Le retour de janvier
4 - Entremont, printemps
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Entremont, printemps
Il n’a plus grand-chose, il ne sait plus où aller. Pendant une heure, peut-être deux, il tremble, il ne saurait dire si c’est de la colère ou de la peur. Il se retourne au moindre bruissement, les pieds campés, les muscles tendus. Au bout d’un long moment à se raisonner (Je suis loin. S’ils avaient voulu me tuer ou me tabasser, ils l’auraient fait. Ils ne peuvent pas me retrouver. Si je le voyais de nouveau, je me défendrais. J’aurais dû.), son corps finit par se détendre et Janvier vibre du grand soulagement d’avancer libre. Il fait le compte de ce qui lui reste. Il pourrait jeter les deux cartes de la Charente et du Poitou, mais on ne jette pas des trésors inutiles quand on n’a plus rien d’autre. Une carte du Massif central, pas assez précise malheureusement, pour le tirer de là. Un livre de poèmes qu’il n’a toujours pas ouvert, deux caleçons, un tee-shirt. Plus rien de comestible et Murat semble à des jours de route depuis qu’il se traîne sur ses deux jambes. Ses chaussures s’ouvrent sur le côté, ses pieds sont mouillés et douloureux. Ce n’est pas glorieux. Mais il avance libre. Il rentre chez lui, n’est-ce pas ? Avec sa chemise et un peu de salive, il efface les traces de sang qu’il pense avoir sous le nez.
La forêt s’éclaircit. Il ne sait pas s’il est sur la bonne route mais s’éloigner des Albanais est une direction en soi. C’est un bon début.
Les prés s’ouvrent à lui, s’agglutinent en ourlets qui froncent vers le ciel. Il les gravit lentement. L’herbe crépite de grillons qui sautent, surpris, sous chacun de ses pas. Ils ont encore des insectes, ici. Les sommets lui offriront peut-être un point de vue. Il rêve de Murat, de la protection des gens, de la foule, de la police, qui sait ? Les forêts ne sont donc pas si sûres. Celles de la zone évacuée, près de La Rochelle, vides d’hommes et de bêtes, coupées de bandes de routes désertes et nues, lui étreignent le cœur comme un paradis perdu. Ici, chaque recoin fourmille, les tournants, les sommets dissimulent leurs menaces et retardent le moment où Janvier peut se conforter dans l’idée qu’il avance en lieu sûr.
Certaines clôtures lui résistent ; elles sont parfois doublées, on sent que les relations de voisinage sont compliquées. Ici, le paysan est jaloux de sa parcelle. Janvier ne croise personne, mais il sent une attention humaine au territoire. On voit bien aux barbelés, aux clôtures électriques, aux pierres à sel posées dans les prés, qu’on est toujours chez quelqu’un, un propriétaire qui veille.
La nuit menace de tomber. Il arrive en haut de la dernière colline. Au loin les lumières d’une ville, peut-être Saint-Flour. Sur la gauche, le nord et d’immenses plateaux à perte de vue jusqu’au puy de Sancy. Sur sa droite, du relief dur, plus escarpé. Il faudra passer par la plaine de Saint-Flour. Voilà qui ne résout pas des problèmes plus immédiats : pas de trace de Murat, cachée sans doute dans les bourrelets verts du vallon. Mais plus proche, en contrebas, presque sous ses pieds, masquée par l’obscurité envahissante et l’écume de frênes moussus, la trace grise d’une habitation. Un chemin y mène, bordé de murs de pierre rongés de lichen.
Tout est tranquille sous la brise du soir et quelques hurlements perdus de voitures. La route est juste là, dans le creux. Janvier écoute de possibles signes de vie qui monteraient du hameau. Rien ne lui parvient. Il descend à pic vers le chemin, inspecte de loin, entre les arbres. C’est une petite maison accolée à une énorme grange qui la prolonge et la fortifie. D’autres bâtiments ont poussé à côté, comme des verrues, plus récentes, en moins bon état aussi. Un andaineur attend sur un tertre, derrière les bâtiments. Ça sent la ferme qui a été, ça sent la ferme qui n’est plus.
Janvier évolue courbé sur le chemin qui longe le flanc de la colline. Derrière le muret de pierre, il découvre ce que les arbres lui cachaient d’abord : la pente descend dur, épouse les collines circulaires et forme un grand cirque vert, traversé par un ruisseau qui s’époumone. Un terre-plein avancé en terrasse devant la maison domine le vide encerclé, retenu par le muret de pierre qui, du côté du vide, tombe sur plusieurs mètres de hauteur, comme une fortification. Un panneau indique le nom du hameau : Entremont.
