Le roi Voltaire

Arsène Houssaye · Chapitre 9 sur 76

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Le roi Voltaire

Chapitre III

Ne trouvez pas mauvais que j'essaye à mon tour de peindre

Voltaire dans sa jeunesse, toujours orageuse, souvent romanesque. Ne criez pas au roman, c'est le roman de la vérité. Ceux qui connaissent le mieux leur Voltaire ne le connaissent pas jeune. Pour toute notre génération, Voltaire n'est que le patriarche de Fernex, jetant à pleines mains les colères de la raison en révolte.

 

III.

 

Voltaire vint au monde mourant, comme Fontenelle, qui vécut cent

ans. Pour lui, s'il ne vécut que quatre-vingt-quatre ans, c'est qu'il fut tué par le génie, le café et le Dictionnaire de l'Académie.

Les commentateurs, ces glaneurs de l'histoire qui ramassent l'ivraie

comme l'épi, ont découvert que Marie-François Arouet était né d'un notaire et d'une bourgeoise, le 20 février 1694, à Paris ou à Châtenay; ils ne savent pas bien où, parce qu'ils ont longtemps

disputé là-dessus [6].

Voltaire ne le savait pas mieux qu'eux; je ne le sais pas mieux que

Voltaire. Qu'importe! je ne connais pas Arouet, je ne connais que Voltaire.

Ils ne se doutaient pas, ce notaire et cette bourgeoise, qui mettaient

au monde Voltaire dans le pacifique horizon de la rue des Marmousets, qu'ils enfantaient l'orage et la tempête. M. Arouet fut longtemps sans vouloir que son fils fût poëte: comment ne lui défendit-il pas d'être philosophe?

On l'ondoya au printemps; ce ne fut qu'en automne qu'il put être

baptisé. Il eut pour parrain un abbé sans foi, l'abbé de Châteauneuf, ami de sa mère et amant de Ninon de Lenclos; aussi a-t-on dit que le diable vint visiter souvent Voltaire au berceau.