Le monde de l'éternité
Chapitre XI
Quatre humanoïdes à tête de crapaud s’agitaient devant une grosse boule métallique posée sur de puissants amortisseurs. Un cinquième planait comme un aigle au-dessus du plateau rocheux, observant probablement les environs.
La boule métallique n’était autre qu’un véhicule spatial. Une ouverture béait sur le flanc de la sphère et un escalier amovible permettait d’y accéder. Aucun hublot n’apparaissait sur les parois, mais à la base de l’engin, plusieurs orifices ressemblaient à des réacteurs.
L’être qui se balançait mollement dans les airs perdit de l’altitude et se posa auprès de ses compagnons. Un long conciliabule s’échangea entre les cinq créatures. Celle qui venait d’atterrir montrait fréquemment du doigt l’énorme rocher derrière lequel se dissimulaient les trois Terriens.
— Ils nous ont repérés une nouvelle fois ! estima Mole avec dépit.
— C’était inévitable, concéda Kerreck. Leurs bio-ondes ont réagi à notre présence et il faut s’attendre à ce que les humanoïdes à face de batracien viennent jeter un coup d’œil dans notre direction.
Instruits par leur précédente aventure, Mole et Stockwell tirèrent leurs revolvers et les assurèrent dans leurs mains. Leurs doigts, un peu crispés, ne quittaient pas la gâchette.
Le commandant jeta à ses compagnons un coup d’œil courroucé.
— Je vous ai dit de rentrer ça ! vociféra-t-il, désignant les armes.
— Mais, protesta Stockwell, vous ne pensez tout de même pas…
— Je ne pense rien du tout ! coupa Kerreck sèchement. Je donne des ordres et je tiens à être obéi. Je n’ai jamais dit que nous n’aurions pas à utiliser nos revolvers, mais je ne veux aucune provocation. Ce n’est pas avec du vinaigre que l’on attrape des mouches !
L’Anglais et le physicien n’insistèrent pas. A contrecœur, certes, ils rengainèrent leurs pistolets à bio-rayons, mais ils éprouvaient une profonde considération à l’égard de leur chef et, à aucun moment, ils ne désiraient altérer leurs relations avec lui, d’autant plus que Kerreck, délégué des Nations Occidentales, dirigeait l’expédition.
Cependant, contrairement à ce qu’on eût supposé, aucun des humanoïdes à face de crapaud ne s’approcha de l’endroit occupé par les Terriens. Leur conciliabule achevé, ils gravirent l’échelle amovible conduisant à leur véhicule et disparurent à l’intérieur. Quelques secondes plus tard, un panneau obturait l’ouverture.
— Ils vont partir ! grinça Mole en se levant.
Il voulut s’élancer vers la sphère immobile, mais la poigne de fer de Kerreck le retint in extremis.
— Ne faites pas l’imbécile, Mole. Ignorez-vous que la projection des gaz libérés par les réacteurs peut vous brûler en quelques secondes ?
Mole recula et s’aplatit sur le sol, le visage en sueur. Là-bas, sous la sphère, un bruit formidable éclatait. Des flammes gigantesques, orange et violettes, jaillissaient en force des tubulures, calcinant les roches d’alentour. Des gerbes d’étincelles accompagnaient le rugissement constant des moteurs. L’immense sphéroïde s’agitait convulsivement sur ses amortisseurs.
Kerreck jeta un œil inquiet à son bio-tests. Avec soulagement, il constata que les réacteurs de l’engin n’émettaient aucune radioactivité. L’énergie atomique n’alimentait donc pas le puissant véhicule.
Celui-ci, d’abord lentement, puis de plus en plus vite, commença à pivoter sur son axe, comme une toupie. Le mouvement rotatif s’accéléra et une intense luminosité verdâtre auréola la boule, qui, déjà, se soulevait du sol, happée par la force ascensionnelle.
Les flammes émises par les réacteurs sous-jacents, augmentèrent d’intensité. Elles léchaient maintenant le sol, monstrueusement, faisant éclater les roches sous la chaleur torride dégagée. Puis, catapultée dans l’espace, la sphère fonça à une allure vertigineuse et disparut rapidement aux yeux des observateurs demeurés à terre.