Rien ne bouge près de la maison. Pas de véhicule, les volets sont clos. Mais soudain Janvier reconnaît le chant si particulier de la poule qui pond. Il laisse passer quelques minutes, assis sur le muret. Tout est figé. Il l’a peut-être rêvé, confondu avec le frémissement du ruisseau qui résonne dans le cirque. Il s’approche, arrive au bout de la terrasse couverte d’herbes folles et d’orties sur ses bords. De près, les bâtiments paraissent plus longs. Il noie son regard dans le dénivelé du cirque qui dévale sur un large vallon peu boisé, vert de prés. La maison est adossée au nord à un raidillon ; de l’autre côté, le vide, sur lequel viennent s’accrocher des arbres. On peut voir venir de loin, on peut guetter la petite route qui monte depuis la grande jusqu’à la maison. Janvier inspecte les lieux. À l’arrière, par l’endroit où il est arrivé, une porte s’ouvre sur des bottes de foin. La grange est si vaste que malgré tout ce qu’elle contient, elle paraît vide et charpentée comme une cathédrale. Ce sera un abri merveilleux pour la nuit.
Il enlève ses chaussures et les bourre de foin en espérant les faire sécher, les faire tenir jusque chez lui. « Chez lui » résonne terriblement loin dans la grange dénudée.
Il ne distingue pas grand-chose dans la pénombre mais tout de même assez pour voir que la charpente n’est pas en très bon état. Il compte les ballots. Il ne peut les distinguer tous, il doit y en avoir une trentaine. C’est presque curieux, avant la saison des foins. Ces gens-là ont de quoi voir assez loin. Il n’y a pourtant rien qui indique que le hameau puisse être habité. Il inspire profondément, renifle, flaire et ne sent rien de ce qui pourrait ressembler à de la vache, du cochon ou de la brebis. Il prend un peu de foin entre les doigts et le sent : il doit avoir quelques années. Janvier aime faire ce geste, il aime être la personne qui sait faire ce geste. Par une fenêtre, il voit le jour qui s’éteint sur la montagne, l’herbe qui bleuit. Il peut distinguer de vieilles machines, un peu partout, un pulvérisateur cassé qui date du temps où l’on avait encore le droit d’utiliser des pesticides de type 1, une ensileuse et, au fond, un tracteur fatigué. Janvier reconnaît le modèle 5100.
On est loin de la bergerie de Ruffec et de ses fromages. L’endroit doit être désert, après tout. Janvier a peut-être rêvé la poule. Le ventre creux lui fausse les idées.
Il y a de vieux sacs de grain vides dans un coin, contre une cuve à fioul ; il en fait un tas pour s’allonger. En passant, il tape la cuve, machinalement. Il s’étonne, tape une nouvelle fois. Elle ne résonne pas, elle absorbe le coup, rend un bruit mat et assourdi : elle est pleine. Le sol est dur, Janvier se prend à regretter le moelleux des sous-bois. Tout de même, il est au sec et ne risque pas de mauvaise rencontre. Cela faisait des jours et voilà que maintenant la pluie se met à taper doucement sur le toit. Comme les craquements d’un feu de bois, c’est un murmure de foyer. Janvier ressent profondément la solitude. Et la faim.
Il sort quelques instants ouvrir sa bouche à la pluie. Pas trop longtemps, pour ne pas se coucher mouillé.
Quand il se réveille au matin, la pluie a cessé. Il a presque froid, se souvient de son pull et de l’Albanais. La sensation est désagréable mais la fraîcheur a quelque chose de rassurant dans ce monde qui se réchauffe. C’est comme de voir une tache blanche sur un sommet, on se dit que tout est encore possible. C’est la promesse d’un retour.
Les chaussures ont toujours triste mine, mais elles ont séché. Dehors le ciel est pâle, d’un gris sale et sec. Janvier s’approche d’une fenêtre pour regarder la terrasse, désespérément ouverte sur le vide, derrière son muret. La montagne frémit d’un silence d’église. Il sort, fait le tour de la ferme. De l’eau s’échappe d’une gouttière. Il passe son visage en dessous, le frotte. À l’arrière, entre la grange et le tertre, des vieux pneus, les restes d’une faneuse, une brouette et, seule preuve que le monde est en vie : le frémissement d’une poule qui se désole derrière le grillage d’un poulailler.
Janvier s’approche et s’accroupit à côté d’elle :
— Ils sont où, tes maîtres ?
La poule s’agite, espérant sans doute du grain.
— Je n’ai rien, ma vieille, je suis désolé.
Il soulève le loquet du toit, trouve trois œufs. Il les casse contre une pierre, recueille la substance gluante et les mange crus, un par un. Janvier hésite à libérer l’animal. Si plus personne n’habite la ferme, la poule est condamnée à mourir de faim dans son poulailler. Mais elle a l’air en bonne santé. Quelqu’un doit s’occuper d’elle. Il est temps de partir.
