L’Ampoule n°11 - Révolte & Insurrection
Les Collines de Hurlefou
Chapitre 7
L'écrivain révolté
Texte : Lordius
Illustrations : Marray
Les Collines de Hurlefou
Résumé des chapitres précédents : Victor Morand, ému du sort de Michel presque ange à ses yeux,
l’aventurier farouche et indomptable, accompagné de son ami tant il souffrait de sa cécité.
d’enfance le bienveillant Sam, est mandaté par les éditions — D’accord, mais bridons la concurrence,
de l’Abat-Jour pour retrouver Paul Lugowski, le fameux trancha Victor avant de trancher une liane qu’il
écrivain érotomane à l’immense succès populaire. Victor attacha au cou de Michel Albin.
arpente depuis plusieurs mois les Collines de Hurlefou à la D’un coup de botte dans les reins, il le força
recherche de l’excentrique romancier. Déjà six chapitres que ensuite à avancer à quatre pattes, tel un limier tenu
Victor n’a pas aimé ! Son caractère en souffre, car l’homme en laisse.
est porté sur la chose. Pour ne rien arranger, la concurrence À un carrefour, ils croisèrent une blonde
est rude : d’autres éditeurs de renom ont envoyé leur meilleur pulpeuse quinquagénaire. Alexandra avait été
limier afin de récupérer la poule aux œufs d’or. l’égérie de l’auteur au succès triomphal, Gérard de
la Ville. Gérard venait de mourir : après deux cents
Victor et Sam contournaient le lac en direction passages, le SAS de la vie ne s’ouvrait plus. Dans sa
des Collines de l’Amour. En chemin, ils rencon- jeunesse, Alexandra avait souvent posé pour la
trèrent Michel Albin, l’infortuné détective de couverture des romans d’espionnage porno-
l’éditeur Gaël Imart. Sa mâchoire avait guéri de la graphiques et sadiques de Gérard, armée d’un fusil
colère de Victor. d’assaut. Maintenant aussi, elle en tenait un.
— Victor et Sam ! renifla le gros travesti en se Victor, lui, en tenait une couche. En guise de
la caressant (la mâchoire). J’ai retrouvé la trace de bonjour, il ricana : il savait que la poudre ne
Popaul. fonctionnait pas dans ces Collines où on s’étripait à
— Popaul ? l’ancienne. Contrairement à Victor, Sam était bon
— Paul Lugowski fut mon ami très cher. J’étais comme du bon pain : une ficelle classique de
sa muse, il me payait en retour… Il me gavait tant l’auteur, pour éviter que l’intrigue ne dérape dans
que je n’ai jamais retrouvé ma taille de jeune fille. une immoralité regrettable.
Bref ! Depuis que je suis aveugle, mon odorat s’est — Du calme, Victor…, dit le brave homme.
développé. Je sens mon ami très cher. Il a pris la Mais « bas-ventre affamé n’a point d’oreilles »,
direction des Collines de l’Amour. comme Lugowski l’avait finement noté dans son
— Emmenons-le, proposa le bienveillant Sam ouvrage majeur, Aphorismes X.
Chapitre 7