Le tour de la France par deux enfants Devoir et Patrie

CXIX.—Versailles.—Quelques grands hommes de Paris et de l'Ile-de-France.—Les poètes classiques: Racine, Boileau.—Un grand chimiste, Lavoisier.

—Oh! oh! dit l'oncle, c'est très bien, et je pense comme toi, mon Julien; seulement, avant de soigner les vaches, il faudra retourner à l'école encore longtemps.

—Oui, dit l'enfant gaîment, et j'espère m'appliquer à l'école plus encore qu'autrefois.

 

CXIX.—Versailles.—Quelques grands hommes de

Paris et de l'Ile-de-France.—Les poètes

classiques: Racine, Boileau.—Un grand chimiste,

Lavoisier.

Paris a produit tant de grands hommes et d'hommes utiles qu'on ne

sait comment choisir dans le nombre: c'est la ville du monde qui

s'est le plus illustrée par les travaux de l'esprit.

 

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V , .—Versailles est une belle ville de 50,000 hab., située à quelques lieues de Paris. Auprès se trouve le château de Louis XIV, qui forme à lui seul comme une autre ville. Les jardins sont remplis de bassins, de jets d'eau, de cascades qu'on fait couler les jours de fête; c'est ce qu'on nomme les grandes eaux.

Le lendemain, lorsqu'on eut reçu l'argent de l'oncle Frantz, on se dirigea vers la gare de l'Ouest et on monta en wagon pour aller rejoindre le vieux pilote Guillaume dans la partie de l'Orléanais et de la Beauce qui est voisine du Perche. On s'arrêta quelques heures à Versailles, pour visiter le château que Louis XIV y fit construire et qui lui servit de résidence. André et Julien se promenèrent dans le parc aux allées symétriques et ils admirèrent les nombreux jets d'eau des bassins.

On remonta ensuite en chemin de fer, et Julien, pour ne pas perdre son temps en voiture et pour compléter tout ce qu'il savait déjà de la France, ouvrit son livre sur les grands hommes et lut les derniers chapitres avec attention.

L'Ile-de-France et surtout Paris ont produit tant de grands

hommes que l'espace manquerait pour raconter leur vie.

Bornons-nous à quelques mots sur les principaux poètes et

savants nés dans cette contrée:

 

I. R , qui fut le rival de Corneille pour la poésie, naquit en

1639, dans une petite ville du département de l'Aisne. Il perdit

son père et sa mère dès l'âge de quatre ans et fut élevé par son

grand-père. Il avait un tel goût pour les vers qu'aucun plaisir

n'égalait à ses yeux celui de lire les poètes.

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R naquit à la Ferté-Milon (Aisne) en 1639 et mourut en 1699.

rincipales tragédies: Athalie, Britannicus, Esther, etc.

Racine devint un grand poète à son tour et fit paraître à Paris

une série de chefs-d'œuvre qui contribuèrent à l'éclat du siècle

de Louis XIV: ce sont des pièces de théâtre en vers, appelées

tragédies, où l'on représente des événements propres à

émouvoir.

Racine avait une âme tendre et généreuse. Il comprenait

combien le roi Louis XIV, sur la fin de son règne, avait tort de ne

pas mettre fin aux guerres continuelles et aux abus dont souffrait

le peuple. Il composa sur ce sujet un écrit où il exprimait

respectueusement au roi son avis et ses idées de réforme: le roi

fut irrité, et le poète fut disgracié.

Racine, qui était déjà malade et dont la sensibilité naturelle était

extrême, éprouva un vif chagrin; son mal s'aggrava et il mourut

deux ans après.

 

II. B , né à Paris en 1636, fut aussi l'un des principaux

poètes du siècle de Louis XIV. Il tourna en ridicule, dans ses

vers, les vices et les défauts de son temps.

B et son jardinier.—Boileau naquit à Paris en 1636 et y mourut en 1711. Il avait une maison de campagne aux environs de Paris, à Auteuil, et il raconte dans de jolis vers les causeries qu'il aimait à faire avec son jardinier.

Boileau avait autant de cœur que d'esprit et il le prouva à

plusieurs reprises. Un jour on lui apprend que le ministre a retiré

au vieux Corneille la pension qui lui avait été accordée en

récompense de ses glorieux travaux. Corneille n'avait pour vivre

que cette pension. Aussitôt Boileau demande à être introduit

près du roi:

—Sire, lui dit-il, je ne saurais me résoudre à recevoir une

pension de Votre Majesté, tandis que notre grand Corneille ne

reçoit plus la sienne; si l'état des finances exige un sacrifice, qu'il

retombe sur moi et non sur notre plus illustre poète.

Louis XIV consentit à rétablir la pension de Corneille.

Un autre jour, Boileau apprend qu'un savant magistrat de

l'époque, Patru, est dans la misère et qu'il est réduit pour vivre à

vendre sa bibliothèque. Patru va céder ses livres, ses chers

livres, son plus grand trésor, et cela pour une faible somme,

parce que les acheteurs abusent du besoin où il se trouve.

Aussitôt Boileau va trouver Patru: il lui propose d'acheter ses

livres, et lui en offre un prix élevé; Patru accepte.—Fort bien, dit

Boileau, mais je mets à notre marché une condition.—Laquelle?

—C'est que vous me rendrez le service de garder dans votre

maison tous ces livres qui ne reviendront dans la mienne

qu'après votre mort.—Et Patru, les larmes aux yeux, remercie

Boileau de cette générosité délicate. Le prix d'un bienfait est

double, quand ce bienfait cherche à se cacher lui-même.

 

III. Parmi les savants nombreux que Paris a vus naître, un des

plus illustres est L , né en 1743. Il fit ses études dans les

grands collèges de Paris et y obtint les plus beaux succès. Dès

sa première jeunesse il montra un goût très vif pour les

sciences; il étudia l'astronomie, puis la botanique avec Jussieu,

et enfin une science qu'il devait plus tard transformer et

renouveler: la chimie. C'est la chimie qui enseigne de quels

éléments les différentes choses sont composées, par exemple

de quoi sont formés l'air, l'eau, le feu. C'est cette science qui

apprend aussi à fabriquer tant de choses dont nous nous

servons: l'alcool, le vinaigre, la potasse, la soude, les couleurs

des peintres, celles des teinturiers, les médicaments des

pharmaciens.

Au sortir du collège, Lavoisier se retira dans l'isolement, ne

voyant personne, mangeant à peine pour pouvoir mieux

travailler d'esprit, tout entier à ses recherches scientifiques.

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.—Le grand chimiste est

ccupé à faire bouillir une substance dans un vase recourbé ppelé cornue. Il en recueille les vapeurs pour en étudier la omposition.

Aussi, dès l'âge de vingt-cinq ans, grâce à ses savants travaux,

il fut élu membre de l'Académie des sciences.

On doit à Lavoisier de nombreuses découvertes: c'est lui qui a

su trouver le premier de quels gaz l'air que nous respirons se

compose, de quels éléments est formée l'eau que nous buvons;

c'est lui qui a expliqué comment la respiration nous fait vivre et