Le veilleur à la lisière du monde
LA NEUVIÈME FILLE DU SOLEIL (suite)
LA NEUVIÈME FILLE DU SOLEIL
(suite)
En l’année 1978, l’astronomie ayant fait, grâce à la technologie moderne, des progrès considérables, l’on découvrit que la petite dernière du système solaire n’était pas aussi solitaire qu’on avait bien voulu le croire. Elle avait un compagnon, que les astronomes, toujours friands de mythologie grecque, baptisèrent Charon.
C’est une photographie prise le 2 juillet 1978 par J. W. Christy, grâce au télescope de 1,54 m de diamètre de l’US Naval Observatory, qui permit d’établir l’existence de ce singulier corps céleste.
En effet, ce satellite de Pluton présente bien des particularités intéressantes. Il est situé à seulement 17 000 kilomètres de Pluton et possède un diamètre de 800 kilomètres environ, ce qui est considérable si l’on se souvient que cela représente près du tiers de celui de la neuvième fille du Soleil. Comparativement aux autres planètes, ce satellite est le plus gros de notre système solaire.
À l’instar du tandem Terre-Lune, Pluton-Charon peut être tenu pour une planète double. La période de révolution de Charon, soit 6,39 jours, est en effet égale à la période de rotation de Pluton. Ce qui est une autre caractéristique étonnante du couple plutonien. La neuvième planète et son satellite sont en rotation et en révolution synchrones, alors que les autres satellites ont généralement une période de rotation sur eux-mêmes égale à leur période de révolution autour de la planète qu’ils accompagnent dans la nuit cosmique. C’est pour cette raison qu’ils présentent sempiternellement la même face à la planète qui occupe le centre de leur orbite et dont la période de rotation est différente de la leur.
Un couple fort passionnant mais difficile à étudier, en raison même de son éloignement de la Terre et du Soleil.
D’ailleurs, toujours persuadés que le système solaire comptait plus de 9 planètes, les astronomes avaient essayé de pousser plus loin leurs investigations. Certains avancèrent que le numéro dix devait être situé très loin dans la nuit noire du « dehors », réellement « à perte de vue ». S’il s’agissait d’un astre de très petites dimensions, comme Pluton, elle pouvait se trouver à une distance relativement peu vertigineuse, mais si elle faisait partie des géantes (comme Jupiter ou Saturne), il faudrait aller la dénicher dans les abysses incommensurables de l’Univers.
Et encore ! Se présentant alors comme une sorte de gigantesque vitre gazeuse, elle ne se laisserait certainement pas prendre facilement aux artifices de la technologie des hommes.
Quand les hommes débarquèrent sur Pluton pour y construire une base scientifique, l’énigme de la dixième planète, qui avait fait couler tant d’encre, n’était toujours pas résolue.
Naine gelée dans une cangue de méthane ou géante gazeuse dissimulée dans les gouffres de la nuit, personne n’aurait su dire à quoi pouvait bien ressembler la dixième fille du Soleil.
Les hommes qui avaient enfanté tant de chimères et enfourché tant de cavales mythiques au cours des âges n’étaient plus en mesure de rêver autre chose que des rêves fonctionnels, adaptés aux besoins du moment. La Terre était malade, usée, ruinée, une pauvre vieille à qui on avait tout pris et dont les humeurs malignes débordaient par mille blessures, par mille ulcères purulents.
Quelques astronomes, au fond de leurs repaires, continuaient de traquer le mystère, mais ils passaient d’ores et déjà pour de laborieux pédants.
Comme l’avaient affirmé les sages d’une époque révolue : « Nul chien ne
peut sauter par-dessus son ombre(3). »
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