Un moteur qui s’approche arrête ses réflexions. Une portière claque. S’il fuit, il laisse derrière lui son sac. Il connaît la pauvreté de son contenu, mais elle lui tient lieu de bien. Et puis que craint-il ? Il se promène, c’est tout. Il cherche son chemin. Il a vu une ferme, il voudrait demander sa route aux habitants. Il remet de l’ordre dans ses cheveux, se frotte les yeux, le visage, comme pour les détendre. Il se racle la gorge. Il entend une voix de femme, mais c’est un chien qui accourt rapidement vers lui. Un gros chien, un Golden qui, à quelques mètres, s’arrête et grogne.
— Pluton !
Une fille apparaît, qui vient se camper derrière le chien. Ses cheveux sont roux, presque orange. Elle n’est pas très grande, maigre. Janvier pense d’abord que c’est une enfant, mais quand elle s’avance, il note de petites marques du temps au coin de ses yeux verts.
— Qu’est-ce que vous faites là ?
La voix ne tremble pas, mais ses yeux lancent des éclairs égarés. Elle a attrapé son chien par le collier, le retient.
— Ne craignez rien, pardon, dit Janvier. Je suis perdu, je cherche mon chemin. Je vais à Murat.
La femme inspecte Janvier, de haut en bas :
— Vous venez d’où ?
Janvier hésite. Il ne sait pas quelle est la bonne réponse. Aucune ne lui donnera de sésame. Il regarde la jeune femme : elle est fine comme du papier à cigarette et dégage une sorte de fragilité vacillante. Elle porte un sweat à capuche, un jean ample, des baskets. Elle a l’air d’une adolescente, l’air seulement. Il ne risque pas grand-chose. Sauf si elle a peur et lâche son chien.
— Je viens de Riom.
— Et vous êtes à pied ?
Janvier sourit et s’excuse du regard :
— C’est compliqué.
Encouragé par la mine de la jeune femme, qui ne répond rien et qui maintenant semble s’accrocher au collier de son chien plutôt que de chercher à le retenir, il enchaîne :
— Vous n’auriez pas quelque chose à manger ? S’il vous plaît.
Elle hésite. Janvier se redresse, frotte sa chemise, passe ses cheveux derrière ses oreilles. Il veut montrer que tout cela n’est pas sa mise ordinaire.
— Suivez-moi, dit la jeune femme. Viens, Pluton.
Elle fait demi-tour et l’entraîne devant la maison. En fait de voiture, c’est une sorte de grosse camionnette blanche, bourrée jusqu’au toit. Janvier croit y voir des meubles.
La femme ouvre la portière, en sort un sac.
— Je cherche mes clés. Je viens d’arriver, explique-t-elle.
La serrure de la grosse porte d’entrée résiste sous ses doigts. Elle a réussi à enfoncer la clé et tente de la tourner en s’appuyant, en y mettant tout son poids, avec des sursauts nerveux.
— Excusez-moi, je ne suis pas habituée.
Elle s’agite, dit encore qu’elle est désolée. C’est bon signe, il aura certainement ce qu’il souhaite. Janvier s’en veut de calculer ses chances, mais la faim lui creuse le ventre et la tête :
— Laissez-moi faire.
Il soulève la poignée, fait jouer la clé dans la serrure qui finit par céder. À l’intérieur, une odeur de salpêtre lui saisit les narines, un relent de puits, de métal humide. Les murs en pierre obscurcissent la pièce, une sorte de salle à manger, avec un petit coin salon, devant une cheminée monumentale d’où sortent des bancs de chaque côté. L’air est frais, Janvier a des visions des vieilles maisons de son pays, froides comme des caves et que le soleil ne parvient jamais à chauffer, même en plein été, à travers les fenêtres étroites comme des meurtrières.
La jeune femme soudain se pend à son bras, trébuche :
— Pardon, je ne me sens pas…
Elle s’effondre. Janvier pense à la maladie en rattrapant le corps qui s’amollit. Le visage est très pâle, mais sans l’aspect cendreux des malades de La Rochelle. Janvier y pense ; il n’y croit pas. Il conduit la femme vers un canapé recouvert d’un drap blanc et humide, comme les fauteuils et d’autres meubles encore contre les murs. La femme peut mettre un pied devant l’autre, guère plus ; elle se laisse faire surtout et Janvier sent, une main sous l’épaule et l’autre derrière le dos, la maigreur de la chair, les côtes sous ses doigts. Il la soulève, c’est une plume, il l’étend directement sur le drap blanc, lui pose les pieds en l’air sur l’accoudoir. Il aperçoit les chevilles fines, diaphanes, corsées comme les nœuds d’une branche.
— Ça va ?
Elle essaie de dire quelque chose. Il se demande quel naufrage a pu passer sur ce visage, dans les yeux verts qu’un voile de fatigue et de panique ternit légèrement. Il ajoute :
— C’est vous qui avez faim, en fait. Je vous apporte quelque chose.