Les trois hommes du Firstar, éblouis, assommés par les radiations thermiques, se levèrent en titubant. Leurs corps luisaient de sueur et il s’en était fallu de peu qu’ils fussent grillés. Une intolérable sensation de picotement, provoquée par le brusque accroissement de température, affectait leur peau tandis qu’une soif ardente dévorait leur gosier.
Kerreck essuya son front ruisselant.
— Nous l’avons échappé belle. Mais, maintenant, le doute n’est plus permis. Ces créatures à tête de crapaud n’appartiennent pas à cette planète. Elles sont venues des étoiles, à bord de leur véhicule sphérique, dans le même but que le nôtre. Lorsque nous avons abordé le Centaure, la sphère était déjà là, nous y ayant précédés. Ainsi, une autre humanité, avant la nôtre, a étudié cet astre et, maintenant, elle regagne sa planète d’origine, ses travaux achevés. Peut-être a-t-elle découvert le secret des animalcules.
— Pourquoi, s’étonna Mole, les créatures à tête de batracien ne sont-elles jamais entrées en contact avec nous, puisqu’elles n’ignoraient pas l’existence du Firstar ?
Kerreck haussa les épaules.
— Il existe des mystères que nous ne parviendrons jamais à percer. Chaque humanité raisonne différemment. Les êtres, que nous prenions pour les autochtones, ont essayé de nous contacter. En m’enlevant, ils espéraient probablement parlementer, mais lorsque je me suis enfui, ils n’ont plus cherché à me poursuivre. Ils ont sans doute pensé que je ne tenais pas à m’associer à leur genre de vie. Ils m’ont laissé tranquille, en se désintéressant du Firstar. De toute façon, ayant assisté à notre arrivée, ils savaient que nous n’étions pas des indigènes, mais des pionniers venus d’un autre système solaire. Or, deux pionniers explorant la même planète, ne peuvent cohabiter, à cause des revendications de chacun d’eux. Aussi les créatures à tête de crapaud ont-elles jugé préférable de nous céder la place.
Les trois Terriens revinrent vers leurs aérobulles. Ils s’y juchèrent et bientôt les appareils s’élevèrent gracieusement dans les airs, prenant la direction du Firstar.
Lewis, Lisbeth et Françoise attendaient anxieusement leurs compagnons. D’aussi loin qu’ils aperçurent les bulles, ils manifestèrent leur joie par des cris d’enthousiasme et des gestes démonstratifs.
A leur descente d’aérobulles, Kerreck, Mole et Stockwell furent vivent entourés et assaillis de questions.
— Vous revenez bredouilles, constata amèrement Lewis, avec une pointe de déception. Que s’est-il passé ?
Kerreck marcha vers le Firstar. Il tira de sa poche un bâton de chewing-gum, le déplia consciencieusement et le logea dans sa bouche.
— Nous nous sommes trompés, dit-il en mastiquant énergiquement. Les humanoïdes à face de batracien ne sont pas des autochtones, mais des voyageurs interplanétaires, comme nous, venus sur cet astre dans un but d’exploration. Nous ayant devancés, ils ont dû probablement amasser une somme considérable de renseignements et, nantis de ces éléments, ils ont repris le chemin du retour. Nous ne les verrons plus jamais.
Lisbeth restait sceptique. Elle se demandait si Kerreck n’émettait pas une déduction un peu trop hâtive, que rien n’étayait en définitive.
— Réfléchissons. Les humanoïdes à tête de crapaud sont issus, incontestablement, d’une civilisation avancée. Mais pourquoi ne constitueraient-ils pas l’humanité de cette planète ?
Le commandant s’assit sur les échelons inférieurs du Firstar.
