Le fouilleur d'âmes
Chapitre V
Brian entendit la porte claquer et, aussitôt après, le bruit de clé particulier qui annonçait chaque soir le retour de sa femme. Il décida de jouer les indifférents.
— Comment me trouves-tu ?
Il leva les yeux et ne put réprimer une mimique de stupeur admirative. Marion était méconnaissable. Il avait devant lui une blonde platinée, moulée dans une robe ultra-courte au col pailleté d’argent, presque une créature de rêve. Il repoussa l’assiette en carton qui contenait un sandwich à peine entamé. Quand l’arrivante ouvrit son sac, il crut qu’elle allait sortir un revolver et l’abattre pour aller rejoindre son amant en toute quiétude. Mais elle ne prit que son miroir de poche et remit en place une de ses mèches dorées.
— C’est tout l’effet que je te fais ? demanda-t-elle.
— Tu es… changée.
— C’est tout ?
— Tu as une nouvelle coiffure, oui, je vois. Mais tu n’avais pas besoin de te teindre les cheveux par-dessus le marché…
— Et ma robe, tu as vu ma robe ?
— Je croyais que nous étions au bord du gouffre financier.
— J’ai pris sur mes économies.
— Nos économies.
— Brian, écoute. Je sais que… Enfin, j’ai été un peu dure avec toi, hier, mais tu comprends… je ne savais pas quoi faire pour te bousculer. Tu ne réagis jamais à rien. Tu vis dans tes images, dans tes bouquins… Par moments, j’ai l’impression que tu n’es même pas réel !
Elle s’approcha de lui et lui caressa la nuque comme on cherche à amadouer un vieux chat grincheux. Elle sentait bon. Sa main était douce. Il sentit ses dernières rancœurs fondre telle la neige au soleil. C’était pour lui qu’elle s’était ainsi mise en frais, sans doute dans un esprit de conciliation. Peu importait le passé. S’il y avait une chance ici, maintenant, de remettre leur ménage à flot…
Pourtant, cela ressemblait si peu à Marion.
Il voulut la prendre par la taille, l’attirer sur lui. Il ne l’avait pas touchée depuis tellement longtemps. Mais elle lui effleura le menton et se dégagea souplement. Déçu, Brian fixa un point au plafond. Non, c’était trop beau pour être vrai. Il devait y avoir quelque chose derrière tout cela. Marion se servit un verre. Elle n’en était visiblement pas à son premier.
— Ce soir, c’est la fête ! s’écria-t-elle.
— La fête de quoi ?
— Rodgers m’a nommée chef des ventes, tu te rends compte ! Je ne tripoterai jamais plus un pied de ma vie ! Big bang ! On va pouvoir garder le téléphone. Tu pourras même acheter une nouvelle machine à écrire…
Cet argument lui alla droit au cœur. À nouveau, il se sentit vaciller.
— Tu es très belle, Marion, se contenta-t-il de répondre.
Elle éclata de rire et tourna sur elle-même, renversant la moitié de son verre. Il rit, lui aussi. Il aimait toujours Marion et la trouvait particulièrement désirable, ce soir. Il aurait donné beaucoup pour la prendre dans ses bras, mais il savait que s’il se levait, s’il remuait le petit doigt, le charme serait rompu. Marion s’essuya le coin des lèvres d’un revers de main. Elle sourit d’un air gêné.
— Je dois ressortir, Brian. Je suis attendue.
— Quoi ? Quand ? Maintenant ?
— Rodgers m’attend en bas, dans la voiture. Je ne suis rentrée que pour te prévenir que je dîne avec lui. Et avec un client important, aussi. C’est le début de mes nouvelles fonctions…
— Ah, on ne fête pas la bonne nouvelle ensemble, alors ? ricana Brian en sentant la colère lui monter à la gorge.
— On a tout le temps, non ? Attends-moi, je ne rentrerai pas trop tard. Je me ferai pardonner, d’accord ? Tu n’auras pas à le regretter, tu verras…
Elle lui adressa un clin d’œil coquin.
