Le Gout De L'Aventure

Marianne Willman · Chapitre 2 sur 17

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Le Gout De L'Aventure

Chapitre 2

 

— Oh ! Mon Dieu ! gémissait Charlotte, tamponnant ses paumes écorchées avec son mouchoir de dentelle. Tout ça est ta faute, Vivienne ! Qu’allons-nous devenir à présent?

— Tais-toi, Charlotte, et laisse-moi réfléchir !

Vivienne repoussa de son front une boucle de cheveux humides de transpiration. Deux heures s’étaient écoulées depuis le départ de la diligence sans que la moindre voiture ou le moindre chariot se fût montré à l’horizon! Il ne restait plus une goutte de citronnade et, même à l’ombre de l’arbre, la chaleur était écrasante.

La jeune fille jeta un coup d’œil à la malheureuse étendue à ses pieds. Celle-ci n’avait pas bougé ni prononcé un mot depuis que le garde l’avait déposée là. Sa poitrine se soulevait et s’abaissait à un rythme rapide, sa respiration était rauque et laborieuse. De toute évidence, la fièvre ne cédait pas et l’état de la malade s’aggravait à chaque minute. Désemparée, Vivienne se remit à l’éventer avec son chapeau en tâchant de faire abstraction des bruyantes pleurnicheries de sa cousine.

Soudain elle se redressa, tendit l’oreille. Le galop d’un cheval venait de retentir au loin… Le bruit des sabots approchait. Sautant sur ses jambes avec une vigueur que sœur Clothilde n’eût pas manqué de désapprouver, elle s’élança sur la route…

A quelque distance de là en effet, un cavalier solitaire galopait sur la route; ses cheveux de jais brillaient au soleil, et il regardait d’un œil distrait la végétation luxuriante de la Louisiane. Ses pensées étaient ailleurs, bien loin de ce paysage sudiste écrasé de chaleur. Il songeait aux profondes forêts de l’Ouest lointain, aux sommets enneigés des Rocheuses.

Il est des hommes esclaves du jeu ou de l’alcool, d’autres qui passent leur vie à accumuler les richesses… Josh Deveril, lui, n’avait d’autre passion que celle de l’aventure. Les vastes étendues sauvages du territoire de l’Oregon, aux confins nord-ouest du pays, exerçaient sur lui un attrait irrésistible, et il préparait minutieusement sa prochaine expédition dans ces contrées lointaines. Il lui restait encore trois hommes à recruter pour compléter son équipe. De rudes gaillards à l’esprit intrépide, alliant expérience et goût du risque…

Plongé dans ses pensées, Deveril déboucha du tournant au galop et ce qu’il découvrit le ramena instantanément à la réalité. Une mince silhouette en robe blanche se dressait au milieu de la route. Elle agitait les bras, et la masse éclatante de sa chevelure cuivrée retombait en vagues souples sur ses épaules. Deveril tira brusquement sur les rênes. Effrayé, son cheval se cabra.

— Bon sang de bois ! maugréa-t-il.

L’expression farouche de l’étranger n’intimida pas Vivienne, pas plus que son vigoureux alezan, qui ruait maintenant d’importance, dressé sur ses membres antérieurs.

— Monsieur! Arrêtez-vous, pour l’amour du Ciel ! Nous avons besoin d’aide.

Deveril considéra l’étrange scène qui s’offrait à son regard : deux écolières, l’une prête à se jeter sous les sabots de son cheval et l’autre secouée de sanglots hystériques ; le bas-côté de la route jonché de malles et de cartons à chapeaux; un peu plus loin, étendue sur l’herbe à l’ombre d’un arbre, une jeune femme apparemment inconsciente, le visage empourpré de fièvre.

Depuis un moment déjà, il chevauchait sur les traces laissées par la diligence, et son esprit agile embrassa immédiatement la situation. Il mit pied à terre.

— Sacrebleu, comment peut-on abandonner une femme et des enfants sur le bord de la route par simple peur du choléra! s’exclama-t-il.

Vivienne se sentit partagée entre l’admiration — l’étranger avait tout compris en un clin d’œil — et l’indignation de s’entendre traiter d’enfant. La gratitude prit le dessus.

— Merci de vous être arrêté, monsieur. Il faut emmener cette dame chez un docteur de toute urgence.

Deveril s’agenouilla auprès de la malade. Elle avait la peau sèche et brûlante. Ce n’était pas le choléra… La grippe, peut-être? La Nouvelle-Orléans offrait un terrain idéal à cette maladie en été.

— Commençons par lui donner un peu d’air, dit-il. Elle doit étouffer sous ce monceau de vêtements.