— Plusieurs arguments, deux tout au moins, indiquent que les créatures rencontrées appartiennent à une race extra-planétaire. Souvenez-vous des microfilms développés après le vol circumvilaire de la fusée d’exploration. L’examen des bandes, leur grossissement, n’ont révélé aucune trace d’agglomération. Je veux bien admettre que les autochtones aient édifié des cités souterraines, mais une civilisation aussi avancée que celle des humanoïdes à tête de batracien ne peut exclusivement se confiner sous terre. Des travaux extérieurs, témoins d’une intense activité, devraient surgir du sol. D’autre part, nous avons appris que les soi-disant habitants de cette planète avaient résolu le problème du plus lourd que l’air. Des appareils dorsaux leur permettaient le vol individuel. Or, aucun engin volant collectif n’a sillonné, à notre connaissance, et malgré nos observations, l’atmosphère. J’en conclus donc que le groupe humanoïde rencontré provient d’une expédition spatiale, venue d’un autre soleil que le nôtre. Le second argument capital, auquel je faisais allusion tout à l’heure, consiste justement en la présence de cette sphère qui n’était autre qu’un véhicule de l’espace.
Lisbeth, considérablement ébranlée, ne se tint pas battue pour autant :
— Quoi de plus naturel que les autochtones, à notre image, aient découvert la clef des voyages spatiaux, ce qui expliquerait la présence de la sphère ?
— Vous faites fausse route, Lisbeth, soupira Kerreck. Croyez-vous qu’il viendrait à l’esprit des Terriens d’utiliser leurs astronefs pour se véhiculer dans leur propre atmosphère ? Sûrement pas, alors que notre civilisation dispose de moyens de transport beaucoup moins onéreux pour les vols sub-atmosphériques.
Élisabeth quêta un soutien chez ses compagnons. Elle ne rencontra qu’une froide hostilité et semblait la seule à contredire Kerreck. Déjà, son scepticisme s’émoussait.
— Vous raisonnez avec votre conception d’homme de la Terre. En partant de ce fait, toutes les explications sont faussées.
— Je vous en prie, n’essayez pas de m’induire en erreur. J’ai roulé ma bosse dans toutes les planètes du système solaire et vous ne m’apprendrez pas ce qu’est un astronef, ni son équipage. Qu’il soit en forme de fusée, discoïde ou sphérique, un vaisseau spatial restera toujours un engin destiné aux vols sidéraux, et un précieux refuge pour les astronautes. J’ai observé de près les humanoïdes à tête de batracien. Ils se comportaient exactement comme des pionniers mettant le pied pour la première fois sur cette planète. Leurs prunelles reflétaient une certaine inquiétude. De toute évidence, ils connaissaient, eux aussi, cette peur de l’inconnu, éprouvée par tous les explorateurs.
— Bref, conclut Elisabeth, définitivement convaincue, si les humanoïdes à face de crapaud ne sont que des visiteurs venus de l’espace, il faut admettre que cette planète ne possède aucune humanité.
— En effet, opina le commandant en se levant. Cet astre est dépourvu d’êtres intelligents.
— Vous faites erreur, intervint Lewis, étrangement pâle. Dites que cette planète ne renferme aucune créature de type humanoïde, mais n’affirmez pas qu’aucun être intelligent ne l’habite.
Kerreck, qui gravissait les échelons métalliques, s’arrêta et se retourna. Il fronça le sourcil :
— Votre allusion vise-t-elle les animalcules ?
— Précisément. Je vous ai expliqué que ce terme s’adaptait mal à ces organismes microscopiques, qui constituent le premier stade de la vie élémentaire. L’intelligence de ces êtres ne fait que se confirmer. N’oubliez pas que vous leur devez la vie, Kerreck. Or, le plus grand chirurgien de la Terre n’aurait pu vous sauver. Le comportement des monocellulaires exige une certaine organisation, un élément évolutif qui pourrait bien être une intelligence embryonnaire.
Kerreck hocha la tête, se bornant à un geste évasif. Il évita le moindre commentaire, gravit les derniers échelons et pénétra dans sa cabine.
Il se sentait fatigué. Il s’allongea sur sa couchette et, fermant les yeux, sombra dans une demi somnolence.
*
* *
Lewis, portant un réservoir sur son dos, quitta le Firstar. Il foula de ses bottes l’herbe rougeâtre et, au bout de quelques mètres, s’arrêta.
