Le tour de la France par deux enfants Devoir et Patrie
LXIV.—Le petit étalage d'André et de Julien à Lyon.—Bénéfices du commerce.—L'activité et l'économie, premières qualités de tout travailleur.
—Tu as raison, Julien, il faut que chaque occupation vienne à sa place. L'ordre dans les occupations et dans le travail est encore plus beau que l'ordre dans nos vêtements et dans notre extérieur.
M. Gertal se leva de table, car tout en causant on avait bien dîné.—Il faut se remettre au travail, dit-il; il est l'heure. Retournons à notre étalage et venons retrouver André.
LXIV.—Le petit étalage d'André et de Julien à
Lyon.—Bénéfices du commerce.—L'activité et
l'économie, premières qualités de tout travailleur.
Etre actif, c'est économiser le temps.
C'était plaisir de voir avec quel soin nos trois amis arrangeaient chaque jour, sur une des places de Lyon les plus fréquentées, leur petit étalage de marchandises.
Il y en avait là pour tous les goûts. Dans un coin, c'étaient les beaux fruits de l'Auvergne, les pâtes et vermicelles fins de Clermont: dans un autre, l'excellente coutellerie achetée à Thiers s'étalait reluisante; puis, au-dessus, les dentelles d'Auvergne se déployaient en draperies ornementales, à côté des bas au métier achetés dans le Jura. Enfin, sous une vitrine à cet usage, brillaient dans tout leur éclat quelques montres de Besançon avec chaînes et breloques, et des boucles d'oreilles fabriquées en Franche-Comté; puis des objets sculptés dans les montagnes du Jura, anneaux de serviettes, tabatières, peignes et autres, complétaient l'assortiment.
André debout à un coin, M. Gertal à l'autre, s'occupaient à la vente. Julien, assis sur un tabouret, se reposait après chaque commission pour se préparer à en faire d'autres.
Du coin de l'œil il suivait, avec un vif intérêt, le petit tas de coutellerie et le paquet de dentelles qui représentaient leurs économies. Souvent, parmi les passants affairés de la grande ville, quelques-uns s'arrêtaient devant l'étalage, frappés du bon marché et de la belle qualité des objets, et aussi de l'air avenant des marchands. A mesure que le tas diminuait et que le paquet arrivait à sa fin, la figure de Julien s'épanouissait d'aise.
Un soir enfin, André vendit à une dame son dernier mètre de dentelle et à un collégien son dernier couteau. Les enfants comptèrent leur argent, qu'André avait mis soigneusement à part, et, à leur grande joie, ils virent qu'ils avaient 85 fr.
—85 fr.! disait le petit Julien en frappant de joie dans ses mains. Quoi! nous avons plus du double d'argent que nous n'avions en quittant Phalsbourg!
—C'est que, dit M. Gertal, ni les uns ni les autres nous n'avons perdu de temps ni regretté notre peine.
—C'est vrai, dit André, et vous nous avez donné l'exemple, monsieur Gertal.
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L R , L .—Les grandes rues ne servent pas seulement à charmer les yeux par la régularité et par la beauté de leurs maisons ou de leurs magasins; elles assainissent les villes en permettant à l'air d'y circuler plus librement.
—Voyez-vous, mes enfants, reprit le patron, quand on a sa vie à gagner et qu'on veut se tirer d'affaire, il n'y a qu'un moyen qui vaille: c'est d'être actif comme nous l'avons été tous. Regardez autour de nous, dans cette grande ville de Lyon, quelle activité il y a! L'homme actif ne perd pas une minute, et à la fin de la journée il se trouve que chaque heure lui a produit quelque chose. Le négligent, au contraire, remet toujours la peine à un autre moment: il s'endort et s'oublie partout, aussi bien au lit qu'à table et à la conversation; le jour arrive à sa fin, il n'a rien fait; les mois et les années s'écoulent, la vieillesse vient, il en est encore au même point. C'est au moment où il ne peut plus travailler qu'il s'aperçoit, mais trop tard, de tout le temps qu'il a perdu. Pour vous, enfants, qui êtes jeunes, prenez dès à présent, pour ne la perdre jamais, la bonne habitude de l'activité et de la diligence.