La cuisine est juste à côté. Rien dans le réfrigérateur. Il trouve un paquet de biscuits. Il est condamné aux biscuits pour l’éternité, semble-t-il. Il ouvre le paquet, un ver s’en échappe. Les placards sont presque vides, de l’ail, des oignons, de la soupe en poudre, du lait concentré, du café. Il entend la jeune femme lui dire quelque chose, c’est inaudible, il la rejoint. Elle murmure dans un souffle :
— Dans la voiture.
À la place du passager, il trouve un cageot avec des denrées fraîches. Il y a du pain, du beurre, du lait, des fruits, des yaourts, des œufs, du sucre, de la farine. C’est un trésor. Il mange une cerise, crache le noyau dans la cour, rapporte le cageot.
L’eau du robinet a des teintes brunes ; il la laisse couler assez longtemps. Il entend la femme protester :
— Ça va déjà mieux.
— Ne vous levez pas ! L’eau est bonne, ici ?
— Je ne sais pas. J’ai une bouteille dans la voiture.
Il lui donne un morceau de sucre trempé dans l’eau, puis un deuxième. Elle peine à les avaler, mais obéit avec une mastication consciencieuse de bonne élève. Le chien, qui ne l’a pas quittée, pose son museau sur l’accoudoir, entre ses deux pieds, avec un air de dévouement qui lui enlève toute agressivité. Elle lui caresse le front.
Elle a repris des couleurs :
— Excusez-moi, j’ai roulé toute seule, toute la nuit.
— Vous venez d’où ?
— De loin.
Le visage se ferme, les yeux s’égarent de nouveau. Elle a la peau fine, on dirait transparente sans ces taches de rousseur qui la constellent comme des paillettes sur du verre, sur les joues, le front, le nez.
— Mangez ce que vous voulez, dit-elle. Il y a plein de choses dans le cageot.
— Merci. J’ai déjà mangé une cerise.
Elle sourit, c’est la première fois. C’est une autre personne ; le sourire, immense, lui éclaire et lui mange le visage.
— Je ne suis pas sûre que ça vous suffise, une cerise, si ?
Janvier se lève pour aller se servir dans la cuisine. Mais il est gêné de puiser dans les réserves de la femme, à quelques mètres d’elle. Il revient dans le salon avec le cageot, qu’il pose sur la table basse. Ils partagent en silence un petit déjeuner. Janvier fait du café, c’est son premier depuis La Rochelle, ça le réchauffe et le fortifie ; il se sent solide, et arrivé quelque part. Il devrait partir, il le sait bien.
— Vous êtes encore pâle.
Il ment, la jeune femme est désormais plutôt rose. Mais elle a toujours cette vulnérabilité agitée. Peut-être dans les yeux, qu’elle jette partout, sur Janvier, dans la pièce.
— Non, ça va.
— Je peux faire du feu, si vous voulez.
— Je veux bien. Derrière la cuisine, après la porte, il y a un bûcher. Normalement, il y a du bois.
Janvier allume la lumière dans la pièce : les murs sont couverts de bûches de différentes tailles, sur plusieurs rangées, sur plusieurs niveaux. Il crie :
— Il y a de quoi tenir un siège !
Sur une étagère, des dizaines de grosses boîtes d’allumettes. Comme pour le fioul et le foin, ça sent le stock prudent, vaguement paranoïaque, comme seuls savent le faire les vieilles personnes et les survivalistes. Mais la jeune femme exsangue qui gît sur le canapé n’a pas l’air d’y être pour grand-chose. Elle lui répond depuis le salon :
— Vous voulez du feu ? J’ai un briquet si vous voulez.
Janvier cherche du papier et trouve, sous un banc, des vieux exemplaires de La Décroissance. Le feu s’embrase.
Le deuxième café est encore meilleur que le premier. Janvier le boit debout, l’épaule contre le mur de la cheminée. La femme donne un bout de pain à son chien et lui gratte l’arrière de l’oreille. Janvier veut rester toute sa vie dans cet endroit.
— Je m’appelle Janvier, au fait.
— Adèle.
— Enchanté.
Elle répond d’un sourire, simplement. Puis :
— Vous allez à Murat ?
— Oui.
Elle réfléchit en silence, le nez dans sa tasse, puis :
— Vous êtes un peu dans la merde ?
— Oui.
— Rassurez-vous, moi aussi.
Ils gardent le silence en regardant le feu qui crépite. L’heure avance. Janvier s’est assis sur un banc, dans la cheminée, il tisonne et pense à Wladimir en faisant le geste. C’est fou, tous ces feux inutiles en plein mois de mai sur une terre qui se réchauffe. Cela fait longtemps, si longtemps, qu’il ne s’est pas retrouvé dans un salon avec quelqu’un. Sans que la mer ne lui monte autour, bien sûr.
