Le tour de la France par deux enfants Devoir et Patrie

CXX.—La ferme du père Guillaume dans l'Orléanais.—Les ruines de la guerre.

entretient la chaleur de notre corps. Lavoisier est le créateur de

la chimie moderne.

En même temps qu'il se livrait à tous ces travaux par amour de

la vérité et de la science, il entreprit, dans un but d'humanité,

une foule d'autres études. Il fit des expériences malsaines et

dangereuses sur les gaz qui s'échappent des fosses d'aisance,

et qui si souvent causent la mort des travailleurs. Il raconte lui-

même ces expériences avec une noble simplicité et expose

toutes les précautions que les travailleurs doivent prendre pour

éviter les accidents.

Malheureusement, une mort prématurée vint arrêter le grand

Lavoisier au milieu de ses travaux. C'était l'époque sanglante de

1794, où la France, attaquée de tous côtés, au dehors et au

dedans, ne savait plus distinguer ses amis et ses ennemis.

Lavoisier, qui avait occupé un poste dans les finances, fut

accusé avec beaucoup d'autres. Lui-même, sûr de son

innocence, au lieu de s'enfuir, vint noblement se constituer

prisonnier. Mais, enveloppé dans une condamnation qui frappait

à la fois des coupables et des innocents, il mourut sur

l'échafaud.

La veille de sa mort, les savants qui avaient travaillé avec lui et

qui admiraient son génie étaient venus le voir dans son cachot:

ils lui avaient apporté une couronne, symbole de la gloire qui lui

était réservée dans l'avenir.

 

CXX.—La ferme du père Guillaume dans

l'Orléanais.—Les ruines de la guerre.

Les maux de la guerre ne finissent point avec elle; que de ruines elle

laisse à sa suite quand elle a passé quelque part!

Quelques heures après être partis de Paris, et après avoir traversé Chartres, célèbre par sa belle cathédrale gothique, nos voyageurs descendaient du chemin de fer. Ils laissèrent dans la petite gare leurs caisses de voyage; puis, munis seulement d'un paquet léger et d'un bâton, ils suivirent à pied la route qui menait à la ferme de la Grand'Lande, située dans la partie la plus montueuse de l'Orléanais.

Ils marchèrent assez longtemps le long d'une jolie chaîne de collines au pied desquelles serpentait la rivière. Ils suivaient un sentier étroit, déjà ombragé par les feuilles naissantes des arbres; au-dessus d'eux les oiseaux chantaient dans les branches, fêtant le prochain retour du printemps. Julien, plus gai encore que les pinsons qui gazouillaient autour de lui, sautait de joie en marchant:—Oh! disait-il, quel bonheur! Nous allons donc être tous réunis, et puis nous allons vivre aux champs!...

André partageait en lui-même la joie de Julien; l'oncle Frantz se sentait aussi tout heureux à la pensée de revoir son vieil ami le pilote Guillaume et de s'installer auprès de lui avec ses deux enfants d'adoption.

Ils marchaient depuis une bonne demi-heure et n'avaient encore rencontré personne à qui s'informer du chemin; ils craignirent de s'être égarés. Afin d'apercevoir mieux le pays, ils montèrent sur un talus, et Julien distingua, à deux cents pas de là, derrière une haie, deux petites filles accroupies par terre, un couteau à la main, en train de cueillir de la salade sauvage. Il les appela pour qu'elles leur indiquassent le chemin. Sa voix fut plusieurs fois répétée par un bel écho de la colline; malgré cela, les deux petites filles étaient si occupées à leur besogne qu'elles n'y firent point attention.

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C 'O .—C'est dans l'Orléanais que se trouvent

les plaines fertiles de la Beauce, surnommées les greniers de

Paris. Par malheur, vers le sud, cette province renferme des

plaines stériles et marécageuses. La ville la plus importante est

Orléans (50,000 hab.). Viennent ensuite Chartres (30,000 hab.),

qui fait un grand commerce de blé: Blois (20,000 hab.) sur la

Loire, célèbre par son ancien château et ses souvenirs historiques; Vendôme sur le Loir. Châteaudun est célèbre par sa défense héroïque contre les armées allemandes.

—Mon oncle, dit alors Julien, je vais descendre la colline et courir près d'elles pour leur demander le chemin.

L'enfant courut en avant et s'approchant des deux petites, qui avaient levé la tête en l'entendant venir:

—Est-ce que la ferme de la Grand'Lande est loin d'ici? leur demanda-t-il.

—Oh! non, répondit l'aînée, dans cinq minutes on est chez nous.

—Chez vous? reprit Julien en regardant les deux enfants de tous ses yeux; mais alors vous êtes donc les petites filles de M. Guillaume?

—Mais oui, répondirent-elles à la fois.

—Et nous, s'écria le petit garçon tout joyeux, nous sommes ses amis et nous venons le voir. Peut-être bien vous a-t-il parlé de nous déjà: je m'appelle Julien Volden, moi, et je sais votre nom à toutes les deux: tenez, vous qui êtes grande comme moi, vous vous appelez Adèle, dit Julien en désignant l'aînée des petites, et votre sœur, qui est plus jeune, s'appelle Marie; elle a cinq ans.

La petite Marie se mit à sourire:—Notre père nous a parlé de vous aussi, Julien, dit-elle; il vous aime beaucoup.

Et les deux enfants regardèrent Julien avec intérêt, comme si la connaissance était désormais complète entre eux.

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L .—La guerre est toujours un

grand malheur pour les peuples, quel que soit le résultat, et les vainqueurs souvent n'y perdent pas moins que les vaincus. Là où les batailles se livrent, les campagnes sont dévastées: la vie entière dans tout le pays est suspendue tant que dure la guerre, Et tout en marchant, Julien réfléchissait aux malheurs sans nombre que la guerre entraîne après elle partout où elle passe.

l'industrie est en souffrance, le commerce est arrêté et ne

reprend ensuite qu'avec peine. Néanmoins, quand la Patrie est

attaquée, c'est à ses enfants de se lever courageusement pour

la défendre; ils doivent sacrifier sans hésiter leurs biens et leur

vie.

Julien, enchanté, reprit aussitôt: Vous devez être bien contentes à présent d'avoir une ferme et de vivre aux champs? Moi, j'aime les champs comme tout, savez-vous? Et les vaches, et les chevaux, et toutes les bêtes, d'abord!

Le visage des petites filles s'était assombri. L'aînée poussa un gros soupir et ne répondit rien. La plus jeune, Marie, plus expansive que sa sœur, s'écria tristement:

—Oh! Julien, nous avons beaucoup de peine au contraire. Il y a sur la ferme des charges trop dures, à ce que dit papa; et puis, pendant la guerre, les bâtiments ont été à moitié détruits; rien n'est ensemencé. Alors papa dit: «Il vaut mieux que je m'en retourne sur mer!» et maman pleure.

L'enfant, qui avait exposé la situation tout d'une haleine, s'arrêta d'un air découragé.

La petite figure de Julien s'attrista à son tour. En ce moment, l'oncle Frantz et André arrivèrent, et on se dirigea vers la ferme.

Chemin faisant, chacun observait la campagne, en réfléchissant aux paroles désolées de la petite.

Bientôt on vit se dessiner au pied de la colline, derrière quelques noyers mutilés, les bâtiments de la ferme.

—Mon Dieu! s'écria Julien en joignant les mains avec tristesse, pauvre maison! elle est presque démolie: il y a des places où il ne reste plus que les quatre murs tout noirs avec des trous de boulets. Je vois qu'on s'est battu ici comme chez nous: il me semble que je reviens à Phalsbourg.