dessus un abîme, et leur voix tombe au gouffre. La vertu consolatrice est accordée à celui-là seulement qui fait de notre sort le sien, décidé à prendre sur lui notre fardeau. Voilà ce que tu as éprouvé ce soir-là. Tu as expérimenté par toi-même une des vérités profondes de la vie. En une heure d’angoisse t’est apparu le pouvoir du sacrifice libérateur.

Cette expérience, l’humanité la renouvelle depuis des siècles. Ésaïe l’a exprimée en ces termes: «Il a pris sur lui nos langueurs, et par ses blessures nous sommes guéris.» La croix du Calvaire en est devenue le symbole. La vue de ce «crucifié par amour» a donné plus de courage aux cœurs meurtris que les plus beaux conseils de la sagesse.

 

«CADENTIA SIDERA»

 

Il y a des castes parmi les dogmes, comme parmi les hommes. Quelques dogmes très titrés, mais plus brillants qu’agissants, ont de tout temps occupé le devant de la scène, au détriment de ceux, modestes et actifs, relégués à l’arrière et dans les coulisses à la façon de Cendrillon. Ces hauts et puissants seigneurs ont exercé des tyrannies odieuses, excommunié et persécuté quiconque ne les saluait pas assez bas. Tandis que, dans l’ombre, les autres consolaient les affligés, réparaient les injustices et ne voulaient régner que par la seule Bonté.

Je suis las de voir parader les grandeurs inutiles. Leurs astres qui descendent à l’horizon n’excitent pas mon regret, et je rêve dans le crépuscule, en attendant le lever des dogmes prolétaires.

 

LE SOUTIEN DE L’ESPRIT

 

L’AMI.—N’attends pas de moi que je diminue en rien la valeur des espérances d’outre-tombe! Elles sont parmi les biens les plus précieux de l’humanité. Il fait bon, des noirs sillons sur lesquels nous peinons pour l’avenir, lever le front vers cet accomplissement définitif où toute blessure sera guérie, tout abîme comblé. Malheur à celui qui prétend fermer à l’homme la trouée bleue sur la vie infinie! J’aimerais mieux être une pauvre brute et mourir ce soir, qu’un homme sans espérance éternelle, avec des siècles d’existence terrestre assurée devant moi, des siècles où se creuserait, sans cesse plus irrémédiable au fond de moi, l’insupportable sentiment de mon néant.

Et cependant ce n’est pas dans cette attente ferme des accomplissements dans l’au-delà que consiste le soutien de l’Esprit. Celui-là vaut par lui-même et se suffit. Il y a une certaine manière de concevoir les choses, qui leur confère l’équilibre à tous les degrés de l’être, et qui nous fait participer à la plénitude divine.

Si l’apôtre Paul a pu dire: «Je voudrais être anathème pour mon peuple», il était sous l’empire d’une vertu spirituelle qui plane au-dessus même du bonheur éternel, considéré comme un bien lointain et attendu de l’avenir. Pour parler ainsi, il faut le posséder en soi.

 

*

 

La paix de l’âme, c’est la clef du monde. Toutes choses, par elle, sont coordonnées et mises à leur place. Le douloureux problème de la vie s’y résout en harmonie.

 

«CREDO»

 

Je te fais crédit, non pas jusqu’au troisième jour, jusqu’à l’aurore de Pâques, mais jusqu’à la consommation des siècles.

Ton jour viendra, cela me suffit.

C’est mon calme dans l’inquiétude, ma lumière dans la nuit, ma consolation dans les misères et les défaites.

J’ai été conduit à toi par la fleur des champs, par l’étoile des cieux, par la voix des Prophètes et de l’Évangile, par la clarté qui est dans l’ombre des humbles, comme au front des Héros et des Justes.

Mais tu n’as plus besoin de témoins désormais, ni de preuves nouvelles. C’est en toi seul que je crois et que je veux m’assurer pour la Vie, la Mort, l’Éternité.

 

TABLE DES MATIÈRES

 

Pages Préface de la 7e édition V Dédicace XI Préface des 6 premières éditions XIII