Il déchira le devant de la courte tunique qui engonçait la femme évanouie, puis, sans prêter attention aux protestations véhémentes des jeunes filles, défit les boutons de son corsage avec une dextérité que confère seule une longue pratique de ce genre d’opération… De toute évidence, les vêtements féminins n’avaient aucun secret pour lui ! Loin d’être aussi choquée que Charlotte, Vivienne observait l’inconnu avec une franche curiosité. Cet homme était sans doute marié, tout simplement, ou encore médecin de campagne. A moins qu’il n’ait une maîtresse?

— Allez chercher la gourde sur ma selle, ordonna-t-il.

En un clin d’œil, Vivienne revint avec un bidon bosselé qu’elle tendit à l’étranger. Il avait les yeux d’un bleu intense, nota-t-elle; un bleu outremer aux reflets de lapis-lazuli. Et le regard le plus perçant qu’elle eût jamais vu. Elle l’aida à verser quelques gouttes sur les lèvres de la femme, mais la malade ne put les avaler. Deveril arrosa alors généreusement son mouchoir et entreprit de rafraîchir le visage brûlant.

Charlotte se serra contre sa cousine.

— Cet homme n’a pas l’air très recommandable, chuchota-t-elle. Nous ne devrions pas lui faire confiance…

— Tu es une sotte, Charlotte ! répliqua Vivienne, indignée. Tu ferais mieux de te taire plutôt que de proférer de telles stupidités !

Deveril se redressa tout en maintenant son mouchoir sur le front de la femme.

— Elle n’aurait jamais dû entreprendre un voyage dans son état. Depuis combien de temps est-elle malade?

— Je l’ignore, monsieur. Cette dame est montée dans la diligence à Saint-Charles et n’a pas dit un mot depuis.

Deveril eut un mouvement de surprise. Pour la première fois, il regarda attentivement la jeune fille. Une petite personne décidée, fort bien élevée, et très jolie de surcroît. Une détermination farouche se lisait sur son visage aux traits délicats.

— Cette femme ne vous accompagnait pas? s’étonna-t-il. J’avais cru comprendre qu’il s’agissait d’une parente… Mais dans ce cas, que faites-vous avec elle en rase campagne?

La jeune fille leva sur lui le regard étincelant de ses yeux verts.

— La diligence s’est arrêtée… Ils voulaient laisser cette malheureuse toute seule sur le bord de la route. J’ai protesté.

— Et ils vous ont abandonnées avec elle, n’est-ce pas?

— Oui ! s’écria Charlotte. Tout ça, c’est la faute de ma cousine !

— C’est tout à son honneur également, déclara Josh qui continua à fixer la jeune fille rousse sans même tourner la tête vers sa compagne, une écolière pleurnicharde et dénuée d’intérêt, avait-il jugé d’emblée.

Ainsi, il ne s’était pas trompé. Cette gamine avait du cran… D’un rapide coup d’œil, il évalua les vêtements de la jeune fille. Une toilette simple, comme il convient à une écolière, mais de la meilleure qualité; quant aux bagages, ils venaient à l’évidence de Paris… Sans doute la fille de quelque riche planteur, songea-t-il. Curieux qu’elle se soit mise dans pareille situation pour une étrangère. Il fronça les sourcils pensivement.

— J’imagine que monsieur votre père aura quelques mots à dire à la compagnie des diligences.

Les yeux verts étincelèrent de nouveau.

— Et moi aussi, monsieur! s’écria Vivienne. Vous pouvez en être certain !

Deveril lui jeta un regard amusé. Plantée sur le bas-côté de la route, au beau milieu de nulle part, et livrée au bon vouloir d’un voyageur de passage, elle n’en avait pas moins les façons d’une petite duchesse. La voix grave de Josh se teinta d’une inflexion un brin moqueuse pour demander :

— Puis-je vous demander où vous vous rendiez, mademoiselle?

— Mon père nous attend cet après-midi à l’hôtel du Trèfle, à Sainte-Anne.

— Sainte-Anne !

Deveril pesta entre ses dents. La petite ville était fort éloignée, et il avait déjà pris du retard. D’un autre côté, il ne pouvait pas abandonner ces trois malheureuses à leur sort… Il réfléchit rapidement.

— Je sais où me procurer un chariot, mais cela demandera un certain temps. Commençons par dégager le bas-côté de la route…

Soulevant la malade, Deveril la transporta à l’ombre plus dense d’un bouquet de chênes; puis, après avoir regroupé malles et cartons, il laissa aux jeunes filles le bidon d’eau ainsi que du pain et du fromage.

— Je vais faire le plus vite possible. En attendant, je vous conseille de rester à l’écart de la route. On ne sait jamais qui peut passer…

Vivienne acquiesça d’un signe de tête. Deveril marqua une pause, considérant le visage aux yeux clos de la malade.

— Au bout du compte, mademoiselle, reprit-il avec douceur, tous vos efforts — et les miens — seront peut-être vains…

— J’en ai bien conscience, monsieur. Et je vous remercie sincèrement de votre aide.

Sans répondre, Deveril sauta en selle, tourna bride et s’éloigna au galop.

