Le petit-neveu de Grécourt, ou, Étrennes gaillardes Recueil de Contes en vers, réimprimés sur l'édition de 1782

La Muette

CHANSON

Air: Je vous prêterai mon manchon.

 

Dans un bosquet, près de Lisette, Colin parloit de ses amours;

La belle faisoit la muette,

Par signe approuvant son discours.

«Que dois-je,» dit-il, «penser de ce geste; »Si ton coeur ne me dit le reste?

»Mais, Mamzelle Louison, répondez donc, »Dites oui ou non,

»Comment trouvez-vous ça?

»Suis-je bien là?

»Comment trouvez-vous ça?»

 

Dans son silence elle s’obstine; Colin, pour la faire jaser,

Sur la bouche de la mutine

Prend et reprend un doux baiser.

«Je sens,» dit-il, «qu’il augmente ma flamme; »Mon feu passe-t-il dans ton âme?

»Mais, Mamzelle Louison, etc.»

 

«Ma foi je n’y puis rien comprendre,»

Dit-il, en découvrant son sein; «Quoi! faut-il, pour te faire entendre, »Promener là-dessus ma main?

»Je vois, je sens que mon âme est joyeuse; »Ah! tu n’es donc pas chatouilleuse?

»Mais, Mamzelle Louison, etc.»

 

Pas un mot, pas une parole.

«Ma foi,» dit-il, «tu parleras; »Je suis pressé, le temps s’envole.»

Soudain il la prend dans ses bras.

Puis avec elle il tombe sur l’herbette: «Eh bien! à qui tient-il, Lisette?…

»Mais, Mamzelle Louison, etc.»

 

Lise, d’un oeil mourant et tendre.

De Colin imite l’ardeur;

Et sans songer à se défendre

Souffrit qu’il fût trois fois vainqueur.

«Eh bien!» dit-il, «sens-tu comme je t’aime, »A présent m’aimes-tu de même?

»Mais, Mamzelle Louison, etc.»

 

—«Ah! fort bien!» lui répond Lisette, Laissant échapper un soupir;

»Le désir me rendoit muette,

»Mais je parle, grâce au plaisir.

»Ami, tu peux à présent sans obstacle »M’interroger.—Ah, quel miracle!

»Quoi! Mamzelle Louison, vous parlez donc?

»Le tour est bon;

»Vous parlerez demain

»Avec Colin,

»Vous parlerez demain.»

 

L’OBSTACLE