Il se retourna et observa la puissante structure de la fusée. L’aube se levait, rose et pâle. L’énorme soleil bleuâtre ne tarderait pas à émerger à l’horizon, distribuant sa chaleur et sa lumière avec une profusion généreuse.
Le biologiste tenait à la main un tuyau relié au réservoir dorsal. Il appuya sur un déclic, dirigeant l’extrémité du tuyau vers le sol. Un jet d’acide corrosif aspergea l’herbe rougeâtre sur un périmètre localisé.
L’herbe, immédiatement calcinée, tomba en poussière noirâtre. Satisfait, le mari de Lisbeth relâcha le déclic. Instantanément, le jet d’acide se tarit.
Une voix claironna soudain dans le matin :
— Que diable fabriquez-vous, Lewis ?
Celui-ci regarda dans la direction du Firstar.
Il aperçut Kerreck qui dévalait l’échelle et accourait vers lui. Il sourit et désigna le réservoir.
— Je me livre à une expérience. Elle m’apportera certainement des éléments nouveaux.
Le commandant écrasa l’herbe noircie avec sa botte. Une poussière impalpable naquit du sol.
— Qu’espérez-vous ? Que l’herbe repousse une seconde fois ?
— Je ne vous cache pas que cette perspective m’enchanterait. Elle m’ouvrirait un vaste horizon. Mais j’ai besoin de votre concours.
— A quoi donc puis-je vous être utile ? s’étonna l’homme du Kentucky.
— Je connais vos dons de chasseur. J’aimerais que vous me rameniez un spécimen zoologique.
— Une antilope-tortue ?
— Oh ! cela importe peu. L’essentiel est qu’il s’agisse d’un animal.
Kerreck comprenait mal le but poursuivi par Lewis. Mais il n’insista pas, car il savait que le biologiste ne s’engageait pas à la légère. Il ne parlerait pas tant qu’il n’aurait pas achevé les expériences qu’il préparait.
— Je suppose que vous désirez votre animal vivant ?
— Inutile. Je me contenterai d’un cadavre. Car, voyez-vous, je suis à peu près certain que ce cadavre n’en restera pas longtemps un.
— Que voulez-vous prouver, au juste ?
— Une idée qui me trotte par la tête depuis un moment déjà. Supposez que cette herbe repousse une SECONDE fois. Supposez encore que le cadavre de l’animal que vous me rapporterez subisse à son tour une seconde résurrection. Nous pourrons en conclure ceci : il n’y a aucune raison pour que végétaux et animaux ne reviennent pas à la vie une TROISIEME fois. La récidive indéfinie ne s’exclut pas.
Le problème se déchirait lentement, car tous les arguments de Lewis portaient. Kerreck sentait qu’il se trouvait au seuil d’une révélation sensationnelle et il semblait excité au plus haut point. Son cœur battait, et c’est avec de l’émotion dans la voix qu’il força le biologiste dans ses derniers retranchements :
— En admettent que je sois victime d’un SECOND accident mortel, croyez-vous que j’aurais droit à une DEUXIEME survie ?
Lewis ne marqua aucune hésitation :
— Je le pense sincèrement. Mais un conseil tout de même : ne vous livrez pas à ce test, cela ne servirait à rien. Partez donc immédiatement en chasse et ramenez-moi un quadrupède. L’essentiel est que je dispose de cellules, vivantes ou mortes.
Kerreck opina de la tête. Il exécuta trois pas en avant dans la direction du Firstar, puis se retourna, une inévitable question aux lèvres :
— Si donc, comme vous le supposez, la survie cellulaire existe réellement sur cette planète, quelles déductions en tirerez-vous ?
— Eh bien ! j’en conclurai une chose impensable, défiant les lois de la biologie terrestre : nous avons atterri sur un monde éternel, où la mort n’est qu’une période transitoire, de courte durée, entre deux époques de vie.
Des gouttes de sueur humectèrent le front du commandant. Le mystère de cette planète s’effondrait brutalement, sans transition, ouvrant d’affolantes perspectives :
— Mais alors, balbutia Kerreck sidéré, si nous demeurions ici, voulez-vous dire que nous serions… éternels ?