Charlotte, qui le regardait disparaître dans un nuage de poussière, haussa les épaules d’un air maussade.

— Il ne reviendra pas, affirma-t-elle. Pourquoi le ferait-il ?

— Parce que c’est un gentleman.

— Un gentleman en culotte de peau et bottes de trappeur ?

— Un gentleman se juge à ses actes, non à son habit.

— Et moi, je te dis que tu es folle de lui faire confiance !

Avec un soupir de martyre, Charlotte s’assit sur l’herbe, rompit un morceau de pain et entreprit de se restaurer, laissant Vivienne éventer la femme qui gisait immobile. Il faisait chaud et moite, et la jeune fille se sentit bientôt épuisée, à force d’agiter son chapeau au-dessus du visage de la malade. Pour se donner du courage et tromper l’attente, elle pensait au bain revigorant qu’elle prendrait sitôt arrivée à l’hôtel, au ventilateur qui lui offrirait une brise délicieuse… Car, elle en était sûre, l’homme tiendrait sa promesse!

Plus d’une heure s’écoula de la sorte et Vivienne commençait à se poser des questions lorsqu’elle entendit le trot d’un cheval. C’était lui ! Enfin ! Il conduisait un chariot branlant qui menaçait de tomber en morceaux à chaque tour de roues; à l’arrière, une couverture élimée avait été jetée à la hâte sur un tas de sacs de toile. Les deux jeunes filles s’élancèrent sur la route à sa rencontre.

Parvenu à leur hauteur, Deveril s’adressa à Vivienne :

— Pouvez-vous tenir les chevaux pendant que je transporte la malade dans le chariot?

— Bien sûr.

Avant que Josh ait pu faire un geste pour l’aider, Vivienne se hissa sur le siège, la mine épanouie.

— J’ai déjà conduit le chariot d’Eben, notre garçon de ferme, expliqua la jeune fille. Il m’a appris à tenir les guides. En cachette de papa, naturellement, ajouta-t-elle.

Un petit sourire glissa sur les lèvres de Deveril.

— Lorsque vous serez grande, ma chère enfant, vous n’aurez pas votre pareil pour mener un attelage. Cela se voit tout de suite.

Vivienne prit les rênes dans ses petites mains et redressa fièrement la tête.

— Je suis déjà assez grande, monsieur. J’aurai dix-sept ans bientôt, et dès la saison prochaine je ferai mes débuts dans le monde.

Le sourire de Deveril s’élargit.

— Le monde n’a qu’à bien se tenir ! commenta-t-il avant de sauter à terre.

Il s’approcha de la malade, la souleva dans ses bras et l’installa avec précaution sur la couverture à l’arrière. Puis il transporta tous les bagages à l’arrière du chariot.

Le charmant visage de Vivienne était rose d’animation, offrant un plaisant contraste avec celui, renfrogné, de sa compagne. Cette rousse jeune fille n’avait décidément pas froid aux yeux. Deveril n’avait aucun mal à lire dans ses pensées. Elle

n’avait pas peur, ravie qu’elle était de vivre une passionnante aventure… Et dans quelques mois, ajouta-t-il mentalement, elle perdrait cette adorable fraîcheur pour devenir une débutante comme les autres; elle s’ennuyerait avec distinction et minauderait avec de jeunes fats en agitant son éventail. Quel gâchis…

Se détournant, il arrima solidement les lourdes malles.

— Voilà! Nous sommes parés, mesdames… pardon… mesdemoiselles. Il y a un hospice aux abords de Sainte-Anne. Nous y déposerons la malade avant de nous présenter à l’hôtel du Trèfle. C’est plus sage. Sinon le directeur risque de ne pas vous donner de chambre, par crainte de la contagion.

Deveril esquissa un geste pour prendre la main de Charlotte et l’aider à monter, mais la jeune fille recula.

— Je refuse de voyager dans ce vilain chariot ! protesta-t-elle.

— A votre guise.

Deveril s’installa à côté de Vivienne et prit les rênes.

— Sainte-Anne se trouve à six heures de marche, poursuivit-il. Vous n’avez qu’à suivre la route, et vous arriverez à l’hôtel du Trèfle trois ou quatre heures après le coucher du soleil. Nous préviendrons la réception.

Il fit claquer les rênes. Le chariot s’ébranla… Et pour la deuxième fois de la journée, Charlotte se retrouva au beau milieu de la route, courant à toutes jambes après une voiture qui s’éloignait.

Vivienne regardait Deveril, saisie de stupeur. Elle ouvrait la bouche pour intervenir lorsqu’il tira sur les rênes, immobilisant l’attelage. Charlotte, soulagée, éclata en sanglots hystériques et les rejoignit en titubant.

— Je ne peux pas monter à l’arrière. Cela va me rendre malade ! pleurnicha-t-elle.