Il inspecte la pièce. Il n’y a que quatre chaises autour de la longue table de ferme. Au mur, quelques toiles sans intérêt, des scènes champêtres. Le mobilier est rustique, rudimentaire surtout. Des fleurs séchées dans des vases en porcelaine vieillis font pousser d’épaisses toiles d’araignée. Au sol, deux vieux tapis persans et mités. Au fond, une porte ouverte laisse voir le début d’un escalier qui mène à l’étage. Des étagères pleines de livres, de vieilles éditions bon marché.
Par les fenêtres, Janvier aperçoit des nuages qui viennent cogner la montagne d’en face. Il s’approche :
— Le brouillard se lève. On ne voit plus le creux, ni la route.
Adèle ne répond rien. Janvier continue :
— C’est une belle ferme. On s’y sent bien.
— Oui.
— Il doit y avoir une grande surface. Tous les bâtiments, là, ce sont des granges ?
— Sans doute. Ça fait longtemps que je ne suis pas venue.
Adèle boit son café. Elle agrippe sa tasse des deux mains, un peu recroquevillée au-dessus. Janvier lui trouve l’air nerveux et concentré, vigilant, qu’ont les écureuils quand ils tiennent quelque chose à manger. Puis elle lève le nez :
— Vous seriez disponible si je vous demandais un service ? Rémunéré ?
— Bien sûr.
Il n’en revient pas.
— J’ai toute ma voiture à vider. Vous l’avez vue. Elle est bourrée à craquer.
Il va avoir de l’argent.
— Il faudrait m’aider à la vider, à installer des choses.
Il pourra peut-être acheter un billet de train. Il pourrait partir le lendemain. Arriver dans deux jours chez lui. Dormir dans son lit, embrasser les siens. Il s’étourdit de l’idée. Adèle ajoute :
— Mais il y en a pas mal, hein. C’est presque un déménagement.
Elle boit encore une gorgée, réfléchit à ce qu’elle vient de dire :
— C’est même exactement un déménagement.
Il commence tout de suite. Il ouvre le coffre. Il y a des valises, un buffet, des chaises, un vieil ordinateur, des instruments de musique, un coffre en bois, des cartons. Beaucoup de cartons.
Adèle décide d’aller chercher un diable. Il doit bien y en avoir un quelque part. Toutes les fermes ont un diable. Elle va dans la grange, la grande, celle où Janvier a passé la nuit.
— C’est à vous, ce sac ?
Il acquiesce. Elle va le poser sur la table de la salle à manger, sans rien dire.
— Au fait, dit Janvier, la poule ?
— Quelle poule ?
— Celle à qui je parlais quand vous êtes arrivée.
— Il y a une poule ?
Elle sort, fait le tour de la maison en courant. Janvier et Pluton la suivent. Elle ouvre la grille et s’agenouille. Qu’est-ce que tu fais là, toi ? Qui t’a mise là ? Ça fait longtemps ?
La poule lui fait quelques amabilités agitées. Tu as faim, attends, je reviens. La jeune femme s’en va, revient avec du pain. Elle ne compte pas, se dit Janvier. Il a encore faim. Il a faim pour longtemps.
— Je ne comprends pas comment elle s’est retrouvée ici. Enfermée.
— Vous avez des voisins ?
— Je ne crois pas. Pas très proches, en tout cas.
Ils restent debout, à côté de la poule qui se débat avec son quignon et le fait sauter en l’air.
L’heure avance. Adèle prépare un déjeuner. Janvier entasse les affaires à côté de la table de la salle à manger, dessus. Cent questions lui viennent aux lèvres qu’il n’ose pas poser. À la place, il fait comme s’il était là depuis toujours. Adèle le surveille du coin de l’œil. Si leurs regards se croisent, elle sourit, gênée.
— La valise, je veux bien que vous la montiez. Mais après le déjeuner, hein. C’est prêt.
Elle le regarde, un plat à la main, et ajoute :
— Si vous voulez vous laver les mains, là-haut, il y a une salle de bains.
— Merci.
L’étage a plus de chaleur. Adèle a ouvert les fenêtres et l’air circule d’une pièce à l’autre, rend l’atmosphère plus respirable. Les cloisons sont en bois, la lumière passe davantage. Dans le miroir de la salle de bains, Janvier se voit une tête à faire peur. Il a du sang sur le bas du visage, dans le cou, des traces brunes sous les yeux, les cheveux sales et collés par la pluie et la crasse. Il trouvait la jeune femme méfiante, exagérément craintive. En se voyant dans le miroir, il mesure au contraire le cran qu’elle a eu de ne pas avoir paniqué.
Il s’asperge le visage, se frotte avec un morceau de savon. Ce n’est pas suffisant. Il enlève sa chemise, se penche au-dessus du lavabo et fait couler l’eau sur sa nuque, ses cheveux, qu’il frictionne avec du savon avant de les rincer, de les éponger avec une serviette qu’il trouve douteuse, moins toutefois que son propre état. Avec ses mains, il plaque ses cheveux sur les tempes, sur le crâne. Il aimerait changer de chemise mais il ne veut pas redescendre torse nu. Il revoit les grands yeux égarés. Il enfile sa chemise sale, tente de la défroisser. C’est trop tard, de toute façon.
