Le petit-neveu de Grécourt, ou, Étrennes gaillardes Recueil de Contes en vers, réimprimés sur l'édition de 1782

La Fente

CONTE

Orante avoit fait emplette

D’un quarteau de vieux Rota;

Sa chambrière Pâquette,

Un beau matin le goûta

Et le trouva bon sans doute.

Elle y revint: Jean l’aida.

Verre à verre, goutte à goutte La feuillette se vida.

Au bout d’une quarantaine

Il advint que le Patron,

Qui croit la feuillette pleine, Va pour en prendre l’étrenne.

L’eut-il? Vous savez que non.

Abusé dans son attente,

D’abord il est stupéfait,

Puis songeant que le vin tente Et se doutant du méfait,

Il appelle sa servante

Et lui dit ce qu’elle sait.

Pourtant elle s’émerveille:

Jamais, jamais on n’a vu

Une aventure pareille!

—«Certe, qui l’auroit prévu?»

Répondit-elle à son maître,

«D’où peut provenir cela?

»Quelque fente aura peut-être

»Causé cet accident-là;

»Nous pourrons le reconnoître.»

Elle va prendre un flambeau.

L’allume, vient, fait sa ronde: Rien ne manquoit au tonneau.

—«Morgué! le tour est nouveau; »Voyons par-dessous», dit-elle.

Au même instant la donzelle,

En se baissant, met au jour

Ce qui plaît dans une belle,

Morceau digne de l’amour.

Et pour parler sans détour,

Le parois de sa Chapelle

Que couvroit un jupon court.

—«C’est assez», lui dit Orante, En lorgnant le défilé,

«Viens que je bouche la fente

»Par où mon vin a coulé.»

 

LE REPENTIR SINCÈRE

 

Avec la brune et la blonde

Un Prieur Bénédictin

Prit tant d’ébats, qu’un matin Il gagna le mal immonde.

Voyant son chose maigri,

L’horreur du crime le frappe;

«Fin,» dit-il, «qui m’y rattrape…

»Avant que je sois guéri!»

 

L’ARMURE DE VÉNUS

 

Vénus manioit près de Mars

Son casque, son glaive, ses dards, Armes de défense et d’attaque.

Mais le Dieu lui cria soudain: «Belle, j’en ai sous ma casaque »De plus propres pour votre main.»