L'ami
Chapitre III
HEURES DOULOUREUSES
Dis-moi ta Peine.
ROI DE MISÈRE
L’AMI.—Le Christ a dit: «Je ne suis pas seul, le Père est avec moi.» Tu peux le dire aussi avec joie, à certaines heures. Pourquoi donc à d’autres, aux heures noires où ta cour de misères s’assemble, faut-il que tu dises avec tristesse: Je ne suis pas seul?
Qu’as-tu fait pour te condamner à pareille société? En vérité, Dieu nous a-t-il donné une âme, pour en faire une hôtellerie morose, où des places de choix sont accordées à des visiteurs aux figures sinistres qui, de leurs discours et de leurs réflexions, nous glacent le sang et abattent le courage?
Que te disentils tout bas, ces compagnons aux traits lamentables? Que la vie est mauvaise, qu’il n’y a pas d’espérance, que le mal est vainqueur, vaine la lutte pour toute belle cause? Ils te renouvellent les souvenirs amers et te font voir, dans l’avenir, des ennemis nouveaux se préparant à fondre sur toi. Et après? Te tendent-ils la main, ces seigneurs Soucis? T’aident-ils à te débrouiller?—Non, ils n’ont jamais su que gémir. Hors d’ici donc, ces tristes parasites, toujours prêts à envahir la solitude des êtres harassés! Ils ont le don de se faire aimer, comme les mauvais fils, pour tout le mal qu’ils vous font. Nettoyons-en notre esprit comme d’une moisissure!