Le thé chez Miranda

Jean Moréas · Chapitre 7 sur 42

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Le thé chez Miranda

Chapitre VI

Ils vont, calmes de bonheur, parmi la foule active. Au loin, l’Opéra assis dans les brumes rosâtres se révèle encore par les dorures qui, de place en place, s’irradient. Et la double file des lampadaires en bronze s’allonge, s’étrécit dans la perspective crépusculaire.

Paul Doriaste, tout au charme des féminilités frôlantes, s’abandonne au bercement vague des réminiscentes rêveries. Contre son coude, le sein de sa maîtresse palpite.

Ils doublent l’angle du boulevard. En teintes sobres s’harmonisent le miroitement limpide des étalages, les vêtements des promeneurs, les feuillages des arbres. Par delà les équipages glissent avec la fuite brillante de leurs lanternes, des gourmettes et les luisances noires des voitures. Jusqu’aux mors, les steppers arrondissent leurs jambes grêles.

—Marceline! clame subitement une voix impérieuse.

Le chroniqueur se retourne. Une colère l’a surpris… Mais, aussitôt, il réprime la semonce qu’il voulait servir à l’interrupteur de leur joie. Ce monsieur sec, brun, aux moustaches aiguës, ce monsieur ombré d’un chapeau gris, sans doute, c’est le mari. Il a pris le bras de la jeune femme et, tout bas, il répète:

—C’est votre amant, n’est-ce pas?

Et Doriaste sort à peine de son angoisse hébétée pour livrer sa carte en échange de celle offerte.

Et puis Marceline jetée dans une voiture; le monsieur parlant au cocher, s’installant, reclaquant la portière; et le fiacre perdu dans l’enchevêtrement des fiacres; le chapeau blanc du cocher perçu seul longtemps encore, jusque là-bas, dans le fouillis des fouets minces.