L'Epouvante

Artsybachev · Chapitre 8 sur 9

Pages du PDF

L'Epouvante

Chapitre VIII

 

La nuit, sur la route sombre et boueuse conduisant au village, une masse imposante s’avançait. On ne distinguait rien, mais on entendait les ébrouements des chevaux, le bruit des fers sur les cailloutis et un discret cliquetis d’armes.

On ne voyait pas les visages, aucun geste, on devinait seulement une terrible force compacte.

Les soldats campèrent sur la place. La rue était calme et solitaire. Des chiens aboyaient dans les cours. De ci, de là, une lumière s’allumait, brillait mystérieusement à une fenêtre pour s’éteindre aussitôt.

Une partie des soldats entrèrent dans la cour de l’église. Tout fut tranquille jusqu’au lever du jour.

Le matin, de nouveau s’attroupèrent les ouvriers des fabriques. De toutes les rues aboutissant à l’église, débouchaient des groupes noirs, encombrant la moitié de la place.

De l’autre côté se tenait une division de cosaques, les hommes à pied devant leurs chevaux.

Sur un signe, tous enfourchèrent leurs bêtes, au galop se précipitèrent sur la foule.

Il y eut des cris, des jurons, des sifflets, des vociférations. Un ouvrier courut à la rencontre des chevaux, en criant :

— À nous les nôtres ! Tous ensemble ! Sus !... cognez !

Tout s’embrouilla comme en un cauchemar. Pierres, bâtons, projectiles de toute sorte volèrent au hasard. Les matraques des cosaques s’abattaient avec un bruit sourd sur les corps. Et tout à coup éclata un cri triomphant. Les cosaques refusaient la bataille, s’en retournaient, non plus en ligne égale, mais disséminés, en désordre, poursuivis par une avalanche de pierres.

— Victoire ! cria quelqu’un.

— Attention !... place nette ! murmura un autre. — Dispersez-vous !

— Eh !... ils n’oseront pas !... Ils ont peur !!

Au même instant quelque chose éclata entre la terre et le ciel avec un fracas terrible et une fumée intense.