Le petit-neveu de Grécourt, ou, Étrennes gaillardes Recueil de Contes en vers, réimprimés sur l'édition de 1782

In-Promptu

PARODIE D’UN COUPLET DES AMOURS D’ÉTÉ

 

Sur l’air: En plein, plan.

 

Qu’une vérole est amère,

Et q’c’est méchante affaire!

Je l’ai bien pour mes six francs, En plein, plan,

Rlan, tan, plan, tirelire,

Lan, plan.

Il y a des bien honnêt’s gens, Qu’en ont une plus chère.

 

L’EXCUSE INGÉNIEUSE

 

Dans un endroit obscur, trouvant une Duchesse, Un jeune Mousquetaire osa porter la main Sous le jupon de son Altesse.

Elle jette un cri, c’est en vain: Mon étourdi, qu’un vif aiguillon presse, Jusques au bout allant son train, Claquoit et reclaquoit sans cesse.

«Finirez-vous donc, libertin?

»A moi quelqu’un! la Fleur, Champagne, la Jeunesse!»

Ces Messieurs, qui buvoient au Cabaret voisin, N’entendoient pas la voix de leur Maîtresse.

Mon polisson lâche prise à la fin.

—«Ah! malheureux, tu payeras demain »Ce trait d’audace et de scélératesse: »Crois que ton trépas est certain!

»—Pardonnez un moment d’ivresse,»

Reprit le Mousquetaire avec un air serein; «J’ai fait sans doute une sottise, »Et vous m’en voyez confondu:

»Que voulez-vous que je vous dise?

»Las! je suis un homme foutu,

»Si vous avez le coeur aussi dur que le cu!»

 

L’OBSERVATEUR EN SECOND

 

OU L’ART D’AIMER

 

J’ai vu dans les Écrits d’un grand Observateur, Émule d’Hamilton et Poëte des Grâces, Le véritable sens que l’on donne au mot coeur.

En admirant B… j’ai marché sur ses traces.

Or, écoutez, ami Lecteur,

Et vous saurez de moi ce qu’il vous faut entendre Alors que la beauté qui vous a su charmer Vous avoûra d’une voix douce et tendre, Qu’elle vous permet de l’aimer.

Aimer n’est pas un mot de sens tout à fait vide: Anacréon, Properce et le galant Ovide Employèrent souvent ce mot-là comme il faut.

Devinez donc ce que pense une Dame Dont les attraits sont par l’âge effacés, Quand elle vient se plaindre, en nous vantant sa flamme, Que Monsieur son époux ne l’aime point assez?

Qu’une fille me plaît, qu’elle est intéressante, Quand le besoin d’aimer en secret la tourmente!

Comme elle je ressens ce besoin, ces ardeurs; Pourquoi ne pas unir nos besoins et nos coeurs?

Elle diroit bientôt, d’une voix expirante: Ah! quand on aime bien, qu’on goûte de douceurs!

Mais n’aime pas qui veut, c’est là ce qui me fâche!

Tantôt bien, tantôt mal, on remplit cette tâche: J’en vois même plusieurs, que je saurois nommer, Qui, malgré leurs efforts, ne peuvent plus aimer.

 

Mélidore adoroit (on verra par la suite Qu’ici tout autre mot ne peut être adopté), Adoroit donc une beauté

Dans l’art d’aimer assez instruite; Notre amant jeune et sans détour, Dans cet art charmant vrai novice, Depuis plus de six mois qu’il étoit au supplice, N’avoit encore osé déclarer son amour.

Aux pieds de Lise enfin il se jette un beau jour, Et pour lui peindre son martyre, Pousse de grands Hélas! verse des pleurs, soupire, Veut lui parler et reste court.

L’amante, en le voyant, pensa crever de rire, Et sans prendre pitié du trouble qu’elle inspire, De l’amant à ses pieds, ni de son embarras, Lui répond froidement:—«Non, vous ne m’aimez pas.

»—Je ne vous aime pas?… L’amour le plus sincère »N’est-il donc à vos yeux qu’une vaine chimère?

»Quand je brûle d’un feu qui ne peut s’exprimer, »Quand tout mon sang pour vous…—Ce n’est pas là m’aimer, »Et moi, je prétends que l’on m’aime.

»—Je vous l’ai déjà dit, ma tendresse est extrême; »Votre volonté seule est ma suprême loi; »De grâce, commandez.—Eh bien donc, aimez-moi!»

Désespéré, confus, notre amant se retire; D’abord il veut se pendre, et puis il réfléchit Que ce seroit tomber d’un malheur dans un pire.

Ensuite il cherche en son esprit Le sens de chaque mot, et ce qu’Églé veut dire?

L’Amour enfin daigne l’instruire: Avec un si grand Maître une leçon suffit.

Quelques jours écoulés, il vole chez sa Dame, Plein d’espoir et surtout bien résolu dans l’âme, De mettre, s’il se peut, la leçon à profit.

Il entre… Il la voit seule… Il prend un peu d’audace…

Et fit… ce que j’aurois voulu faire à sa place.

Pendant les amoureux ébats,

L’Amant disoit à sa Maîtresse: «Peux-tu te plaindre encor que je ne t’aime pas?

»Peux-tu douter de ma tendresse?»

La belle lui repart:—«Non, le fait est certain, »Tu m’aimes maintenant, j’en ai la preuve en main.»