Adèle est déjà attablée dans la cuisine et le regarde entrer. Il sourit pour s’excuser, il sait la force de son sourire, il en rajoute :
— J’ai essayé de me rendre présentable. Je suis désolé. Je dois avoir une tête à faire peur.
Adèle répond doucement :
— Qu’est-ce qui vous est arrivé ?
Puis elle se reprend :
— Pardon, ça ne me regarde pas. Les temps sont durs, n’est-ce pas ? Il vaut mieux garder ses secrets pour soi.
— Je préfère tout de même vous raconter. Je me suis fait braquer. J’étais à vélo, un type m’est tombé dessus, m’a frappé, me l’a volé. Avec quelques autres affaires. Je n’ai plus rien.
Il ne précise pas qu’il avait lui-même volé le vélo. La situation était bien différente. Adèle écarquille les yeux :
— Ah bon ? Mais c’était où ?
— À deux pas d’ici. Sur la route entre Riom et Murat. La grosse. Enfin, la départementale.
— Je suis désolée. Je pourrai vous conduire à Murat si vous voulez. Quand vous aurez fini.
— Je veux bien. Vous me feriez gagner un temps précieux.
Mais il ne le pense plus du tout, attablé avec cette femme, dans cette ferme du Cantal coupée du monde, perchée sur sa colline.
— N’oubliez pas de fermer à double tour, la nuit, ajoute Janvier. C’était vraiment tout près.
— Je n’ai rien à voler.
— Je ne pensais pas être la proie idéale non plus. Il y a tout un groupe de gens dans la forêt. Ils n’ont rien, ils vivent dans des tentes, une espèce de caravane défoncée. Alors vous pensez bien qu’ici…
Il désigne dans un même geste la nourriture sur la table, la grande pièce, et par-delà les murs de la cuisine, la ferme autour d’eux, de ses deux mains ouvertes. Adèle a un sourire rapide, puis se rembrunit. Il se trouve maladroit ; il mange ses provisions et il la traite de riche.
Il met un peu de pâté sur du pain, le dévore sans un mot. Il sait qu’il a l’air d’un gros chien qui mange. Adèle est une chose fragile, délicate. Il brise le silence de nouveau, comme il peut :
— C’est si bon, ce pâté. J’ai envie de vous demander d’où il vient, mais…
— Il vient de Paris. Je viens de Paris.
— Comment ça va, là-bas ?
Elle hausse les épaules.
— C’est l’horreur, à cause des attentats. Tout le monde est sur les dents…
Janvier s’attend à ce qu’elle lui raconte, mais elle retombe dans le silence. Elle mange peu, avec une lenteur de chatte. Ses poignets sont très fins, comme la base de son cou. Ses os sont saillants, même les pommettes, pointues. Elle garde une main dans la poche centrale de son sweat. De l’autre, elle charge sa cuillère de toutes petites portions de riz. Elle pince le nez d’un air dégoûté. Janvier n’ose pas se resservir. Elle a l’air sur le point de dire quelque chose, mais elle se ravise et propose un fruit.
— Merci. Ne bougez pas, je vais en chercher.
Le chien est assis devant la table. Quand Janvier passe devant lui, il lève la tête et grogne sourdement. Adèle le gronde doucement :
— Arrête, Pluton. Pardon.
Janvier farfouille dans le cageot, en sort des pommes :
— C’est normal qu’il se méfie, ne le grondez pas. Lui aussi, je lui ai fait peur, après tout.
Elle ne répond pas et mange sa pomme en silence. De temps en temps, elle en donne un morceau au chien qui s’est approché d’elle en entendant son nom. Puis soudain :
— Mais en fait, il vous a tout pris, votre agresseur ? Je veux dire, votre portefeuille, votre argent, vos papiers ?
— Oui.
Elle ne propose pas de le conduire à la police pour porter plainte. Il doit dégager quelque chose de louche. Il se redresse sur sa chaise :
— Je vais aller porter plainte à Murat.
Elle hoche la tête. Tout cela ne la concerne pas. Elle garde le nez dans son assiette, la main dans la poche.
— Vous ne vous sentez pas bien ? Vous êtes toute pâle.
— Ça va, je vous assure.
Il se lève, passe derrière elle :
— Mais non, allez vous allonger, vous êtes mal, là.
Elle chancelle, il la rattrape, sous les aisselles. Elle se crispe et se laisse faire en même temps.
