Le thé chez Miranda
Babioles
Regardez, écoutez mes babioles, ce sont des papiers peints, ce sont des violes:
I
LE MASQUE JAPONAIS
Yédo. L’on dirait. Tant elle est de potiches trapues et de stores bariolés pleine la chambre. La chambre aux rideaux bleus où fleurissaient les yeux de l’absente, plus bleus que les fleurs bleues s’étiolant dans des vases bleus. Et les grands éventails palpitent cloués sur les panneaux comme des papillons, les grands éventails où des papillons sont peints, les grands éventails diaprés comme des perruches, les grands éventails où des perruches sont peintes.
Et le petit masque japonais, don de l’absente, rêve sur le mur blanc juste en face du lit, du grand lit froid comme un catafalque, où sur les taies fleurant les parfums aimés de l’absente, tristement accoudé, il songe. Il songe que les nuits veuves s’entassent, que l’hallali des désirs sonne dans ses nerfs exaspérés; il songe au cabaret grouillant là-bas sous la flambée du gaz, il songe à la petite brune, fine et futée jusques au bout de l’orteil, à la grande rousse, grasse comme une oie, et bête donc! Et cependant que la roue du fiacre attardé chante sur la chaussée, il regarde ses bas de soie rouge traînant sur le tapis, ses bas de soie rouge qui le fixent de leurs prunelles rouges avec un air de viens-nous-en. Et sa fidélité sombre, sombre comme la carène prise dans un ressac, et la tunique de lin des chères remembrances va être souillée.
Et, ses yeux tombent sur le masque japonais, don de l’absente, pâle sur le mur blanc, juste en face du lit. Et le pauvre petit masque le regarde si tristement, si tristement que l’hallali des désirs ne sonne plus dans ses nerfs exaspérés, si tristement qu’il ne songe plus à la petite brune, fine et futée jusques au bout de l’orteil, qu’il ne songe plus à la grande rousse, grasse comme une oie, et bête donc! Si tristement que la tunique de lin des chères remembrances ne sera pas souillée—encore.