Le veilleur à la lisière du monde
La Neuvième Fille du Soleil
Au début du siècle, le professeur Percival Lowell entreprit un long travail d’observation devant le mener à la localisation de la neuvième planète du système solaire. Rappelons que Neptune avait été découverte en 1846 grâce aux efforts de John C. Adams, Urbain-Jean-Joseph Le Verrier et Johann Gottfried Galle. Mais le professeur Lowell mourut en 1916, laissant ses travaux inachevés bien que révélateurs de l’existence plus que probable d’un neuvième monde au-delà de Neptune.
Quatorze ans après la disparition de Percival Lowell, un autre astronome, Clyde Tombaugh, localisa enfin la planète capricieuse sur des clichés pris dans la constellation des Gémeaux. Cette découverte décisive eut lieu au mois de mars 1930 à l’observatoire de Flagstaff (Arizona). La nouvelle fille du Soleil ne se trouvait qu’à 6° de la position supputée par le professeur Lowell. Pour rendre hommage au défunt astronome, la neuvième planète du système solaire fut baptisée Pluton, les deux premières lettres rappelant les initiales du découvreur malchanceux.
Bien que cet astre lointain ait tout pour aiguiser les dents de l’imaginaire, on ne sait toujours que peu de chose de Pluton. Cette sphère glacée perdue dans le ténébreux océan cosmique, sentinelle mélancolique aux portes du vide vertigineux. Si ce n’est que son orbite excentrique et asymétrique l’entraîne jusqu’à plus de 7 milliards de kilomètres du Soleil… pour la ramener à un peu moins de 5 milliards de kilomètres de l’astre dispensateur de lumière et de vie… au cours d’un long-long voyage elliptique de 248 ans. Traversant l’orbite de Neptune, elle est depuis quelques années redevenue la 9e planète du système solaire. Ce retour dans le giron du Soleil, commencé en 1969, ne durera que quarante ans. Ensuite Pluton reprendra son long tour de garde aux confins les plus désolés du monde solaire.
D’un diamètre comparable à celui d’une autre naine – brûlante celle-là ! –, Mercure, Pluton doit être recouverte d’une carapace de méthane gelé. Sa densité très forte réservera peut-être quelques nouvelles surprises aux astrophysiciens qui prendront, sans doute, la relève des astronomes.
Récemment on a découvert que la solitaire du système solaire n’était pas aussi veuve qu’on a bien voulu le prétendre ! Elle est accompagnée dans sa prodigieuse errance par une lune géante qu’on s’est empressé de baptiser… Charon. Le passeur des Enfers était bien fait pour servir de compagnon de route au dieu des Ténèbres éternelles.
Deux théories scientifiques ont eu cours : Pluton aurait été, à un moment donné, une planète vagabonde capturée par le Soleil, une étrangère mystérieuse qui pourrait receler des secrets fantastiques, aussi bien pour le chercheur que pour le romancier… ou alors plus prosaïquement (si l’on se place dans le strict domaine de l’observation scientifique !), Pluton ne serait qu’un satellite égaré de Neptune.
(Note de l’auteur) :
Pour ma part, et cela en toute modestie, je n’ai voulu vous faire part de ces réflexions préliminaires (qui doivent autant à Donald A. Wollheim qu’à Carl Sagan !), que pour essayer de vous mettre dans l’ambiance de mystères réels, mystères réels que prolongent ceux de l’imaginaire. Sur ces fondements scientifiques (?), qui peuvent être démentis à chaque moment (l’astronomie n’étant, Dieu merci, que science d’observation et de réflexion et non science exacte !), j’ai laissé vagabonder mon « pouvoir de rêverie ». Ce qui est le privilège du poète. Pour qui la science, souvent est poésie pure, parce que la poésie, contrairement à ce que les mauvaises langues peuvent en dire, n’exclut jamais la rigueur…
Au moment où je rédige ces lignes, l’on vient de découvrir dans une lointaine banlieue de l’espace une planète du type jovien. Cela ne prouve pas grand-chose, sinon que les soleils voisins du nôtre ne sont pas tous veufs.
OceanofPDF.com