— C’est possible, approuva Lewis. Nos organes ne vieilliraient pas parce que nos cellules usées seraient continuellement renouvelées par des cellules jeunes. Une chose paraît certaine : nous ne risquerions plus la mort accidentelle ou par maladie. Nous ne mourrions que par sénilité complète organique.
Kerreck semblait effondré. Une telle possibilité dépassait la plus puissante imagination. Cette planète du Centaure, privilégiée au sein de la Galaxie, bénéficiait de la vie éternelle. C’est-à-dire que le Temps n’avait aucune emprise sur les organismes vivants qui l’habitaient. Pourtant, géologiquement parlant, l’astre vieillissait, comme ses frères gravitant dans les espaces sidéraux. Mais à sa surface s’étaient développés des micro-organismes capables de combattre la mort. Et cette particularité restait un mystère de la biologie.
Lewis rejoignit le commandant du Firstar. Celui-ci, muet par le prodige, branlait la tête de droite à gauche, admettant difficilement la réalité. Pourtant, il était un ressuscité et il convint finalement que cette planète disposait d’un privilège certain.
Le biologiste prit le bras de son compagnon et l’entraîna vers la fusée.
— Ce qui nous arrive, Kerreck, est simplement merveilleux. Nous avons à notre disposition des monocellulaires capables de donner la vie éternelle à n’importe quel organisme vivant.
— Même aux hommes de la Terre ? demanda le commandant, sceptique.
— J’ai dit TOUS les organismes vivants, répéta le biologiste avec des tics nerveux. Vous voyez où je veux en venir ?
— Non., euh…
— Eh bien ! lorsque nous retournerons sur la Terre, nous ramènerons une énorme quantité de ces monocellulaires miraculeux et nous les libérerons dans notre atmosphère. Ils s’y multiplieront.
— Mais, fit remarquer très justement Kerreck, vos différents examens microscopiques n’ont jamais décelé la moindre prolifération.
Cet argument ne rebuta pas l’optimisme confiant du biologiste.
— Le hasard n’a pas voulu que j’assiste à cette multiplication, mais celle-ci existe, obligatoirement, sans cela, depuis longtemps, les monocellulaires ne pulluleraient pas au point d’envahir complètement la planète. Seulement, ils se reproduisent intelligemment, selon les besoins, les nécessités.
— Vivront-ils dans notre atmosphère ?
— Je m’en assurerai. Mais je le pense, car notre atmosphère ne se différencie guère de celle de cette planète. Envahie par les monocellulaires, la Terre risque donc de connaître à son tour le privilège de la vie éternelle.
Un mot, pourtant, prononcé par Lewis, sapa les espérances du commandant.
— Vous avez employé le verbe « risquer ». Cela signifie-t-il que vous envisagez la possibilité d’un échec ?
— Certainement. Tant de choses entrent en ligne de compte que je ne saurais rien affirmer avec une certitude absolue. Si nous avons affaire à des micro-organismes vraiment doués d’intelligence, peut-être refuseront-ils de proliférer sur la Terre. Mais le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ? Pouvons-nous rester indifférents devant le miracle de la vie éternelle ? Une chance exceptionnelle s’offre à nous. Nous devons la saisir, quitte à aller au-devant d’une désillusion.
Les deux hommes avaient atteint le pied de l’échelle. Une certaine crainte altérait les traits de Kerreck.
— Libérer dans l’atmosphère terrestre des micro-organismes issus d’une autre planète est peut-être un jeu dangereux. Quant à combattre par la suite ces monocellulaires, il n’y faudra pas songer, puisqu’ils sont eux aussi immortels !
Lewis esquissa un sourire ironique.
— Ne dramatisez pas. Si les micro-organismes constituaient un danger pour notre race, la plaie de Stockwell ne se serait pas cicatrisée et vous-même ne seriez pas revenu à la vie. Maintenant, vous pouvez partir en chasse. J’attends votre retour.
— O.K. ! acquiesça Kerreck, je vous ramènerai votre spécimen zoologique, soyez tranquille. Mais deux précautions en valent mieux qu’une : Mole m’accompagnera.