L’Ampoule n°12 - Miniature & Gigantisme

Dans cette rubrique, une nouvelle sur le…

Dans cette rubrique, une nouvelle sur le thème de l'apocalypse doit proposer une vision originale de la fin du monde, avant ou après la catastrophe.

Tout gamin, alors que je me sentais fort et me prenais pour le centre du monde, je m’amusais, comme beaucoup d’autres sans doute, à bouleverser malicieusement le vaetvient incessant des fourmis autour de leur fourmilière.

D’une cruelle insouciance, je me prenais pour Dieu et défonçais à coups de brindille rageurs leur univers dérisoire. Puis j’abandonnais ces créatures minuscules à leur triste sort, retournant jouer avec les plus grands, satisfait quelque part d’avoir fait preuve à la fois de courage, de ténacité et de suprématie.

Cette activité, que je partageais souvent avec mes compagnons d’aventure dans la cour de l’école, me procurait un plaisir intense. Cela me rassurait également. C’était sans doute un gardefou contre les peurs et les angoisses de l’enfance.

Car la nuit, livré à la solitude et aux respirations haletantes, aux craquements du bois dans l’escalier, aux esprits et aux êtres maléfiques que créait mon imagination sans bornes, encore tout imprégné des histoires que grands et petits se racontaient insidieusement pour se faire peur, je me sentais minuscule au fond de mon lit et mon appréhension du monde n’était plus la même.

Les étoiles qui scintillaient au fond de la lucarne me faisaient mesurer, de façon prémonitoire, l’incalculable distance qui pouvait séparer l’infiniment petit de l’infiniment grand.

Je réalisais alors que nous n’étions, à l’échelle de l’univers, que des poussières au cœur des galaxies.

Aujourd’hui, alors que me voici également confronté à l’échelle du temps, je prends conscience de la vanité de l’homme et de sa fragilité.

Assoiffé de pouvoir, imposant sa force aux plus faibles et incapable de préserver l’essentiel, il s’est inventé des dieux pour mieux régner et se protéger de cette même peur qui m’habitait, enfant. De cette peur universelle qui nous transcende ou nous détruit, selon...

Tout en apesanteur, flottant comme un ange blanc dans ma combi naison spatiale, j’observe à travers le hublot la Terre, ma planète.

Cette boule de souffrance et d’incompréhension qui se fissure et s’enflamme comme une torche vivante avant de disparaître à jamais.

Nous partons vers l’inconnu. Peutêtre vers l’origine.

Porteurs d’une cicatrice indélébile mais aussi d’un espoir fou, humain, à l’échelle de notre condition...