C’était trop tard. Le soufflé était retombé. Brian la suivit d’un œil morne alors qu’elle prenait quelques babioles, changeait de sac, tout cela d’un petit air pressé et fébrile qu’elle s’efforçait pourtant de dissimuler devant lui. Elle donna une dernière chiquenaude à ses mèches sophistiquées, devant la glace de leur armoire, puis repassa devant lui avec un petit signe de connivence.
— Tu m’attends, O.K. ?
— Mmh.
— Tu pourrais aller voir la télé chez les voisins. Il n’y a pas de match, ce soir ?
— T’inquiète pas pour moi.
— Alors à tout à l’heure. Tu ne m’en veux pas, c’est sûr ?
— Mais non.
La porte se ferma. Le claquement des talons hauts décrût dans l’escalier, pressé, si pressé… Brian se leva avec son assiette en carton, vida son dîner dans la poubelle. Il n’avait plus faim. Puis il se dirigea vers la fenêtre, juste à temps pour voir Marion grimper à bord d’une imposante limousine où deux hommes l’attendaient. Celui au volant était Rodgers. Il l’embrassa sur la joue, près de la bouche, avant de démarrer pied au plancher.
Brian, abattu, posa son front contre la vitre.
Il était à nouveau seul.
C’est alors qu’il distingua l’ombre. Il l’appela « ombre » à défaut de pouvoir lui donner un autre nom, mais c’était plus consistant, plus vivant qu’une ombre. Elle était blottie sous le porche de la maison d’en face et regardait dans sa direction. Fixement. Un battement de cils et elle avait disparu. Brian s’ébroua. Sans doute un clochard quelconque ou un dealer à l’affût. Le quartier en était peuplé. Il baissa le store et, saisissant son blouson suspendu au dossier d’une chaise, prit le parti d’aller faire un tour.
Forrester lui avait avancé quelques dollars sur son héritage. C’était largement suffisant pour qu’il se laisse tenter par une petite virée dans les quartiers chauds.
Il remonta la rue d’un pas traînant.
Cela le suivit.
*
* *
Les trottoirs grouillaient de junkies portoricains et de filles bon marché, en quête de quoi se payer une dose de blanche trafiquée. Brian avait l’habitude de se mêler à cette faune exotique. Il étudiait les visages, les attitudes avec un soin d’entomologiste, et c’étaient ceux-là qui venaient plus tard nourrir les personnages de ses romans. Il aimait puiser la vérité des êtres là où elle se trouvait, dans la détresse et le dénuement.
Il fut accosté par une gosse qui ne devait pas avoir seize ans. Elle se colla à lui avec insistance en faisant tourner sa langue sur ses lèvres. Elle n’était pas vraiment jolie, mais sa poitrine lourde tendait un tee-shirt clamant : « Je suis à vous ! ». Brian l’écarta ; elle s’agrippa à lui de plus belle.
— Viens ! Je suis une bonne ! T’auras un pied comme jamais. Allez, amène-toi, merde…
— VAS-Y, BRIAN ? QUOI ATTENDRE ? MARION FAIRE MÊME CHOSE DE SON CÔTÉ !
Brian se retourna. Il avait l’impression qu’on lui avait murmuré cette phrase dans le creux de l’oreille. Mais non. C’était parfaitement ridicule. Cette pensée était de lui. Et seulement de lui. Il fit comprendre à la fille qu’il n’avait pas besoin de ses services. Elle lui cracha de dépit sur les chaussures et s’éloigna en le traitant de tous les noms en spanglish. Il n’avait pas le courage de faire ça à Marion. Il n’avait jamais trompé sa femme. Non que l’envie lui en ait manqué, parfois, mais c’était au-dessus de ses forces, à l’opposé d’une certaine rigidité morale qu’il s’était toujours imposée. Sans doute un reliquat de l’éducation puritaine que lui avait donnée sa mère.