— Très bien, lança Vivienne, agacée, tout en se hissant par-dessus le dossier du siège. Prends ma place à l’avant. De toute façon, je préfère veiller moi-même sur cette pauvre malheureuse.

Le voyage s’effectua en silence. La jeune fille s’employait à rafraîchir la malade en lui appliquant des mouchoirs humides sur le front. Le reste du temps, elle observait l’inconnu aux cheveux sombres. Il était grand et solidement bâti, et il y avait en lui une aisance, une grâce que Vivienne trouvait fort séduisantes. Quelle impression cela devait-il faire d’être embrassée par un si bel homme? se demanda-t-elle.

A cet instant Deveril jeta un coup d’œil en arrière. Le soleil éclaboussait de reflets incandescents les cheveux fauves de la jeune fille, et sa robe de batiste, moite de transpiration, soulignait les rondeurs de son corps ravissant.

A l’expression qui se peignit sur le visage de l’inconnu, Vivienne comprit instinctivement qu’il avait cessé de ne voir en elle qu’une enfant… La trouvait-il réellement désirable? Lorsque leurs regards se rencontrèrent, elle n’eut plus de doute là-dessus et sentit ses joues s’enflammer. Ce fut comme si une étincelle d’électricité passait subitement entre eux. Tous deux se détournèrent en même temps et Vivienne porta un mouchoir humide à son visage. La chaleur devenait vraiment intenable.

L’hôtel du Trèfle était un élégant bâtiment à colonnade entouré d’un parc luxuriant. Vivienne et Charlotte soupirèrent d’aise en pénétrant dans le vaste hall à la décoration raffinée. Elles avaient hâte de prendre un bon bain ! Quant à Deveril, il était impatient de retourner à ses affaires. Mais un contretemps imprévu se présenta. A la réception, l’onctueux directeur eut beau se confondre en saluts obséquieux, il était désolé : aucune réservation n’avait été faite au nom des jeunes filles.

— Il y a sans doute une erreur! s’écria Vivienne. M. Claude Rocque nous attendait ici cet après-midi ; mais nous avons été… Aïe !

Deveril venait de lui pincer le bras, coupant court à ses explications. Se rappelant tout à coup qu’il lui avait recommandé de taire l’existence de la femme malade, elle baissa la tête et le laissa parler, tout en s’efforçant de sourire au directeur.

— Ces jeunes personnes sont sous ma protection, dit Josh. Je me charge de leurs dépenses.

Il sortit son portefeuille et déposa plusieurs billets sur le comptoir de la réception.

— Mais, monsieur, nous ne pouvons pas prendre la responsabilité de…

— Je veillerai sur elles jusqu’à l’arrivée de M. Rocque, assura Deveril d’une voix ferme. Veuillez leur donner une chambre et un petit salon privé, je vous prie.

Le directeur examina les jeunes filles en silence. Leurs vêtements venaient à l’évidence de chez les meilleurs faiseurs, et la plus jolie des deux portait au cou un médaillon ancien, sans doute très coûteux et d’un goût exquis… Il s’inclina avec empressement.

— Certainement, monsieur… monsieur…?

— Deveril. J. Deveril.

Vivienne lui jeta un rapide regard. Avec toutes ces émotions, elle en avait oublié les présentations !

Dès que Deveril eut signé le registre, le groom mena les jeunes filles à leurs chambres, situées au premier étage. Le petit salon de l’appartement qui leur était attribué était meublé de confortables fauteuils de chintz et d’un sofa assorti. Josh, qui les avait suivies, traversa la pièce et ouvrit les portes-fenêtres à claire-voie qui donnaient sur le parc.

Il se tourna vers le groom.

— Le balcon court sur toute la façade et on peut y accéder par l’escalier donnant sur le jardin. N’importe qui pourrait s’introduire dans cette chambre…

Le groom parut choqué.

— En effet, monsieur, n’importe qui peut entrer par le balcon, mais je vous assure qu’aucun des clients de l’hôtel du Trèfle n’aurait l’idée de faire une chose aussi inconvenante.

— Ah ! vous m’en voyez rassuré, répliqua Deveril avec le plus grand sérieux.

Mais un éclair amusé passa dans son regard, et ses lèvres s’étirèrent imperceptiblement. Vivienne pouffa mais, aussitôt, elle porta la main à sa bouche et fit mine de tousser. Cet homme n’était pas seulement chevaleresque, se dit-elle, il avait aussi le sens de l’humour, ce qui ne gâtait rien.