Il la maintient, comme le matin, pour la conduire dans le salon, vers le canapé. Il ne sait pas comment la tenir sans la contraindre. Comme le matin, il sent ses os sous son pull, ses épaules cassantes. Elle vacille. En la rattrapant, il sent quelque chose de dur sur son ventre. Elle tressaille, se raidit, et dans un dernier effort, elle va s’avachir sur le canapé. Elle a des yeux fous, de peur sans doute. Mais peut-être fous tout court, simplement fous.
Janvier range le déjeuner. Le chien le suit dans ses allers-retours, espérant probablement grappiller des restes. Janvier préférerait s’en charger lui-même mais il a envie de se le mettre dans la poche. Il lui donne du riz, lui caresse l’encolure. Tu es un bon chien. Un excellent chien. Les yeux s’attendrissent. Il ne grognera plus.
Par la fenêtre de la cuisine, Janvier voit le brouillard qui a mangé toute la vallée. La maison et sa terrasse font comme un balcon sur le vide. Pousse-toi, le chien.
Il range, fait la vaisselle en sifflant ; il veut avoir l’air gai et sympathique. Après tout, il est sympathique. Il prend son temps. Quand il retourne dans la grande salle, elle dort, sur le dos, les bras croisés sur la poitrine, comme si elle avait froid. Quelque chose brille dans la poche de son sweat. Il s’approche sans bruit. C’est le canon d’une arme.
Il n’a pas encore l’air assez sympathique. Ou bien c’est elle qui ne l’est pas du tout.
Il a fini depuis longtemps de vider la camionnette. Il n’a laissé au fond qu’un piano droit qu’il ne peut pas déplacer tout seul. Il n’a pas pu résister quand il a compris ce qu’il y avait sous les couvertures. Il l’a ouvert, a joué les premières notes d’Autumn Leaves. Cela fait si longtemps qu’il n’a pas entendu de musique, le son lui rafraîchit le cœur. C’est comme une pluie d’été sur un carreau.
Adèle se réveille quelques heures plus tard. L’après-midi est lourde, on dirait qu’elle vient de commencer. La jeune femme ne bouge pas, ouvre les yeux seulement. Ils sont d’un vert incroyablement foncé, comme des feuilles de chêne.
Janvier est devant la cheminée.
— J’ai tout mis ici, en attendant que vous me disiez quoi en faire.
Il désigne le bric-à-brac monumental qu’il a sorti et posé sur la table, par terre, partout. On n’aurait pas imaginé que la camionnette puisse contenir autant de choses. On peut à peine mettre un pied devant l’autre.
— Mais j’ai monté vos valises, comme vous m’aviez dit.
Adèle se redresse et s’adosse au canapé. Elle glisse une main dans la poche de son sweat et un pied sous ses fesses. Janvier a envie de lui demander son âge. Elle a les yeux gonflés, un peu rouges.
— Merci.
— Vous voulez du thé ? J’en ai trouvé dans la cuisine.
— Pourquoi pas ? Il fait si frais.
Il rit. L’atmosphère s’est détendue, il aimerait qu’elle enlève la main de sa poche. C’est douloureux pour lui de ne pas inspirer confiance spontanément. Il prend une longue respiration, fait quelques pas vers la fenêtre, et regarde la camionnette, pour ne pas avoir à soutenir le regard vert et fiévreux, embué :
— Écoutez, je sais que ça ne sert probablement à rien de vous dire ça. Si j’étais dangereux, je vous dirais certainement la même chose. Mais j’aimerais que vous ne vous méfiiez pas de moi. Vous n’avez rien à craindre, d’accord ? Je sais que j’ai l’air bizarre, que j’ai l’air louche, que j’ai l’air d’un type qui rôde, mais vous pouvez me faire confiance.
Il se tourne vers elle :
— Ça me ferait plaisir que vous me fassiez confiance.
— Qu’est-ce qui vous dit que je ne vous fais pas confiance ?
— Votre arme dans votre poche, là, que vous ne lâchez pas depuis ce matin.
Elle en a le souffle coupé de surprise. Puis elle enlève sa main de sa poche.
— Ce n’est pas de vous que je me méfie.
Elle se lève et se dirige vers l’escalier. Janvier voit ses petites jambes fines qui montent, raides, régulières et tourmentées.
Il fait du thé. Il réfléchit, à côté de la bouilloire fumante qui, soudain, s’arrête. Il tente d’appuyer de nouveau sur le bouton, qui remonte tout seul. Janvier ouvre le frigo, pas de lumière. Il monte à l’étage, cherche Adèle :
— Vous êtes là ?
— Ici !
