Le tour de la France par deux enfants Devoir et Patrie

CXV.—L'Hôtel-Dieu.—Les grandes écoles et les bibliothèques de Paris.

—Oh! j'aime Paris, dit Julien, et je suis bien content de le connaître... Mon oncle, ajouta-t-il ingénument, quand nous serons aux champs, nous ferons pousser du blé nous aussi pour nourrir la France et le grand Paris.

Tout en causant on avait traversé le pont et l'on arriva en face de Notre-Dame, l'église métropolitaine de Paris. Ce fut le tour d'André de dire ce qu'il savait.

—Petit Julien, vois-tu cette belle église tout ornée de dentelles découpées dans la pierre, de statues taillées avec art; elle aussi a assisté aux premiers jours de la France. La première église de Paris fut bâtie ici il y a quinze cents ans, elle s'appelait Notre-Dame. Lorsqu'elle devint trop petite et commença à tomber en ruines, on entreprit la construction de celle-ci sur la place même où était l'ancienne Notre-Dame, et on mit un siècle à la construire. Les voûtes de Notre-Dame, depuis lors, n'ont cessé de retentir chaque fois que la France était en péril ou en fête. Elles ont été l'écho des soupirs de tout un peuple. Leurs cloches ont sonné non seulement pour la naissance et la mort d'un homme, mais pour les espérances et les deuils de la patrie entière.

—Oh! dit Julien, entrons donc nous aussi à Notre-Dame, voulez-vous, mon oncle? et nous y prierons Dieu tous les trois pour la grandeur de la France.

 

CXV.—L'Hôtel-Dieu.—Les grandes écoles et les

bibliothèques de Paris.

 

La charité est plus grande en notre siècle qu'autrefois; mais elle ne

fera que s'accroître sans cesse, et un jour viendra sans doute où on

s'étonnera de toutes les misères qui sont encore aujourd'hui sans

secours.

—Mon oncle, dit Julien en sortant de l'église, qu'est-ce que c'est que ce grand bâtiment qui est là tout près?

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'H -D P .—C'est le plus ancien et le plus célèbre ôpital de Paris, qui en possède encore bien d'autres. On y traite e douze à treize mille malades par an. Il a été complètement

ebâti.

—C'est l'Hôtel-Dieu, le premier et le plus ancien hôpital de Paris. Paris en a seize autres, et malgré cela Paris manque souvent de lits pour ses malades. Alors on donne des secours à domicile en attendant qu'il se trouve une place vide. Il n'y a pas longtemps que ces nombreux hôpitaux existent; la moitié date de notre siècle. L'Hôtel-Dieu seul fut bâti il y a douze cents ans par saint Landry, évêque de Paris.

Plus nous allons, mes enfants, plus la charité se fait grande aux cœurs de tous les hommes, plus ils s'aiment entre eux, car jamais on n'eut plus de pitié qu'en notre siècle pour ceux qui souffrent. Songez-y, au siècle dernier, Louis XVI, ayant visité les hôpitaux, vit avec étonnement les malades entassés cinq ou six dans le même lit, si bien que l'un mourait au milieu des autres et restait à côté d'eux sans qu'on s'en aperçût. Si pareille chose se voyait de nos jours, quel est celui qui ne parlerait pas bien vite d'y porter remède?

—Mon Dieu, dit Julien, on était donc bien pauvre dans ce temps-là?

—Oui, mon enfant, il y avait alors peu d'industrie en France, partant pas assez de travail et point d'argent. Le peuple ne savait ni lire ni écrire; conséquemment il faisait tout par routine. La terre cultivée avec ignorance rapportait très peu et les famines étaient fréquentes.

—Je suis bien content que ce ne soit plus comme cela, dit Julien, et que chacun songe maintenant à s'instruire.

Tout en écoutant l'oncle Frantz, nos enfants suivaient les quais. Le long du chemin ils passèrent devant le joli clocher doré de la Sainte-Chapelle, le Palais de justice, le quai aux Fleurs couvert d'étalages des fleurs les plus variées.