Quelque temps plus tard, après que les jeunes filles eurent pris un bain et se furent restaurées, Charlotte se coucha en chien de fusil sur le grand lit et sombra aussitôt dans un sommeil de plomb. Tant mieux ! Vivienne commençait en avoir assez de devoir supporter les jérémiades de sa cousine. Elle n’avait pas du tout sommeil. Après tout, leur aventure était plutôt excitante et c’était la première fois qu’elle avait l’occasion d’aller dans un hôtel… D’ailleurs, la nuit n’était pas encore tombée, et il faisait bien trop chaud pour dormir. La jeune fille ouvrit les persiennes et sortit sur le balcon. Le crépuscule commençait à assombrir le ciel, filtrant les derniers rayons du soleil. Vivienne s’approcha de la balustrade en fer forgé. Certes, M. Deveril lui avait recommandé de ne pas sortir, mais le jardin était à deux pas. Une bouffée d’air frais ne pouvait pas lui faire de mal…

Elle descendit rapidement les marches qui menaient à la terrasse. A gauche, dans le jardin, l’eau ruisselait doucement dans la vasque d’une fontaine de marbre; à droite, un muret de pierres sèches abritait le jardin de plantes aromatiques. Les senteurs de la sauge et du romarin montaient dans l’air du soir. Vivienne hésita un instant, puis obliqua à droite. C’était là qu’elle avait le moins de chances de tomber sur M. Deveril, et elle ne tenait pas à se faire réprimander parce qu’elle avait quitté sa chambre.

Mais à peine eut-elle franchi le muret de pierre et contourné un odorant massif de lavande, qu’elle entendit précisément la voix de celui qu’elle voulait éviter… Vivienne recula précipitamment dans l’ombre d’un chêne.

— Les Américains n’ont rien à faire dans l’Oregon. Les Anglais ont été suffisamment clairs à ce sujet.

— C’est exactement ce que je pense, monsieur Deveril, et les choses risquent de tourner au vinaigre si ça continue, répondit une voix à l’accent britannique.

Un instant plus tard, deux ombres passèrent devant le chêne derrière lequel elle se tenait. Leurs visages apparurent brièvement à la lueur du crépuscule. Deveril et un homme d’un certain âge. Sûre qu’ils ne l’avaient pas aperçue, Vivienne retint son souffle, attendant avec impatience qu’ils s’éloignent. Mais comme un fait exprès, Deveril s’arrêta.

— J’ai dû laisser tomber mon mouchoir dans l’allée, dit-il. Continuez sans moi, McSweeney, voulez-vous? Allez fumer votre cigare. Je vous rejoins tout de suite.

L’homme, celui qui répondait au nom de McSweeney, acquiesça d’un signe de tête. Tirant un havane de sa poche, il s’éloigna à grands pas et disparut derrière le muret. Deveril fit demi-tour et se dirigea droit vers le chêne. La jeune fille se plaqua contre l’écorce rugueuse. Deveril passa devant l’arbre et se fondit dans l’obscurité. Vivienne attendit un moment; puis, jugeant que la voie était libre, elle quitta sa cachette. Avec un soupir de soulagement, la jeune fille allait s’élancer vers la terrasse lorsqu’une main de fer lui enserra le bras.

— Que faites-vous là? Je vous avais pourtant dit de rester dans votre chambre !

Vivienne sentit son cœur bondir dans sa poitrine. M. Deveril semblait vraiment fâché. Pour se donner une contenance, la jeune fille tripota nerveusement son médaillon.

— Je… j’avais trop chaud, répondit-elle. Je suis sortie prendre l’air et je m’apprêtais précisément à rentrer…

Deveril la fixait d’un regard glacial dans le clair-obscur du crépuscule.

— Qu’avez-vous entendu? demanda-t-il.

— Mais… rien ! Rien du tout! Vous m’avez fait peur. Je croyais être seule dans le jardin.

Comme il continuait de scruter son visage, Vivienne se sentit soudain parcourue d’un frisson qui n’avait rien de désagréable. Sa bouche s’entrouvrit et son cœur s’accéléra…

Quant à Deveril, pris sous le charme, il ne pouvait détacher son regard de la jeune fille. L’obscurité creusait les traits délicats, estompant la rondeur encore enfantine des joues et faisant ressortir le modelé gracieux des pommettes. Dans son visage juvénile, on distinguait déjà la femme qu’elle deviendrait bientôt. L’espace d’un instant, Deveril se surprit à songer qu’il ne lui déplairait pas d’être le témoin — ou l’acteur — de cette transformation…

Au loin, une porte claqua, et l’enchantement soudain fut rompu. Ah ça! Avait-il perdu la tête pour rester ainsi à contempler cette écolière? Josh glissa son bras sous celui de la jeune fille.

— Je vous raccompagne à votre chambre, dit-il d’un ton sans réplique.

Au bout de quelques pas, il reprit d’une voix adoucie :

— Que comptez-vous faire à présent que vous avez terminé vos études, mademoiselle?

— Je ne sais pas. Je suppose que je vais me marier et avoir des enfants. Charlotte dit que mon père a fait des projets pour moi…

Deveril crut percevoir une légère réticence dans sa voix.

— Cette idée ne semble pas vous enthousiasmer?

