L'Epouvante

Artsybachev · Chapitre 2 sur 9

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L'Epouvante

Chapitre II

— Qui est là !... Que voulez-vous ? Allez-vous en... ou bien j’appelle ! dit Nina tremblante.

L’ombre s’avança en titubant — c’était un grand homme rouge ; deux autres ombres le suivaient.

— Nous... nous sommes venus... vous... remercier pour la bougie... et... et aussi... vous vous ennuyez... peut-être... toute seule... une si jolie... si charmante... demoiselle... jeune fille...

Nina, devant ces faces ivres, bestiales, sursauta, cria désespérément.

— Au secours !... au secours !

— Tsstt !... eh !... tais-toi ! siffla furieusement une des ombres.

Le grand homme rouge et gras, la renversa de tout son poids en travers du lit. Il y eut un murmure impatient, des phrases baveuses, des hoquets coléreux...

 

II.

 

Lorsqu’ils eurent accompli leur infâme forfait, ils se trouvèrent dégrisés et leur acte apparut à leurs yeux, plein d’horreur.

Un petit jour gris planait sur la cour, la lampe s’éteignait, l’atmosphère de la chambre était étouffante et nauséabonde. Les oreillers traînaient sur le parquet, la couverture était tassée au pied du lit. Nina, couverte de bleus et d’ecchymoses se tordait, se débattait, pleurait et criait sur sa misérable couche. Elle n’était plus jolie, mais pitoyable, effrayante, presque répugnante.

Très pâle, le commissaire, vêtu seulement de sa chemise et de sa culotte, la maintenait sur le lit et lui fermait la bouche avec sa large main.

Le docteur et le juge d’instruction piétinaient sur place auprès de lui, tremblants, les yeux hagards, les visages défaits, terreux.

— Écoutez, maintenant, il est trop tard... nous regrettons, comprenez bien... nous saurons réparer dans la mesure... bredouillaient-ils, tous trois à la fois, peureux et affolés.

Mais Nina se tordait entre les mains du commissaire et les yeux révulsés, continuait à hurler.