Léonore, ou l'amour conjugal fait historique en deux actes et en prose mêlée de chantes

Scène IV.

 

, PIZARE, . (Il entre par l'arcade, à la gauche du spectateur.)

 

PIZARE, au chef des gardes.

 

Trois sentinelles sur le rempart.... douze hommes nuit et jour à l'entrée du pont-levis.... autant du côté du parc... et surtout qu'on amène devant moi quiconque s'approcheroit des murs de ce château. Allez! (Les gardes se dispersent et disparoissent.) (À Roc.) Y a-t-il quelque chose de nouveau?

 

ROC.

 

Non, seigneur.

 

PIZARE.

 

Où sont les dépêches?

 

ROC, lui remettant plusieurs lettres que Léonore tire de la boîte qu'elle porte.

 

Les voici.

 

PIZARE, ouvrant les lettres qu'il examine.

 

Toujours des recommandations, ou des reproches.... Je n'en finirois pas si je voulois écouter tout cela.... (s'arrêtant sur une lettre.) Mais que vois-je!.... Je crois reconnoître cette écriture.... Lisons.... (Il ouvre la lettre et la lit sur le devant du théâtre, après avoir fait signa à Roc qu'il se retire, et emporte pendant ce tems-là la hotte de Léonore dans l'arcade qui est auprès. Marceline lui aide ainsi que Léonore qui a les yeux attachés sur Pizare jusqu'à ce qu'elle soit rentrée dans la coulisse.)

 

«Je vous donne avis que le ministre instruit que les prisons d'état que vous commandez, renferment plusieurs victimes du pouvoir arbitraire, part demain pour aller les visiter et examiner lui-même votre conduite; prenez vos précautions, et tâchez s'il en est encore tems, d'échapper à ses recherches.»

 

Ciel! s'il découvrait que je tiens ici dans les fers ce Florestan qu'il croit mort, et dont j'ai tant sujet de me venger; ce Florestan qui voulut me dévoiler aux yeux de l'état et m'arracher ses faveurs.... Ministre si vanté, je saurai te tromper encore et me soustraire à ta vigilance.... (avec trouble et égarement.) Il doit arriver aujourd'hui!... Je n'ai pas un seul instant à perdre... (au chef des gardes qui traverse en ce moment le fond du théâtre à la tête de plusieurs soldats.) Capitaine? écoutez. (Il l'amène sur le devant de la scène et lui parle à demi-voix.) Montez au donjon avec un trompette dont vous serez bien sûr.... vous regarderez attentivement et sans relâche sur la roule de Séville; aussitôt que vous appercevrez de loin une voiture accompagnée de plusieurs gardes, vous m'en ferez donner le signal par le trompette à l'instant même.... Entendez-vous; le signal à l'instant même.... la plus grande exactitude surtout, et de la discrétion; vous répondez de tout sur votre tête. (Le capitaine s'éloigne avec les gardes qu'il avait laissés au fond du théâtre.) Quel parti prendre maintenant pour me débarrasser promptement de ce Florestan? (Après un moment de silence et de réflexion pendant lequel il porte ses regards sur Roc qui rentre en ce moment sur la scène avec Léonore et Marceline.) Il n'en est qu'un.... oui, c'est le seul, qui me reste dans cette circonstance... Roc?

 

ROC.

 

Seigneur.

 

PIZARE.

 

Suis-moi; j'ai quelque chose d'important à te communiquer.

 

ROC, (avec étonnement.)

 

À moi, seigneur.

 

PIZARE, brusquement.

 

Suis-moi, te dis-je. (Il sort par l'arcade qui est ouverte; Roc le suit.)