Vivienne marqua une pause avant de répondre.

— Je n’ai pas encore eu le temps d’y penser sérieusement. Voyez-vous, monsieur, une femme n’a pas vraiment le choix. Un moment, j’ai songé à prendre le voile, mais sœur Albina, une religieuse du couvent de Sainte-Ursule où j’étais en pension, m’en a dissuadée. Elle pense que je n’ai pas la vocation…

— En effet. Je vous imagine mal faisant vœu de pauvreté et d’obéissance, fit observer Deveril.

« Et de chasteté », ajouta-t-il en lui-même. Certaines femmes ne sont pas faites pour mourir vierges, et cette jeune fille en faisait certainement partie…

Un roulement de sabots vint interrompre ses pensées.

Un attelage entrait dans la cour de l’hôtel et, à la lueur des torches, Vivienne reconnut le conducteur.

— C’est Jacques, le cocher de mon père !

Rassemblant ses jupes, elle s’élança vers la voiture qui venait de s’arrêter.

— Papa! Papa! C’est moi, Vivienne!

Deveril ralentit le pas afin de ne pas troubler les retrouvailles. Mais l’homme qui descendit de la voiture était bien trop jeune pour avoir une fille de seize ans. Il claqua la portière, et l’équipage se dirigea vers l’écurie. Sans savoir pourquoi, Deveril sentit une vague inquiétude le gagner. Il accéléra l’allure et rejoignit la jeune fille.

Vivienne s’était arrêtée net.

— Bertrand ! s’exclama-t-elle. Mais que faites-vous là?

Le nouvel arrivant était un jeune homme de taille moyenne, aux cheveux châtain clair abondamment pommadés. Vêtu avec une elegance recherchée, il ressemblait davantage à une gravure de mode qu’à un être de chair et de sang. N’eussent été le regard calculateur de ses yeux noirs, masqués de longs cils, et sa bouche qui trahissait une lourde sensualité, on l’aurait pris pour un mannequin ! Dont il avait d’ailleurs la raideur lorsqu’il s’inclina.

— Mademoiselle… ma chère petite !

Sa voix faussement rassurante était celle de quelqu’un qui s’apprête à annoncer une mauvaise nouvelle. Et qui s’en réjouit…

Vivienne devint blanche comme un linge.

— Que se passe-t-il? s’écria-t-elle en le saisissant par la manche.

Bertrand s’éclaircit la gorge.

— Ma pauvre enfant, il faut que vous soyez courageuse. Un malheureux concours de circonstances… M. Rocque a eu un accident de cheval ce matin. Il est mort.

— Non ! Non, pas ça !

En un éclair, Vivienne se représenta son père adoré, gisant immobile sous les sabots de sa monture… Bertrand lui tendit la main, mais elle restait figée sur place, comme paralysée. Deveril lui toucha doucement l’épaule, et c’est vers lui qu’elle se tourna instinctivement. Alors, blottissant son visage contre sa poitrine, elle éclata en sanglots.

Deveril se sentit étrangement ému. La violence de ce chagrin le bouleversait. Il entoura la jeune fille de ses bras, comme pour la protéger, mais elle continuait à pleurer de plus belle. Jamais il ne s’était senti aussi désarmé. En cet instant, il aurait tout donné pour pouvoir la consoler. Le cœur serré, il ne put que la ramener à sa chambre et la regarder disparaître à l’intérieur, maudissant le sort et sa propre impuissance.

Josh quitta l’hôtel à la pointe du jour, alors que l’aurore commençait à peine à dorer l’horizon. Une expédition périlleuse et lointaine l’attendait. Mais au lieu de songer aux mille et un détails qui restaient encore à régler, ses pensées revenaient sans cesse vers la courageuse et ravissante jeune fille qui venait de croiser sa route.

Mlle Vivienne Rocque avait sa cousine, ses amis, elle était l’héritière d’une plantation florissante. Elle disposait aussi d’un prétendant déterminé à l’épouser. Sa vie était en Louisiane, songea Deveril, alors que lui-même partirait bientôt vers les confins du pays. Plusieurs années s’écouleraient peut-être avant que sa route ne le ramène à La Nouvelle-Orléans. Il avait accompli son devoir vis-à-vis d’elle. A présent, ses propres obligations le réclamaient…

Mais alors pourquoi n’avait-il pas l’âme en paix?

Pendant qu’il s’éloignait au galop, Vivienne dormait d’un sommeil agité, se tournant et se retournant dans son grand lit à l’hôtel du Trèfle. A la lisière du rêve et de l’éveil, des images confuses défilaient dans sa tête : son père, sœur Clothilde, Charlotte… Il s’y mêlait aussi le souvenir insistant d’un homme aux cheveux sombres, aux yeux bleu vif…

Soudain complètement réveillée, elle repoussa l’édredon de plumes. On étouffait dans cette chambre ! Même l’oreiller lui paraissait brûlant. Vivienne souleva la tête, et la pièce se mit à tourner. Une sueur froide l’inonda des pieds à la tête, un frisson glacial la saisit, faisant tressauter ses épaules.

