Le roi Voltaire

Arsène Houssaye · Chapitre 17 sur 76

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Le roi Voltaire

Chapitre XI

 

Voltaire commençait à vivre à Paris sans inquiétude, quand mourut

mademoiselle Lecouvreur. Comme la sépulture était refusée à cette illustre comédienne, le poëte indigné fit à ce propos cette célèbre élégie, où respire toute la hardiesse anglaise:

 

Muses, Grâces, Amours, dont elle fut l'image, O mes dieux et les siens, secourez votre ouvrage! Que vois-je? c'en est fait, je t'embrasse, et tu meurs!

Que direz-vous, race future!

Ils privent de la sépulture

Celle qui dans la Grèce aurait eu des autels.

 

Les prêtres, qui n'avaient plus, de par les parlements, que les

comédiens à excommunier, se remirent en campagne contre lui, «irrités, dit Condorcet, qu'un poëte osât leur disputer la moitié de leur empire.» Voltaire, ne voulant pas retourner une troisième fois à la Bastille, se réfugia à Rouen sous le nom et dans l'équipage d'un seigneur anglais. Il fit imprimer en secret l'Histoire de Charles XII et les Lettres anglaises. Quand l'orage fut dissipé, il rentra à Paris, décidé à tenter encore les victoires périlleuses du théâtre, espérant que les spectateurs, une fois de son parti, le défendraient contre le fanatisme. Il fit jouer Brutus sans trop d'obstacles. On ne comprit qu'à moitié qu'il se faisait la sauvegarde des droits du peuple; la pièce n'eut qu'un demi-succès, malgré la seconde scène et malgré le cinquième acte. Après la représentation, Fontenelle dit à Voltaire: «Je ne vous crois point propre à la tragédie; votre style est trop fort, trop pompeux.—Je vais de ce pas relire vos pastorales,» répondit Voltaire.