Le tour de la France par deux enfants Devoir et Patrie

CIX.—Les hommes célèbres de la Champagne.—Colbert et la France sous Louis XIV.—Philippe Lebon et le gaz d'éclairage.—Le fabuliste la Fontaine.

Tout en causant ainsi, on choisit une bonne couverture, chaude et grande, et on se réjouit par avance du plaisir qu'on aurait à l'offrir à la mère Étienne.

On reprit ensuite le chemin du bateau et on recommença à travailler en songeant qu'on arriverait bientôt en Lorraine.

Julien s'empressa de se remettre lui aussi au travail; il fit une belle page d'écriture, des problèmes que l'oncle Frantz lui avait donnés à résoudre et qui roulaient sur l'achat et la vente des lainages. Puis il prit son livre d'histoires et lut ce qui s'y trouvait sur la Champagne.

 

CIX.—Les hommes célèbres de la Champagne.—

Colbert et la France sous Louis XIV.—Philippe

Lebon et le gaz d'éclairage.—Le fabuliste la

Fontaine.

Nous jouissons tous les jours, et souvent sans le savoir, de l'œuvre

des grands hommes: c'est un bienfait perpétuel qu'ils laissent après

eux.

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C , né à Reims en 1619, mort en 1683.—Il diminua les

impôts que payait seul le peuple et augmenta ceux que les nobles payaient. Il encouragea l'agriculture: c'est aussi grâce à lui que l'industrie française se développa, et qu'elle a acquis cette élégance qui la distingue encore au milieu des industries de toutes les nations. En même temps, il améliorait les routes, et fit creuser par Riquet le canal du Midi. Enfin il encouragea les arts et les lettres et attira à Paris les savants, les sculpteurs

comme Puget, les peintres, les poètes, les écrivains de tout

genre.

 

I. Le plus grand ministre de Louis XIV et l'un des plus grands

hommes qui aient gouverné la France, ce fut C , le fils

d'un simple marchand de laines de Reims qui avait pour

enseigne un homme vêtu d'un long vêtement de drap avec ces

mots: Au long-vêtu. Colbert avait pris dans le commerce des

habitudes d'ordre et d'intègre probité, qu'il apporta plus tard

dans les affaires publiques. Le cardinal Mazarin dit à son lit de

mort à Louis XIV: «Sire, je vous dois beaucoup, mais je crois

m'acquitter en quelque sorte avec Votre Majesté en vous

donnant Colbert.» Les prévisions de Mazarin ne furent pas

trompées, et c'est à Colbert qu'est due pour la plus grande partie

la gloire du siècle de Louis XIV.

A cette époque, une foule de gens prenaient dans le trésor

public et gaspillaient l'argent de la France. Colbert, par sa

fermeté et sa sévérité, réprima tous ces abus. On l'appelait

«l'homme de marbre», parce qu'il ne donnait à chacun que ce

qui lui était dû, sans se laisser fléchir par les menaces ou par les

promesses.

«Sire, écrivait-il au roi, un repas inutile de mille écus me fait une

peine incroyable; et lorsque au contraire il est question de

millions d'or pour la Pologne, je vendrais tout mon bien et j'irais

à pied pour y fournir, si cela était nécessaire.» Car c'était alors

l'époque où les nations qui entouraient la Pologne

commençaient à s'en disputer les provinces.

Colbert fit plus que de donner tout son bien pour la France: il lui

donna tout son temps, toutes ses forces, toute sa vie. Il travaillait

seize heures par jour, soutenu par l'idée qu'il travaillait au

bonheur du peuple et à la gloire de la France.

Malheureusement, ce labeur perpétuel ruinait sa santé. En outre

les courtisans le haïssaient, car il n'aimait point à leur accorder

des faveurs injustes. Le roi Louis XIV finit par méconnaître ses

services, et par le disgracier au moment où il allait mourir épuisé

par ses travaux.

Mais Colbert laissait en mourant de grandes œuvres, et le bien

qu'il avait fait à la France ne fut point perdu. Maintenant encore,

dans l'état florissant où nous sommes, on pourrait retrouver la

trace des efforts de Colbert. On comprend à peine comment ce

grand ministre put suffire à accomplir à la fois tant de travaux et

de réformes diverses.

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.—Pour fabriquer le gaz, on enferme du charbon dans

e grands cylindres de fonte et on le fait chauffer; le gaz s'en chappe et, après avoir été purifié, il se rend sous ces espèces de randes cloches renversées qu'on voit à gauche dans la gravure, t qu'on appelle gazomètres. De ces cloches partent les tuyaux ui conduisent le gaz dans les magasins et dans les rues.

—Mon Dieu, dit Julien en lui-même, voilà un homme qui a été bien utile à la France; et pourtant c'était le fils d'un simple marchand de draps, ce Colbert. Mais ce n'était pas un paresseux seize heures de travail par jour, comme il prenait de la peine! Allons, je vois que, pour arriver à faire bien des choses et à les bien faire, il faut travailler sans cesse.

 

II. P L naquit dans un village de la Haute-Marne.

Devenu ingénieur des ponts et chaussées, il était à la

campagne, chez son père, lorsqu'il fit une des plus importantes

découvertes de notre siècle. Il était occupé à des expériences

de physique et de chimie, et chauffait sur le feu une fiole remplie

de sciure de bois: le feu s'étant communiqué à la fumée et au

gaz qui s'échappaient de la fiole, ce gaz se mit à brûler d'un vif

éclat. Aussitôt, Philippe Lebon conçut la pensée d'éclairer les

maisons et les villes au moyen du gaz qui sort du bois ou du

charbon de terre quand on les chauffe fortement. Il était

tellement enthousiasmé de sa découverte, qu'il disait aux

habitants de son village:

—Je retourne à Paris, et de là je puis, si vous voulez, vous

chauffer et vous éclairer avec du gaz que je vous enverrai par

des tuyaux.

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L F naquit à Château-Thierry (Aisne) en 1621 et

mourut en 1695. A cette époque Château-Thierry faisait partie

de la province de Champagne.

On le traita de fou, mais son invention, loin d'être une folie, est

une des plus utiles applications de la science.

Philippe Lebon eut bien de la peine pour faire accepter en

France son idée, et même il n'y put réussir. C'est en Angleterre

qu'on adopta d'abord sa découverte.

Au milieu de ses efforts et de ses courageux essais, Philippe

Lebon rencontra une mort tragique. Il fui assassiné, en 1804, à

Paris, dans les Champs-Élysées, sans qu'on ait jamais pu

découvrir ni son meurtrier ni le motif de cet assassinat. Une

pension fut accordée par l'État à la veuve de Philippe Lebon.

 

III. Outre ces inventeurs célèbres, la Champagne a produit un de

nos plus grands poètes.

A Château-Thierry, dans l'Aisne, vivait au dix-septième siècle un

excellent homme de mœurs fort simples, qui était chargé

d'inspecter les eaux et forêts. Il passait en effet une grande

partie de son temps dans les bois. Il restait tout songeur sous un

arbre pendant des heures entières, oubliant souvent le moment

de dîner, ne s'apercevant pas parfois de la pluie qui tombait. Il

jouissait du plaisir d'être dans la campagne, il regardait et

observait tous les animaux; il s'intéressait aux allées et venues

de toutes les bêtes des champs, grandes ou petites. Et les

animaux lui faisaient penser aux hommes; il retrouvait dans le

renard la ruse, dans le loup la férocité, dans le chien la fidélité,

dans le pigeon la tendresse. Il composait alors dans sa tête de