Charlotte, allongée auprès d’elle, finit par se réveiller.

— Qu’est-ce que tu fabriques, Vivienne? grommela-t-elle d’une voix ensommeillée.

Elle se tourna sur le côté et referma les yeux, mais un bruit étrange la fit tressaillir. Elle se redressa et regarda sa cousine. Vivienne claquait des dents ; son visage livide était baigné de sueur, sa chemise de nuit trempée lui collait au corps.

— Oh! mon Dieu! s’écria Charlotte, saisie d’effroi.

Elle tira frénétiquement sur le cordon d’appel. Plusieurs minutes s’écoulèrent, puis une femme de chambre aux joues roses entra avec le plateau du petit déjeuner.

— Déjà réveillées, mesdemoiselles? lança-t-elle d’une voix guillerette. Et moi qui croyais que vous alliez dormir jusqu’à midi ! J’avais même dit à Lucy que…

Elle s’interrompit net en découvrant Vivienne, pâle comme la mort.

— Bonté divine! Cela fait longtemps qu’elle est dans cet état?

— Je ne sais pas, répondit Charlotte. Je viens de me réveiller.

— Je vais aller chercher Mme Creek, la gouvernante, décida la femme de chambre.

A midi, pendant que Deveril, à l’embarcadère, donnait les dernières instructions à ses hommes, Vivienne sombra dans le délire. Des visages monstrueusement déformés passaient devant ses yeux. Des voix désincarnées murmuraient des mots indistincts qui résonnaient dans sa tête. Une femme aux cheveux grisonnants, la figure couverte de boutons, la regardait. Vivienne essaya de parler, mais cet effort l’épuisa, et elle glissa de nouveau dans un demi-sommeil peuplé de créatures étranges.

Le soir venu, son état ne s’était pas amélioré, de sorte que le directeur fut, à son corps défendant, obligé d’appeler un médecin : révéler la présence d’une malade peut-être contagieuse dans son hôtel ne le ravissait guère, mais la mort d’une cliente serait encore plus dommageable aux affaires ! Pas question de prendre ce risque…

Pendant ce temps-là, Bertrand ne décolérait pas. Ses chances de devenir le maître de Juniper Hill s’amenuisaient d’heure en heure. Vivienne ne devait pas mourir! Il fallait qu’elle vive au moins assez longtemps pour qu’il puisse l’épouser… Comme il arpentait le couloir, ruminant ses pensées, un homme sortit de la chambre, une trousse médicale à la main. Bertrand se planta devant lui.

— Comment va Mlle Rocque? demanda-t-il. Sera-t-elle bientôt rétablie?

— Etes-vous un parent de la jeune fille, monsieur?

— Son fiancé. Nous devons nous marier dans un mois.

Le médecin jaugea Bertrand d’un coup d’œil exercé. Aucun signe de douleur, nul symptôme de chagrin véritable. Ce fiancé-là n’avait rien d’un amoureux transi… Il hocha la tête et annonça sans ménagement :

— A votre place, je ne ferais pas de projets d’avenir. Je doute qu’elle passe la nuit. Malaria foudroyante. Le pire cas de fièvre tierce que j’aie jamais vu. Pauvre petite…

Bertrand réprima un juron. Le médecin une fois parti, il sortit dans le parc et alluma un cigare. Toute sa vie, il avait rêvé de posséder Vivienne Rocque et Juniper Hill. Et voilà que l’une et l’autre allaient lui échapper.

Tout en faisant les cent pas dans l’allée gravil- lonnée, il finit son cigare et le jeta dans une plate- bande. Si seulement Charlotte avait eu le bon goût de tomber malade à la place de Vivienne ! Charlotte, le terne reflet de sa radieuse cousine. Et pourtant, ce serait elle qui lui survivrait…

Bertrand s’immobilisa. Une idée venait de germer dans son esprit. Tout n’était pas joué. Peut-être y avait-il encore moyen de réaliser ses plans… Charlotte. Mais oui ! Comment n’y avait-il pas songé plus tôt? Seulement, il lui fallait se montrer très prudent. User de persuasion, de tact. Et mettre tout son charme dans la balance. Décidément, plus il y pensait, et plus l’idée lui souriait.

Bertrand regagna l’hôtel d’un pas assuré. Il monta au premier, s’assit sur la banquette dans le couloir et attendit que la femme de chambre eût quitté la malade. Alors, il frappa doucement à la porte du petit salon.

Charlotte entrouvrit le battant.

— Que voulez-vous? demanda-t-elle.