Il traversa la rue. Les gens ne faisaient pas attention à lui. Il savait parfaitement se fondre dans le décor. Au bout d’un moment, il eut pourtant l’impression que quelqu’un le suivait. Mais il ne repéra personne dans son sillage. Voilà qu’il commençait à devenir parano. Tout en rentrant chez lui, il repensa à la maison d’oncle Félix, à la chambre capitonnée de feuilles de plomb, à la porte défoncée, à la cour encombré d’ordures…
Pas étonnant qu’il se sente si déprimé. La mort de Félix l’avait atteint plus qu’il n’aurait su l’exprimer. Dire qu’il n’en avait même pas parlé à Marion. Bien sûr, elle ne lui en avait pas laissé le temps. Mais il aurait pu, s’il avait voulu. Pourquoi ? Plus tard. Ça peut attendre. Oui, ça peut attendre.
Que faisait Marion, en ce moment ? Elle riait sans doute poliment des blagues coquines que Rodgers lui glissait dans le creux de l’oreille entre deux coupes de champagne. Cette idée fit renaître en Brian une rage indescriptible. Marion chef des ventes. Une promotion, ou le salaire mérité d’une gagneuse ? Il se mordit la lèvre si durement qu’il dut essuyer le sang avec son mouchoir.
— Hey ! Brian, comment va ?
Il tressaillit. Priscilla venait d’apparaître à l’angle de la rue. Il portait une robe légère, assez transparente pour que l’on pût distinguer son soutien-gorge. Son maquillage était si finement réalisé qu’il était difficile de le différencier des filles.
— Salut, Priscilla.
— C’est gentil de te souvenir de moi. Qu’est-ce que tu fiches par ici ?
— Je suis en vadrouille.
— Tu es remis de tes émotions ?
— Ouais. Les flics ont compris leur erreur. Mais un peu tard. N’empêche que je n’ai pas grand espoir de retrouver mes papiers et tout le reste. Si je chope ces salopards…
— Tu m’invites à prendre un verre ?
La perspective d’être vu en compagnie d’un travesti lui fit froid dans le dos.
— Tu m’excuses. Je rentrais justement chez moi. Une autre fois. Je viens souvent par ici.
Priscilla sembla déçu.
— O.K. Une autre fois. Tu sais, je ne prends pas un cent aux types qui me plaisent…
— …
— Moi, je te dis ça pour que ça ne soit pas… disons une question de pognon.
Brian le remercia d’un sourire.
— Une autre fois, mentit-il.
Soudain, il se produisit comme un coup de vent. Il dut remonter le col de son blouson sur son visage. Quand il regarda à nouveau, le travesti avait disparu.
*
* *
Il claqua la porte. Marion n’était toujours pas rentrée. Il était pourtant près d’une heure du matin. Il se dévêtit rapidement et se mit au lit. Son sexe en érection pointait vers le plafond. Il se croisa les bras derrière la nuque et laissa ses pensées vagabonder. La fille en tee-shirt moulant, son parfum entêtant…
— TU AURAIS DÛ L’EMMENER CETTE PETITE SALOPE. TU AURAIS DÛ. TU LUI EN AURAIS FAIT BAVER. OUI.
La crudité de son fantasme le surprit. Il ne croyait pas appartenir à la catégorie des obsédés du sexe. Certes, ses relations avec Marion étaient telles qu’il n’avait pas de grandes satisfactions de ce côté, mais… Mais connaissait-on ses propres pulsions, ces abjections enfouies au plus profond de l’être, dans la vase du subconscient, qui filtraient parfois dans les rêves, au mépris de toute morale et de toute éducation ? Ces réminiscences sulfureuses de ce que l’homme avait été avant d’être l’homme, ces cauchemars de larves repues et lubriques, tapies au fond de grottes sombres et humides…
Brian commençait à onduler agréablement entre veille et sommeil. Son esprit surchauffé tissait à présent des visions d’un érotisme bestial, où la chair se mêlait au sang et à la souffrance. Il eut la sensation qu’une ombre se glissait près de lui et l’observait avec attention. Mais il était trop engourdi pour s’extraire du marécage de cette débauche invraisemblable.
Marion rentra plus tard.
Beaucoup plus tard.
Elle ôta ses chaussures et passa discrètement dans la salle de bains. Brian battit des cils. Il était en sueur. Il écouta l’eau couler dans le bidet, puis le pas prudent de sa femme sur le plancher et le froissement de la chemise de nuit qui glissait sur son corps. Il se racla la gorge, afin de signifier qu’il ne dormait que d’un œil.