Puis on arriva dans le quartier des Écoles, et l'on vit en passant une foule de jeunes gens qui allaient aux cours de la Sorbonne, du Collège de France, de l'École de médecine, de l'École de droit. Julien s'émerveillait aussi de voir tant de boutiques de livres, avec de belles cartes aux devantures.

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'I F .—C'est dans ce palais que siègent les cinq randes Académies dont l'ensemble forme l'Institut de France. On ppelle académie une réunion d'hommes illustres dans les lettres, ans les sciences ou dans les arts. Tout le monde connaît

Académie française qui compta parmi ses membres Bossuet,

Racine, Corneille, Boileau et tant d'autres: l'Académie des

ciences compta parmi les siens Buffon, Monge, Lavoisier,

resnel, etc.

André s'arrêta longtemps devant un magasin où l'on fabriquait des instruments de précision: cet art qui lui rappelait son métier l'intéressait. Derrière la vitrine on apercevait les ouvriers au travail, polissant l'acier, limant, ajustant avec une adresse merveilleuse les appareils les plus compliqués.—Oh! s'écriait André, comme on travaille bien à Paris!

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U 'É .—Les médecins doivent

connaître le corps humain avec tous ses organes, qu'ils auront

plus tard à soigner. Les professeurs montrent aux élèves sur les

squelettes tous les os qui composent la charpente de notre

corps. Dans la salle de dissection ils leur montrent les muscles

et les nerfs. La science des diverses parties du corps s'appelle

anatomie.

Plus loin on admira des instruments d'optique, longues vues marines, microscopes pour observer les plantes et les animaux invisibles, thermomètres marquant le chaud et le froid, baromètres annonçant le beau temps ou la tempête.

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' P .—

C'est le roi Charles V, dit le Sage, qui fonda cette bibliothèque

evenue si célèbre. Il avait rassemblé dans une tour, dite tour de

a librairie, 600 volumes manuscrits, car l'imprimerie n'était pas nventée. Sous Colbert la bibliothèque nationale prit des

éveloppements immenses. C'est maintenant la plus grande qui xiste et qui ait existé: elle possède deux millions de livres

mprimés et deux cent mille manuscrits. Chaque jour, par

entaines, des hommes, des jeunes gens laborieux, des femmes

ennent consulter, dans l'une des vastes salles de ce palais, les

uvrages dont ils ont besoin.

—Mon oncle, disait Julien, c'est donc à Paris qu'on fait tous ces instruments qui servent à la science?

—Oui certes, Julien, et nous voici en ce moment dans le quartier savant de Paris. Là est l'Institut de France, où se réunissent les cinq Académies composées des hommes les plus illustres; là sont les écoles de premier ordre que la France ouvre à ses enfants: l'École normale supérieure, d'où sortent les professeurs qui enseigneront dans les lycées et collèges; l'École polytechnique, où s'instruisent les officiers qui commanderont les régiments français et les futurs ingénieurs qui feront pour la France des travaux difficiles, ponts, aqueducs, canaux, ports, machines à vapeur. C'est encore dans ce quartier que se trouve l'École de médecine, où se préparent un grand nombre de nos médecins, et l'École de droit, d'où sortent beaucoup de nos avocats.

—Oh! dit Julien, que de mouvement on se donne à Paris, que de peines on prend pour s'instruire! Je me rappelle que le petit Dupuytren avait étudié la médecine à Paris et que Monge a professé à l'École polytechnique.

—Paris a aussi d'admirables bibliothèques, dit l'oncle Frantz, comme la Bibliothèque nationale, qui contient deux millions de volumes. Là sont rassemblés les livres les plus savants; professeurs ou élèves les consultent chaque jour; de tout ce travail, de tous ces efforts sont sortis et sortiront encore la gloire, la richesse et l'honneur de la patrie.

En causant ainsi on marchait toujours et on commençait à être bien las; on songea à se reposer un peu et à réparer ses forces: le morceau de pain et de fromage du matin était déjà loin.