Elle avait les yeux rouges, les traits boursouflés, et la bouche tuméfiée à force de pleurer et de se mordiller les lèvres de nervosité. Bertrand réprima une grimace. Jamais la jeune fille ne lui avait paru moins séduisante. Faisant effort sur lui-même, il lui prit la main et la serra dans les siennes.

— Ma chère Charlotte… ma très chère Charlotte. Nous avons à parler, vous et moi.

Il se glissa dans la pièce et referma la porte derrière lui.

Charlotte tamponna ses joues mouillées de larmes. La jalousie qu’elle éprouvait à l’égard de sa cousine ne l’empêchait pas de l’aimer à sa façon, autant du moins que le lui permettait sa nature superficielle… Mais en ce moment, c’était sur son propre sort qu’elle pleurait. Qu’allait-elle devenir, maintenant qu’oncle Claude était mort et que Vivienne n’allait pas tarder à le suivre? Elle renifla et se moucha bruyamment.

— Ma pauvre enfant…

Bertand passa son bras autour des épaules de Charlotte, ce qui ne manqua pas de la surprendre. Certes, il l’avait embrassée une fois, dans la bibliothèque de Juniper Hill. Mais leurs relations en étaient restées là, bien que Charlotte eût souvent rêvé de le voir renouveler l’expérience. Mais pas dans les circonstances présentes, grands dieux ! Pourtant, à son contact, un trouble la saisit malgré elle.

Bertrand l’attira contre lui et lui prit le visage entre ses mains.

— Saurez-vous être courageuse, Charlotte?

Elle jeta un regard effrayé à la porte derrière laquelle reposait Vivienne.

— Oh! Bertrand, elle n’est pas…

— Pas encore, mon petit, mais elle ne passera sans doute pas la nuit. Voilà pourquoi je vous demande si vous avez du courage. M. Rocque avait l’intention de vous trouver un bon parti, aussi n’a-t-il rien pévu pour vous dans son testament. Je suis bien placé pour le savoir, puisque j’ai signé le document en qualité de témoin.

Les larmes de Charlotte se tarirent instantanément. Elle s’accrocha à la manche de Bertrand, la mine horrifiée.

— Que dites-vous? C’est affreux! Que vais-je devenir?

— Vivienne et moi devions nous marier cet été. Le contrat était déjà préparé et signé. Nous aurions vécu heureux à Juniper Hill tous les trois. Mais votre cousine n’a pas fait de testament. En effet, qui eût pu prévoir une fin pareille ?

Charlotte semblait avoir perdu l’usage de la parole.

Bertrand lui caressa la joue.

— Vivienne disparue, tout le domaine reviendra à un cousin éloigné de M. Rocque. Un vieux grippe-sou qui vit à Paris et n’a aucun lien de parenté directe avec vous. Nulle affection non plus, je présume, pour une lointaine cousine par alliance.

Les yeux de Charlotte s’emplirent de nouveau de larmes tandis que Bertrand poursuivait :

— Imaginez la vie qui vous attend. Bonne à tout faire au service d’un vieillard acariâtre…

Charlotte se mit à trembler en poussant de petits gémissements pitoyables.

— A moins qu’il ne vous chasse purement et simplement, continua Bertrand, imperturbable. Après tout, il n’a aucune obligation envers vous. Vous vous retrouverez à la rue et sans le sou, sans personne pour vous nourrir, vous habiller, prendre soin de vous. Et tout cela par la cruauté du destin…

A l’évocation du sort qui l’attendait, la jeune fille blêmit.

— Ce n’est pas juste! protesta-t-elle.

— En effet, convint Bertrand. Pas plus qu’il n’était juste que Vivienne héritât de tout, ma chère Charlotte, en ne vous laissant que les miettes.

Il glissa sa main le long du corsage de la jeune fille, effleurant ses seins. Charlotte frissonna et se serra contre lui. Non, songea-t-il, elle n’était pas une beauté, mais elle ferait néanmoins l’affaire… La voix de Bertrand se fit pressante.

— N’avez-vous jamais imaginé que la situation puisse s’inverser? Que vous soyez la maîtresse de Juniper Hill, à la place de Vivienne? Après tout, vous vous ressemblez tant…

Redressant la tête, Charlotte fixa sur son compagnon des yeux rougis où la convoitise avait remplacé le désespoir. Elle avait compris instantanément ce que Bertrand lui proposait. Il avait raison ! Pourquoi un parent éloigné des Rocque hérite- rait-il du domaine, en la laissant peut-être à la rue? Pourquoi devait-elle accepter de se laisser dépouiller de tout sans rien faire?

Elle regarda Bertrand. Il lui souriait, et ce sourire était plein de promesses. Soudain, elle sentit ses jambes flageoler. La tête lui tournait devant cette perspective étourdissante. Elle pouvait avoir Bertrand et Juniper Hill. Tout ce dont elle avait toujours rêvé était là, à portée de sa main.

Pour l’obtenir, il lui suffisait de maquiller le nom d’une mourante…