Marion se coucha près de lui. Mais non contre lui. Il se tourna, posa une main sur sa cuisse.
— Non, pas ce soir, Brian, je t’en prie. Je suis exténuée.
— Mais tu avais promis, non ?
— Désolée. Trop crevée, répliqua sèchement Marion.
Et cette voix était bien celle de Marion.
Passant outre, il laissa tomber les doigts jusqu’à son pubis. Elle se dégagea, mais il eut le temps de constater qu’elle était mouillée à cet endroit. Il n’insista pas. Son désir était tombé.
— J’aurai ta peau, Rodgers, murmura-t-il.
*
* *
Entre deux rêves agités, il entendit sa machine à écrire crépiter comme une salve d’artilleurs. Amusant. Très amusant.
Soudain, la lumière s’éteignit. Lucy poussa un cri de surprise. La cave était plongée dans une profonde obscurité. Il lui était impossible de voir. Mais elle pouvait sentir. Et elle sut qu’il y avait quelqu’un avec elle. Elle ramena machinalement une main sur ses seins.
— Il y a quelqu’un ? Je vous en prie, répondez !
La sueur de la peur coulait sur son front, sa gorge, ses aisselles. Le silence devint moite. Il collait à la peau comme une bouche. Elle recula.
— Pitié, je vous en prie.
— Je suis désolé, ma chérie. Il est trop tard.
— Johnny, c’est toi ?
— Qui d’autre ?
Lucy sentit un mouvement dans son dos. Elle fit volte-face. Deux mains gantées se refermèrent sur son cou. Les veines de son visage gonflèrent. Ses yeux s’agrandirent.
— Non, Johnny, non ! coassa-t-elle.
— Tu en sais trop, je suis navré. Mais avant, tu vas me sentir une dernière fois au fond de toi. Ça te fera un beau souvenir pour là-bas…
Lucy hurla. Elle fut brutalement poussée contre le mur. Son agresseur déchira son chemisier, mettant à nu ses petits seins blancs. Des doigts brutaux forcèrent le passage entre ses cuisses tremblantes et, l’espace d’un bref instant, elle éprouva de nouveau le plaisir d’être violentée. La folie la tiendrait donc dans son étau jusqu’à son dernier souffle. Elle avait toujours su qu’elle mourrait ainsi, avec la chaleur de l’homme dans son ventre. Elle n’eut même pas conscience du rasoir qui ouvrait sa gorge et du sang qui dégoulinait sur son buste…
Sacré nom !
Brian arracha le feuillet de la machine à écrire. Ce n’était pas possible. Il n’avait jamais écrit un truc pareil. Il chercha dans son fatras mais ne retrouva pas l’original. Il n’avait pas pu taper ceci. Il n’avait pas pu, tant il s’était efforcé de suivre les consignes de Lester. Bon sang, qu’est-ce qui lui arrivait ?
— Marion ! appela-t-il. Marion !
— Quoi encore ? maugréa la jeune femme, qui achevait de sécher ses cheveux dans une grande serviette.
— Je te remercie, c’est une très bonne blague…
— Quelle blague ?
— Ce que tu as laissé sur ma machine. C’est très ressemblant…
— Mais de quoi tu parles, enfin ?
Brian lui tendit le feuillet dactylographié. Elle lut, avec aussi peu d’intérêt que s’il s’agissait d’un prospectus publicitaire.
— Et alors ? Des cochonneries dans ce genre-là, c’est tout à fait ton style, non ?
— Marion, oui ou non, c’est toi qui as écrit ça ?
— Non, dis, tu dérailles ? Tu crois que je passe mon temps à taper des saloperies sur ta machine ? Tu deviens fou ou quoi ? En plus, je ne sais pas m’en servir, de ce foutu engin. Même avec un doigt.
Brian prit l’argument dans l’estomac. Il savait que c’était vrai. Pourtant, il savait aussi qu’il n’était pas l’auteur de ce passage. Son regard hébété fit la navette entre la page et le visage impassible de sa femme. Il abdiqua.