Il suit la voix, entre dans une chambre au fond du couloir. Les murs sont couverts d’un vieux papier peint à fleurs roses. Adèle a une pile de vêtements dans les mains, qu’elle dépose dans une armoire. Tant qu’elle bouge et qu’elle est occupée ailleurs, Janvier en profite pour l’observer ; de son corps, elle ne montre que les attaches décharnées, chevilles et poignets, à l’os, les épaules sont creuses, un peu voûtées. On ne devine pas de poitrine sous le sweat, de fesses. Tout ce qu’elle a de féminin émane d’une autre source que son corps. Janvier aimerait dire de sa fragilité, une forme de délicatesse. Mais c’est lui qui l’invente, peut-être. Elle regarde le tas de vêtements, de livres posés sur le lit, les mains sur les hanches.
— Il n’y a plus d’électricité.
— Vous êtes sûr ?
— En bas, en tout cas.
Elle actionne un interrupteur. Rien ne se passe.
— Ça me rappellera Paris, comme ça.
— Et moi… d’où je viens aussi. Vous aviez des coupures, à Paris ?
— Assez souvent. À cause des ouragans, surtout. Quand les postes électriques étaient touchés. Mais parfois spontanément, comme ça, aussi.
— Ce n’est jamais spontané.
— Je sais bien, répond-elle, un peu agacée.
Elle n’aime pas qu’on lui explique les choses, bon. Elle s’assoit sur le lit, une jambe repliée, le pied sous la fesse, une nouvelle fois :
— Dites-moi… il est tard. Pas très tard, mais tout de même, si on doit encore placer les meubles, faire l’enclos, aller à Murat… Je me disais… Si vous voulez, vous pouvez rester ici pour la nuit ? Vous n’avez pas l’air pressé de toute façon, si ? Et puis ça vous permettra de prendre une douche, peut-être ?
Elle a détourné la tête pour atténuer l’acidité de sa remarque puis comme il ne dit rien, elle le regarde de nouveau. Elle le transperce avec son regard vert. Elle rit, ses dents sont si blanches. Tout son corps est mêlé de couleurs vives. Elle précise :
— C’est une blague, hein ?
— Non mais vous avez raison, je vois bien que j’en ai besoin. Je le sens, surtout.
— Alors, c’est d’accord, vous restez là ? Vous voyez, je n’ai pas peur de vous.
Elle a levé le menton pour dire ça.
Elle va dans le couloir. Il y a d’autres chambres. Elle entre dans celle qui est la plus proche de l’escalier.
— Vous n’avez qu’à vous mettre là.
Elle appuie sur l’interrupteur, machinalement. L’ampoule au plafond diffuse une lumière pâle.
— Ça y est, c’est déjà revenu.
La chambre est sous le toit, en pente. Il y a un lit pour une personne, une table de nuit, une lampe de chevet, un petit bureau, une commode, c’est tout.
Adèle, au dîner, lui en dit un peu plus. Elle doit s’installer là. C’était la maison de ma grand-mère, ajoute-t-elle sans autre précision. Elle y allait quand elle était petite. Puis moins petite. Elle a un projet de ferme, un de ces retours à la terre que l’État subventionne pour désengorger les villes et désamorcer la crise alimentaire. Bientôt, d’autres gens doivent la rejoindre. C’est un projet collectif.
Elle est tellement évasive ; Janvier voit bien qu’elle ment. Il ne sait pas à quel point, c’est tout. Mais ça ne fait rien, il accepte de l’aider, pour quelques jours, bien sûr. Il connaît bien l’agriculture. L’élevage des brebis, notamment. Il doit rejoindre la ferme familiale, en Lozère, mais il n’est pas pressé. Quelques jours plus tard, ça ne fera pas de différence.
— C’est quoi, exactement, votre projet ? lui demande-t-il.
Elle lève des grands yeux égarés.
— Les brebis, c’est bien, répond-elle, avec un geste vague de la main. Entre autres.
Elle tremble au-dessus de son assiette, comme si elle avait froid. Et puis, son regard s’affirme et vient se planter sur Janvier. Il n’arrive pas à détacher ses yeux de son visage, il essaie d’y lire ce qu’elle pourrait cacher, mais il renonce et s’abandonne au mystère.
Il va prendre une douche ce soir-là, changer les vêtements qu’il peut changer. Il en prendra une deuxième, le lendemain. Adèle lui prêtera des vêtements d’homme, qu’elle sortira de son armoire. Un pantalon, un tee-shirt. Puis d’autres. Légèrement plus grands que ceux de Janvier, à peine. Il y aura encore un autre matin. Elle lui trouvera un rasoir électrique. Il ne saura pas d’où elle le sort. Elle ira faire des courses à Murat. Il ne l’accompagnera pas. Il gardera la maison. Elle en reviendra avec toutes sortes de victuailles et du grain pour la poule. Pluton sera excité de voir le volatile s’ébrouer dans les flaques et chercher frénétiquement des vers dans la terre derrière la maison. Janvier lui fera un enclos avec du filet qu’il aura repéré dans la grange. Il placera les meubles comme Adèle lui ordonnera. Seul le piano restera dans la camionnette. Aucun d’eux ne sera pressé de chercher un voisin pour les aider.
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