Le tour de la France par deux enfants Devoir et Patrie

CXII.—Paris.—La longueur de ses rues.—L'éclairage du soir.—Les omnibus.

André lut la lettre tout haut; Julien écoutait, les yeux grands ouverts de surprise.

—Est-ce possible? s'écria-t-il. Alors, mon oncle, nous ne sommes plus pauvres, et nous pourrons, nous aussi, cultiver un petit bien comme vous le vouliez? Oh! mon Dieu, mon Dieu, quel bonheur!

Et l'enfant riait de plaisir en disant:—Nous aurons de belles vaches comme la fermière de Celles, j'apprendrai à labourer, à tailler les arbres, à soigner les bêtes, n'est-ce pas, mon oncle? Oh! que ce monsieur est brave et honnête tout de même, de rembourser ainsi les dettes de son père! Mon oncle, je prierai Dieu pour lui tous les jours de ma vie.

—Tu auras raison, Julien, dit l'oncle, car ce souvenir te rappellera constamment que l'honneur vaut toutes les fortunes du monde: un honnête homme estime plus haut que tout le reste un nom sans tache.

 

CXII.—Paris.—La longueur de ses rues.—

L'éclairage du soir.—Les omnibus.

Que de mouvement et d'activité, mais aussi que de peines et de

fatigues dans l'existence des grandes villes!

 

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'I - -F a formé cinq départements, dont les chefs-lieux ont: Beauvais, célèbre par le courage de Jeanne Hachette;

ersailles (50,000 h.), où résidaient naguère le Sénat et la

Chambre des députés; Paris (2,300,000 h.), et les petites villes de Melun et de Laon.

Le soir même nos trois amis, après avoir rendu visite au vieux sabotier Étienne et à sa femme, repartirent pour la France. Ils avaient résolu d'aller retrouver Guillaume, en passant par Paris pour y recevoir les fonds de l'oncle Frantz.

André et Julien étaient ravis de passer par Paris.—Nous n'y resterons pas longtemps, dit l'oncle Frantz; néanmoins je profiterai de notre passage pour vous faire connaître un peu la capitale de notre chère France.

Cette fois on avait pris trois places dans le chemin de fer.

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L P C P .—La place de la Concorde est la plus belle et la plus monumentale de Paris. Elle est ornée de colossales statues en pierre qui représentent les principales grandes villes de France, entre lesquelles la concorde doit régner.

On arriva le lendemain à cinq heures du matin. Après avoir installé ses malles dans une chambre voisine de la gare, on revêtit ses habits neufs, on mangea un morceau de pain et de fromage d'un grand appétit et l'on se mit en route.

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R P .—La rue de Rivoli, ainsi nommée à

ause d'une victoire remportée en Italie par nos troupes, est l'une es principales rues de Paris. D'un côté, elle est bordée par le alais et le jardin des Tuileries, par le Louvre, par l'Hôtel-de-Ville; e l'autre côté par de riches maisons et par des arcades sous

esquelles affluent les promeneurs.

Les magasins commençaient à s'ouvrir, les omnibus se mettaient en mouvement; Julien s'émerveillait de voir tant de monde aller et venir.

Cependant il ne tarda pas à trouver que les rues de Paris étaient bien longues et que ses petites jambes n'avaient jamais été à pareille épreuve.

—Sais-tu, lui dit André, comme on parcourait l'interminable rue de Rivoli, qui s'étend depuis la place de la Concorde jusqu'au delà de l'Hôtel-de-Ville, sais-tu quelle longueur feraient toutes les rues de Paris si elles étaient à la suite les unes des autres.

—Oh! point du tout, dit Julien; André, dis-le-moi vite si tu le sais.

—Eh bien, elles feraient une rue longue de neuf cents kilomètres, c'est-à-dire plus longue que le chemin de Paris à Marseille; et un homme qui accomplirait à pied quarante kilomètres par jour mettrait vingt-cinq jours pour parcourir cette rue.

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U P .—Combien les rues de nos villes

ressemblaient peu autrefois à ce qu'elles sont aujourd'hui! Elles

étaient si étroites qu'on voyait à peine le jour entre les deux

rangées de maisons. Le soir, jusqu'au temps de Philippe-

Auguste, les rues n'étaient point éclairées et on ne pouvait sortir

sans risquer d'être volé ou assassiné. Aussi, à sept heures du

soir, toutes les églises sonnaient le couvre-feu, c'est-à-dire qu'à

partir de cette heure on devait éteindre son feu, sa lampe et ne

plus sortir de sa maison.

—Oh! dit Julien, faut-il qu'il y ait des rues dans ce Paris!.. Est-ce qu'on les éclaire toutes quand vient le soir?

—Certainement, dit l'oncle Frantz; ce n'est plus comme autrefois, où les rues du vieux Paris n'étaient point éclairées. Chaque soir trente mille becs de gaz s'allument, les magasins s'illuminent et toutes les voitures passent avec des lanternes brillantes.

—Cela doit faire un bel éclairage, s'écria Julien en sautant pour tâcher d'oublier qu'il était fatigué; je vais être content de voir cela. Tout de même, il faut de bonnes jambes aux Parisiens, car il y a joliment à marcher pour aller d'un bout de leur ville à l'autre.

—Les voitures les aident, petit Julien, dit Frantz. Vois tous ces omnibus qui s'entre-croisent dans les rues. Moyennant 15 centimes on te fera monter sur le haut et tu seras traîné pendant une heure d'un point de Paris à l'autre.