— O.K. Laisse tomber.
— Eh bien, il faut croire que tu as des crises de somnambulisme ou que nous sommes hantés. Maintenant, si tu permets, je ne suis déjà pas en avance. Je bosse, moi.
— Bien passée, la soirée de la nouvelle chef des ventes ?
Marion tourna les talons et repartit s’enfermer dans la salle de bains. Brian renonça à la poursuivre. Il resta planté dans le couloir, indécis. Puis relut le feuillet. C’était dingue. Complètement dingue.
Il reconnaissait parfaitement son style, ses expressions habituelles, la violence des rapports entre ses personnages. Non pas l’ersatz affadi auquel il s’était résigné la veille, dans l’espoir de plaire à Lester, mais la version qu’il avait vraiment eu envie d’écrire. Il ne comprenait pas. Quelque chose lui échappait. Une crise de somnambulisme. Pourquoi pas. Si la chose se reproduisait, cependant, mieux vaudrait consulter un médecin.
Marion lui lança le traditionnel « À ce soir » avant de claquer la porte. À travers le rideau, il aperçut la grosse voiture grise de Rodgers, garée en double file…
À nouveau, il fut seul. Avec lui-même. Il fit plusieurs fois le tour de l’appartement. Quand il se remit à sa table de travail, il avait pris une décision : garder le nouveau feuillet et balancer le reste à la poubelle. Il croyait aux signes. Dans la cour, le chien se mit à aboyer. Brian leva les yeux au ciel. C’était chaque fois la même chose. À croire que cet animal avait un don de télépathie.
— Est-ce que quelqu’un va enfin faire taire ce putain de clébard, nom de Dieu de merde !
Comme si son vœu venait d’être exaucé, il y eut un couinement bref, puis le silence revint. Soulagé, Brian se plongea dans le chapitre suivant. Le détective arrive juste à temps pour sauver Lucy. Combat avec Johnny, le dangereux maniaque. Échange de coups, le rasoir siffle dans le noir et enfin…
Le téléphone sonna. Brian hésita, puis finit par décrocher.
— Brian ? (La voix faussement enjouée de Lester Milland.) Oh, je suis content de vous attraper au vol. Vous étiez déjà en plein travail, je suppose ?
— En effet. Salut, Lester. Quoi de neuf ?
— Je me demandais si vous ne pourriez pas passer dans le courant de la matinée pour reprendre votre manuscrit.
— Passer ? Pourquoi ne pas le renvoyer par la poste ? Et puis je n’ai pas le temps. Je travaille sur un nouveau bouquin et…
— Eh bien, vous savez, nous essayons de réduire les frais généraux. En plus, ça nous donnera une occasion de nous revoir, pas vrai ? Que diriez-vous de onze heures trente ?
— Euh… C’est-à-dire…
— Va pour onze heures trente. Vous êtes chic. Je vous recevrai entre deux rendez-vous. J’aurai sans doute une bonne nouvelle à vous apprendre…
— Une bonne nouvelle ? Concernant mon manuscrit ?
— Euh non… Mais Harvey veut bien vous rencontrer.
— Harvey ?
— Challenger, vieux ! Vous marchez à côté de vos pompes ?
— Challenger, oui. Et alors ?
— À tout à l’heure. Soyez ponctuel.
Lester avait déjà raccroché. Brian lâcha un juron. Une demi-journée de travail, voilà ce qu’allait lui coûter ce maudit rendez-vous. Il enfila son vieux blouson râpé. Dans la cour, il découvrit avec surprise un attroupement fort inhabituel. La gardienne était agenouillée près d’une masse noire qu’il ne put identifier. Elle pleurait. Les voisins la consolaient. Une flaque rouge s’élargissait sur le ciment.
— Ces salauds, ils ont tué mon chien. Mon Tobby, mon pauvre chien !
Brian observa la scène de loin, sidéré. L’animal était mort. Il hocha la tête. Bon débarras. Il remonta son col. Le ciel s’était couvert. La pluie menaçait. Il se hâta vers la bouche de métro.
Cela le suivit des yeux. Simplement.
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