Léonore, ou l'amour conjugal fait historique en deux actes et en prose mêlée de chantes
Scène Première.
FLORESTAN, seul.
(Pendant la ritournelle, il sort du cachot qui est à la gauche du spectateur, et vient s'asseoir sur les pierres qui sont auprès, Il est attaché, par le milieu du corps, à une longue chaîne, dont l'extrémité est scellée dans le mur.)
R E C I T A T I F .
Dieu! quelle obscurité!.... quel éternel silence!....
Quoi! séparé de tout, et seul dans l'univers!....
N'est il donc point, grand dieu, de terme à ma souffrance? Dois-je finir mes jours dans ces indignes fers?
R O M A N C E .
ROMANCE.
PREMIER COUPLET.
Faut-il au printems de mon âge
Languir dans la captivité?
Eh quoi, l'abandon, l'esclavage
Sont le prix de la vérité?
Pour un destin si déplorable
De quoi suis-je coupable, hélas?
D'un tyran, d'un monstre exécrable
J'ai dévoilé les attentats.
DEUXIÈME COUPLET.
(Il tire un portrait de son sein.)
Ô toi dont l'image chérie
Seule est témoin de mes douleurs,
Ma Léonore, ô tendre amie!
Résigne-toi, sèche tes pleurs:
Si l'on termine ma carrière;
Eleve ton âme, et dis-toi:
»Jusques à mon heure dernière,
»Mon époux fut digne de moi.
(Ici on apperçoit à travers les crévasses, Roc et Léonore qui descendent l'escalier à la lueur
d'une lanterne.)
TROISIEME COUPLET.
Ô seul appui de l'innocence,
Justice, où donc est ton pouvoir!
Ah! si tu ne prends ma défense,
Il ne me reste plus d'espoir....
Mais je m'affoiblis, je chancelle....
La faim.... le froid, glacent mes sens....
Viens, ô mort!.... c'est toi que j'appelle;
Viens mettre un terme à mes tourmens!
(Il tombe accablé sur les pierres qui sont auprès de lui; son visage est caché dans ses
mains.)